‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 3)Chapitre 43 sur 59 · E L'INDIVIDU · texte numérisé non relu

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qu'à cette ivresse de l'âme ! Pour de rares instants seulement ils parviendi'ont à goûter les ivresses de la création : c'est le baiser si ardent, mais stérile, qu'échangent Léda et le Cygne.

On connaît ce groupe exécuté d'après Michel- Ange, par un de ses élèves, Âmmanite. Combien j'y trouve de sens, du point de vue psychique! Voilà Léda, la fille de Grèce et de Rome, la Renaissance, la race qui fournit au monde le type de la beauté ! Elle accueille l'oiseau mystérieux, l'amant inconnu, le chevalier Lohengrin. Il est le cygne des grands fleuves du Nord, et sous ses ailes frisonnantes détient les secrets qui flottent sur les lacs à l'ombre des forêts humides. Serpent, oiseau, poisson, à la fois repoussant et majestueux, le cygne est composite comme la nature même. Il apporte à la latine la rêverie germanique, le sens de l'universel, l'aspiration panthéiste. Mais ces .'tus, dans un baiser qui surprend, Léda le Cygne vainqueur ne les rapprochent que

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pour un instant. Baiser ardent, mais trop furtif , en même temps que trop ingénieux.

C'est qu'Ammanite voulait signifier Tétat d'âme qu'il connaissait si bien de ceux qui, n'étant point nés au-dessus de l'ordinaire, essayent pourtant de connaître plus que la réalité! Symbolisme audacieux, et sur quoi nous médi* terons devant les peintres de Bologne.

A la fin du xvf siècle, le petit peuple des musées ne se propose plus de modèle extérieur; il tire sa vie de l'âme même de l'artiste. Du Vinci il a reçu la méditation ; du Corrège, du Sodoma, la grâce et la sensualité triste ; mais de Michel-Ange, l'exemple d'une vie héroïque; et c'est là dorénavant qu'il s'efforce d'atteindre, d'une façon réfléchie, employant toutes ses facultés lentement acquises pour se hausser à la plus intense exaltation. Ceux qui ne possèdent point l'âme héroïque d'un Michel- Ange, du moins se composent d^s conditions telles que, pour quelques instants, ils connaissent les exaltations d'une vie supérieure. Léi appelle le Cygne !

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siècle venait d'imaginer une roduire dans le monde supésme ceux qui, désireux d'y nt cependant de la force des lia, des Catherine de Sienne, ier spontanément leurs eni- •n connaît les Exercices spiri- 3 brefs instants haussent des l'état d'âme des héros. Celte"

pas la qualité naturelle des sort momentanément de la

Ainsi les peintres de Bo- : pas donner à leurs créations tdivine dont disposait Micheles placent dans des conditions acuités prennent leur pleine

stématiquement à rechercher extrêmes il pouvait combiner êtres dans un état supérieur vie. La peinture, la sculpture, résentation de personnes de

caractères déterminés dans une catastrophe particulière.

Une suite de cas passionnés, ordonnés par une merveilleuse science psychologique, voilà ce qu'on voit dans les musées d'Italie au xvii* siècle. Pour le pathétique et l'analyse, c'est déjà notre roman moderne, mais avec le souci de la beauté en plus.

On n'attend pas que je décrive des œuvres gravées partout et que nulle description littéraire ne restituerait sincèrement. . . .

On sait à Milan le célèbre Guerchin, Agar chassée par i fera Aam. C'est Sarah, c'est une femme légitime qui fait chasser honteusement sa rivale, une maîtresse désespérée, mais que l'orgueil féminin soutient. Examinez la méchanceté satisfaite et dissimulée de Sarah! A Bologne, du Dominiquin, la Mort de saint Pierre martyr ; quelle excellente explication de tant de héros qui, souvent, furent tels contre leur volonté ! Des anges descendent les palmes au martyr; mais terrassé par son assassin, il

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