‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 2)Chapitre 47 sur 52 · Ï2 IIAMLKT EN SALM-SAL.M · texte numérisé non relu

Ï2 IIAMLKT EN SALM-SAL.M

Ce fiU une période confuse de dix-huit mois, jusqu'à 1795, où, pressée par la lamine, et sous prétexte d'échapper au décret de la Convention qui interdisait l'exportation des grains, mémo dans les enclaves de la République, la principauté se donna à la France. Le fameux Couthon fut délégué par la Convention à Senones. La milice du prince devint la gendarmerie; c'est entre les mains d'un homme nouveau qu'on paya les anciennes redevances. Puis Couthon adressa à Paris un rapport fort beau de jeune énergie et de foi. C'est là, désormais, qu'était la vigueur, la juste et réelle impériosité.

Que faisait-il, le pauvre prince Constantin, te le ci-devant tyran »? Quels impuissants pensers l'obsédaient? Ce Salm-Salm s'altardait-il à écouler la voix de ses aïeux, comme Hamlet aux remparts d'Elseneur? Je le soupçonne de n'avoir vu là (pie la perle d'un revenu (cinquante mille francs de rente environ). La diète de Uatisbonne, plus tard, lui fil l'aumône de (juelques parcelles sur la rive droite du Uhin.

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Napoléon le déclara membre de la Confédération germanique. En 1815, naturellement, il reparut à Paris. Que n'espérait-il pas! Vers 18*20, il envoyait mille francs à la commune de Senones, qui lui répondait fort poliment. En 1820, on l'expulsa de Erance. Le vieillard en fut étonné, car il tenait assurément le désir d'être restauré comme une preuve de dévouement à la maison de Bourbon.

Ses petits-enfants sont officiers dans l'armée allemande. Us ont si fort délaissé leur héritage qu'ils n'en possèdent même plus les parchemins, je le sais.

A Senones, le 10 septembre 1895, j'ai vu célébrer tout à la fois la bonté des princes de Salm-Salm, les traditions locales, Couthon et la Erance. Quelle force admirable d'oubli, de réconciliation et d'indifférence il y a chez les petits-fils!

Cette vaillante population de Senones a toujours aimé à danser. En 1791, la princesse résinante étant accouchée d'un fils, la municipalité décidait une messe solennelle, de la

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musique, le son des cloches et, le soir, le biuil des bottes et illuminations. C'est le programme même du 10 septembre 1895. Nul doute que les boîtes qui servent celte lois-ci no soient précisément celles qu'on tira pour le prince et pour Couthon.

Il est seulement fâcheux (jue le chef de Salm-Salm n'ait pu faire le voyage d'Anhalt à Senones. Très probablement, à la droite du frère de M. Jules Ferry, M. Charles Ferry, député de la circonscription, il eût été le héros de la fête. En outre, il aurait vu réunis dans un petit musée occasionnel des objets de sa famille (ju'il n'aura plus l'occasion de rencontrer. Ce n'est pas, toutefois, qu'ils soient perdus : le musée de peinture d'Epinal est précisément la collection de tableaux des princes de Salm- Salm; leur correspondance de famille, reliée eu trois gros volumes, appartient à la bibliothèque de jNaiicy; leurs portraits sont épars chez les revendeurs juifs de la région, et comme leurs châteaux sont utilisés par des industriels senonais, une bonne partie de leurs

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hihclols satisfont également des gens de goût (In pays. Sons la vilriiie de rexposition, il y avait nn joli Insil catalogué : « Fusil d'une |>iincesse de Sahn ». En somme, tout cela légitime ce que disent les annalistes locaux : les Salm-Salm ont laissé de bons souvenirs dans la région.

.le ne sais si le lecteur apprécie ce ({u'il y a d'ironie, de confusion et de haut divertissement dans la philosophie avec laquelle les intéressés interprètent successivement les événements et peu à peu mêlent les nuances, mais dans ce microcosme, on peut goûter un beau témoignage de ce que valent la « justice immanente » de l'histoire et la « clairvoyance de l'opinion », et surtout on y vérifiera que le succès, c'est toujcmrs la justice et le droit, même aux yeux des battus. Or, pour ma part, je jouis inliniment de chacun de ces détails.

