‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 33 sur 165 · CL .- - -^ f · texte numérisé non relu

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Fig. 22. — Globules rouges traités par le liquide C, puis par l'hématoxyline.

a, stroma granuleux ; 6, le même élément à plat et presque de champ ; c, d, e, /", g, h, divers aspects dus à la rétraction de la partie hémoglobique; i, le même élément vu de champ, à plat et obliquement ; k, stroma tout à fait décoloré.

Le même élément, en roulant dans la préparation, peut se présenter sous des aspects différents (fig. 22 i) suivant que la partie hémoglobique qui a conservé une forme discoïde se trouve à plat, de champ ou dans une situation oblique.

Il est facile de comprendre l'origine de ces apparences.

Le liquide C a la propriété de durcir l'hémoglobine ; il peut ainsi fixer les hématies dans leur forme. En le décantant au moment où la partie hémoglobique est encore incomplètement coagulée et résistante, pour le remplacer par une solution gonflant le stroma, on provoque une sorte de séparation entre le stroma et la partie retenant l'hémoglobine.

Le stroma gonflé vient pour ainsi dire faire hernie à travers le disque mou de matière hémoglobique.

Il serait bien difficile de comprendre de telles apparences sans admettre l'union de l'hémoglobine avec une partie organisée.

Le stroma paraît donc bien contenir une matière organisée retenant l'hémoglobine. Nous verrons plus tard que l'anatomie pathologique et la chimie fournissent des preuves importantes en faveur de cette conception.

Si le globule rouge renferme une sorte de protoplasma, il est naturel d'y chercher un noyau cellulaire.

Il ne peut être question, dans les hématies des mammifères, d'un noyau analogue à celui des globules rouges de l'embryon ou des hématies nucléées des autres vertébrés. Rien ne serait plus facile, si un tel noyau existait, que de le mettre en évidence.

Mais on peut prétendre que les noyaux ne présentent'pas toujours les mêmes caractères histologiques et histochimiques, et que dans les hématies des mammifères le noyau ne peut être vu qu'à l'aide de réactions particulières.

Quelques auteurs soutiennent cette opinion et décrivent un corps nucléaire volumineux dans les globules rouges de l'homme et des animaux supérieurs. Cette disposition anatomique serait mise en évidence par divers artifices de préparation ou même, d'après Stricker, parle simple emploi d'un grossissement suffisant.

Il m'a été impossible, à l'aide des meilleurs objectifs à immersion, de voir la moindre apparence de noyau clans les hématies de l'homme et des mammifères ; mais en employant les procédés qui déterminent une sorte de séparation entre la partie retenant l'hémoglobine et le stroma, on fait naître des figures qui peuvent faire croire à l'existence d'un noyau.

Les corpuscules décrits précédemment, page 77, ressemblent à un examen superficiel à des éléments nucléés. Vus de profil, leur partie centrale fait une forte saillie globuleuse simulant un noyau gonflé et sphérique. On remarque, de plus, que cette partie est parfois granuleuse et renferme une grosse granulation qui pourrait être prise pour un nucléole. Mais l'origine de ces particularités nous est connue. Ajoutons que l'hématoxyline, qui a tant d'avidité pour les noyaux, colore à peine la sphère décolorée de ces corpuscules et que les autres matières colorantes des noyaux ne sont pas plus actives. Il paraît certain que les réactions employées par Bôttcher pour démontrer l'existence d'un noyau dans les globules rouges des animaux supérieurs donnent lieu également à des apparences trompeuses du même genre (1).

La seule particularité anatomique qui pourrait être rapportée à un noyau ou plutôt à un vestige de noyau consiste dans la présence de cette granulation brillante et résistante, déjà signalée dans les globules rouges presque réduits au stroma.

(1) Bôttcher, Untersuchungen liber die roth. Blutkôrp. der Wirbclthiere (Arch. f. path. Anat., XXXVI, s. 342, 18GG et XXXIX, s. 427, 18G7; Arch. f. microscop. Anat., XIV, s. 73, 1877).

HÉMATIES. 70

Souvent, sans l'intervention de réactifs et sans que l'hémoglobine ait été dissoute, on aperçoit dans la partie centrale du globule une sorte de petit bouton au niveau duquel l'hémoglobine est amassée. Cette saillie tranche alors par sa coloration sur le centre clair de l'élément.

Lorsque la partie hémoglobique se rétracte ou bien lorsqu'elle a abandonné plus ou moins complètement le stroma, cette saillie se transforme en une granulation à bord sombre, à centre brillant qui résiste souvent aux réactifs les plus dissolvants, de sorte qu'il n'est pas rare de la retrouver dans les stromas tout à fait décolorés (fig. 21). Parfois cette granulation est reliée au contour du stroma par une strie très marquée qui semble être un prolongement de la pellicule externe.

Cette granulation se retrouve dans presque toutes les hématies; mais il est impossible, quant à présent, d'en indiquer la signification et l'origine. Nous retrouverons plus tard la même particularité structurale dans les hématoblastes.

Les préparations qui se prêtent le mieux à l'emploi des réactifs colorants, c'est-à-dire les préparations de sang desséché ne permettent pas plus que les autres d'obtenir une réaction pouvant se rapporter à un véritable noyau cellulaire. Les hématies se colorent, en effet, à l'état sec en raison de la quantité d'hémoglobine qu'elles renferment. Lorsque le centre reste absolument incolore ou faiblement coloré, cela tient uniquement à la rétraction de l'hémoglobine sur le bord de l'élément.

Il reste à signaler une particularité plutôt d'ordre chimique qu'anatomique, mais qui n'en est pas moins très importante.

On se souvient que l'eau iodo-iodurée colore et fixe les globules rouges du sang sec. Cet effet n'est nettement produit que par l'emploi d'une solution d'une certaine concentration. Quand la solution est plus faible et que la préparation du sang est récente, l'eau iodoiodurée amène la dissolution et la précipitation de l'hémoglobine.

Les stromas se vident pour ainsi dire, puis se rétractent en se colorant en jaune. Autour d'eux et des éléments en voie d'altération, on remarque un grand nombre de corpuscules particuliers, colorés faiblement en jaune par l'iode. Quelques-uns, assez volumineux, atteignent et dépassent le volume des hématoblastes; ils offrent une réfringence spéciale, faible, et semblent avoir retenu des traces d'hémoglobine.

On obtient une réaction analogue avec une solution assez fortement colorée de violet de méthyle, ou bien encore à l'aide de l'eau et des solutions aqueuses ne fixant pas les globules rouges.

Les corpuscules provenant de la désagrégation des globules rouges sont des corps spbériques, chatoyants, homogènes, de volume très inégal, d'une couleur grisâtre ou légèrement verdâtre, d'aspect protoplasmique. Ils ont une tendance à se réunir et à former des amas qui ont une certaine ressemblance avec ceux des hématoblastes altérés. Pour ne rien préjuger touchant leur nature, nous les désignerons sous le nom de corpuscules d' exsudation et nous y reviendrons à propos de la coagulation du sang.

Disons cependant, dès maintenant, que la propriété de produire des corpuscules d'exsudation appartient en propre aux éléments du sang complet, non défibriné. Les mêmes réactifs appliqués sur des préparations faites avec du sang défibriné déterminent simplement la dissolution plus ou moins complète de l'hémoglobine et sa précipitation en fines particules sous l'influence du réactif colorant.

Ajoutons, en terminant, que par l'étude des propriétés optiques des hématies desséchées la forme biconcave des hématies est rendue très évidente.

Quand la préparation a été faite avec une grande rapidité et avec du sang parfaitement normal, un bon nombre de globules rouges sont uniformément colorés et à peine plus épais sur les bords qu'au centre. Mais à côté d'eux on en trouve toujours dont le centre est clair à cause du retrait plus ou moins complet de l'hémoglobine sur le bord épais.

Ces derniers sont parfaitement excavés et donnent une image nette des objets extérieurs quand on rapproche fortement l'objectif de manière à obtenir au niveau du globule rouge une tache lumineuse un peu diffuse. On peut observer ainsi, par exemple, l'image d'un bâton que l'on promène en avant du miroir du microscope. Cette image formée par le globule rouge se déplace en sens inverse du mouvement imprimé au bâton, c'est-à-dire dans te même sens puisque le microscope renverse les images. La théorie indique que cette action sur la lumière est le fait d'un corps fortement excavé.

En résumé, le globule rouge est constitué par deux parties distinctes.

HÉMATIES. 81

La première est insoluble et forme la charpente de l'élément; c'est le stroma de Rollett, corps anliyste, d'une très faible réfringence, sans structure apparente, dont la surface se laisse durcir plus facilement que les autres parties, en simulant une sorte de membrane d'enveloppe. On y voit très souvent un petit bouton voisin du centre; mais, sauf ce détail, on pourrait comparer ce stroma à une petite masse de gélatine parfaitement homogène. Il est probable qu'on a raison de rapporter au stroma, comme on le fait généralement, la forme de l'élément ainsi que ses principales propriétés physiques, l'élasticité, la ductilité, la viscosité. Malgré l'insolubilité du stroma, les globules rouges perdent plus ou moins ces qualités dès qu'ils ont subi l'action de l'eau. Ainsi, sous l'influence de ce liquide, on voit, entre autres faits, les globules rouges réunis en groupes se décolorer et devenir polyédriques par pression réciproque au lieu de tendre à se mettre en piles. Cela tient à la facilité avec laquelle le stroma s'imbibe de liquide, et l'on comprend que dans cet état il doive perdre ses principales qualités physiques.

