CHAPITRE PREMIER
§ 1. — Hématies.
A. Description générale. — Les hématies sont de petits corpus cules arrondis, plats, épais sur le bord, excavés au centre de ma-
nière à ressembler de face à une petite assiette, de champ à un biscuit à la cuiller ou à un sablier peu étranglé au milieu. Leur forme est très régulière, invariable et tout à fait typique; on a commis une erreur en disant que parfois elle était sphérique. Tous les globules normaux, non modifiés par les agents physicochimiques, sont régulièrement discoïdes et biconcaves (fig. 16). Mais naturellement, dès qu'un élément n'est plus parfaitement à plat, il paraît immédiatement plus ou moins elliptique.
Les globules rouges sont la cause de la coloration du sang. Vus par transparence au microscope, ils présentent, en effet, une couleur orangée caractéristique. Ils paraissent parfaitement homogènes ; mais comme ils sont plus épais à la périphérie qu'au
Fig. 16. — Hématies du sang de l'homme.
a, a, éléments ù plat ; b, globule rouge de champ; c, globule rouge placé obliquement ;
d, d, globules en pile.
centre, celui-ci présente souvent, quand l'élément est bien au foyer du microscope, une tache claire circulaire ou parfois semilunaire.
En raison de la forme biconcave de l'hématie, la tache centrale varie suivant la situation de l'objectif : quand celui-ci s'éloigne de la préparation, elle devient obscure, tandis que le bord du globule s'éclaircit ; elle devient claire et incolore, au contraire, quand on rapproche l'objectif.
Le contour de l'élément est nettement limité, très fin et la surface en est lisse, polie, à reflet légèrement chatoyant. La tache claire du centre est parfois absolument incolore et due à l'absence d'hémoglobine dans cette partie de l'élément.
A l'état normal, la coloration a sensiblement la même intensité dans tous les éléments.
A l'égard de la taille, il y a lieu d'admettre, chez ïadulte, trois variétés de globules rouges : les grands, les moyens, les petits.
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Les grands ont un diamètre moyen de 8^,5; les plus grands atteignent 8^,8 (en chiffre rond 9 \x). Les moyens ont 7^,5 de diamètre; les petits 6y.,5, et les plus petits du sang normal 6 v.(i\g. 17).
On compte, en général, sur 100 globules : 75 moyens, 12,5 grands et 12,5 petits, ce qui donne pour le diamètre moyen du sang normal 7^,5, c'est-à-dire précisément la moyenne des globules de taille intermédiaire.
Mais il ne faut pas s'attendre à trouver les hématies exactement de la même taille chez toutes les personnes bien portantes. Il existe à cet égard des différences individuelles assez sensibles et, chez le même individu, il est possible que les globules n'aient pas toujours exactement la même taille. Dans mes estimations la moyenne a varié de 7^,2 à 7^,8.
Fig. 17. — Globules rouges de diverses dimensions. a, grand globule; b, b, moyens; c, c, c, petits; d, hématie sphérique; e, mûriforme.
Vus de champ, les globules mesurent à leur partie renflée 2^,5 et 1 |x,8 à 2 [a au niveau du point étranglé.
Lorsqu'on examine avec soin une préparation de sang normal on trouve toujours, outre ces éléments, quelques très petits globules rouges dont les dimensions sont inférieures à 6 y., ce sont ceux que j'ai désignés sous le nom de globules nains par opposition aux globules anomaux dépassant 9 p., 5, auxquels j'ai donné le nom de globules géants.
Les globules rouges possèdent des qualités physiques intéressantes à connaître : ils sont à la fois visqueux, élastiques et malléables.
Ils adhèrent facilement entre eux et aux corps yîs. 18.
qu'ils rencontrent, changent aisément de forme, pour revenir ensuite, lorsqu'ils sontlibres,àleur apparence première.
Leur viscosité est telle que, lorsqu'ils nagent librement dans le plasma, ils se mettent à plat l'un contre l'autre de manière à
constituer de petites colonnes plus ou moins régulières qui ont été comparées avec raison à des piles de monnaie (fig. 16).
C'est là une propriété tout à fait normale, car on en observe les effets sur l'animal vivant lorsque le sang est encore dans les vaisseaux. Elle persiste hors de l'organisme, mais en subissant pendant et après la coagulation des modifications sur lesquelles nous aurons à revenir. Lorsqu'on cherche à séparer les globules rouges ainsi juxtaposés et légèrement adhérents entre eux, on voit les éléments s'étirer plus ou moins, puis se dessouder peu à peu et ne plus adhérer entre eux qu'en un seul point.
