‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 75 sur 165 · L1V, LXXVI, XCI · texte numérisé non relu

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tions globulaires provoquées par les agents qui transforment l'hémoglobine en méthémoglobine. Mais il n'est pas douteux qu'indépendamment de ces derniers il en est d'autres qui sont capables de léser plus ou moins profondément les éléments du sang et d'en entraîner la destruction (le sulfure de carbone, la toluyendiamine, la paraldéhyde, etc.).

Les substances toxiques qui altèrent le globule rouge peuvent lui faire subir diverses modifications, telles que fragmentation, issue de boules d'hémoglobine, rétraction et plissement du disque globulaire, décoloration partielle ou complète. Lorsque le corps est producteur de méthémoglobine, ces altérations ne sont pas le résultat de la transformation de l'hémoglobine en méthémoglobine. Elles dépendent essentiellement de la nature de l'agent toxique, d'où résulte que parmi les corps, ayant pour caractère commun de transformer l'hémoglobine en méthémoglobine, les uns attaquent fortement le globule, tandis que les autres le respectent (1).

— Les grands traumatisme^ et particulièrement ceux que produisent les corps contondants peuvent occasionner des altérations du sang. Ils déterminent, en effet, non seulement des ruptures vasculaires et des infiltrations sanguines dont les éléments altérés repassent ensuite en partie dans le torrent circulatoire, mais probablement aussi des lésions traumatiques des hématies à l'intérieur même des vaisseaux. J'ai pu, en effet, sur le cochon d'Inde provoquer la fragmentation des globules rouges à l'aide de liens placés sur les extrémités des pattes.

Il est cependant assez rare d'observer chez les blessés des altérations morphologiques des globules rouges. Gela tient à plusieurs causes. Tout d'abord les éléments altérés sont mélangés intimement avec une proportion considérable de normaux; puis bientôt ils ne tardent pas à disparaître par dissolution complète de l'hémoglobine et arrêt probable des stromas dans les fins capillaires de quelque viscère.

Les brûlures étendues, la congélation des membres, la gangrène sont également des causes d'altérations destructives des globules rouges.

Je n'ai aucun renseignement à fournir touchant l'action de la foudre sur les éléments du sang.

(1) Voir plus loin les altérations révélées par les procédés plij'sico-chimiques et le chapitre consacré aux toxémies.

Toutes les causes de stase sanguine étendue et plus ou moins prolongée, telles que l'asphyxie lente, le choléra, le scorbut, le refroidissement prolongé et intense de la surface du corps, le ralentissement ou l'arrêt du sang dans les capillaires et dans les veines sous l'influence des œdèmes cachectiques peuvent également provoquer l'altération d'un certain nombre d'hématies.

On sait, depuis les expériences de Cohnheim sur la stase, que pendant l'arrêt du sang dans les capillaires, les globules rouges s'insinuent entre les éléments des parois vasculaires et qu'au moment où le cours du sang se rétablit, un grand nombre d'entre eux, en voie de diapédèse, se présentent sous l'apparence de doubles-boutons de chemise. Les éléments ainsi pressés par la paroi vasculaire finissent par se fragmenter et sont entraînés sous la forme de boules sphériques qui ne tardent pas à perdre leur hémoglobine et à devenir indistinctes.

Tous les globules rouges en voie de destruction disparaissent d'ailleurs rapidement du torrent circulatoire. C'est là un fait général et on peut admettre que certains organes sont chargés de cette sorte d'épuration du sang. Les altérations d'origine mécanique ou chimique ne persistent donc un certain temps que dans les cas où la cause de l'altération est elle-même durable et capable de produire de nouvelles lésions globulaires au fur et à mesure que les premières hématies altérées sont détruites ou éliminées.

§ 2. — Altérations révélées par les procédés physicochimiques.

