DEUXIEME PARTIE
ANATOMIE DU SANG
A l'aide de ces procédés on reconnaît que les éléments de la première variété contiennent un gros noyau presque toujours arrondi, délimité par un double contour et renfermant un nucléole, en général très net. Ce noyau remplit presque complètement l'élément, dont la petite masse protoplasmique est claire ou très
Fig. 32. — Globules blancs du sang desséché.
a, variété 1 ; b, b, variété intermédiaire; c, c, variété 2; d, d, variété 3.
finement granuleuse. Dans quelques globules de cette variété, et en général dans les plus volumineux, le noyau est légèrement échancré et commence à prendre une forme en bissac qui est
Ja
Fig. 33. — Globules blancs du sang desséché traités par la fuchsine.
a, a, variété 1 ; b, b, variété intermédiaire; c, c, variété 2; d, variété 3.
commune dans les petits éléments de la variété 2 (fig. 32 et 33).
Les globules blancs de cette seconde catégorie ont un noyau unique plus ou moins singulièrement découpé ou des noyaux multiples, au nombre de deux à cinq, quelquefois plus.
Ces noyaux sont isolés les uns des autres ou bien, au contraire, réunis par des languettes qui donnent l'image d'un bissac ou d'un sablier quand il y a deux renflements, ou d'un cylindre à renflements multiples parfois contourné sur lui-même, que M. Ranvier a comparé à un boudin. Il n'est pas rare de voir dans
le même élément, à côté d'un bissac ou d'un boudin, un ou deux autres noyaux isolés.
Ce sont précisément les globules à noyaux multiples ou composés qui présentent la plus active contractilité protoplasmique et qui ont servi de type pour la description des mouvements amœboïdes. Autour des noyaux, la masse protoplasmique, plus volumineuse que dans la variété précédente, contient de fines granulations et, parfois, des traces non douteuses d'hémoglobine.
Bnfin, les globules blancs de la troisième variété se distinguent par des caractères particuliers. Ils contiennent soit un noyau unique, soit deux noyaux distincts, soit encore un double noyau en bissac.
Autour d'eux, et les masquant en partie, se voit l'amas granuleux quia été précédemment signalé. Les granulations dont il se compose et qui ont souvent une coloration jaunâtre ne se colorent ni par l'iode ni par la rosaniline. Elles ont une affinité particulière pour l'éosine; mais elles ne sont cependant pas constituées par de l'hémoglobine, car elles, sont plus réfringentes que l'hémoglobine et elles ne disparaissent pas entièrement dans les liquides qui dissolvent l'hémoglobine. Leur aspect pourrait les faire considérer comme des granulations graisseuses, mais elles n'ont pas les réactions caractéristiques de la graisse ; l'osmium ne les colore pas en noir. J'ai souvent remarqué sur le bord de ces granulations de petits grains noirs comme du charbon, véritablement mélanifères, qui sont surtout apparents dans les éléments desséchés. Ces grains pigmentaires proviennent sans doute des métamorphoses successives de la matière jaunâtre qui imprègne quelques-unes des granulations, de sorte qu'il est difficile de ne pas rapporter cette matière colorante à l'hémoglobine ou à un de ses dérivés directs; mais la nature de la granulation ellemême est encore indéterminée.
G. Sous-variétés de globules blancs. — Outre ces trois types fondamentaux de globules blancs, il en existe d'autres dont on pourrait faire des sous-variétés. Ainsi, parmi les globules blancs de la première variété, quelques-uns, rares dans le sang humain, ont le protoplasma fortement granuleux, légèrement opaque et parfois faiblement imprégné par de l'hémoglobine. Souvent aussi le noyau de cet élément est plus granuleux et plus avide de matière colorante que celui de la variété commune ; de sorte que,
dans les préparations faites par dessiccation, et traitées successivement parles vapeurs d'acide osmique, puis par Fhématoxyline, ces éléments acquièrent une certaine ressemblance avec les globules rouges à noyau. Ils en diffèrent cependant par l'extrême petitesse de leur disque qui est d'ailleurs toujours très délicat et faiblement coloré, et par le volume relativement considérable du noyau. Comme cet élément acquiert une importance relative dans le sang de certains ovipares, j'en ai fait une variété distincte dans mon mémoire sur les éléments du sang delà grenouille (1 ). Depuis, ayant constaté que ce globule blanc n'existe pas chez tous les animaux, et que souvent il est très peu abondant chez d'autres, il m'a paru inutile de maintenir cette distinction dans un classement applicable à tous les vertébrés.