A la petite masse représentée par le stroma est incorporée une autre matière albuminoïde, retenant elle-même la matière colorante. L'hémoglobine n'imprègne donc pas le stroma à la manière d'une substance tinctoriale; elle est combinée à une matière organisée qui représente probablement le protoplasma de l'élément. Enfin, le globule rouge complet, non altéré par la défibrination, renferme encore des corpuscules sphériques, moins solubles que Thémoglobine et qui deviennent libres en présence d'un liquide dissolvant. Les hématies ont donc, en somme, malgré leur apparente simplicité, une constitution très complexe.

— Quelques auteurs, et Klebs en particulier, ont admis une certaine contractilité dans les globules rouges. Sur ce point je partage l'opinion de M. Schultze, qui n'accorde la contractilité protoplasmique qu'aux globules blancs. Mais le défaut de contractilité des globules rouges n'est pas la conséquence de la combinaison du protoplasma avec l'hémoglobine. Nous aurons, en effet, plus tard l'occasion de signaler dans le sang des jeunes embryons des hématies très contractiles. Ces éléments possèdent un noyau et diffèrent par conséquent notablement des hématies qui nagent dans le sang après la naissance.

G. Hayem. — Du Sang. 6

§ 2. — IÏÉMATOBLASTES.

Le plasma sanguin contient, outre les globules blancs et les globules rouges, des éléments particuliers auxquels j'ai donné le nom à'hématoblastes (1).

Quelques-uns des histologistes qui se sont occupés du sang ont signalé dans ce liquide des granulations de nature protéique ou des particules incolores. Je citerai notamment Donné qui a décrit, sous le nom de globulins, de petits corpuscules distincts des autres éléments du sang et Zimmermann qui, après avoir soumis le sang à diverses manipulations, a cru y découvrir, sous le nom de vésicules élémentaires, des corpuscules donnant naissance aux globules rouges.

Quelques auteurs modernes en parlant des hématoblastes ont cru devoir rattacher ces éléments aux globulins de Donné et aux vésicules élémentaires de Zimmermann. C'est une erreur.

Donné (2), pour mettre lesglobuli?is en évidence, traitait le sang par l'eau. Il voyait ainsi apparaître des petits grains isolés ou agglomérés irrégulièrement, n'ayant pas plus de ^ de millimètre (soit 3 {jl, 3). D'après lui ces globulins en se réunissant formaient des globules blancs. Sa description est tellement obscure que Milne- Edwards rapporte aux globulins les particules graisseuses, tandis que Robin décrit sous ce nom les plus petits globules blancs.

Quand on traite le sang par un peu d'eau ou par une solution aqueuse d'une des matières colorantes, utilisées en histologie, on voit pendant que les globules rouges s'altèrent et se dissolvent des petits corpuscules isolés ou en amas qui paraissent résister pendant un certain temps à l'action de l'eau. Ces corpuscules sont évidemment ceux que Donné a appelés globulins.

Il est possible que quelques-uns d'entre eux soient des hématoblastes altérés par l'eau. Nous verrons, en effet, que les hématoblastes ne se dissolvent pas immédiatement en présence de l'eau. Mais il résulte d'observations dont j'ai déjà parlé à propos de la structure des globules rouges, que l'eau et les solutions aqueuses ont la propriété de faire sortir des globules rouges envoie d'alté-

(1) Voir XXXVI, XL, XLI, XLII, XLIV.

(2) Donné, Cours de microscopie, pp. 85, 144 et atlas.

HÉMATOBLASTES. 83

ration des corpuscules d'exsudation résistant pendant un certain temps à l'action dissolvante de l'eau.

Ce sont eux qui me paraissent surtout représenter les globulins de Donné. Il est donc impossible d'accorder à la description de cet auteur une signification précise.

Quant aux vésicules élémentaires de Zimmermann (1) (1847), il suffit de remarquer par quels procédés l'auteur les obtenait pour se convaincre qu'elles n'ont aucun rapport avec les hématoblastes. Un de ces procédés consiste, en effet, à défibriner le sang et à le traiter ensuite par l'eau. Or, nous allons voir bientôt que la défibrination entraîne tous les hématoblastes.

Dans un autre procédé, il laisse le sang se coaguler, puis déchire le caillot pour examiner le sérum qui s'en écoule. Les hématoblastes étant retenus, comme nous le dirons tout à l'heure, dans le réticulum fibrineux ou mieux faisant corps avec la fibrine, il est donc bien certain que Zimmermann ne peut pas en avoir vu dans. ces conditions. Dans d'autres circonstances, lorsqu'il a maintenu le sang fluide à l'aide de solutions salines, il a peut-être aperçu des amas d'hématoblastes altérés, ce qui est chose facile ; mais il n'a pas su distinguer ces amas des globules rouges altérés par les réactifs et c'est à ces divers éléments plus ou moins profondément modifiés qu'il a donné le nom de vésicules élémentaires. Le travail de Zimmermann est en somme plein de confusion.

Il faut arriver à celui de Max Schultze (2) pour trouver des observations exactes, se rapportant sans conteste aux hématoblastes.

« J'aitrouvé, dit-il, dans mon sang et dans celui de nombreuses personnes jeunes et d'âge moyen, une quantité plus ou moins grande de petits amas de corpuscules incolores, de dimensions inégales, et composés d'un plus ou moins grand nombre d'éléments.

« Ces corpuscules mesurent le plus souvent 0mm,001 à Qmm,002, et se montrent isolés et le plus communément réunis, formant des groupes mal délimités dans lesquels ils sont soudés à l'aide d'une substance finement granuleuse. Ces groupes en contiennent 3,4; mais aussi 30 et plus, et dans quelques circonstances une centaine, ce qui leur fait atteindre jusqu'à 0mm, 008 de diamètre dans la longueur.

(1) G. Zimmermann, liust's Magazin f. die gesammte Heilk., Bd. 60, II Heft, 1846.

(2) Max Schultze, Arch. f. mikros. Anal., 1865, p. 1.

« Les corpuscules eux-mêmes sont tout àfait incolores, homogènes ou finement granuleux et peu réfringents. Ils ne sont pas toujours réguliers, mais parfois anguleux, et ont alors un contour plus net et un aspect plus granuleux. Les groupes sont également peu réfringents et ne sont visibles que dans une couche mince de sang. Ils ne contiennent jamais d'éléments colorés, et ne sont pas unis, non plus, aux corpuscules incolores. Peu à peu ils perdent leur aspect régulier et se résolvent en fines granulations de dimensions diverses. »

Plus récemment, ces mômes corpuscules isolés ou agminés ont été décrits par Riess (1), Vulpian (2) et M. Pianvier (3).

Bientôt, en 1876, je reconnus qu'ils proviennent des modifications subies par un élément normal, ayant la propriété remarquable de s'altérer dès que le sang est issu des vaisseaux. Je vis que le sang des animaux à globules rouges nucléés ne renferme pas de petits corpuscules semblables, mais qu'il contient à côté des globules rouges et blancs un élément nucléé se comportant hors de l'organisme exactement comme les corpuscules du sang des animaux supérieurs.

Mes recherches établirent ainsi l'existence, dans le sang de tous les vertébrés, d'un élément particulier et constant, ayant comme les hématies une forme corpusculaire dans le sang des animaux à globules rouges non nucléés, et celle d'une cellule à noyau chez les animaux à globules rouges nucléés. Malgré ces différences anatomiques en rapport avec les deux types de sang des vertébrés, cet élément présente chez tous les animaux de cet embranchement les mêmes propriétés physiologiques, et en particulier celle de prendre part au processus de coagulation.

Comme cet élément, ainsi que j'espère le démontrer, n'est autre qu'un globule rouge encore incomplètement développé, j'ai proposé de le désigner sous le nom & hématohlaste (4).

Les hématoblastes ou germes de globules rouges sont donc des

(1) Riess, Reichert u. du Bois-ReymoncFs Arch., II Heft s. 237-249, 1872 et Centralbl. /'. med. Wiss. s. 530, 1873.

(2) Vulpian, Comptes rendus des séances de la Soc. de biologie, p. 49, 1873.

(3) Ranvier, Ibid., p. 46, 1873. Voir l'historique, n° LIV, 3e partie.

(4) Au moment où je me suis servi de ce terme pour la première fois, il avait déjà été donné à deux autres éléments : 1° aux cellules colorées à noyau de la moelle des os, par ISeumann; 2° aux cellules vaso-formatives par Wissosky. Mais comme ces dénominations n'avaient pas été acceptées par les autres auteurs, je n'ai pas hésité à donner au mot hématoblasts une application qui me paraissait mieux fondée.

