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CHAPITRE III

QUANTITÉ PROPORTIONNELLE DES ÉLÉMENTS DU SANG CHEZ L'HOMME ET CHEZ QUELQUES ANIMAUX.

Les globules rouges, de beaucoup les plus nombreux, ont été dénombrés pour la première fois par Vierordt. Cet observateur ingénieux a compté dans son propre sang 5174 000 hématies; mais, ce qui montre bien l'incertitude du procédé qu'il a imaginé, c'est que, pour le même sang, dans des numérations différentes, il a trouvé des chiffres variant entre 4180 000 et 5 551000. D'après Welcker, le sang du doigt contiendrait 4 600 000 globules. Cramer a trouvé un chiffre analogue, soit 4 726 000.

Ces premiers observateurs, dont les procédés n'ont pas survécu, ne se sont guère trompés. L'homme adulte, bien portant, vigoureux, possède effectivement, en moyenne, 5 millions d'hématies par millimètre cube. Le chiffre de 4 500 000 ou 4 600 000 qu'on rencontre assez souvent dans les grandes villes est encore compatible avec une bonne santé, mais il indique déjà une certaine faiblesse organique (1).

Les globules blancs, beaucoup moins nombreux, ne s'élèvent chez l'adulte, homme ou femme, qu'au chiffre de 6 000 en moyenne.

Les globules blancs de la variété II sont de beaucoup les plus nombreux, puis viennent ceux de la première variété et enfin les globules à grosses granulations de la troisième.

On trouve en moyenne, chez l'homme adulte, les proportions suivantes :

dans mon mémoire de 1878-79. Aussi n'est-ce pas sans étoanement que je vis Bizzozero annoncer, en 1882, la découverte d'un troisième corpuscule du sang auquel il donna le singulier nom de plaquette.

Il est regrettable que quelques histologistes aient adopté ce mot pour le moins inutile, car, tout en convenant fort mal aux hématoblastes corpusculaires des animaux supérieurs, il donne une idée absolument fausse des hématoblastes des ovipares.

(i) J'ai établi mes moyennes pour l'homme d'après mes observations et celles de MM. Duperie, Globules du sang, Variations physiologiques {Thèse de Paris, 1878), et Cadet, Étude dhysiologique des éléments figurés du sang et en particulier des hématoblastes (Thèse de Paris, 1881).

Globules blancs de la lre variété 23 p. 100

Les hémaloblastes sont beaucoup plus nombreux que les globules blancs (40 fois plus environ) ; mais 20 fois moins nombreux que les hématies. On en compte, en effet, chez l'adulte, environ 250 000 (255 000, Hayem et Cadet).

Nous verrons plus tard les modifications sensibles que l'âge, le sexe, certaines conditions physiologiques, impriment à ces moyennes.

La quantité d'hémoglobine contenue dans les globules rouges est une donnée extrêmement importante, tant au point de vue physiologique qu'au point de vue anatomo-pathologique. Je me suis donc appliqué à la déterminer aussi exactement que possible. Mais n'ayant pas réussi jusqu'à présent à me procurer un échantillon d'hémoglobine cristallisée de sang humain, je me suis servi, pour arriver au but, d'une valeur relative au lieu d'une valeur absolue. J'ai fait tous mes dosages chromométriques en prenant pour étalon la quantité d'hémoglobine contenue en moyenne dans mes propres globules. J'ai désigné cet étalon sous le nom de valeur globulaire et je l'ai supposée égale à 1.

M. Cadet, après avoir fait un grand nombre d'examens de sang humain sain, a vu que cet étalon dépasse un peu la valeur globulaire moyenne, et, de mon côté, je me suis également aperçu de ce fait dans mes examens de sang normal.

Sur 86 adultes la valeur globulaire n'a atteint le chiffre 1 que 21 fois, et la moyenne générale de ces 86 examens donne le chiffre 0,944 au lieu de 1. L'étalon qui m'a servi dans mes premières recherches est donc d'environ 5 p. 100 trop fort. J'ai tenu compte de cette détermination dans la table de la valeur des teintes coloriées donnée page 45, ainsi que dans toutes les évaluations qui seront consignées dans le présent ouvrage.