A. Variations du pouvoir colorant du sang. — 1° Variations de r hémoglobine. — L'examen direct du sang au microscope ne suffit pas pour nous permettre d'apprécier les variations dans la proportion d'hémoglobine contenue dans les hématies. De là l'utilité des procédés chromométriques permettant de doser l'hémoglobine à l'aide d'une très petite quantité de sang. Celui que j'ai décrit précédemment (procédé des teintes coloriées, p. 43) intervient couramment dans les études cliniques comme complément du dénombrement des éléments. La combinaison des deux procédés permet de distinguer dans l'examen de ce liquide deux facteurs importants, le pouvoir colorant et la richesse globulaire.

Comme je prends pour étalon le sang normal, le pouvoir colo-

G. Hayem. — Du Sang. 23

rant du sang", c'est-à-dire la dose brute d'hémoglobine, est exprimé en nombre de globules sains. Je le désigne pour cette raison sous le nom de richesse globulaire et le représente dans mes observations par la lettre R. En divisant le chiffre exprimant cette valeur par le nombre des globules, on obtient le second facteur fourni par l'examen chromométrique du sang, c'est-à-dire la valeur individuelle d'un globule en matière colorante. C'est là ce que j'entends par valeur individuelle d'un globule, inscrite sous la rubrique G dans mes observations.

La richesse globulaire du sang varie, comme le nombre des hématies, dans des proportions énormes à l'état pathologique, et, fait important, elle est rarement proportionnelle au nombre des globules rouges. C'est là une preuve bien évidente de la fréquence des altérations globulaires.

Aussi la valeur G, c'est-à-dire la richesse individuelle des hématies est-elle fréquemment anormale. (Voir la description de l'anémie chronique dans le chapitre consacré à l'anatomie pathologique spéciale.)

2° Variations de V oxyhémoglobine . — On sait que la matière colorante du sang est en partie dans le globule à l'état d'oxyhémoglobine, et que la proportion d'oxyhémoglobine globulaire varie sous des influences très diverses. A l'état normal elle est constamment plus forte dans le sang artériel que dans le sang veineux et l'on a pu calculer la moyenne des différences qu'on observe à cet égard. Mais nombre de causes peuvent modifier les rapports normaux entre l'oxyhémoglobine du sang artériel et celle du sang veineux. Qu'il me suffise de rappeler parmi ces causes les troubles de la respiration, les modifications dans la circulation, les variations dans les échanges moléculaires. On a donc cherché à estimer la proportion d'oxyhémoglobine contenue dans le sang, de manière à pouvoir se rendre compte des effets que peuvent produire sur cet important facteur les divers états morbides ou bien encore les actions médicamenteuses. L'estimation chromométrique du pouvoir colorant du sang ne donne que la dose d'hémoglobine transformée complètement en oxyhémoglobine, par suite du mélange du sang avec des véhicules oxygénés (en général de l'eau). Il s'agit ici de la proportion d'oxyhémoglobine contenue dans le sang circulant. Dans les laboratoires de physiologie cette détermination se fait à l'aide de la

pompe à gaz. On retire avec une seringue spéciale (en général celle de P. Bert) une certaine quantité de sang à un animal, sang veineux ou sang artériel, et on le soumet immédiatement, avant la coagulation, à l'analyse des gaz. On ne pouvait évidemment pas utiliser en clinique un tel procédé. Aussi me suis-je contenté dans mes recherches anatomo-pathologiques de l'appréciation chromométrique du pouvoir colorant du sang.

Mon ami, M. Hénocque, a depuis proposé un ingénieux moyen de calculer la proportion d'oxyhémoglobine, applicable aux études cliniques. Mais, en réalité, son procédé fournit plutôt la dose d'hémoglobine que celle de l'oxyhémoglobine.

Effectivement le sang recueilli au bout du doigt et à l'air libre pénètre dans un espace étroit où il s'étale en lame mince, au contact de l'air. Pendant cette opération il se forme évidemment de l'oxyliémoglobine et le dosage spectroscopique de ce corps ne peut fournir aucun renseignement précis sur l'état du sang circulant (1).

Notons en outre que, chez l'homme, on se sert du sang des capillaires, tandis que, dans les recherches de laboratoire, on peut opérer à volonté sur le sang des artères ou des veines, où les différences observées dans les proportions d'hémoglobine ont une signification bien plus importante.