HÉMÀTOBLASTES. 85

éléments normaux el constants du sang" des vertébrés. Présentant des caractères histologiques particuliers, et possédant des propriétés physiologiques toutes spéciales, ils constituent une variété distincte d'élément et pour ainsi dire une troisième espèce de corpuscule du sang*

En prenant comme type le sang humain, nous en ferons une étude applicable à tons les animaux supérieurs à globules rouges non nucléés.

A. Description des hématoblastes dans le sang pur. — Avant tout, il faut être prévenu de l'extrême vulnérabilité des hématoblastes et de la nécessité, pour les observer convenablement dans le sang pur, d'examiner ce liquide au moment même où il sort des vaisseaux à l'aide d'une préparation en quelque sorte extemporanée.

Voici le dispositif dont on peut se servir : Après avoir dégraissé avec de l'alcool ou de l'éther les lames de verre, on les essuie et on les sèche avec soin, puis on fixe la lamelle sur la lame en laissant tomber sur ses quatre coins une goutte de paraffine fondue. On a ainsi un espace capillaire tout préparé à recevoir le sang; on le place au foyer du microscope de façon à ce qu'on puisse apercevoir immédiatement les éléments du sang dès que ce liquide pénètre par capillarité entre les deux plaques de verre.

Il est nécessaire de se servir d'un grossissement assez fort (oc. 2 ou 3 et obj. 7 Nachet) et de faire tomber le sang sur le bord de la lamelle de verre, au moment même où on le fait sourdre par compression de la pulpe du doigt. Dès que le sang est arrivé au contact de l'espace capillaire il s'y précipite avec force et l'on en voit les divers éléments rouler avec rapidité. En certains points qu'on trouve facilement, le courant sanguin est plus lent, et l'on peut y distinguer les éléments. Au milieu des rouges et des blancs on aperçoit de très petits corpuscules ressemblant tout d'abord à de petits globules rouges très délicats et pâles. A peine les a-t-on aperçus qu'ils sont déjà modifiés : ils deviennent épineux, adhèrent au verre, se plissent, pâlissent en perdant une partie de leur substance, et ont une tendance à se souder aux corpuscules qu'ils rencontrent de manière à former des amas. Parfois ils retiennent au passage un ou deux globules rouges qui, adhérant en un point de leur périphérie alors que le courant cherche aies entraîner, prennent immédiatement uneformedepoire(fig. 23).

Au bout de peu de temps, ces hématies se dégagent pour aller concourir à la formation des piles, et les petits éléments dont il vient d'être question restent isolés, et forment des chapelets ou des amas.

Déjà ils sont profondément altérés et presque méconnaissables ;

mais on a pu constater leur présence, suivre leurs transformations

a et se convaincre qu'outre les hématies

et les globules blancs, le sang contient des corpuscules particuliers s'altérant très rapidement.

Veut-on les observer dans le sang pur plus posément, et avec tout le temps nécessaire pour en distinguer les principaux caractères, il suffit de répéter l'expérience précédente à une température voisine de 0°. Mes observations ont été faites en

-HêmatoMastes dans Plein air Pédant l'hiver; il serait facile le sang pur. de les répéter et de les vérifier en toutes

a, éléments non altérés àpiat ou de saisons en se servant d'une platine réfri-

cliamp; b, b' , éléments légèrement , ,

altérés et se groupant; c, c, hémato- gerCnte.

blastes retenant au passage des glo- q, j. j température d'environ — 1°

bules rouges ; d, groupe plus altère ; r

e, groupe plus altéré encore, au mo- gU [ s'est montrée la plus favorable à ce

ment de la coagulation. *

genre d'étude; mais on peut encore faire de bonnes observations à la température de 1° à 1°,5 C.

Les globules rouges se disposent sous la forme de piles, comme à la température ordinaire et, dans l'intervalle de ces piles, on aperçoit de petits corps très minces, isolés ou disposés par petits groupes de deux, trois, quatre et cinq, rarement plus (lorsque la couche de sang est mince). Ces petits corpuscules sont remarquablement nets, quoique fort délicats et pâles : quelques-uns d'entre eux sont légèrement discoïdes, d'autres, en assez grand nombre, sont subglobuleux, arrondis ou allongés et portent une sorte de pédicule plus ou moins long ou des crénelures sur leur bord.

Ceux qui se montrent sous la forme d'un bâtonnet ou d'un grain de riz, sont des éléments vus de champ, et par suite ils sont plus colorés et ont une plus grande réfringence (fig. 24).

Ainsi vus dans toute leur intégrité, sans l'intervention d'aucun réactif, les hématoblastes sont parfaitement homogènes et à surface lisse; ils ont un aspect colloïde, ou légèrement vitreux, et parfois

HÉMATOBLASTES.

une teinte jaunâtre ou verdâtre sensible. Les plus petits, qui paraissent incolores, sont dépourvus de granulations et n'ont aucune ressemblance avec des fragments de globules blancs.

Fig. 24. — Sang humain examiné à une température voisine de 0°.

On voit entre les piles de globules rouges dans les mers plasmatiques des hématoblastes intacts ou

légèrement déformés.

Mesurés dans ces conditions, par les procédés micrométriques ordinaires, ils ont un diamètre d'environ 3 jx.

B. Action des réactifs. — Les hématoblastes peuvent être fixés dans leur forme normale par un certain nombre de liquides. Un de ceux qui les altère le moins est le sérum iodé (liquide amniotique de la vache) préparé par la méthode de Max Schultze. Avant de s'en servir on a soin de laisser s'évaporer l'excès d'alcool et d'iode : on remplit de ce liquide un petit flacon dont le bouchon est remplacé par une boulette de coton mollement enfoncée dans le goulot et, au bout de quelques jours, lorsque l'odeur d'iode a presque disparu, le sérum est devenu bon pour l'usage. L'on peut également employer du liquide amniotique de mouton ou de vache, conservé dans des ballons Pasteur ou à l'aide d'eau oxygénée. Le mélange doit être fait dans la proportion d'environ 1 partie de sang pour 150 à 200 de sérum. Le sang doit être utilisé dès qu'il vient sourdre au dehors, et le mélange est agité avec soin de manière à ce que les éléments soient bien dispersés.

Dans une bonne préparation les hématoblastes sont presque tous isolés, faciles à distinguer; la plupart d'entre eux sont régulièrement arrondis et les gros paraissent excavés. Quand on les regarde

à un fort grossissement, on les voit agités d'un mouvement brownien d'où résulte qu'ils se présentent tantôt de profil, tantôt de face. On peut alors s'assurer aisément, comme dans le sang pur, que les corpuscules ressemblant à des bâtonnets sont réellement des hématoblastes vus de champ (fig. 25).

Fig. 25. — Hématoblasteâ examinés dans différents liquides.

a, a', b, 6', globules rouges et hématoblastes dans l'urine diabétique, fort grossissement; A, hématoblastes dans le sérum iodé; B, les mêmes présentant des prolongements fibrillaires au bout de vingtquatre heures; c, hématoblastes dans le saug traité parla solution d'acide osmique ; d, groupe d'hématoblastes dans le sang traité par le liquide A.

Presque tous sont incolores, cependant quelques-uns des plus volumineux conservent une teinte jaunâtre ou verdâtre. Quelquesuns sont vésiculeux et probablement gonflés et décolorés par le liquide. Les formes pointues, en poire, en grains de riz, sont assez communes et il n'est pas rare de voir des corpuscules déformés, anguleux ou légèrement plissés. Tous ne sont pas isolés, quelques-uns se touchent et parfois se confondent; d'autres forment des groupes plus ou moins étendus dans lesquels les éléments constituants sont habituellement faciles à reconnaître.

Dans le liquide amniotique, quelque bien préparé qu'il soit, les globules du sang et particulièrement les rouges s'altèrent constamment au bout d'un certain temps. Les hématoblastes s'y conservent plus longtemps, mais à leur tour ils pâlissent, perdent leur netteté, et au bout de vingt-quatre heures ils ont presque tous disparu en laissant comme dernière trace une sorte de stroma pâle à peine distinct, analogue à celui des hématies en voie de dissolution.

L'eau iodo-iodurée à un degré de concentration convenable donne de bonnes préparations des hématoblastes. Ces corpuscules y sont légèrement colorés en jaune, tandis que les hématies y

HÉMATOBLASTES. 89

prennent une teinte brun acajou plus ou moins foncé. En général, ils y sont fixés dans leur forme normale, mais en même temps rétractés, et cette rétraction s'accentuant peu à peu, au bout de deux ou trois jours il devient difficile de les reconnaître.

