‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 2)Chapitre 3 sur 52 · LES DEUX FEMMES · texte numérisé non relu

LES DEUX FEMMES

IM BOURGEOIS DK BIIUGKS

Au lomps de la Renaissance, il y enl, à Ihuges, un riche bourgeois que ne distrayaient |)as les grands festins où ses compatriotes s'amusenl à b(aiic()n|) manger et à IjouHoiiMcr. Il se tut plu au lir de l'arc, car sa vanilé était llalléc qu'on l'y proclamât roi, mais il ne sentait pas de [)laisir réel à être admiré pnr les commères brugeoises. Ft il étail aussi un j>eu dégoûté de sa femme, quoiipi'elle lui (Vil fulMe cl iVaîche, mais j'ai vu son portrait, cl c'élail ont' pelile Memling, scrupuleuse de loul ce t|ui gît au modeste enclos d'une vie régulièn-

58 LES KEl'X FEMMES l>U BOURGEOIS DE HRUGES.

et niillcmonl avertie des IVivolilés cl des em- |)i)rtemenls qui seuls eussent contenté ce mélancoli(jue désœuvré.

Dans ces sentiments, il forma le vœu de voyager en Terre-Sainte. C'était tout à la lois ])our accomplir des choses sublimes et pour se distraire.

Il faut toujours rabattre de nos rêves; le Flamand ne dépassa pas l'Italie, car une femnu» qui avait une beauté de ce pays et qui par là lui parut incomparable, retint sur ses seins nus la tête carrée de cet étranger. Elle avait été la maîtresse de Laurent de Médicis et, durant une nuit, du jeune Pic de La Mirandole. J'ai vu leurs portraits qu'avec elle, dans la suite, elle transporta en Flandre, et qui sont à Anvers, dans la maison Planlin. Laurent de Médicis est gros et sale comme un professeur de dessin, et La Mirandole a la ligure pure et glacée d'un jeune juif élégant, gauche et cérébral.

Parfumée et vêtue de soie, cette Clorinde lisait à son amant l'Arioste, dont la magnilicence aisée ajoutait encore à sa grâce volup-

Li;s liKl \ FKMMKS 1)1 BOL'RGKOIS DE BRICES. M»

liK'use, el la inrlancolie du jeuiiL' liuiniiic, (|iii jiis(jiralors leiulait à la bouderie, devint une tristesse enivrée.

Quand ils eurent dissipé leurs ressources et jnsiiu'à leurs bijoux, le Flamand, pour qui c'était insupportable d'imaginer qu'un jour elle serait, loin de lui, vieille et pitoyable, la pria de l'accompagner dans les Flandres, où ils Irouveraient l'abondance.

Clorinde, en même temps qu'elle enseignait son cher barbare à goûter toutes les belles choses, avait désappris de les aimer, et c'est de lui seul (ju'il lui eût coûté de se séparer; aussi accepla-t-elle ce pénible exil. Mais îi mesure que leur voyage s'avançait, ils étaient bien tristes, car la nature devenait plus pauvre el ils allaient du côté de l'hiver.

Quand ils arrivèrent en vue de Bruges, ils compi'irent l'un el l'aulrc qu'en fianchissaul ce diM'nier espace, ils terminaient une j)artie de leur vie (pii avait été leur jeunesse. I.a campagne était c(tmme glacée de soleil, un faible soleil de uiidi (jui tombait du ciel le

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