‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 2)Chapitre 32 sur 52 · L'EVOLUTION I)K L'INDIVIDU · texte numérisé non relu

L'EVOLUTION I)K L'INDIVIDU

n'a pas besoin des circonstances favorables de l'heure. En plein midi, un dimanche, tandis que le son éclatant des cloches dans l'air embrasé se confond avec la vibration du soleil, les montagnes de l'hoi'izon de Florence, nettes, déterminées et précises comme du métal, gardent la souplesse de la jeunesse et l'onctueux de sa sève, de telle façon que le Bargello, où tous les adolescents de la Renaissance florentine nous émeuvent par la j)uissance de leur bronze et le frémissement de leur jeunesse, nous apparaîtra comme la collection des jeunes forces réalisées que nous avions vues éparses sous le plein soleil de Toscane.

A cette grâce des choses, à cette liberté dans les lignes les plus déterminées, mil doute que ne fussent sensibles les habitants de ce beau pays dès le xn" siècle. Ce qui leur man- (juait, c'était de prendre conscience des éléments de cette beanlé. 11 leur fallait uri intermédiaire entre eux et la nature, (|uelqu'un

I/K VULLTIO.N l)i; I.I.NDIVIIM. -Jj.!

(|iii les intéressât aux lois de la vie, à la slnuimc analomiqiie des corps, à la perspective exacte; un maître, enfin, qui les mil à même de déf;ager l'essentiel (tout l'essentiel et rien (|ue l'essentiel) des choses sensibles pour en faire de l'idéal.

Ce maître, ils le trouvèreni au milieu du xni'' siècle. Ce fut ce vieillard (ju'on voit au Ilaptistère de Pise sur un des côtés de la célèbre chaire de Niccolo Pisano. Non avertis, vous le croiriez simplement un grand prêtre dans une Présentation au temple, une sculpture eu relief, ni meilleure ni pire rpie tant d'autres. Mais sachez que celui-là, c'est l'ancêtre de tout le peuple des musées de Toscane, et ainsi l'ancèlre de beaucoup de sentiments et de beauci >up d'actes, et par là encore de beaucoup de bonheur et de malheur (|ui animèrent l'iiumaiiilé de|tuis la Renaissance.

î'our une influence si féconde, quelle est donc la vertu secrète de ce vieillard, près de (jui, tous, nous passerions indilïérents si les historiens de larl ne nous l'avaient signalé?

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Vaul-il par son ardeur à tenir l'emploi de grand prêtre et à accueillir son Dieu dans le temple? Avons-nous ici quelque témoignage émouvant de la foi des simples au xni*" siècle ? Non point. Ce grand prêtre ne se soucie pas de la scène religieuse où il figure; il n'a aucune .sincérité; c'est un simple figurant.

Un figurant, oui, car traversez la place, entrez au Campo Santo, examinez dans cet angle, sur cette belle colonne de marbre vert, ce vase antique ; vous y trouverez précisément le vieillard. Pisano l'a emprunté ici pour le mêler à ses images pieuses. Et, sur celte fi-ise, depuis tant de siècles, (|ue fait le vieillard? Il figure dans un cortège bachique. Il suit le gros Silène qui joue du pipeau. Les cordons de ses sandales sont dénoués, et un jeune homme courbé les rattache. Lui-même, dans les plis de sa robe, tient pressé un petit garçon. Où vont-ils ainsi? Je songe aux Contes Milésiens. Nul ne se douterait qu'un tel bacchant va au Baptistère de Pise émouvoir les dévols du Chi'isl. C'esl (ju'aiissi bien il ne vaut (pic

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|t;ir la beauté de sa barbe el l'iiarmonie des plis de sa draperie. Son mérite, c'est de vivre. Ne lui demandez licii de plus, mais cela il l'apporte au petit peuple des musées; il leur donne le secret de la vie.

Doués d'un sens très vif de la nature, mais incapables d'atteindre à la vision directe des rliosos, les Toscans, si désireux de réaliser les i mantes ([ue leur proposait leur pays, s'appro- |trit'rentd'aboid la noblesse des formes, l'allure de l'arl anliciuc.

Le danger était que ces premiers êtres qu'ils civahMit demeurassent de simples ligurants, capables d'exister, de se grouper même, mais indifférents. Attendez, laissez la race prendre (•((iiscience des éléments de la beauté humaine cl des lois de l'art. Assez vite, le peuple des musées va s'individualiser.... En moins d'un sif'clc, loulc cette grâce aisée et forte, qui nous sup|)liait i\i' lui donner l'être quand nous nous promenions sur les remparts de Lucques et

(laus la campagne de Florence, prendra corps

\(tici le xv" siècle î Le peuple des musées est

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