Dans les solutions de sels neutres (sulfate de soude, sulfate de magnésie, etc.) préconisées depuis si longtemps pour l'étude du sang, les hématoblastes se comportent à peu près comme dans le sérum iodé. Ils y pâlissent un peu plus vite et beaucoup d'entre eux y sont réduits à une sorte de stroma qui lui-même disparaît au bout d'un temps plus ou moins long. On prendra garde de confondre avec ces restes d'hématoblastes des globules rouges décolorés. Quelle que soit, en effet, la formule adoptée pour la fabrication de ces solutions, depuis celle de Zimmermann, 6 de sel sur 100 d'eau, jusqu'à celle de M. Grancher, 1/40, l'hémoglobine s'y dissout plus ou moins vite, de sorte qu'on ne tarde pas à voir, au milieu des globules colorés, des stromas pâles, simulant da petits corpuscules qui ont pu être pris par certains observateurs pour des éléments normaux du sang. Ces petits corpuscules, réduits au stroma, sont sensiblement plus petits que les globules rouges, quelques-uns n'ont que 4 à 5 ^; ils se rapprochent donc par la taille des hématoblastes, tout en conservant cependant des caractères qui permettent facilement de reconnaître leur véritable nature.

L'eau, l'acide acétique, les solutions de potasse et de soude agissent sur les hématoblastes à peu près comme sur les globules rouges.

Dans les solutions de potasse concentrées, utilisées en médecine légale pour délayer les taches de sang (1 p. de potasse pour 4 à 5 p. d'eau), les hématoblastes conservent à peu près leur forme et leur coloration; mais ils s'y rétractent assez rapidement et y acquièrent une réfringence qui leur fait perdre leurs caractères distinctifs.

Un des réactifs les plus intéressants à étudier nous est fourni par le liquide A.

Pour obtenir une bonne préparation, il faut faire un mélange de 1 partie de sang avec 150 à 200 p. du véhicule, en ayant soin de faire tomber le sang dans le réactif dès qu'il sort des vaisseaux. Les hématoblastes apparaissent alors parfaitement fixés dans leur forme, mais un peu décolorés et assez fortement rétractés.

En même temps il se produit autour de ces éléments une sorte d'atmosphère granuleuse, due à la précipitation d'une substance albuminoïde glutineuse qui contribue à réunir les éléments en amas plus ou moins volumineux et qui a une tendance à adhérer aux autres éléments du sang", et particulièrement aux globules blancs (fig. 26, d). Le réactif met donc en évidence deux parties distinctes : 1° des corpuscules brillants, rétractés, réfringents, et 2° une substance granuleuse et visqueuse formant une atmosphère plus ou moins étendue autour des corpuscules.

Cette réaction intéressante recevra par la suite son interprétation. Nous n'ajouterons ici que quelques remarques sur les propriétés chimiques du réactif. En essayant séparément chacun des principes constituants qui entrent dans la formule du liquide, on constate que la propriété de coaguler les éléments du sang appartient en propre au bichlorure de mercure.

La proportion de bichlorure a été calculée de telle sorte que la précipitation de matière granuleuse soit aussi faible que possible.

Avec du sang normal leshématoblastes isolés se montrent le plus souvent sous la forme de petits corpuscules rétractés, mais libres, tandis qu'autour des hématoblastes groupés au nombre de deux, trois, quatre, cinq, etc., se voit une très petite atmosphère granuleuse qui ne gêne en rien la bonne répartition des éléments lorsqu'on se sert du liquide en question pour faire la numération des globules du sang. Mais il suffit de modifier la constitution du liquide et d'élever la dose de bichlorure ou d'employer simplement un liquide ayant perdu un peu d'eau par évaporation pour qu'immédiatement les hématoblastes soient plus rétractés et que la quantité de matière granuleuse qui les entoure devienne plus abondante.

La préparation est alors remplie de plaques granuleuses étendues qui, en adhérant aux autres éléments du sang, deviennent le centre d'amas confus.

Nous montrerons ailleurs que, grâce à cette propriété, le liquide en question, tel que nous l'avons formulé, est précieux pour mettre en évidence certaines altérations pathologiques du sang.

La solution d'acide osmique concentrée que M. Pouchet (1) a

(1) Pouchet, De l'emploi des solutions concentrées d'acide osmique (Journ. de V Anal, et de La Phys., sept. 187G, p. 525).

HÉMATOBLASTES. 91

recommandée pour l'étude de divers éléments, fixe assez bien les globules du sang".

Les hématoblastes y conservent, au moins pendant quelques heures, leurs caractères propres, ce qui permet de les étudier facilement. Ils y sont un peu décolorés comme les globules rouges eux-mêmes, et en général aussi, plutôt gonflés que rétractés. Plus tard, en même temps qu'ils noircissent sous l'influence de l'acide osmique, ils se rétractent comme les autres éléments du sang et perdent de leur netteté. Ce réactif en solution à 1 p. 100 est néamoins un des meilleurs à employer pour l'étude de ces éléments.

G. Étude des hématoblastes à l'aide de la dessiccation du sang. — La dessiccation rapide du sang (p. 3) fournit un moyen de préparer les hématoblastes sans l'intervention de réactifs. Pour obtenir un bon résultat, il faut absolument tenir compte de la vulnérabilité excessive de ces éléments et agir avec une grande^ promptitude.

Le sang étant recueilli dès qu'il sort des vaisseaux et étalé en couche mince sans aucune perte de temps, les hématoblastes sont desséchés avant d'avoir subi la plus légère modification et fixés ainsi dans leur forme normale, tels qu'ils circulent dans les vaisseaux.

Comme ils adhèrent au verre et sont beaucoup plus minces que les globules rouges, ils ne sont pas entraînés comme ces derniers par la baguette de verre et l'on doit les chercher surtout dans les premières portions de la couche de sang.

Il arrive souvent ainsi que les hématoblastes se trouvent isolés complètement ou presque complètement des globules rouges. On peut alors les étudier plus facilement que dans les préparations de sang humide, et si l'on a soin de mettre la couche de sang desséché à l'abri de l'humidité en la recouvrant d'une lamelle mince, on obtient des échantillons de sang qui peuvent se conserver indéfiniment.

Les hématoblastes s'y présentent sous l'aspect de petits corpuscules très minces, très délicats, à contour net.

Malgré leur exiguïté ils présentent surtout sur le bord une coloration verdâtre ou jaunâtre manifeste que j'ai cru devoir rapporter à des traces d'hémoglobine. Mais ils ne sont jamais colorés aussi nettement que les globules rouges, et ils perdent très faci-

lement, dès qu'ils s'allèrent, la petite quantité de matière colorante qui les imprègne.

La plupart des hématoblastes ainsi préparés sont arrondis ; mais beaucoup d'entre eux, quelle que soit la rapidité avec laquelle la préparation est faite, sont crénelés sur le bord, par suite de la production de petites élevures en forme de bourgeons. Quel-

Fig. 26. — Hématoblastes à l'état sec.

a, a', vus au moment où l'on rapproche l'objectif; b, b', vus au moment où l'on éloigne l'objectif.

ques-uns sont un peu allongés ou ovalaires, d'autres portent, comme dans le sang humide, un petit prolongement en forme de pédicule (fig. 26).

La forme exacte de ces éléments est difficile à déterminer. Dans le sang pur ou dans le sang circulant, les hématoblastes sont discoïdes ou sub-globuleux; clans les préparations faites avec des liquides conservateurs, notamment avec la solution d'acide osmique, ils paraissent biconcaves à la façon des globules rouges. Cependant, quand on les examine à l'état sec, ils réfractent la lumière à la façon des corps convexes. Quand on en rapproche l'objectif, le centre devient obscur, tandis que le bord clair, réfringent, projette une ombre portée relativement considérable ; c'est le contraire quand on l'éloigné, le centre devient clair et le bord obscur (fig. 26). On voit donc qu'à l'état sec ils réfractent la lumière à l'inverse des globules rouges légitimes dont le centre devient clair au moment où l'on rapproche l'objectif, et obscur pendant qu'on l'éloigné. A elle seule, cette particularité suffirait pour permettre de distinguer les plus petits globules rouges des hématoblastes. Cette différence s'accentue encore lorsqu'on examine la manière dont les hématoblastes reproduisent les images des objets extérieurs.

HÉMATOBLASTES. 93

En effet, l'image d'un barreau interposé entre la source lumineuse et le miroir du microscope apparaît quand on éloigne l'objectif dans l'espace lumineux superposé à l'élément. Cette image se déplace dans le même sens que le barreau, c'est-à-dire dans un sens inverse, puisque le microscope renverse les images. C'est précisément le contraire de ce qui a lieu au niveau des globules rouges. On doit en conclure que, même à l'état sec, les hématoblastes agissent sur la lumière à la façon de petites lentilles convexes. Mais cela ne prouve pas que les hématoblastes soient des corps sphériques ou globuleux, d'une forme tout à fait différente de celle des hématies, car on obtient des réactions optiques toutes semblables avec les globules rouges du chevreau, qui, on le sait, sont de très-petits éléments.

