SUR LA DÉCOMPOSITION
cœur de la France, des pavillons bas, des terrasses faciles et toujours trois marches de marbre dégradé. Bois dormants jusqu'à l'horizon! et s'allongeant sous nos yeux un long bassin empli des eaux jaunâtres d'octobre! En quel endroit mieux qu'ici pourrait s'achever la destinée d'un musicien qui n'a plus qu'à restituer ses dons aux éléments?
Sous cette grande cathédrale effeuillée de Versailles et des Trianon, j'écoute, je vois; je supporte tout un torrent d'indéfinissables beautés qui passe durant des heures sur moi.
C'est dans le jardin du Grand-Trianon, plus bas que la terrasse, à la droite et au-dessus du grand escalier qui descend au Canal qu'est une pelouse bien faite pour accueillir un cadavre et devant notre imagination l'épurer de ses parts répugnantes. Ici, enfin, j'accepte la mort. Seul novembre m'effraye, si noir, sans aucun désir de plaire et qui fera de la pourriture avec ces feuilles qui sous nos pas avaient un bruit de soie froissée.
Octobre 1893.
n COI
rideau levé, je vois, dans le jardin de voisin, un grand arbre, grave et patient soi neige. Sous ce ciel bas et gris, il paraît mense; encadré par ma fenêtre, il m'en tout l'univers. Les semaines passent; mes i ou mes passions que je rédige auprès dt s'envolent en petits feuillets pour l'imprim et lui aussi, à chaque saison, il a des a renées nouvelles, des manières d'être dont détache. Ses feuilles jonchent les allées. Ci côte, sans cesse, nous nous transformons s notre instinct. L'admii-able force que la sie si sûre, si paisible! Quel modèle pour un
vailleur! Je Taime beaucoup, d'une amitié paisible et hygiénique.
La Société contre la vivisection'm'a fait l'honneur de m'inscrire parmi ses membres, et certes je suis heureux de protester avec ces messieurs contre tant d'injures faites aux bêtes. Mais les arbres, leur santé, leur beauté, voilà aussi un souci passionnant ! Ces chiens que nous vivisectons aujourd'hui par curiosité de désœuvrés, c'est l'alliance qu'ils conclurent jadis avec nos ancêtres qui permit à l'humanité de résister aux grands fauves, à ces frères singes dévorés d'envie (comme c'est encore la coutume dans notre société) contre celui qui semblait décidément les dépasser. Mais dans les branches des arbres nous avons habité ; ils nous nourrissaient et nous protégeaient. Bêtes et arbres valent également pour nous servir.
Bien portants et tout livrés aux intrigues de notre milieu, nous pouvons aimer l'amour, la haine, l'ambition, toutes les passions, les intrigues même! Mais viennent quelque fatigu des dégoûts, et alors, avouons-le, les chos
toutes ces comDinaisons ue uivuises. ue&i. un des hommes les plus curieux el les mieux renseignés sur les peuples et sur tes siècles qui l'avoue : « Rien 'ne me semble égal aux montagnes, à la mer, aux forêts et aux fleuves » , dit M. Taine. Rien dans ma mémoire ne passe en émotion agréable un âne que je vis à Cadix sous un magnolia en fleurs.
En feuilletant un atlas (et quelle distraction plus passionnante !) ma curiosité se reporte toujours vers les antiques pays d'Asie, aux vallées caucasiennes et dans l'Arménie. Quelle ivresse ce serait, en dépit des scorpions cachés entre les pierres, de jouir de l'air frais du soir, à Etchemiadzin, auprès de la butte qu'on dit être le tertre funéraire de Noé, el de contempler le formidable Ârarat, tout blanc de neige et strié de lave noire!
i( Sans les enseignements qui nous furent donnés par les Asiatiques de ces contrées, lisent les géographes, sans les métiers que nous léguèrent ces devanciers, les plantes et
les fruits qu'ils nous apprirent à cultiver, les amis et les aides qu'ils nous firent dans le monde animal, nous nous trouverions encore dans la barbarie la plus profonde. » Combien j'aimerais accomplir là-bas un pèlerinage!
Régions où la bête humaine atteignit à l'humanité, conclut ses premiers grands pactes : le dressage, la culture! Quel fervent petit livre on en rapporterait, avec des couplets, des rêveries, tout un appel à ces mystérieuses intuitions qui, parfois, nous ramènent si profond vers les lointaines origines de notre Moi ! Avec un tour d'esprit un peu hégélien, ah! qu'il ferait beau philosopher dans ces tristes auberges de la plaine, où gémissent seules des hyènes assises comme de gros chats sur les tombes.
Des personnes compétentes affirment que, n'était la brutalité de l'homme dans nos étables, toutes les bêtes ou presque toutes consentiraient à y entrer. Incurie qui n'est pas moins désolante, dans les jardins du Caucase se trouvent en abondance des fleurs et des fruits jusqu'ici inutilisés et auxquels les horti-
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prient donneraient facilement lise. Pauvres plantes délaissées!
is seulement de leurs variétés privons, nous négligeons aussi morales qu'elles nous offrent et
exposer.
2S sentimentales ont trop peu trmer sur les plantes des asso-
amicales. Pour ce qui est des sons des journées à interpréter [lignages de sympathie des actes ention de leurs auteurs, sont ilïérents : un chien qui donne is témoigne pas plus d'amitié doucement courbée et qui n cerisier qui tend ses cerises, mtres nous font plaisir il faut ans le savoir.
as Ghambige, qui joignait à une liante une absolue incapacité à s, préparait un livre dont je ne e titre, l'Ame intransmissible, loppait évidemment que jamais
deux êtres ne peuvent sommes murés dans un Nous ne connaissons guèr notre maîtresse, de notre d'un chien ou d'un pomm
Mais si l'humanité a pr prêter comme des témoigi les services et toutes les fait jouir un bon animal, j:
moins de complaisance à
En Espagne, j'ai reçu histoire où une fleur joue délicat que fut le chien d je crois, par les consolatioi maître.
H s'agit d'un moine qui Il ne savait qu'une seule tous les jours. Les enfants dans les ruelles de Tolfedi les bénir et ne trouvait \ qu'il eût plein le cœur Même des débauchés lui i grossiers comme à un per