La question du dosage clinique de Y oxy hémoglobine ne me paraît donc pas encore résolue. Il n'est pas permis, chez l'homme, de puiser du sang dans les artères, ou même dans les veines, et il serait prématuré de dire qu'on est tout au moins parvenu à estimer la proportion d'oxyhémoglobine renfermée dans le sang tel qu'il circule dans le réseau capillaire.

Notons cependant que dans un récent travail, G. Otto, en se servant du spectro-photomètre d'Hùfner et d'instruments spéciaux, a réussi à recueillir et à diluer le sang à l'abri de l'air et à doser la quantité d'oxyhémoglobine ainsi que celle d'hémoglobine réduite contenues dans un échantillon de sang (2).

B. Altérations qualitatives de l'hémoglobine. — Le dosage de l'hémoglobine ne donne qu'une idée fort incomplète des modifications que peut présenter cette importante matière colorante.

(1) Loco cit. Voir dans les travaux de M. Hénocque la technique du procédé.

(2) G. Otto, Untersuchnngen liber die Blutkôrperchenzahl u. den Hâmoglobingehalt des Blutes {A.rch. f. die gesamnile Physiol. Bd. XXXVI, S. 36, an. in Rev. des se. méd., XXVI, p. 16).

A côté de la question de quantité, il y a celle de qualité et il est démontré que la qualité de l'hémoglobine peut être profondément altérée en l'absence de toute lésion globulaire morphologiquement ou chromométriquement appréciable. Tant que la proportion d'hémoglobine contenue dans le sang ne varie qu'en plus ou en moins, les mutations nutritives auxquelles préside l'hémoglobine sont assurées; elles peuvent être plus ou moins actives, mais elles s'exécutent. Elles sont, au contraire, immédiatement compromises dès que l'hémoglobine est dénaturée et plus ou moins impropre aux échanges gazeux.

L'étude des altérations qualitatives de l'hémoglobine offre donc un vif intérêt, et, cependant, les données que nous possédons sur ce sujet sont peu nombreuses.

Gela tient surtout à ce qu'il s'agit d'un corps d'une composition complexe et instable, dont les diverses mutations chimiques sont encore imparfaitement connues.

On sait que l'hémoglobine peut former avec l'oxygène au moins deux combinaisons définies; qu'elle entre aussi en combinaison avec l'oxyde de carbone; mais il est probable qu'elle peut également fixer d'autres gaz et des proportions variables d'eau ou d'autres substances capables d'en modifier la composition et les propriétés physiologiques.

Nous verrons bientôt, en effet, que les globules rouges peuvent être physiologiquement altérés dans des conditions où l'hémoglobine paraît normale. Evidemment il est impossible qu'il n'y ait pas, en pareil cas, une modification quelconque dans la composition ou dans l'état moléculaire de cette matière.

Pour montrer jusqu'à quel point cette question est difficile, il suffit de rappeler que chez tous les animaux à sang rouge, l'hémoglobine présente les mêmes caractères spectroscopiques ainsi que les mêmes propriétés chimiques et que, cependant, il existe certainement autant d'hémoglobines que d'espèces animales. Ces hémoglobines ne peuvent se distinguer qu'après cristallisation, lorsqu'on tient compte de la forme, du volume, de la solubilité des cristaux, de la proportion d'eau de cristallisation.

Les principaux moyens propres à mettre en évidence les altérations de l'hémoglobine sont le spectroscope et la pompe à gaz. Cette dernière sert à mesurer le pouvoir d'absorption pour l'oxygène. Cette valeur calculée pour 100 centimètres cubes de sang

représente ce qu'on désigne habituellement sous le nom de capacité respiratoire. Mais il résulte des considérations précédentes que l'hémoglobine pourrait être qualitativement altérée sans qu'on pût s'en apercevoir à l'aide de ces instruments, les hémoglobines des divers animaux ayant les mêmes réactions spectrales et sensiblement le même pouvoir d'absorption pour l'oxygène. Le seul moyen qui pourrait déceler une altération de constitution chimique serait la préparation de l'hémoglobine à l'état de cristaux. Gscheidlen (1) a indiqué un procédé qui permet de retirer des cristaux d'une très petite quantité de sang; mais je ne sache pas qu'on ait jusqu'à présent signalé des modifications pathologiques portant sur la forme des cristaux d'hémoglobine.