Si les tractions continuent à se produire et que les globules s'écartent encore légèrement, il se forme alors entre les éléments contigus un mince filament, dernier vestige de leur union. Ce filament élastique, fragile, très fin, se rompt lorsqu'il a acquis quelques micras de longueur, et les éléments, d'abord étirés, reprennent alors immédiatement leur forme primitive (fig. 18).
Dogiel a eu le tort de considérer ce fil de soudure comme étant de nature hbrineuse (1). MM. Weber et Suchard ont, au contraire, parfaitement établi qu'il est constitué par la substance même des hématies (2).
D'ailleurs, le même fait s'observe toutes les fois que les globules rouges rencontrent d'autres éléments : ils tendent à y adhérer, et lorsqu'une force quelconque agit de manière à les écarter du point auquel ils sont attachés, ils s'étirent et restent retenus par un petit fil détaché de leur surface.
Aussi est-il fréquent, lorsqu'on étudie le sang sur l'animal vivant, de reconnaître la présence, dans les vaisseaux soumis à l'examen microscopique, de globules retenus par la paroi vasculaire et qui, agités à l'extrémité d'un fil fin par le mouvement du sang, ressemblent à un petit pendule.
De même, on voit des globules étirés et suspendus à un fil, qui
adhère soit à un globule blanc, soit à un amas d'hématoblastes,
dans toutes les préparations de sang pur, lorsqu'on imprime par
un moyen quelconque un rapide mouvement aux éléments (fig. 23).
Quand on opère avec le sang du chat dont les hématies se dé-
(1) Dogiel, Ueber die Ursache der Geldrollenbildung iui Blute des Menschen u. der Thiere {Arch. f. Anat. u. Phys. Phys. Abth., p. 222, 1879).
(2) Weber et Suchard, De la disposition en piles qu'affectent les globules rouges du sang (Arch. de phys., p. 521, 1880). Voir LXII.
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forment très vite, on voit bien que c'est à la viscosité des éléments qu'on doit rapporter surtout et peut-être exclusivement leur tendance à former des amas. Les hématies du chat (particulièrement celles du chat nouveau-né) forment, en effet, même lorsqu'elles sont devenues complètement épineuses, des piles très compactes (%. 34, A).
Les hématies sont donc certainement des éléments visqueux, adhésifs, dont la substance extérieure peut s'étirer dans une certaine mesure, de manière à produire de minces filaments.
Les observations relatives à ces filaments fournissent déjà l'occasion de voir que les globules rouges possèdent une certaine élasticité. Lorsque les piles se dessoudent il n'est pas rare d'apercevoir une série d'éléments étirés, fusiformes, ressemblant à une sorte de chapelet (fig. 18).
Mais dès que les fils sont rompus, et ils ne deviennent jamais très longs, les globules reprennent immédiatement leur forme primitive. Grâce à cette élasticité, l'hématie peut pénétrer dans des vaisseaux capillaires moins larges qu'elle et s'insinuer à travers d'autres éléments. Elle peut s'allonger en forme de poire, de fuseau, de bâtonnet, se retourner sur elle-même en dessinant un 8 de chiffre, s'aplatir en lame mince; parfois, dans le sang hors de l'organisme, se creuser au centre, tandis que son bord s'épaissit et se rétracte de manière à dessiner de profil une sorte de calotte. Et, après avoir subi toutes ces déformations, on la voit revenir, lorsqu'elle est dégagée, à sa forme régulière primitive.
De même que la viscosité, l'élasticité est une propriété normale du globule rouge; aussi est-elle plus manifeste dans le sang en circulation dans les vaisseaux que dans les préparations in vitro. Elle diminue même, comme la viscosité, après la coagulation.
Mais il importe de ne pas confondre les déformations qui résultent de ces qualités naturelles avec celles qui sont la conséquence d'une véritable altération.
Toutes les fois que la viscosité et l'élasticité sont seules en cause, la surface du globule reste lisse et la biconcavité est conservée. Celle-ci peut être masquée, par suite de déformations diverses, comme par exemple l'étirement du globule en un long fuseau, mais dès que ces déformations mécaniques cessent, le globule redevient discoïde et nettement biconcave. Au contraire, lorsque la déformation de l'élément est produite par une véri-
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table altération, la surface de l'élément se hérisse de pointes qui sont définitives ou bien la biconcavité disparaît pour toujours; le disque devient sphère.