Le diamètre des hématoblastes est très variable et, en général, plus grand à l'état sec que dans le sang pur ou préparé à l'aide des liquides conservateurs dont nous avons parlé, ce qui tient à ce que la dessiccation permet à ces éléments de s'élargir un peu, ou plutôt à ce qu'elle s'oppose au retrait qu'ils subissent rapidement dans le sang pur ou dans les liquides conservateurs. Il est permis, en effet, de penser que la dessiccation, qui conserve aux globules rouges leur diamètre vrai, agit de même sur les hématoblastes et que ce moyen convient mieux que tout autre lorsqu'on veut déterminer le diamètre exact de ces corpuscules. Nous croyons donc utile d'indiquer ici les résultats micrométriques obtenus en opérant sur des hématoblastes secs.

On remarque tout d'abord une diversité excessive dans les dimensions de ces éléments. Quelques-uns sont extrêmement petits; d'autres, au contraire, atteignent les dimensions des globules rouges nains dont ils diffèrent par la pâleur, l'extrême minceur et la facilité avec laquelle ils s'altèrent et prennent un bord crénelé qui les fait ressembler à une petite roue dentée irrégulière ou à une petite étoile. Quelque bien faite que soit une préparation, la vulnérabilité des hématoblastes est telle que le tiers ou la moitié des éléments ont déjà le bord crénelé.

Les mensurations micrométriques faites à l'aide d'échantillons de sang pris chez des individus de divers âges, depuis la naissance jusqu'à soixante-douze ans, ne montrent aucune différence en rapport avec l'âge. Dans certains échantillons de sang, le plus petit hématoblaste qu'on puisse voir mesure environ 2 ut,,

Les plus grands mesurent habituellement à peu près 5 jt ; exceptionnellement ils peuvent atteindre 5 ;/,, 5 ou même 5 jji, 75 sans perdre leurs caractères d'hématoblastes. Entre ces deux extrêmes 2 \x et 5 p, 75 on peut trouver tous les intermédiaires ; les éléments d'un diamètre extrême sont rares ou peu nombreux, ceux d'un diamètre moyen abondent et mesurent de 3 à 3 p, 5.

D. Modifications des hématoblastes sortis des vaisseaux. — Reprenons maintenant l'étude du sang" pur, non desséché. Nous allons observer dans les hématoblastes toute une série de modifications qui marchent de pair avec la coagulation du sang et qui méritent une description détaillée.

r^ms

Fig. 27. — Amas d'hématoblastes dans le sang pur.

Supposons qu'on ait fait une préparation de sang pur avec les précautions que nous avons indiquées. Après avoir noté les particularités précédemment décrites, on remarque entre les piles formées par les hématies des corpuscules déjà un peu modifiés; quelques-uns sont isolés et disséminés çà et là, la plupart des autres groupés.

A l'aide d'un grossissement suffisant (de 500 à 800 d.)il est facile de voir qu'ils sont irréguliers, anguleux, et que, dans cet état, ils présentent deux parties plus ou moins nettement distinctes : l'une périphérique, finement granuleuse ; l'autre, centrale, corpusculaire, d'aspect vitreux et assez fortement réfringente.

Leur première altération se traduit donc par une sorte de retrait qui les rend plus éclatants, plus brillants, et par i'épanchement autour d'eux d'une matière particulière.

La substance qui sort ainsi rapidement des hématoblastes est extrêmement visqueuse, et cette viscosité explique très bien la formation des petits amas.

I1ÉMAT0BLASTES. 95

Tout d'abord les hématoblastes se réunissent sous la forme de petits grains anguleux ou de petites étoiles, formant souvent une sorte de chapelet dont chaque grain est distinct; puis ces petits corpuscules semblent s'attirer fortement, ]a substance visqueuse qui les entoure tend à former une masse commune dans laquelle viennent se superposer et se confondre les éléments constituants. Du bord de cette petite masse partent un grand nombre de prolongements fins dont la disposition varie d'un moment à l'autre, la substance qui englue les hématoblastes paraissant posséder une obscure contractilité qui lui permet de changer plus ou moins rapidement de forme (lig. 23 et 27).

Les petits hématoblastes isolés subissent des modifications analogues, et tout à coup on. voit apparaître dans la préparation des fibrilles très ténues, s'entre-croisant en divers sens, se perdant, se rejoignant et formant un réseau irrégulier plus ou moins net, qui très évidemment part des hématoblastes.

A ce moment les amas ont un aspect mûriforme ; les petits grains qui les composent ont parfois encore une coloration jaunâtre manifeste, et de leurs bords indécis partent des filaments droits, nets, quoique très fins, sensiblement plus larges au moment où ils quittent l'amas que sur le reste de leur parcours.

Lorsque, au lieu d'examiner le sang en couche mince, on le prépare en couche épaisse, la matière exsudée par les hématoblastes devient plus apparente. Cette couche épaisse de sang contient à des distances variables des espaces arrondis, de formes diverses, autour desquels les globules rouges sont arrêtés et disposés concentriquement. Ces espaces clairs, dépourvus de globules rouges, présentent deux zones distinctes : l'une centrale granuleuse, constituée par un grand nombre de petits corpuscules pressés les uns contre les autres et analogues à ceux que nous venons de décrire ; l'autre périphérique, claire, translucide, d'autant plus étendue que l'amas est lui-même plus volumineux (fig. 28). La confluence clés hématoblastes a rendu ainsi très visible cette sorte d'exsudation d'aspect muqueux qui est à peine remarquable autour des petits amas hématoblastiques lorsque le sang est étalé en couche mince. Dans ce dernier cas les petits hématoblastes isolés perdent en s'altérant leur diamètre primitif et deviennent presque tous punctiformes, tandis que les amas sont constitués par deux, trois, quatre, cinq et jusqu'à quinze à vingt hématoblastes

au plus. Les centres d'irradiation du réticulum fibrineux mesurent alors dans le sang normal, ainsi préparé, de 2 y. à 8 \l environ.

Après la coagulation les amas ne subissent plus que de légères modifications. Beaucoup d'entre eux paraissent continuer encore pendant quelque temps à changer plus ou moins nettement de forme, en même temps ils se rétractent, se décolorent de plus en plus , perdent toute trace d'hémoglobine , deviennent plus finement granuleux ou homogènes, se creusent de petites vacuoles et

Fig. 28.

Divers éléments et groupes d'éléments observés dans le sang pur de Y ateles paniscus (Coaita).

a, hématoblastes isolés tels qu'on les voit pendant les premières minutes de l'examen; b, b, globules rouges groupés autour d'amas d'hématoblastes. La couche de sang étant un peu épaisse, les amas d'hématoblastes se sont entourés d'une couche claire translucide; d, d', d", amas d'hématoblastes, environ une heure après la coagulation.

se désagrègent peu à peu; mais tandis que les premières modifications évoluent rapidement, celles qui suivent la coagulation ne s'accentuent que très lentement.

Pour compléter cette étude histologique du réticulum, il est nécessaire de traiter le sang pris en caillot par le lavage suivi de l'emploi de réactifs colorants (p. 21).

Quand la couche de sang coagulé a été bien lavée, les matières tinctoriales (fuchsine, iode) font apparaître tout ce qui a résisté au lavage, c'est-à-dire le réticulum fibrineux et ses nœuds ou carrefours, un certain nombre de globules blancs dont les noyaux et les granulations se colorent avec plus ou moins d'intensité, et enfin quelques rares stromas de globules ronges n'ayant pas été entraînés parle lavage.

HÉMATOBLASTES. 07

Le réticulum fibrineux présente deux parties distinctes, les fibrilles et les carrefours (fi g*. 29).

Ces derniers sont constitués par les corpuscules hématoblastiques plus ou moins profondément altérés, corpuscules disposés isolément ou en amas, et sur lesquels se portent avec avidité les matières colorantes.

Ce sont des débris d'hématoblastes ayant souvent un éclat réfringent particulier; dans les amas, ils sont rarement distincts

Fig. 29. — Réticulum du sang humain préparé par lavage et coloré à l'aide d'eau

iodo-iodurée.

les uns des autres et paraissent souvent fragmentés en granulations plus ou moins brillantes.

Les filaments de fibrine, moins colorés que les débris d'hémaloblastes, semblent partir de ceux-ci sans l'intervention d'une substance unissante.

Les fibrilles sont des filaments minces, rigides, droits, ayant 1 [x de diamètre environ. Ils quittent en rayonnant les liématoblastes, se portent en tous sens, se divisent un petit nombre de fois dichotomiquement, s'unissent aux amas hématoblastiques voisins, s'anastomosent, s'entre-croisent, se perdent parfois en pointe déliée et forment ainsi un réseau à mailles anguleuses, irrégulières, plus ou moins lâches, plus ou moins serrées, suivant l'épaisseur de la couche de sang ayant servi à la préparation.

La gelée filamenteuse qui envahit une goutte de sang au rao- G. Hayëm. — Du Sa?ig 7

ment de la coagulation, et qui enlace dans ses mailles les globules blancs et les hématies, comprend donc dans son sein tous les hématoblastes, dont la partie résistante reste confondue intimement avec les filaments hbrillaires, au niveau des carrefours, sous la forme de corpuscules réfringents, plus colorés que le reste du réseau.