1° Altérations de l'hémoglobine visibles au spectroscope. — Avant d'aborder la description des altérations qualitatives de l'hémoglobine, il importe de bien préciser la forme sous laquelle cette matière est engagée dans le globule rouge.

L'anatomie nous a conduit à admettre que la matière colorante des hématies était combinée dans l'élément avec une autre matière albuminoïde. Nous avons vu, de plus, que l'anatomie pathologique est venue fortifier cette opinion, puisqu'elle nous a fait connaître des globules renfermant une charge variable de matière colorante et même des hématies incolores (p. 340). Les recherches chimiques sont confirmatives de ces données histologiques. En effet, lorsqu'on isole par les procédés chimiques l'oxyhémoglobine cristallisée, on constate que cette matière présente avec la matière colorante des hématies un certain nombre de propriétés communes ; mais que, cependant, elle s'en distingue par quelques caractères. Ainsi les globules n'abandonnent pas leur hémoglobine dans les solutions salines neutres, tandis que l'oxyhémoglobine est soluble dans les mêmes véhicules. Le pouvoir d'absorption pour l'oxygène paraît être le même pour l'hémoglobine globulaire et les solutions d'oxyhémoglobine ; cependant ces dernières soumises au vide donnent une quantité d'oxygène très variable (Hoppe-Seyler, Strassburg) et perdent ce gaz beaucoup moins rapidement que les globules (2).

(1) Gscheidlen, Einfache Méthode, Blutkrystalle zu erzeugen [Arch.f. die gesamm. Phy s., XVI, S. 421).

(2) Consulter sur ce sujet l'article Hémoglobine par Henninger, Dictionnaire de Chimie d'A. Wurtz (suppl. 6e fasc).

Les cristaux d'oxyhémoglobine et les solutions de ces cristaux ne se comportent donc pas absolument comme l'oxyhémoglobine combinée au protoplasma globulaire.

Quand cette dernière quitte le globule pour se répandre dans le plasma ou même in vitro dans l'eau, elle se distingue encore des solutions de cristaux par certains caractères qui ont été signalés par A. Schmidt.

L'hémoglobine récemment obtenue par addition d'eau au sang décompose, comme les globules rouges, d'une manière rapide et énergique l'eau oxygénée parfaitement neutre, sans paraître prendre part à la réaction, tandis que l'oxyliémoglobine cristallisée et redissoute ne dégage que lentement l'oxygène de l'eau oxygénée en se décomposant elle-même.

En outre, l'oxyliémoglobine cristallisée et redissoute passe à travers les membranes animales et végétales, ce que ne peut faire l'oxyhémoglobine qui vient d'abandonner les hématies, à moins que l'expérience ne soit prolongée assez longtemps pour que cette dernière matière soit altérée.

L'oxyhémoglobine cristallisée représente donc un état différent de l'oxyliémoglobine globulaire et même de cette même matière récemment dissoute.

Mais il y a plus. Il résulte, en effet, des expériences que j'ai entreprises sur les substances toxiques qui transforment l'hémoglobine en méthémoglobine, que l'hémoglobine globulaire possède des propriétés lui appartenant en propre et qu'on ne retrouve plus dans l'hémoglobine fraîchement dissoute.

L'hémoglobine se présente donc, en définitive, au physiologiste et au médecin, sous trois états différents : l'hémoglobine globulaire faisant encore partie intégrante du globule rouge; l'hémoglobine fraîchement dissoute et enfin l'hémoglobine obtenue par les procédés chimiques. Dans l'organisme il faut distinguer les modifications de l'hémoglobine dans le globule lui-même, encore conservé en tant qu'élément anatomique, des altérations qui se traduisent par la dissolution de l'hémoglobine dans le plasma, avec ou sans modification chimique de cette substance.

Gela posé, nous pouvons aborder la description des altérations du sang visibles au spectroscope.