A Éniilo (iallû, Nancéien.

Dans cet héroïque Parsifal, ce (jui nous forçait à pleurer, ce n'est point la souffrance d'Amfortas, son cri et ses rnains amaigries, dont il presse la plaie de son pauvre cœur d'homme.

Ce n'est pas non plus l'ardeur de Gundry (pii, pour séduire Parsifal, mêle à ses pleurs de femme dévêtue et passionnée le souvenir d'une mèi'e morte de chagrin : « Mon amour t'ollVe, ô joie amère, l'adieu suprême de ta mère dans l'ardeur du premier baiser! » Trouble ivresse, où le remords se confond avec le désir. De son geste si mol, Gundry essuie-t-elle des pleurs, caresse-t-elle? Nous

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en étions tout haletants.... Et pourtant ce n'est pas cela qui nous fondit le cœur.

Puis ce fut la chute des fleurs, quand s'écroule l'empire de Klingsor et le monde des vaines apparences. Qu'elle était triste et belle cette pluie dont tout le sol parut parfumé et fané ! C'était faire litière de tout ce qui est le meilleur chez tant d'êtres élégants et fins. Vous voilà, roses, dont les plis empêchaient de dormir le jeune homme de Sybaris, lourd sacred lotm dont le rude soldat se grisa entre les seins et dans les cheveux de la reine d'Egypte, iris des étangs et ményanthcs, fleurs des lunes, corolles de dentelles, qu'effeuillait la jeune Ophélic, et vous, récents hortensias! Beautés imaginaires, combien nous fûmes émus (juant l\Trsifal rompit votre charme! Mais pour persister nous li'ouvions de la force.

Gundry, de ses cheveux, essuya les pieds de Parsifal, et son cœur, (ju'ellc humilie volontairement, évoqua la Madeleine, de (|ui nous tous, enfants chrétiens, dès les premiers catéchismes, fûmes si follement amoureux.

ij: Ki-r.Auii SI R la I'Haiiîik. .".m

Traits sublimes (jui nous faisaiciit pâlir de plaisir, mais à rorchcstro, aux Ium-os, au |)Ot'l(', nous disions : <■< Prodiguez voire génie |)lus avant notre cœur! nous sommes capables de supporter encore. »

Alors ce l'ut notre limite : Gundry, remontant au fond de la scène, s'accouda sur la barrière et, sans parler, contempla la prairie. Immortelle minute, bénélice qui ne saurait se |)erdre, point supi'ême où se dissipe tout notre émoi voluptueux poui- ([ue nous soyons exténués de sublime !

D'où celte paix qui contente divinement ton cd'ur, Gundry?

A travers les siècles, quelques héros déjà la ressentirent, et, comme tu fais avec nous, la dispensèrent à l'humanité.

C'est l'apaisement de Socrate dans sa prison et de Celui (jui se releva au Jardin des Oliviers.

Durant leur silence, l'un et l'autre qu'avaienl-ils médité? Socrate, longuement, contemplait Athènes; il avait jugé qu'il ne convient

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pas à un citoyen de se soustraire aux lois, môme injustes; il se sacrifiait à la cité. Ceux qui suivirent les yeux de Jésus les virent levés vers le ciel; il invoquait son Père et se sacrifiait à la volonté divine.

Mais toi, qu'as-tu vu sur la prairie, regard de Gundry? — Des fleurs sauvages, des simples et qui suivent la nature.

Dans cette prairie, nous ne voyons ni l'olivier mystique des religions, ni l'olivier des légistes, le symbole de Minerve. Ni une cité, ni un Dieu qui nous imposent leurs lois. Gundry n'écoute que son instinct. « Un pur, un simple qui suit son cœur, » c'est le mot essentiel de Parsifal.

Cette prairie, où rien ne pousse qui soit de culture humaine, c'est la table rase des philosophes. Wagner rejette tous les vêtements, toutes les formules dont l'homme civilisé est recouvert, alourdi, déformé. 11 réclame le bel être humain primitif, en qui la vie était une sève puissante. Ah! la vie, elle emportait alors

chacun vers sa perfection. L'homme ne lui résistait pas. Chacune de ses actions épanouissait les mouvements de son cœur.

