‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 146 sur 165 · LX1X, LXX, XCI · texte numérisé non relu

LX1X, LXX, XCI

Il est probable que cette sorte d'altération da sang' est due à la pénétration, dans le plasma, de matières solubles, et que l'organisme est capable de former des substances de ce genre, tout aussi bien que les microbes pathogènes.

B. Scorbut. — En 1871, après les tristes événements de la guerre, j'eus l'occasion d'observer, à l'hôpital de la Charité, une petite épidémie de scorbut et d'hémorragies scorbutiques secondaires, dont la relation a été publiée (1).

A cette époque, le sang m'a paru anatomiquement normal. Comme, d'autre part, les vaisseaux n'étaient ni altérés dans leurs parois, ni oblitérés par des coagulations, je crus devoir rapporter les hémorragies scorbutiques à une dyscrasie chimique du sang.

En m'appuyant sur diverses considérations, entre autres sur l'analyse des urines et les profondes altérations des muscles, j'ai rapporté les modifications chimiques du sang à deux faits principaux :

1° La diminution de certains principes fournis par l'alimentation.

2° Le passage, dans le torrent circulatoire, d'une proportion excessive de principes de désassimilation des tissus.

Les quelques faits de scorbut sporadique que j'ai observés depuis m'ont confirmé dans cette opinion.

Les scorbutiques détruisent activement leurs masses musculaires, et à un certain moment ils sont intoxiqués par divers produits de désintégration organique.

C'est une sorte d:auto-infection.

Mais il reste à trouver quelle est la substance toxique, et comment elle agit pour produire des hémorragies.

En 1871, les vaisseaux m'ont paru sains et non oblitérés. Mais je ne connaissais pas, à cette époque, les coagulations par précipitation, et il est possible que le scorbut soit dû à des concrétions provoquées par l'adultération du sang.

Quoi qu'il en soit, j'avais déjà reconnu aux hémorragies scorbutiques, en 1871, un certain caractère d'activité. J'ai montré qu'elles s'accompagnaient d'un mouvement fébrile, proportionné à l'abondance et à la multiplicité des hémorragies. Mes observations nouvelles ont fait voir, depuis, que l'examen du sang pur révélait presque toujours un épaississement plus ou moins notable

(i) xvm.

du réticulum fibrineux. On sait, d'ailleurs, que les analyses chimiques du sang avaient accusé, dans cette maladie, une augmentation de la fibrine plutôt qu'une diminution.

Aux matériaux que j'ai déjà publiés sur cette maladie, j'ajouterai, à titre de renseignements complémentaires, les deux observations suivantes. Elles contiennent des examens de sang pratiqués à l'aide des méthodes nouvelles, non encore en usage en 1871.

Obs. II. — L. R..., âgé de vingt-cinq ans, journalier, entré le 30 septembre 1880 à l'hôpital Saint-Antoine, salle Saint-Louis, lit n° 31.

Antécédents. — Mère aliénée, internée à Ville-Evrard. Père mort de maladie inconnue. Une sœur bien portante.

Difformités congénitales de la main et de la jambe gauches. La main est atrophiée et fixée à angle droit sur l'avant-bras. La jambe est également atrophiée.

Aucune maladie antérieure.

A Paris depuis 1870. Est porteur de journaux, gagne suffisamment et se nourrit bien. Habite une chambre d'hôtel garni peu aérée et malpropre.

Début. — H y a quatre mois le malade a ressenti aux membres inférieurs des démangeaisons causées probablement par de la vermine.

A la suite du grattage que déterminèrent ces démangeaisons, survinrent des boutons qui s'écorchèrent, devinrent douloureux et rendirent la marche presque impossible.

Refusé dans plusieurs hôpitaux, le malade fut dès lors en butte à la plus profonde misère, mangeant à peine, ne buvant que de l'eau. Il s'amaigrit progressivement, ses téguments prirent une teinte brunâtre, et dans les derniers temps sa faiblesse était devenue telle qu'il était pris d'éblouissements et de vertiges dans la station debout. Depuis quelques jours ses gencives sont douloureuses, gonflées et il a des épistaxis.

État actuel. — Aspect misérable. Constitution chétive. Maigreur assez prononcée.

Les téguments de la face présentent sur un fond pâle, anémique, une légère pigmentation brune. Les muqueuses labiale et conjonctivale sont décolorées. La muqueuse gingivale est gonflée, elle ne saigne pas. Les dents se sont pas ébranlées.

L'appétit est assez bon. Tous les viscères semblent sains.

Il n'y a pas de fièvre.

La faiblesse est extrême. La station verticale provoque des éblouissements, des vertiges. La marche est presque impossible. Le malade traîne les pieds, et n'a pas la force de les détacher du sol. Il est incapable de monter seul dans son lit.

Les membres inférieurs sont le siège de douleurs très vives que réveillent la marche et la pression et qui disparaissent dans le décubitus horizontal. La flexion et l'extension successives de la jambe gauche sur la cuisse provoquent également de vives douleurs dans les arliculalions des genoux.

A la face externe des cuisses, nombreuses croûtes d'ecthyma ; quelques croûtes semblables à leur face interne.

La jambe gauche est plus courte et moins musclée que la jambe droite. Elle porte des taches brunâtres disséminées sur toute sa surface. A la partie externe du creux poplité existe une traînée ecchymotique, de teinte jaune verdàtre.

Traînée semblable, mais moins étendue, à la partie interne de la même région.

La jambe droite est également le siège de taches brunâtres et de taches ecchymotiques le long de la face supéro-interne et au niveau du bord externe du creux poplité.

Sur les deux membres inférieurs on rencontre des taches violacées, reposant sur un derme induré et consécutives à des pustules d'ecthyma.

Des macules de même origine se rencontrent sur le tronc. Les téguments des bras seuls sont indemnes.

4 octobre. — Fétidité de l'haleine. Gencives saignantes et douloureuses. Badigeonner les gencives avec :

Acide chlorhydrique 5 grammes.

Miel 30 —

Lait et viande râpée.

8 octobre. — Les gencives vont mieux. La faiblesse est moindre. Le malade a pu se lever et faire quelques pas. Il peut manger des aliments plus solides.

13 octobre. — La marche est possible avec une canne. Elle est traînante et pénible. L'appétit est bon. Il y a un peu de diarrhée.

Bains sulfureux tous les deux jours.

20 ctobre. — Poids, 45 kilos.

25 octobre. — Amélioration considérable. Appétit excellent. Depuis huit jours le malade mange quatre portions.

31 octobre. — Hydarthrose du genou gauche. Repos au lit. Badigeonnages de teinture d'iode.

5 novembre. — Vésicatoire sur le genou.

6 novembre. — Angine. Bronchite. Julep diacode.

1er décembre. — Le malade est presque complètement rétabli. Il pèse 50 kilos. 16 décembre. — Il sort de l'hôpital.

Résultats numériques des examens du sang.

DATES

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