Elles consistent en une transformation de l'hémoglobine capable de donner une réaction spectrale différente de celle de l'oxyhémo-

globine. Cette transformation peut être accompagnée ou non de modifications morphologiques et en particulier de l'extravasation de l'hémoglobine dans le plasma.

La plus fréquente de ces transformations est la réduction plus ou moins complète de l'oxyhémoglobine en hémoglobine. Mais nous n'avons plus à revenir sur cette question déjà traitée. A moins d'employer le spectro-photomètre avec les précautions indiquées par G. Otto, on ne peut apprécier à peu près la richesse du sang en oxyhémoglobine que par la coloration plus ou moins foncée du sang. Cette coloration noirâtre (dans les diverses asphyxies) pourra être sûrement rapportée à la réduction de l'oxyhémoglobine, lorsque l'examen spectroscopique aura fait reconnaître que le sang pathologique ne contient pas autre chose que de l'hémoglobine se transformant facilement en oxyhémoglobine. Mais cet examen n'est que d'une sensibilité relative et, par suite, il peut laisser échapper des proportions assez notables de certains dérivés de l'hémoglobine.

— Les seules altérations spectroscopiques connues jusqu'à présent sont celles qui résultent des intoxications. Les poisons capables de transformer l'hémoglobine en matières donnant une réaction spectrale caractéristique sont l'oxyde de carbone, puis les nombreux corps ayant la propriété de transformer l'hémoglobine en méthémoglobine.

L'oxyde de carbone déplace l'oxygène de l'oxyhémoglobine pour former de l'hémoglobine oxycarbonée. Comme les hématies conservent leur forme et leur coloration, l'altération ne peut être constatée que par l'analyse des gaz et l'examen spectroscopique. Les bandes d'absorption de l'hémoglobine oxycarbonée sont les mêmes que celles de l'oxyhémoglobine, mais avec cette différence qu'elles sont reportées légèrement sur la droite. Comme cette particularité est peu sensible, le caractère essentiel de ce spectre est sa résistance aux agents réducteurs qui, avec l'oxyhémoglobine, font apparaître immédiatement la bande de Stokes d'hémoglobine réduite.

De toutes les transformations de l'hémoglobine, la plus intéressante pour le médecin est certainement celle qui aboutit à la production de méthémoglobine. C'est la seule qu'on puisse rencontrer en dehors de tout empoisonnement par le simple fait de l'emploi de médicaments prescrits à dose dite thérapeutique. Et,

comme le nombre de ces médicaments est relativement considérable et augmente chaque jour rapidement, la question acquiert par là un grand intérêt pratique (1).

La méthémoglobine ou métahémoglobine est un composé oxygéné de l'hémoglobine découvert par Hoppe-Seyler. Elle se produit lorsqu'on fait agir sur les solutions d'hémoglobine ou d'oxyhémoglobine les substances oxydantes en solution neutre ou faiblement alcaline . Lorsqu'on emploie de l'hémoglobine réduite la transformation est directe. De même, lorsque la méthémoglobine est formée, les agents réducteurs la transforment directement aussi (lorsqu'on opère à l'abri de l'oxygène) en hémoglobine qui peut redevenir de l'oxyhémoglobine. Cette dernière propriété est importante et caractéristique ; elle distingue nettement la méthémoglobine de l'hématine acide dont le spectre est très analogue. La méthémoglobine se forme encore dans d'autres circonstances : par l'action de la chaleur sur les solutions étendues d'oxyhémoglobine, par l'action de petites quantités d'acide ou de base. Il s'en produit une certaine proportion au début de la putréfaction qui plus tard reproduit de l'hémoglobine réduite.

La méthémoglobine paraît être un composé bien défini qu'Hiïfner et Otto prétendent avoir pu obtenir à l'état cristallin (2). Hoppe-Seyler, P. Marchand, Weyl et Anrep, Henninger s'accordent à la considérer comme un corps moins oxygéné que l'oxyhémoglobine (3). Ce qu'il nous importe surtout de savoir, c'est que cette combinaison est stable, c'est-à-dire incapable de perdre son oxygène dans le vide ou de passer à l'état d'oxyhémoglobine par agitation à l'air, et, par suite, absolument impropre à l'hématose. Insoluble dans l'alcool et l'éther, la méthémoglobine se dissout dans l'eau en donnant un liquide brunâtre, très différent des solutions d'oxyhémoglobine ou d'hémoglobine réduite. La solution aqueuse est légèrement acide ; elle présente un spectre d'absorption caractéristique (fig. 67, III).

