CHLORO-ANÉMIE DE DIVERSES ORIGINES
santé d'anémie. Cependant il n'est pas rare de voir des hystériques atteintes d'anémie très intense et ce ne sont pas toujours celles dont les attaques sont les plus fréquentes et les plus violentes. Il n'est pas douteux que les deux états morbides coexistent parfois pour constituer une chloro-anémie hystérique. J'en dirai autant de la syphilis qui devient assez fréquemment chez les jeunes gens des deux sexes, mais particulièrement chez les jeunes femmes, une cause déterminante de la chlorose. Dans les cas de ce genre, on voit généralement, comme dans certains faits de chloro-anémie tuberculeuse, l'anémie chlorotique prendre pour ainsi dire les devants sur les manifestations syphilitiques, et lorsque la lésion primitive a échappé — ce qui n'est pas rare — les éruptions caractéristiques surviennent pendant le cours du traitement institué contre la chlorose. J'ai recueilli plusieurs observations de ce genre. Quand la syphilis est reconnue d'emblée et qu'on institue un traitement mercuriel sans recourir au fer, le mercure diminue l'anémie sans la guérir complètement, et l'on peut ainsi se convaincre de l'existence des deux maladies, car il est de règle que l'anémie syphilitique disparaisse sous l'influence de la médication spécifique.
— Dans la chloro-anémie les combinaisons pathologiques sont souvent assez complexes pour échapper à toute description régulière, aussi bien qu'à un diagnostic précis.
Voici par exemple une femme de la campagne qui s'est toujours bien portée. Elle vient à Paris à l'âge de vingt-neuf ans, se met couturière, tombe dans la misère, se nourrit mal et bientôt est atteinte de chlorose dyspeptique. En même temps surviennent de petites attaques d'hystérie.
Au moment où je la vois, cinq ans après le début de sa maladie, je constate une anémie prononcée, atteignant presque le troisième degré, avec œdème de la face et des membres inférieurs, de la dyspepsie stomacale, de forme atonique, accompagnée d'une légère dilatation de l'estomac, une métrite chronique déterminant à certains moments des ménorragies, de l'hystérie légère et enfin un peu de submatité dans la fosse sus-épineuse droite avec affaiblissement de la respiration et retentissement exagéré de la voix.
Ces derniers signes ne se sont pas accentués et la malade est sortie à peu près complètement guérie après avoir suivi un traitement local dirigé contre la métrite, en même temps qu'un traitement ferrugineux.
Mais le diagnostic de chloro-anémie était-il légitime et n'aurait-on pas pu ranger tout aussi bien ce cas pathologique dans les anémies symptomatiques?
Je rappellerai encore ici qu'on doit se guider, en pareille circonstance, sur l'état du sang et particulièrement sur l'abaissement de la valeur globulaire, qui est très rarement aussi prononcée dans les anémies symptomatiques que dans la chlorose ; qu'on doit tenir compte également de l'intensité des souffles vasculaires et des décharges de pigment par les urines.
Mais en réalité, dans les cas qui sont en quelque sorte intermédiaires entre l'anémie symptomatique et la chloro-anémie, il est inutile d'attacher à la précision du diagnostic une importance qu'elle ne peut avoir, pourvu qu'on reconnaisse la nécessité de soumettre à la médication ferrugineuse les malades présentant des altérations globulaires prononcées.