‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 3)Chapitre 26 sur 59 · VISITE A DON JUAN. U · texte numérisé non relu

VISITE A DON JUAN. U

lui aussi, pour se convertir, étaon effroi de la mort et sur sonnt, ne me déconcerte pas quand iblis par l'agonie, prennent un ivec ce fiévreux Pascal. Puisque nalogue commandait tous loui's atérieurs, quoi d'étonnant (juc )lables soient apparues sur leurs déformaient plus d'influences

IX qu'on ne puisse obtenir un isque de doD Juan. Coulé en it un bel appui pour la main, gation de sœurs installée à la ; point qu'on le caresse encoic.

che! Celui que les femmes les îs ne purent fixer malgré leurs urd'hui le prisonnier de vierges es, la reproduction de don Juan

LE PAGE DES CHIiNS COURANTS

« — ^ beaux raisinsjaspésquei l'on coupe îa nuit. dans les vei^rs de Trianaet que'l'on trouve le matin si frais et ruisselants de' rosée ! Ëiiste-t-il un fruit plus charmant poor réveiller le goûl'i Je- n«spère plus revoiFcos -temp^ heureux.

— Mon ami,, ce souvenir est un piège du démon. »

Ce fragmenl. dialogué de Geii\'ankee dans son mer\'eiUeux drame : Et rufiàndishoto, Le ruâan heureus, s'était iixé.dansmamémoire au point

ae.Triana, depuis .des années, avait. pris pour

oi une valeur légendaire et m'apparaissait

comme un des vergers romanesques du monde.

Aussi, Tune de mes premières voluptés à Séville, — Séville,. dont je fais aujourd'hui la commémoration annuelle — fut-elle de franchir le pont brûlant du Guadalquivir pour visiter, sur l'autre rive, le faubourg de Triana. , Nul verger, nuls raisins coupés ! La nature n'y témoignait de ses belles énergies que par de grands garçons tout nus et de couleur dorée qui somnolaient avec leur vermine à l'ombre de leurs malpropres maisons. Une faïencerie installée là par des capitalistes anglais désireux de profiter de l'incroyable bon marché de la main-d'œuvre me révolta : dégradation d'un peuple contraint à chauffer les fours par cette terrible température à une heure que, de père en fils, ils consacraient à la sieste !

Je suivais lentement les raies d'ombre, jouissant du pittoresque des gitanes, des petits ânes, des ordures amoncelées, et m'attardant aux églises toujours fraîches et imprévues.

Enfin, revenant au Guadalquivir, je m'ass; fatigué sur la petite place à l'eiitrée du ponl

dans Tombre d'une croix de mission» Nous étions là une centaine d'êtres ne pensant à rien qu'à la brise, plus faible que d'un éventail, apportée par le fleuve : mendiants qui priaient, ouvriers harassés attendant le tramway, filles demi-nues avec leurs bâtards, vendeuses de fruits ; le tout couvert de mou* ches et sentant la décomposition.

C'est peut-être cette odeur, dont je m'avoue passionné, qui me reporta aux canaux de Venise, où, sous un soleil plus modéré, je sentis les mêmes fleurs et la même mort. Je me rappelai que cette déception, trouvée aujourd'hui dans les ruelles de Triana, je l'avais ressentie jadis à la Giudecca, quand m'y avait conduit l'énigmatique chanson de Musset :

A Saint-Biaise, à la Zuecca, Dans les pres fleuris cueillir la verveine, A Saint-Biaise, à la Zuecca, Vivre et mourir là !

Mais tel était mon mécontentement de Triana , que j'eusse voulu sur l'instant me transporter

dans cette Zuecca, triste îlot ,bâti où je ,vîs bien pourtant qu'il n'est pas da verveines ; mais qu€|lles délices pour das mains salies de poussière de pendre de la gondole ^u fil de l'e?^u fraîche et bruissante!

.... Et maintenant, Séville, ^vçc la distçuace, a fait son œuvre d'enthanten^eAt. Plie m'a^pparaît, après une année, ruisselan,tçj(le splendeur. « beaux raisins jaspés dçs vergers de Triana . . . . Je n'espère plus reyoir ces tpmps heureux. »

Mais surtout, ce que je coipppends |[|riaintenant^ c'est la repartie diï Pèrç dp la Croire d.an§ le drame de Cervantes ;

ce Mon ami, ce souvenir est up piègp du démon. »

Venise et Séville, Sienne et Tolède et Cordoue! Faiseuses d'illusions qu'un jour j'ai possédées avec nonchalance et fatigue, et qui, par un prestige diabolique, dominez depuis tout mon rêve! voilà votre prodigieux sortilège!