Max Schultze (2), dans un travail très important sur les éléments du sang, a remarqué que certains globules blancs à protoplasma clair ou très finement granuleux sont moins gros que les globules blancs nettement amœboïdes et ne sont doués que d'une faible contractilité protoplasmique. Il en a fait une variété distincte sous le nom de variété 2, et il a admis ainsi quatre variétés de globules blancs. Mais comme il est évident que les éléments de cette variété sont des éléments de la variété suivante (var. 3 dans la classification de cet auteur), n'ayant pas encore acquis tout leur développement, j'ai cru devoir simplifier la classification de Max Schultze en confondant dans une description commune les éléments qui forment les variétés 2 et 3 de cet auteur.
§ 4. — Granulations.
Le plasma sanguin renferme encore, outre les éléments anatomiques, des granulations libres plus ou moins abondantes. On peut en distinguer deux variétés, les granulations graisseuses, les granulations de nature indéterminée.
4° Granulations graisseuses. — Ces granulations sont des globules sphériques d'une extrême petitesse, ayant 4 à 2 p, de diamètre ; elles sont formées en apparence par une matière grasse,
(1) XL1V, 2e partie (1879). Dans ce travail, les variétés 1, 3, 4 répondent aux trois variétés qui viennent d'être décrites comme variétés I, 2, 3. La variété 2 est celle qui, très rare dans le sang humain, est signalée ici comme une sous-variété des éléments de la variété 1.
(2) -Max Schultze, loc. cit.
entourée d'une couche mince de substance albuminoïde solidifiée. Ce sont elles, très probablement, que Miïller désigne sous le nom de granules lymphatiques et que Kôlliker a décrites depuis longtemps sous le nom de granules élémentaires. Elles sont très peu nombreuses dans le sang normal, mais deviennent parfois très abondantes dans certaines conditions. Nasse (1) prétend ne les avoir jamais observées dans le sang des personnes bien portantes; il les a vues chez les nouveau-nés allaités, chez les femmes enceintes ayant ingéré une certaine quantité de lait ou d'eau-devie, et chez les personnes soumises à la diète.
Elles ne m'ont pas paru plus abondantes chez le nouveau-né humain que chez l'adulte, tandis qu'au contraire elles sont innombrables chez certains mammifères à la mamelle, particulièrement chez le petit chat (fig. 34).
2° Granulations de nature indéterminée. — Les granulations albuminoïdes décrites par un certain nombre d'histologistes se rapportent très probablement aux hématoblastes plus ou moins altérés. Nous avons vu, en effet, que ces éléments ne tardent pas à se résoudre, dans le sang issu des vaisseaux, en corpuscules isolés ou en amas d'aspect granuleux. Lorsqu'on tient compte de cette cause d'erreur, on reconnaît que le plasma du sang est en somme très pauvre en granulations libres. Cependant, outre les granulations graisseuses qui, nous venons de le voir, peuvent être abondantes dans certaines circonstances, on observe encore presque toujours dans une préparation de sang quelques corpuscules libres d'un aspect particulier. Ils me paraissent avoir jusqu'à présent échappé à l'attention des observateurs; ils sont d'ailleurs très peu abondants dans le sang normal. Mais il importe cependant de les signaler, car nous aurons plus tard l'occasion de voir qu'ils deviennent nombreux dans quelques cas pathologiques.
Les corpuscules en question sont de petites sphères incolores, d'une grande réfringence, mesurant de 2 à 4 [a de diamètre. Ils ressemblent à de gros granules graisseux, mais ne sont certainement pas de nature graisseuse, car ils ne se colorent pas en noir dans l'acide osmique. Tout ce que je puis dire, relativement à leur nature, c'est qu'ils ressemblent absolument aux corpuscules qu'on trouve en abondance dans les organes hématopoiétiques : ganglions lymphatiques, rate, moelle des os.
(I) Nasse, R. Wagnefs llandw., t. T, p. 126, 1842.