‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 3)Chapitre 25 sur 59 · UNE VISITE A DON JUAN · texte numérisé non relu

UNE VISITE A DON JUAN

un Français, de même ardeur emportée tragique, Raneé, subissait un tête-à-tête lugubre encore- « En montant tout dro l'appartement de la duchesse de Montbazoï il était permis d'entrer à toute heure, au des douceurs dont il croyait aller jouir, vit pour premier objet un cercueil et, p dessus, la tête toute sanglante de sa maîti qu'on avait détachée du reste du corps, afi gagner la longueur du col, car le cercueil trop court. »

Uon Juan oi^nise une confrérie religie Raneé fonde la Trappe. L'un et l'autre s'a nent aux pratiques ascétiques. Comme je drais me pencher sur leurs yeux dans l'in!

même où des cadavres s'y reflétant tram maient brusquement leur être !

Du moins ai-je eu levif plaisird'imagim d'examiner le portrait d'abord, puis, m encore, le moulage qu'on a pris de don ■ sur son Ht de mort. Examiner, touche ihysionomie de cet homme qui prêta à la nation d'une des plus profondes légende

146 UNE YISITE A DON JGAX.

la sensibilité moderne, n'est-ce pas déjà très eicitant? Cette galante relique, les esprits vraiment religieui 4ne comprendront^ aous donna une- impression' pins grave que* tant^d'osse^ ments saerés^ui remplissent les églises* tl'E&pagne.

Niil doute pour qui Texamine/ don* Juan élâit une âme sans eompKcatiôn, mais forte, et de vie intérieure trop vigoureuse pour s'embarrasser d^'^àucun obstacle. Uine 'lui> coftta>< pa^ plus d'étonner le monde par sa conversion qu'auparavant • d'épouvanter les timides, de scandaliser (les sages et de* désespérer ses amantes^ tôt délaissées après tant d'amour i

Valides Lealv<dans un portrait authentiquie, nous le montres converti qui disserte. Lé doigt levé, assis devant des traités théi^logiques', il réfute et affinme* de l'air d'un militais à moustache^ Certes, il ^est bel ainsi, mais de la mort il reçut plus de noblesse que de saconversion même. L'agonie a sublimé ses traits^ qui, tant qu'il vécut, n'étaient paS' extrê mement intelligents. En mourant, il devin

DOW JUAK. 147

digne de sa légende. C'est à cet instant qu'iis'égala ^oi-même. l)e don Miguel il passait don Jluan. , Soudain, sur son masqoe de cadavre, apparurent cette passion, cette gravité dont il avait toujours été rempH, car, alors même qu'tl faisait la débauche, ne île prenez pas pour un voluptueux frivole, mats pour mi htsmae q^ui s'achai'ae vers le bcmbeur et joint à la fureur de ne le point trouver l'amertume de propager la douleur dans le monde.

Ah ! qu'il dut lui paraître facile de quêter pour les pauvres, à lui qui tant d'années avait quêté pour être heureux ! Et que les refus brusques des riches qu'il importunait lui furent légers auprès des larmes de celles qui ne refusaient rien à cet irrésistible et pourtant ne pouvaient pas lui donner l'obole de bonheur dont il élail si avide. Voluptueux qui, après avoir serré dans ses bras tant de jeunes corps des meilleures familles, ne se satisfit qu'à porter les cadavres des pendus.

On attache beaucoup trop d'importance ouf l'ordinaiiTC aux circoBstauces de la vie.

IW r>'E TISiTE A »0^ JCAS.

Que nous passions notre existence dans telle ou telle occupation, cela est peu caractéristique. Chacun suit la route qui passe dans son village ; celuinri \^ dans les cloîtres, cet autre dans les casernes, ce troisième sera cuistre dans les bibliothèques et ce quatrième courra les maisons de joie. Sur ces allures extérieures« n'allez pas classer les hommes ! Observez plutôt la façon dont ils sont émus« leur manière de prendn? des résolutions, ces secous>es décisives qu'ils ressentent, chacun dans leur sentier. Saint Paul, sur le diemin de IXimas^ Lov».>Ia. a une autre époque, font voir exuctement ce même phén^mièiie de b volonté iju\>u ob-serve chf z don Juan Tenorio. Y^inlà des nj»pDxheuiea!:s qui coutirmenl Tajoalogie que nous trv^uvotis aux cas de Juan et de Rancé, et par là jïeut-étre ch«>|uoasHaiousw Mais en voici bieu uu aunv : ce pUtre si arave, quand je le conteïii^^Idis à la CaritaJ. soudain m^évoqna les trdits mêmes de Pascal.

te duu Juau ,(ui, :saiis doute^ n^écrivit pa; les Pfvanciaies. mais ijui unjcumentait passion-

Page 1