En examinant ce spectre, on observe une bande très nette dans le rouge, entre C et D, un peu plus près de C ; à partir de D

(1) Voir LXXV, LXXXIV, LXXXV.

(2) G. Hufner et J.-G. Otto, Ueber krystallinisches Methâmoglobin (Zeitsch. f. physiol. Chemie, t. VII, S. 65, 1883).

(3) Henmnger, loc. cit.

ALTÉRATIONS RÉVÉLrÉES PAR LES PROCÉDÉS PHYSICO-CHIMIQUES. 361

tout le spectre est sombre ; mais en diluant la solution on voit apparaître une bande peu marquée entre D et E, tout près de D ; puis un peu avant E l'intensité lumineuse commence de nouveau à décroître et atteint avant F un minimum limitant une large bande très foncée qui se détache assez bien sur le fond sombre du spectre ; sur la raie F, enfin, on remarque une faible

P Longueurs d'onde

Millim

Fig. 67.

I, hémoglobine réduite; II, oxyhémoglobine ; III, méthémoglobine en solution acide ; IV, méthémoglobine en solution alcaline ; V, mélange de méthémoglobine et d'oxyhémoglobine.

éclaircie bleue, les radiations indigo et violette étant totalement absorbées.

Jâderholm avait observé, dans ce spectre, deux bandes assez nettes entre D et E. Mais Hoppe-Seyler a montré que ces raies coïncident avec celles de l'oxyliémoglobine et appartiennent à des traces de cette substance non transformée en méthémoglobine. Henninger ne les a d'ailleurs jamais observées en préparant la méthémoglobine par oxydation directe de l'hémoglobine réduite (1).

Dans les conditions où l'on observe le sang humain et celui

;i) Henninger, Comptes rend, de la Soc. de biologie, nov. 1882,

des animaux en expérience, les bandes de l'oxyliémoglobine font rarement défaut, car on opère presque toujours sur un mélange d'oxyhémoglobine et de méthémoglobine. C'est alors la bande dans le rouge qui sert spécialement à caractériser la présence de cette dernière. Il est donc intéressant de bien connaître ce spectre à caractères mixtes (fig. 67, Y).

En plaçant la raie D du sodium à 100, cette bande dans le rouge se trouve située entre 85-90 ; elle a son maximum entre 86 et 88, c'est-à-dire en longueurs d'onde de 640 à 620.

Avec le sang pur ou dilué de l'homme ou des animaux, toute erreur est impossible, car l'hématine acide, dont le spectre est analogue, né se produit que dans des conditions particulières et jamais sans l'intervention d'un acide. On remarquera d'ailleurs que la bande appartenant à l'hématine en solution acide est plus rapprochée de la raie D que celle de la méthémoglobine. Elle se déplace vers la gauche au fur et à mesure que l'acidité augmente et peut aller jusqu'à 80-75. Cependant, en solution alcoolique neutre, la bande de l'hématine se trouve située exactement comme celle de la méthémoglobine entre 85-92.

Lorsqu'on ajoute de la potasse à la dilution sanguine pour avoir la méthémoglobine en solution alcaline, toute trace d'analogie avec l'hématine disparaît en même temps que le spectre prend des caractères différents (fig. 67, IV). La bande dans le rouge s'efface pour faire place à trois bandes, une pâle et étroite avant D et deux plus marquées entre D et E, très analogues à celles de l'oxyhémoglobine.

— Lorsque les globules rouges sont chargés de méthémoglobine, ils perdent partiellement ou d'une manière complète la propriété de présider aux oxydations. Il est donc du plus haut intérêt d'étudier comment la méthémoglobine se forme dans l'organisme, de rechercher la manière dont l'économie s'en débarrasse, les effets qui peuvent lui être attribués.