Le philosophe de Bayreulh glorifie l'impulsion naturelle, la force qui nous fait a^ir avant même que nous l'ayons critiquée. Il exalte la lière créature supérieure à toutes les formules, ne se pliant sur aucune, mais prenant sa loi en soi-même.

Par son sacrifice, Socrate promulgue les lois (le la Cité. Jésus la loi de Dieu, l'amour.

(jue fondent Gundry, Tannhauser, Tristan, héros déchirants de W-agner? Les lois de l'Individu.

Une seule loi vaut : celle ({ue nous arrachons de notre cœur sincère. Pour nous diriger dans le sens de notre perfection, nul besoin de nous conformer aux règles de la Cité, de la Religion. Un citoyen? un fidèle? Etre un individu, voilà l'enseignement de Wagner.

Mais que nul ne s'y trompe. Ce n'est point une doctrine de jouissances faciles. l,a culture

LK [{KfiARD SFR I.A PRAIHIi:.

du Moi, aussi bien que le culte de Dieu et de la Cité, exige des sacrifices.

Il ne faut pas subordonner notre propre nature à aucune autre. 11 ne faut point contenter nos aspirations avec aucun objet indigne.

C'est la souffrance d'Amforlas de s'être salisfait d'une femme qui n'était pas digne d'être aimée. C'est aussi le tort du chevalier Henri Tannhauser au Yenusberg; il atteint à la perfection quand il aime Elisabeth, parce que cellelà seule était capable de contenter la qualité d'amour pour laquelle il était né. Et le crime de Gundry, elle-même, fut de contredire son Moi. Née pour la pitié, elle ricana, par orgueil, par fausse honte peut-être, sur le passage du supplicié qui gravissait le Calvaire. Elle acceptait ainsi les façons de voir de ses concitoyens; elle sera maudite jusqu'à ce qu'elle ait satisfait sa véritable nature (|ui est de s'humilier par amour.

Wqgnci' (Miliii, <('l effréné individualiste, lul-il — f(»min«' ailiici'.iieiil à le |)i'ouvor b's

M-; iii:(;.\iîii si i; i.v niAiiiii:. ."'>'.

adversaires de nuire religion du Mdi — l'ut-i) un jonisseni' inca|)al)!e de sacrilice? Référez plu lot à lonle sa biographie.

Il ne permit jamais à son èlre intéiicur de se détourner de sa destinée. Pour y rester fidèle il saciilia tout désir de jouissances immédiates, car ces jouissances positives de la vie, il ne pouvait les acquérir (|u'cn soumettant ses facultés essentielles, ses instincts d'art, à des exigences déformantes : au goût du public, au sentiment du plus grand nombre. Wagner s'est détourné avec dégoût du siècle, comme disent les mystiques. VA non point ({u'il fût un mystique, mais son désir était tel (ju'il ne trouvait pas à se satisfaire dans la médiocrité des réalités. Et il eut cette noblesse (à l'encontre d'Amfortas) de ne point vouloir de cette diminution de son idéal — car il en eût ressenti une souffrance (pii eût ein[)oisonné sa vie.

Pages du Pliédon, récit du Jardin des Oliviers qui êtes les points de ralliement de l'élite humaine, l'Enchantement du Vendredi-Saint vous vaut. "Aux hommes dans leurs heures

d'angoisse, vous avez donné la force de maintenir quand même leurs actes d'accord avec leur idéal; vous invitez ceux-ci à s'incliner toujours devant les lois de la Cité, et ceux-là à accepter la volonté divine. Révélation, Contrat social, ce sont les moyens par où, jusqu'à celte heure, l'humanité se dirigea vers sa perfection; eh hien, le prophète de Bayreulh est venu à son heure pour collaborer à la préparation du Culte du Moi qui se substituera à ces formes usées et enseignera le renoncement en vue du mieux à ceux qui n'entendent plus les dogmes ni les codes.

Allons à Wahnfried, sur la tombe de Wagner, honorer les pressentiments d'une éthique nouvelle.

Août 1S'J2.

TABLi: DES MATIÈRES

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