Gomme un mot d'amour: ou uae. insulte tonnés dans une âme ardent-e, votre impge, grandie

HIENS COURANTS. lob bientôt l'être qui, deux

Ommerçante, trop' moï est devenue pour moi, iroit oU prirent une va- 3ts qiii jusqii'alors ne oiis mornes. C'est à Série Padilla, don Pedre, , le divin Morales, syK hs doute pour toUs les jugeront brèves, tandis versent d'intarissables onfuses.

:une, cambrée et amou- '. bruissante comme une lade est vraiinent glacée las de lumière dans les e nocturne, je préfère de soleil, car le soleil lir et de prévoir, et il on momentanée.

El fraîches que m'ou- -midi uù chacun dort.

des petits complaisants, bien faits, semble-t-il, pour porter des billets et même pour servir de femmes de chambre, vous m'offriez de si étranges meubles, bahuts, commodes, supportant des brassées de lys et les dernières fleurs du magnolia, que l'impression emportée de chez vous, c'est la familiarité d'un appartement intime ennobli par le fait qu'on y aurait ardemment aimé.

A San Jacinto, précisément faubourg de Triana, je sais un Christ étendu sur une couverte piquée, que soutiennent deux oreillers, avec sa couronne d'épines auprès de lui

posée.

Ce n'est point dans les musées de Séville, de Madrid, qu'on peut se réjouir profondément.

Ils sont suspects d'italianisme. Les vraies délices, c'est où se trouve le tour de reins espagnol, une manière brusque, vraiment terrible, de prise sur nos sens. Tragiques poupées espagnoles, en bois, vêtues de velours, baguées de rubis, combien vous êtes intéressantes, encore que vous ayez voulu, pour cacher vos

LE PAGE DES CHIENS COURANTS, chei's visages contractés, une demi-nuit aul de vous! Goya, avec ses toreros et ses ; cières déhanchées, nous fait connaître ardeurs-là, faiblement, car, de la mort ei la sensualité des martyrs, il avait glissé drames du taureau et de la galanterie ; pour il semble une suprême poussée de ta :

tarissante de cette race. Mais le secret l'Espagne, si jamais je l'entrevis, c'est profondes alcôves de ses églises sans glo tandis qu'en dépit des grilles et des oml j'adorais ces poupées faisandées, corps déi billes et saignants, genoux et coudes écon du Christ, jeune homme de trente ans suides femmes passent un linge mouillé.

Voluptés de la tauromachie et de l'auto-da pour la masse ! mais qu'elles passent cérébralité, et nous avons l'ascétisme! Je soupçonne, ces Espagnols, d'avoir trouvé plaisir dans la vue des souffrances du Chi Sur toute l'Espagne, j'entends ce cri dur ( dans Cadix désert, montait, à travers l'air | du peuple pressé au cii-que des taureau

d'heure en heure acclamant le sang qui jaillissait. Sur les dalles si fraîches de l'alcazar de Séville, j'ai respiré le sang, le jeune et vigoureux sang des amants et des ambitieux qui s'y assassinèrent; et siir ces dalles encore, quelque chose de léger qui flotte m'en avertit, des tapis lurent jetés pour qu'elles devinssent des chambres à coucher. Tant de fois lavées et si muçUeç, ces longues salles pourtant ne peuvent me cacher leur secret, toujours l'aveu pour quoi j'adore l'Espagne : la plus violente vie nerveuse qu'il ait été donné à l'homme de vivre.

Très beaux pays, aristocratie du monde! Ne me parlez Allemagne, ni Angleterre! Combien je la comprends, La ballade que chantaii^nt au seizième siècle les senoritas de Séville et de Gordoue : « Mon frère Bartolo s'ea va en Angleterre pour y faire la guerre. 11 me raniènera un petit luthérien, la corde au cou, et une. petite Anglaise qui sera ma femme de chambre. »

A tous, elles nous mirent la corde au cou, cec reines du Midi. « Ah! mon ami, dit justement

;HIENS COURANTS. 15ft

servantes, ces souvenirs ion!-»

Nord, enchanté un jour

•onge au page des chiens

de Laon. Sa vie, vous

la nôtre, enfoncée dans ssognes et des contacts îiée par de courts éclairs, redevances et corvées France, on lit, pour ia 1 Fille folle de son corps lu page des chiens coulée. »

! Jour de joie pour ce et analogue à la date e contact avec ces courissent les grandes cités Séville et Venise, Sienne

Cette entrevue annuelle ge, quelle intensité ne e peu à peu dans l'ima- Et je suis sûr qu'en )rocédés, il en faisait

bénéficier les pauvres bêtes à lui confiées par le devoir professionnel. De tels instants lui donnaient non seulement les jouissances de la civilisation, mais encore ses vertus. Après cela, pas plus qu'aucun de nous, gens du Nord, qui avons voyagé là-bas, il ne pouvait être une brute.

Mai 1895.

A LA POINTE EXTREME

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