Je ne traiterai ici que la partie générale de cette importante question, me réservant de faire plus tard l'histoire des principaux corps producteurs de méthémoglobine à propos des intoxications. Pour poursuivre ces recherches, il faut en premier lieu posséder un moyen pratique et sûr de reconnaître la méthémoglobine dans le sang.

On vient de voir que cette matière modifie les qualités physi-

ques du sang et se révèle par des caractères qui lui sont propres. Mais il est important d'être prévenu qu'à cet égard la sensibilité du spectroscope n'est pas aussi grande qu'on pourrait le croire.

Quand la méthémoglobine se forme en notable proportion dans le sang, celui-ci prend une coloration spéciale, caractéristique. Lorsqu'il est pur, complet ou défibriné, il devient brun-chocolat, puis noirâtre ; dissous ou dilué avec de l'eau, il prend une coloration analogue à celle d'une infusion de café plus ou moins concentré.

Dans ces conditions l'examen spectroscopique donne des résultats d'une netteté parfaite. C'est le cas le plus simple. Il suffit alors d'examiner au spectroscope le sang pur (complet ou défibriné), en couche suffisamment mince ou une dilution de ce sang, pour reconnaître avec certitude la présence de la méthémoglobine. (Voir la technique p. 49.) Mais dans les circonstances (nombreuses chez l'homme) où il ne se produit qu'une faible proportion de cette substance, ce mode d'examen peut rester négatif.

Ainsi, qu'on introduise directement dans le sang, in vitro, ou sur le vivant par injection intra-veineuse, une certaine proportion de méthémoglobine, et dès que le mélange de cette matière avec le sang normal est effectué, qu'on fasse un examen au spectroscope, soit à l'aide du sang étalé en couche mince, soit à l'aide d'une dilution du mélange, on ne verra aucune bande caractéristique dans le rouge.

Cependant on ne peut douter, dans ces circonstances, de la présence de méthémoglobine dans le mélange sanguin. Ce fait est la conséquence du puissant pouvoir colorant du sang : Pour l'examiner au spectroscope, on est obligé de l'étaler en couche relativement très mince ou de le diluer avec une forte proportion d'eau et, dans l'une et l'autre de ces conditions, la quantité de méthémoglobine renfermée dans la portion soumise à l'examen devient trop faible pour être appréciable.

En me fondant sur des expériences directes, je crois pouvoir dire que, par ce mode d'examen, il faut que la méthémoglobine atteigne environ 5 p. 100 de la quantité totale de matière colorante, pour que le spectre du sang devienne caractéristique (1).

Mais nous allons voir bientôt que la méthémoglobine peut se

(1) Cette évaluation a été faite avec le'grand spectroscope de laboratoire, construit par Duboscq.

trouver dans le sang, soit dans le globule rouge lui-même, soit à l'état libre dans le plasma.

Dans ce dernier cas, artificiellement réalisé par l'injection directe de méthémoglobine dans les vaisseaux, en prenant à l'animal une certaine quantité de sang qu'on laisse se coaguler spontanément, le sérum qui se sépare peut être examiné pur au spectroscope et l'on peut alors y reconnaître les moindres traces de méthémoglobine, celles-ci ne pouvant plus être masquées par de l'hémoglobine ordinaire.

Il résulte de ces faits que dans l'emploi du spectroscope, le seul moyen qui soit pratique et expéditif, il sera toujours facile de retrouver les plus faibles quantités de méthémoglobine, lorsque celle-ci aura été mise en liberté. Il suffira d'en faire la recherche dans le sérum. Mais, d'autre part, lorsque la méthémoglobine se formera exclusivement dans le globule sanguin, elle ne deviendra sensible que lorsque sa proportion atteindra et dépassera environ 5 p. 100 de la matière colorante du sang.

Il peut donc se faire que du sang renferme, sans qu'on puisse s'en assurer, une faible proportion de méthémoglobine. On se heurte ici à une difficulté matérielle qui s'oppose à la constatation dans certaines circonstances de la présence ou de l'absence de méthémoglobine globulaire (1).