Ces observations liistologiques délicates, mais ne réclamant, en somme, qu'un peu de soin et de patience, rendent parfaitement évidente l'intervention d'un des éléments normaux du sang dans l'acte de la coagulation. Nous chercherons plus tard quelle est la nature et l'importance de cette intervention.

E. Structure des hématoblastes. — Petits, délicats, très altérables, les hématoblastes sont, on le conçoit, des corpuscules dont il est difficile de déterminer la structure. Quand ils sont bien fixés dans leur forme, ce sont de petits corps homogènes qui présentent une certaine ressemblance avec les globules rouges. Après avoir perdu leur matière altérable et soluble, ils sont réduits, comme les globules rouges dépourvus d'hémoglobine, à une petite masse insoluble représentant un véritable stroma. Ce stroma apparaît dans tous les liquides qui fixent les éléments d'une manière incomplète et laissent peu à peu s'échapper au dehors la matière qui est spontanément exsudée dans le sang pur extrait de l'organisme.

C'est ainsi qu'agissent sur eux le liquide B, le sérum iodé, le sérum au sulfate de soude, l'eau iodée convenablement étendue, etc. Pour bien voir ces débris d'éléments on emploiera, comme pour l'étude des hématies, le procédé de la coloration après décantation (p. 16). Dans quelques cas on sera frappé de la ressemblance dans la manière dont réagissent à cet égard les hématoblastes et les hématies. Mais ces procédés ne mettront en évidence aucun détail de structure.

De même dans les grains hématoblastiques isolés ou agminés qui forment les principaux carrefours du réticulum fibrineux, on ne peut reconnaître qu'une matière albuminoïde en voie d'altération. La partie de ces grains qui résiste au lavage à l'eau distillée pure ou à l'eau alcoolisée se colore plus fortement par l'iode ou la fuchsine que le stroma décoloré des globules rouges ; mais cette réaction ne nous renseigne pas sur la constitution histologïque de ces débris d'éléments.

C'est dans les préparations faites par dessiccation rapide que se

HÉMATOBLASTES. 99

montre la principale particularité histologique des hématoblastes. Il faut y rechercher les éléments de grande taille qui atteignent jusqu'à 5 ou 6 ^

Rares dans le sang normal, ils sont beaucoup plus nombreux dans le sang des anémiques et des cachectiques. Leur bord est en général épais, festonné, réfringent, tandis que leur partie centrale a l'apparence d'un disque légèrement granuleux, dans lequel on reconnaît presque toujours très distinctement une grosse granulation à centre brillant, un peu excentrique, mais voisine du centre (fig. 26 et 30). Cette granulation est parfois visible aussi dans les

CZb

Fig. 30. — Hématoblastes volumineux trouvés dans le sang d'une chlorotique.

A, préparation sèche non colorée, très fort grossissement; B, a, 6, éléments non colorés; a', b\ les mêmes après action de l'hématoxyline.

hématoblastes les plus petits et les plus délicats, et tout à fait analogue à celle que nous avons signalée dans les hématies (fig. 21).

Comme elle a l'apparence d'un nucléole, il était indiqué de rechercher dans les hématoblastes la présence d'un noyau. En soumettant ces éléments, fixés de divers manières, à Faction des matières colorantes, on peut se convaincre qu'ils ne contiennent pas de noyau analogue à celui des globules rouges nucléés. Ils se rapprochent donc encore à cet égard des globules rouges non nucléés.

Pour faire cette étude, il faut se servir de préférence de préparations où les éléments sont fixés par le fait d'une dessiccation déjà ancienne. Les matières tinctoriales, telles que l'hématoxyline, la fuchsine, l'éosine, le violet de Paris, colorent très difficilement les hématoblastes, souvent même les solutions employées font simplement prendre au bord irrégulier de l'élément un aspect blanc éclatant et une forte réfringence qui rappellent les caractères de la myéline. Cependant, après un contact prolongé, les hématoblastes finissent par fixer une certaine quantité de matière colorante et, au moment où on rapproche l'objectif, il se produit

une tache arrondie, foncée, assez fortement colorée, simulant un

noyau (fig. 30, a', b'). Mais en éloignant l'objectif cette tache redevient claire, tandis que le bord de l'élément présente une légère coloration. Il est très probable que ces particularités résultent de la forme convexe des hématoblastes desséchés (1).

La structure des hématoblastes présente donc la plus grande analogie avec celle des hématies. Dans l'un et l'autre de ces éléments on reconnaît facilement l'existence d'un stroma insoluble. De même que les globules rouges, les hématoblastes bien conservés sont lisses, homogènes et dépourvus d'un noyau analogue à celui des hématies nucléées. La seule particularité histologique indiscutable, commune aux deux éléments, consiste dans la présence d'une sorte de granulation centrale ou presque centrale faisant une légère saillie. Enfin le stroma des hématoblastes sert de soutien, comme celui des rouges, à une seconde matière organisée. Mais tandis que cette matière présente dans l'hématie une certaine fixité et renferme une proportion nettement appréciable d'hémoglobine, celle de l'hématoblaste est incolore ou à peine colorée et i^emarquable par la facilité avec laquelle elle tend à abandonner le stroma, à s'extravaser pour ainsi dire.

C'est parla constitution et les propriétés de cette seconde substance que les hématoblastes diffèrent surtout des globules rouges légitimes. On remarquera toutefois qu'avant de s'altérer profondément pour concourir à la formation de la fibrine, cette matière présente des traces évidentes de contractilité et que dans certaines conditions la matière dite zooïde des globules rouges peut

(1) Dans certains cas on parvient à déterminer nettement la coloration de la partie centrale de quelques hématoblastes. C'est pourquoi, dans un de mes travaux antérieurs (n° LVII), j'ai admis comme possible la présence d'une sorte de noyau dans les hématoblastes. Mais les rares corpuscules dans lesquels on peut obtenir cette réaction présentent, plus distinctement que les autres, la séparation de l'élément en deux parties distinctes. Il s'agit donc plutôt d'une apparence de noyau, résultant d'une altération des hématoblastes, que d'un noyau indubitable. On ne peut d'ailleurs émettre que des doutes sérieux sur cette question des noyaux dans les hématies et les hématoblastes des mammifères, quand on tient compte de la facilité avec laquelle se colorent les noyaux des véritables éléments nucléés du sang ou des organes hématopoétiques. Cependant, tout récemment, l'opinion que j'avais émise avec une grande réserve, en 1881, a été reprise par Mondino (Sulla generi e sullo svlluppo degli elementi ciel sangue nei vertebrati. Palermo, 1888). Cet auteur affirme que les hématoblastes des mammifères possèdent un noyau. Pour le mettre en évidence il traite le sang par du sérum coloré par du violet de méthyle et filtré à travers un filtre préalablement lavé à l'aide d'une solution de bichlorure de mercure à 0,5 p. 100. J'ai fait l'examen du sang humain par le procédé de Mondino sans obtenir de résultat satisfaisant.

HÉMATOBLASTES. 101

manifester également un genre particulier de contractilité. Les données que nous possédons sur la constitution chimique des globules rouges établissent encore une analogie entre ces éléments et les hématoblastes. Denis nous a appris que la charpente des globules rouges est constituée presque entièrement par une matière voisine de la fibrine, à laquelle il a donné le nom de globuline, et depuis, divers auteurs ont appelé la même matière stroma-fibrine. Or nous avons vu que la partie insoluble et persistante des hématoblastes fait corps avec le réticulum fibrineux et se confond par conséquent avec la fibrine concrète.

Ces faits deviendront plus frappants encore lorsque nous les aurons vus se reproduire dans toute la classe des vertébrés, et notamment dans le sang des animaux à globules rouges nucléés dont les hématoblastes ont une constitution cellulaire légitime.

F. Formes intermédiaires entre les hématoblastes et les globules rouges. — La vulnérabilité des hématoblastes est un caractère ne pouvant appartenir qu'à des éléments jeunes, encore imparfaitement développés, dont la constitution chimique n'est pas encore définitive. Les preuves de la parenté qui relie ces éléments aux hématies s'accumuleront peu à peu dans la suite de nos études. Il en est une très importante qui doit cependant trouver place ici, c'est celle qui est fournie par la présence dans le sang de formes intermédiaires.

Quand on examine une préparation de sang pur, faite avec soin, il est rare qu'on n'y trouve pas quelques globules isolés, ne participant pas à la formation des piles, éléments remarquables par leur exiguité. Ce sont ceux qui ont été déjà précédemment signalés sous le nom de globules nains. Souvent, malgré le soin avec lequel la préparation aura été faite, ces petits corps auront pris une forme sphérique, indiquant leur vulnérabilité relative. Cependant ces petites hématies sont parfaitement biconcaves comme les autres lorsqu'on a soin de les fixer dans leur forme au moment où elles sortent des vaisseaux à l'aide du liquide A. Elles sont également excavées dans les préparations sèches et ne diffèrent des autres globules rouges que par la taille. Dans ces dernières préparations elles se différencient facilement des hématoblastes, bien que, parfois, les plus petites d'entre elles soient d'un diamètre inférieur à celui des plus grands hématoblastes. On les reconnaît

à leur épaisseur à peu près égale à celle des hématies adultes et, par suite, au cercle noirâtre de diffraction qui les entoure, à leur coloration tout à fait semblable à celle des globules rouges; à leur biconcavité.