B. Altérations artificielles. — Malgré le soin avec lequel les anatomistes ont étudié l'action des agents extérieurs sur les globules, la grande vulnérabilité des hématies n'est pas encore suffisamment connue. Beaucoup d'observateurs confondent, en effet, les altérations artificielles de ces corpuscules, soit avec des formes anatomiques normales, soit avec des altérations pathologiques.
Il me paraît donc utile de donner une description sommaire des modifications de forme et de couleur que peuvent subir les hématies dans les préparations de sang pur, faites par les procédés ordinaires et sans les précautions que nous avons recommandées.
Les globules rouges, ou du moins une partie d'entre eux, peuvent être altérés par des causes multiples, parmi lesquelles nous signalerons particulièrement : 1° l'état plus ou moins humide de l'atmosphère; 2° l'état de malpropreté et d'humidité des lames de verre; 3° les traumatismes plus ou moins violents, subis par la couche de sang qu'on cherche à étaler en lame mince ; 4° la présence de particules étrangères dans la préparation ; o° l'état de malpropreté ou d'humidité de la peau au niveau du point où l'on recueille le sang.
Laissons pour le moment de côté les modifications produites par le froid, la chaleur, l'électricité, les divers réactifs, pour nous occuper uniquement de celles qui résultent des causes particulières qui viennent d'être énumérées.
La plupart des altérations de forme ou de couleur que nous allons indiquer peuvent d'ailleurs être produites par des causes multiples.
1° Etat vésiculeux. — Une des déformations les plus fréquentes consiste dans la transformation des hématies en boules sphériques. Lorsqu'on fait une préparation de sang normal avec tes précautions convenables, on n'observe jamais un seul globule sphérique, et lorsqu'on en voit de tels dans une préparation, en recommençant cette préparation avec le même sang, si l'on a soin d'écarter les causes d'erreur que nous venons de signaler, on ne trouve plus que des éléments biconcaves. De même, lorsqu'on fixe à l'aide d'un réactif approprié, le liquide A, par exemple, les
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globules rouges à leur sortie des vaisseaux, on peut s'assurer que tous les éléments sont biconcaves.
Nous devons donc considérer la forme sphérique comme une forme anomale.
La transformation sphérique ou vésicideuse des hématies constitue un groupe d'altérations important qui comprend deux variétés principales. La première est constituée par des hématies sphériques et foncées ; la seconde par des hématies sphériques et pâles.
Les hématies de la première variété se présentent sous la forme de boules sphériques plus petites que les hématies normales; elles sont sensiblement plus colorées que les globules discoïdes et entourées d'un cercle noirâtre. Elles répondent alors aux éléments décrits par Masius et Vanlair (1) sous le nom de microcytes. La coloration foncée n'est que la conséquence c}e la transformation sphérique d'un élément, qui, n'ayant pas perdu sa matière colorante, prend en même temps qu'un plus petit diamètre une épaisseur plus grande (fig. 19, a).
La transformation des hématies en éléments sphériques et pâles est également très commune bien qu'elle ait été plus rarement signalée. Dans ce cas les éléments qui deviennent vésiculeux perdent en même temps une partie de leur hémoglobine et, par suite, sont moins colorés que les globules normaux.
Ils se présentent sous l'apparence d'une vésicule pâle, jaunâtre ou légèrement verdâtre, à contour effacé, ayant une dimension variable, tantôt plus petite, tantôt aussi grande que celle des hématies normales. Quelques-unes de ces hématies restent en cet état un temps plus ou moins long; d'autres, au contraire, sont en voie de dissolution progressive, car elles pâlissent de plus en plus, puis disparaissent. Cette disparition complète n'est qu'apparente. Elle n'en impose que lorsque les hématies ayant perdu leur hémoglobine sont isolées dans le plasma. La partie protéique et insoluble de la vésicule, appelée stroma, étant très peu réfringente, devient invisible dans ces conditions. Mais il est intéressant de faire remarquer qu'il n'en est pas ainsi dans les cas où l'élément fait partie constituante d'une pile d'hématies, ou bien lorsqu'après la dissolution de l'hémoglobine plusieurs globules normaux viennent se grouper autour de lui.
(1) Masius et Vanlair, De la microcythémie (Bull, de VAcad. de me'd. de Belgique, p. 515, 1871). Voir LIV.
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