‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 2)Chapitre 31 sur 52 · EXISTER · texte numérisé non relu

EXISTER

Il y a six siècles, en Toscane, rien n'existait du petit monde (|ui peuple aujourd'hui les musées. A Lucques, à IMstoie, villes dégradées, mais non mortes, on trouve ses lointains ancêtres : ce sont ces reliefs maladroits qui apparaissent, vers le milieu du xu* siècle, au portail et sur les chaires des églises romanes.

Églises admirables déjà d'ampleur et de gravité, parce qu'elles expriment un sentiment social, l'union el l'orgueil de tous les citoyens gravemeul intéressés au bien-être de l'Klal. Quel caractère puissant et déterminé elles avaient, ces petites villes, si resserrées, si denses d'impression, (ju'on croit les loucher, les tenir dans sa main ! Mais j'y cheirhe vainement l'expression d'une i'ai^'on de sentir.

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Dans ces cités déjà si Tories et (|ui devaient donner à l'art lant de types humains, on ne trouve pas au xi" siècle un individu.

Et pourtant en puissance elles contenaient tous les chefs-d'œuvre de la Toscane; on le perçoit bien quand, au soir, après une journée de contact, sur leurs vieux murs, on fait sa promenade en rassemblant d'esprit ses notes de la journée.

Faire le tour des remparts, c'est boucler définilivement le pelil dossier de sensations qu'on vient d'amasser sur une ville, c'est compléter son enquête par un regard sur la campagne où s'est formé ce petit monde. C'est lui prendre son inconnu, lui dénouer sa ceinture. Et puis, par sa voix aussi, une ville se fait comprendre, aimer, et vers six heures, en avril, les cloches sonnent VAve Maria. Après cela, il n'y ;i [dus qu'à la quitter, du moins avec nne reconnaissance sensuelle, si elle n'a pas su garder tout notre être comme font telles patries dont nous demeurons tout imprégnés. J'ai <|uil(c Luc(iues, n'ayant aimé que ses pro-

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menatles, sa nature, dont elle n'a pas su, du temps qu'elle était si ardenle à la vie, tirer une expression.

La plaine et les montagnes en Toscane ne sont jamais vulgaires, mais fines et fortes, avee une noblesse qui vous conquiert, comme fail la douceur d'une jeune femme, qui dès l'abord n'avait point cherché qu'on la distingimt.

Nul })ays où les arbres, les collines, les heures du jour soient autant les jumeaux du ])etit peuple des musées. On croirait qu'ils furent créés dans le même instant par les mêmes influences, et s'il faut concéder que l'un précéda l'autre, j'admets plus volontiers que la nature florentine s'est composée suil'art florentin.

Le long de la viale dei ColU, dans cette heure lucide du soii' qui sublime la réalité, j'ai vu flotter au-dessus de Florence toutes les formes d'art cpii précédèrent la venue du Ciéaleur Michel-Ange. Après avoir visité •1 huites les heures {\e la joui-née les douces

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et sérieuses villas de la eaiiipagne de la Toscane, je ne pouvais rien apprendre des images du xiv' et du xv' siècle. Elles ne m'oUrenl aucune conception de l'univers que ne m'aient déjà suggérée et de façon très précise les lignes de ce parfait paysage composé de l'Arno, des Apennins, de la ville avec ses villas éparses, de noblesse et de tendresse mêlées.

Oui, l'horizon de Kloience fournil au spectateur l'humilité penchante d'un (liotto, les formes sérieuses d'un Ghirlarxhijo, le piécis, la finesse et la symétrie ^l'un Lorenzo di Credi. Sur la droite de la terrasse Michel-Angelo, il y avait, hier au soir, un verger d'oliviers argentés, si liistes, si délicats, avec ces petits gestes sans tapage <|ue l'ont leurs branchages ténus. Et c'était tout Botticelli avec la grâce de sa Simonetta. Pré d'oliviers, refuge de la beauté, d'une beauté un peu boudeuse, un peu précieuse aussi, légèrement contournée et (jue ne surcharge aucune parure. Cette Toscane d'ailleurs, |)our livrei- l'essentiel de soi-même,

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