Parmi ces globules nains, les uns ont une forme discoïde régulière, les autres sont légèrement déformés et rappellent, par leur configuration un peu allongée, irrégulière ou bien parles crénelures de leur bord, les principaux types sous lesquels se présentent les hématoblastes. Ils n'ont donc pas encore une forme aussi régulière que les hématies, mais ils se comportent comme elles pendant le processus de coagulation; ils n'ont plus la constitution chimique des hématoblastes. Ce sont d'ailleurs des éléments relativement avancés dans leur évolution, car on trouve entre les globules nains et les hématoblastes très vulnérables des éléments qui servent de trait d'union.

Ceux-ci sont plus épais que les hématoblastes ordinaires, plus réfringents, plus nettement colorés, et dans le sang pur, bien qu'ils prennent part à la formation des amas hématoblastiques, leurs modifications pendant le processus de coagulation évoluent lentement.

L'étude du sang normal montre donc que Thématoblaste est un élément en évolution. D'abord petit, délicat, incolore, extrêmement vulnérable, il grossit, acquiert des traces d'hémoglobine, devient plus réfringent et plus résistant au processus de coagulation; puis il arrive un moment où sa constitution chimique se modifie plus complètement encore et où sa coloration hémoglobique est égale ou presque égale à celle des hématies. Il perd alors, en devenant globule nain, les propriétés physiologiques qui le distinguent, pour acquérir celles des hématies. Cependant ces globules nains qui ne prennent, plus part, comme les hématoblastes, au phénomène de la coagulation du sang et sont devenus persistants ainsi que les autres hématies, présentent encore quelques particularités spéciales, notamment une forme souvent irrégulière et une certaine vulnérabilité qui facilite leur transformation dans le sangpur en corpuscules sphériques.

Ces faits d'évolution, difficiles à saisir dans le sang normal, sont d'une grande évidence dans le sang de certains malades, notamment des anémiques. La partie de ces études qui sera consacrée aux altérations du sang viendra compléter cette description et

nous fournir des preuves en faveur de la transformation des hématoblastes en hématies (1).

§ 3. — Leucocytes du sang humain.

En regardant avec attention les espaces plasmatiques d'une préparation de sang pur, on aperçoit un certain nombre d'éléments globuleux, à reflet grisâtre ou argentin. Ce sont les globales blancs ou leucocytes.

Beaucoup moins nombreux que les globules rouges, ils ressemblent à de petites masses de protoplasma sphériques, d'un diamètre variable et en général supérieur à celui des hématies moyennes. Les uns sont presque homogènes, à peine granuleux; d'autres au contraire sont légèrement troubles ; enfin quelques-uns contiennent des granulations très réfringentes, habituellement rejetées latéralement; tous ont un éclat spécial et deviennent très brillants au centre lorsqu'on éloigne l'objectif. Il est donc évident à première vue que ces éléments, tout à fait différents des globules rouges, présentent des caractères communs, mais que l'espèce ainsi formée comprend divers types ou variétés. Si l'on prolonge l'examen les différences s'accentuent, surtout si la température extérieure s'élève à 20° ou au-dessus. Tandis que les plus petits sont immobiles et restent indéfiniment sphériques, les gros ne tardent pas à se déformer et à se déplacer dans le champ de la préparation. Les premiers sont donc dépourvus de contractilité protoplasmique ; les seconds, au contraire, sont doués d'une contractilité très active.

C'est à l'aide de ces différences, à la fois anatomiques et physiologiques, qu'on a cherché à caractériser les variétés de globules blancs. Toutefois les distinctions qu'il a fallu faire, à cet égard,

(1) La différence de forme signalée entre les hématoblastes et les globules rouges ne prouve pas que les seconds ne puissent provenir des premiers. 11 est probable, en effet, que le développement du globule rouge se fait par l'épaississement progressif du bord des hématoblastes autour de la petite lentille convexe qui forme le centre de cet élément. C'est peut-être même à cette particularité et à une sorte d'adhérence relative de la pellicule externe des éléments au méridien de cette lentille que les hématies doivent leur forme biconcave. Quoi qu'il en soit, nous ferons remarquer que chez certains ovipares les globules rouges, quoique possédant un gros noyau sphérique, agissent à l'état sec sur la lumière comme des corps excavés, par suite de l'enfoncement relatif de la portion répondant au noyau. C'est ce qu'on voit nettement, par exemple, sur les éléments gigantesques de Yamphiuma means.

pour satifaire aux besoins d'une description systématique, n'ont rien d'absolu, car il existe toujours dans le sang un certain nombre d'éléments ayant des caractères mixtes et servant en quelque sorte de traits d'union entre les diverses variétés.

D'autre part, les globules blancs possèdent les mêmes caractères généraux chez tous les vertébrés; mais d'une classe à l'autre, et même d'une espèce à l'autre, ils offrent quelques différences. Il en résulte que si l'on voulait tenir compte, dans une classification applicable à l'embranchement des vertébrés, de toutes les particularités relatives à la forme, à l'aspect et à la nature des granulations, à l'activité plus ou moins grande du protoplasma, on serait entraîné à admettre un trop grand nombre de variétés. Il vaut mieux s'en tenir aux caractères différentiels fondamentaux et se borner, en prenant actuellement comme type le sang humain, à distinguer les grandes variétés de globules blancs qui se retrouvent chez tous les vertébrés.

En partant de ce principe, on peut admettre trois variétés seulement de globules blancs :

A. Caractères des globules blancs dans le sang pur. — 1° Description générale. — Les éléments de la première variété sont les plus petits. Ils sont de forme sphérique, parfois légèrement elliptique, jamais discoïde. Ils ont l'apparence d'une petite sphère finement granuleuse, ayant un reflet blanc-grisâtre et plus claire au centre qu'à la périphérie, surtout lorsqu'on éloigne un peu l'objectif. Dans le sang pur, ils ne laissent apercevoir aucun détail évident de structure. Cependant lorsqu'ils sont peu granuleux et très transparents, on peut voir qu'ils se composent d'un noyau volumineux qui remplit presque tout l'élément et qui est entouré d'une mince couche protoplasmique (fig. 31, a).

La seconde variété comprend la grande majorité des globules blancs.

Les éléments qui la composent sont des cellules sphériques, plus volumineuses que les précédentes, à protoplasma finement granuleux, présentant à leur centre une tache claire, irrégulière, laissant parfois deviner des sortes de bourgeons ou lobes (6, c).

Les globules de la troisième variété ont des caractères tout particuliers. Ils se distinguent immédiatement des autres par leur aspect fortement granuleux. On y voit, en effet, un amas de grosses granulations réfringentes remplissant les deux tiers ou les trois

quarts de l'élément. Ces grosses granulations sont de petites sphères relativement volumineuses, à centre brillant et à contour souvent noirâtre ; elles sont incolores ou bien au contraire nettement colorées en jaune (d).

Les globules blancs de la première variété sont en général un peu plus petits que les globules rouges ; ils mesurent de 6 \>. à 7 \x, 5 de diamètre; quelques-uns, peu nombreux, atteignent 8 \i.

Vig. 31. — Leucocytes du sang humain.

a, a, globules blancs de la première variété; b, b, petites formes de la deuxième variété; c, c, éléments de la deuxième variété plus ou moins déformés par les mouvements amœboïdes; d, d, éléments granuleux de la troisième variété.

Ceux de la seconde variété ont un diamètre qui varie dans le sang pur de 7 \x, 5 pour les plus petits à 9 \x, 5 ou même 10 \x. Enfin, ceux de la troisième variété ont en général 8 à 9[x,5 de diamètre.

2° Mouvements amœboïdes. — Ces éléments se distinguent encore les uns des autres, dans le sang pur, par leurs propriétés physiologiques.

Ceux de la première variété sont, en effet, dépourvus de contractilité amœboïde, tandis que les plus volumineux présentent cette propriété à un haut degré.

Wharton Joncs (1) avait déjà étudié les changements de forme des globules blancs dans le sang de la raie, lorsque Davaine (2) les observa pour la première fois dans le sang de l'homme en 1850. Depuis, ils ont été décrits avec beaucoup de soin par Max Schultzc (3).

(1) Warthon Jones, The blood corpnscle considered in its différent phases of development (Philosoph. Transactions, 184G).

(2) Davaink, Recherches sur les globules blancs du sang (Mérn. de la Soc. de biologie, t. II. p. 103, 1850, et Gaz. méd., p. 884, 1850).

(3) M. Sghultze, loc. cit. — Voir II.