D'ailleurs, s'il est exact de dire que chez l'homme sain la quantité d'hémoglobine est sensiblement proportionnelle au nombre des globules rouges, c'est-à-dire que chez tous les sujets sains les globules rouges contiennent en moyenne à peu près la même proportion de matière colorante, il ne faudrait pas croire que cette valeur est d'une constance parfaite.

Dans mes premières recherches sur l'aglobulie (anémie chro-

nique), j'ai trouvé que la valeur individuelle d'un globule sain pouvait osciller, chez l'adulte, entre 1 et 0,70; les chiffres trouvés par M. Cadet ont confirmé cette proposition. En les corrigeant d'après les données précédentes, on trouve que le plus faible s'élève à 0,78 et que le plus fort atteint 4,05.

Sur 86 examens de sang (hommes et femmes adultes bien portants) la valeur globulaire atteint ou dépasse la moyenne 46 fois ; elle est au moins égale à 0,90, 83 fois, et par conséquent 3 fois seulement au-dessous de 0,90.

Comme d'autre part elle ne dépasse pas 1,05, on peut dire que les fluctuations normales de la valeur globulaire sont en moyenne de 15 p. 100.

Ce chiffre est relativement élevé; mais si l'on se souvient qu'à l'état normal il y a des fluctuations assez sensibles dans les dimensions des éléments d'un individu à l'autre, on trouvera dans ce fait la raison principale de ces écarts. Il est évident qu'il faut tenir compte également des causes d'erreur dues aux instruments qui servent à ces déterminations ; mais celles-ci se trouvent nécessairement atténuées par la multiplicité des observations.

— En poursuivant mes études d'anatomie comparée, j'ai dénombré et mesuré les éléments du sang chez un certain nombre d'animaux. Les résultats que j'ai obtenus pouvant offrir un certain intérêt, je les présenterai sous forme de tableau. On ne devra leur accorder qu'une valeur relative, car le plus souvent je n'ai pu examiner qu'un animal de chaque espèce, et l'on conçoit que pour acquérir des notions précises sur ces divers points, il serait indispensable d'établir des moyennes.

Il faut en excepter les chiffres qui concernent les animaux de laboratoire (chien, lapin, cochon d'Inde, grenouille) ; ils représentent les moyennes obtenues à la suite d'examens réitérés.

Ces réserves faites, on peut néanmoins tirer de ces observations quelques données générales qui pourront servir de point de départ pour des recherches ultérieures de même ordre.

On remarquera que la plupart des animaux à sang chaud ont à peu près la même richesse globulaire. Celle-ci dépasse très rarement celle de Fhomme bien portant, c'est-à-dire 5 millions ; elle reste habituellement entre 4 et 5 millions. Lorsqu'elle descend au point de se rapprocher de 3 millions, il est probable que l'examen a porté sur un individu malade ou affaibli. Ces études ont été

faites, en effet, pour la plupart au Jardin d'acclimatation sur des animaux qui paraissaient bien portants, mais qui n'étaient peutêtre pas toujours dans un parfait état de santé (1).

Les oiseaux ont un sang dont la richesse globulaire est au moins aussi grande que celle des mammifères les mieux doués sous ce rapport.

Chez les animaux à sang froid la richesse globulaire est sensiblement moins élevée. Cependant elle reste encore relativement grande chez les reptiles qui ont été examinés. Dépassant 4 millions chez le lézard, elle ne descend au-dessous de 3 millions que chez la grenouille.

Il résulte encore de ces recherches que la valeur individuelle des globules (G) est sensiblement proportionnelle aux dimensions des éléments chez les animaux à hématies non nucléées (les seules d'ailleurs qui soient parfaitement comparables entre elles). Ce résultat intéressant tendrait à prouver que l'hémoglobine, malgré ses variations de composition dans les diverses espèces animales, a toujours à peu près le même pouvoir colorant.

Tableau des résultats fournis par l'examen du sang de divers animaux.

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