Ces phénomènes peuvent se constater à la température de la chambre; mais ils sont sensiblement plus actifs lorsqu'on emploie un appareil à température constante (voir p. 9), maintenu entre 36 et 40°. Les globules de la seconde variété et surtout ceux qui atteignent et dépassent 9 ji, sont particulièrement actifs. Au moment où la préparation vient d'être achevée, ils présentent déjà quelques saillies qui lorsqu'elles se produisent sur un point seulement leur donnent l'apparence d'une petite grenade. Puis on ne tarde pas à apercevoir, à la périphérie du corpuscule, de petites expansions en forme de tentacules ou de doigts de gant, de massue, s'allongeant, se rétractant tour à tour et déterminant des modifications variables dans la forme générale de l'élément.

Alors commencent les mouvements de reptation.

« Les corpuscules blancs du sang glissent, se cramponnent sur la surface du verre et poussent des prolongements qui semblent entraîner les éléments, ou bien la partie saillante perd peu à peu son caractère de prolongement, et semble se perdre en s'élargissant dans la masse du corpuscule. En résumé, les corpuscules blancs se glissent entre les rouges comme le feraient les animalcules cellulaires dits amibes, tantôt glissant librement à la surface du verre, tantôt s'enfonçant dans une masse de corpuscules rouges et se frayant un passage en les écartant et en se pliant » (Max Schultze).

Les mouvements acquièrent leur plus grande activité entre 38 et 40°, et arrivent à égaler ceux des amibes. La masse de la cellule est entraînée par la rétraction des prolongements ; étalée sous la forme d'une mince couche granuleuse très transparente, elle revient ensuite irrégulièrement, sur elle-même pour s'aplatir de nouveau, tandis que les découpures de son bord se modifient constamment. Les noyaux, qui se reconnaissent à des taches pâles, sont entraînés par la masse protoplasmique, et on peut souvent suivre leurs mouvements d'une extrémité de la cellule à l'autre.

Les globules blancs de la troisième variété (corpuscules grossièrement granulés de Wharton Jones) sont également contractiles. Mais ils émettent des prolongements plus volumineux, plus courts et moins nombreux que les corpuscules finement granuleux, et leurs mouvements de reptation sont moins actifs.

La durée générale de ces phénomènes dans le sang humain est,

pour une température de 38 à 42% de deux ou trois heures. Au delà de ce temps, le protoplasma s'altère, se creuse de vacuoles, et la masse corpusculaire, devenue irrégulièrement sphérique et plus grossièrement granuleuse, reste immobile. Lorsque la température ne dépasse pas 36 à 38°,' on peut encore voir quelques mouvements au bout de trois heures; mais ceux-ci ne présentent toute leur activité que dans les préparations fraîches.

M. Ranvier a fait cette remarque intéressante que ces mouvements sont excités et entretenus par l'oxygène, vers lequel se dirigent les cellules migratrices, comme si elles éprouvaient une sorte de besoin de respirer.

3° Intussusception dans les globales blancs. — Les amibes peuvent absorber de fins granules de matière colorante, et 'il semble que leurs mouvements, leurs changements de forme, la production intérieure de sortes de vacuoles, facilitent beaucoup l'introduction des particules étrangères. Ce phénomène a été désigné sous le nom d'intussusception, afin de le distinguer de l'absorption.

L'idée de faire servir cette propriété à l'interprétation de la structure des organismes inférieurs remonte au baron de Gleichen (1), et les naturalistes ont, depuis, beaucoup discuté sur la signification de l'intussusception dans les infusoires. Tandis que pour Dujardin les vacuoles de la substance sarcodique suffisent à l'expliquer, d'autres auteurs y voient encore la preuve de l'existence de sortes de poches stomacales ouvertes extérieurement.

C'est d'abord sur des invertébrés que Hœckel (2) et vonRecklinghausen (3) observèrent l'entrée et la sortie des matières colorantes dans les globules du sang.

Plus tard ils étendirent ces recherches à des vertébrés à sang froid, et Preyer (4) les compléta par ses études sur le sang des grenouilles; enfin Schultze a pu observer ce phénomène dans le sang humain.

Pour étudier l'intussusception, on emploie soit des matières colorantes, comme le carmin, le cinabre, l'indigo ou l'aniline, en

(1) Gleichen, Dissert, sur la génér. des animalcules. Trad. de 1799.

(2) Hoeckel, Die Radiolarien, p. 105, Berlin, 1862, et Preyer, Centralblatt fur die medicin. Wissensch., 1864, p. 305.

(3) Von Recklinghausen, Die Lyniphgefàsse und ihre Beziehung zum Bindegewebe, p. 22, Berlin, 1862, et Virchow's Archiv, Bd. XXVIII, p. 157, 1863.

(4) Preyer, Ueber amiboidc Blutkôrperchcn; Virchow's Archiv, t. XXX, p. 417.

poudre aussi fine que possible, soit du lait. Chez les invertébrés, ces observations se font à la température normale et à l'aide de la chambre humide.

Avec le sang humain, il faut, à l'exemple de M. Schultze, se servir de la platine chauffée, maintenue à la température de 38 à 40°, et diluer le sang* avec un peu de sérum iodé contenant en suspension du cinabre ou du bleu d'aniline.

On peut alors voir nettement les granulations colorées pénétrer à l'intérieur des globules blancs ; les mouvements de reptation facilitent leur entrée, et les granulations, tantôt réunies, tantôt séparées, occupent la masse ou les prolongements.

On retrouve ici les propriétés variables des globules finement granuleux et des globules à grosses granulations. Dans ces derniers, la pénétration est plus lente ; les granules colorés parcourent moins d'espace pendant les mouvements.

On observe des résultats analogues avec le lait dont les vésicules, ayant en moyenne 3 millièmes de millimètre, sont rapidement absorbées.

Dans quelques cas on peut voir les granulations colorées pénétrer dans un prolongement des globules blancs, puis arriver peu à peu jusqu'au centre ; mais souvent c'est par la masse même de la cellule qu'ils s'introduisent.

Ces études sur les propriétés physiologiques du protoplasma des éléments incolores du sang ont permis de repousser d'une manière définitive l'hypothèse ancienne d'une membrane de cellule.

« Je n'hésite pas un instant, dit M. Schultze, à ranger les corpuscules blancs de Fhomme parmi les cellules sans membrane. Ces cellules, d'après mes observations faites dans divers tissus, ne sont constituées que par du protoplasma entourant un noyau. »

Cette opinion est aujourd'hui classique. Mais l'examen du sang pur, dans des conditions aussi normales que possible, ne renseigne pas d'une manière suffisante sur les noyaux et les granulations contenus dans la masse protoplasmique. Pour faire l'étude de ces points importants on a soumis les globules blancs à l'influence de très nombreux réactifs.

B. Caractères histochimiques des globules blancs. — Laissant aux ouvrages spéciaux le soin de décrire les effets des diverses substances chimiques sur ces corpuscules, je n'indiquerai

que les principales réactions capables de me tire en évidence un détail intéressant de structure.

L'impossibilité d'apercevoir nettement un noyau dans les globules blancs du sang pur a conduit un certain nombre d'histologistes à considérer les noyaux comme des formations cadavériques ou artificielles. Cette manière de voir est certainement erronée.

Pendant que les globules blancs exécutent leurs mouvements et sont par conséquent en vie, si la masse nucléaire n'est pas nettement visible, elle affirme du moins son existence, ainsi que nous venons de le noter, en se déplaçant à travers le corps protoplasmique.

En opérant sur un animal dont les globules blancs sont remarquablement volumineux (axolotl du Mexique), M. Ranvier a pu, non seulement voir nettement des noyaux, mais encore assister à leur multiplication par scission (1). Pour le sang de l'homme et des animaux supérieurs, il faut considérer surtout les résultats fournis par la dessiccation rapide. Il est impossible que des éléments qui conservent leur vitalité pendant aussi longtemps que les globules blancs puissent subir des modifications sensibles pendant le court espace de temps nécessaire à cette dessiccation. Or, dans les préparations de sang sec, on peut voir sans l'emploi d'aucun réactif et d'une manière extrêmement nette, avec le sang humain comme avec celui des animaux, les noyaux des globules blancs. La préexistence de ces noyaux n'est donc pas plus douteuse chez l'homme que chez les animaux inférieurs, à sang froid (fig. 32).

La dessiccation permet, de plus, l'emploi ultérieur de divers réactifs colorants à l'aide desquels on peut rendre les noyaux plus apparents ou déterminer la nature de quelques granulations. L'eau iodo-iodurée, la solution alunée d'hématoxyline, le violet de Paris et le vert de méthyle sont les principaux liquides colorants à mettre ici en usage. On complétera cette étude eu utilisant les procédés de M. Ranvier et particulièrement les solutions alcooliques au tiers de sulfate, ou de chlorhydrate de rosaniline, auxquelles on ajoute une petite quantité de sang pur. Ces solutions altèrent la masse protoplasmique des globules blancs; mais colorent fortement les noyaux.

(1) Ranvier, Traité technique d'histologie.

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