Une autre cause d'erreur est liée à la différence d'action de certains corps sur l'hémoglobine globulaire et l'hémoglobine dissoute dans le plasma. Lors donc qu'on dilue le sang pour le soumettre à l'examen spectroscopique, Ja présence de méthémoglobine dans ce sang dilué ne prouvera pas à coup sûr l'existence de méthémoglobine dans le sang pur, non traité par l'eau. Cependant presque toujours l'action secondaire ne se produira pas instantanément et l'examen immédiat de la dilution fera éviter toute erreur d'interprétation.

Malgré ces difficultés, il sera toujours facile, au point de vue expérimental, de savoir si une substance quelconque est productrice de méthémoglobine, car il arrive toujours un moment où, employée à dose suffisante, elle fera apparaître dans le sang exa-

(1) M. Lambling a indiqué tout récemment un procédé de dosage de la méthémoglobine à l'aide du spectro-photomètre d'Hûfner (Des applications de la spectrophotométrie à la chimie physiologique, Arch. de phys., n° 5, 1888). La lacune que nous signalons, parait donc pouvoir être comblée à l'aide de cet instrument.

miné les caractères de cette substance, de sorte qu'on n'éprouvera d'hésitation que dans la détermination du commencement et de la fin du phénomène.

Dans les recherches de ce genre on aura toujours soin d'examiner à la fois le sang et le sérum. Toutefois la constatation dans ce dernier liquide de faibles traces de méthémoglobine ne prouvera pas la préexistence de cette substance dans le plasma sanguin, car il est possible que la méthémoglobine se forme pendant le temps nécessaire à la séparation du sérum. On devra donc, pour plus de précision, faire l'examen histologique du sang et surtout la numération des globules, lorsqu'on voudra constater avec précision les destructions globulaires résultant de l'emploi de certains corps producteurs de méthémoglobine.

Enfin les échantillons de sang destinés à l'examen ultérieur du sérum devront être mis dans une glacière, à l'abri de la putréfaction (p. 58).

— La présence de la méthémoglobine a été signalée dans le liquide de certains kystes hémorragiques, dans le sang extravasé depuis un temps plus ou moins long dans le tissu cellulaire ou dans les grandes séreuses, dans l'urine hématurique et hémoglobinurique.

Dans le sang humain, elle n'a été observée que dans les empoisonnements ou à la suite de l'administration de certains médicaments. Il serait intéressant de la rechercher dans les maladies infectieuses et, en particulier, dans les septicémies. Les observations encore peu multipliées que j'ai faites dans cette direction ont donné jusqu'à présent des résultats négatifs.

Les substances productrices de méthémoglobine sont très nombreuses. Je citerai particulièrement celles qui sont employées à titre de médicaments. Yoici la liste des principales.

Les nitrites (d'amyle et de sodium), les chlorates (de potasse et de soude), les ferricyanures (de potassium et de sodium), le permanganate de potasse, l'acide pyrogallique, l'acétanilide, la kairine, la thalline, l'hydroquinone, la pyrocatéchine.

Le mode d'action de ces corps sur le sang est assez variable, et, par suite, l'exposé en est complexe ; mais il est possible à l'aide d'un groupement méthodique des faits particuliers de le réduire à des termes relativement simples. On trouve effectivement un élément de classification des plus importants dans la manière

dont les producteurs de méthémoglobine, après avoir pénétré dans la circulation, se comportent à l'égard des hématies.

Les uns, quoique capables d'en transformer la matière colorante, les respectent en tant qu'éléments anatomiques ; les autres, au contraire, en altèrent la structure et les détruisent avec une puissance variable.

Cette différence est fondamentale et permet d'admettre deux classes de substances parfaitement! distinctes. La première comprend celles qui forment de la méthémoglobine dans le globule rouge lui-même. Leur action se résume en une transformation de l'hémoglobine globulaire, in situ, sans autre altération des hématies, ni du sang. Gette transformation est toujours partielle, à moins qu'on n'agisse in vitro, avec des doses relativement considérables. Chez les animaux mis en expérience, la mort se produit par suspension de l'hématose, avant que toute l'hémoglobine globulaire ait été transformée.

Dans cette première classe, il n'y a pas lieu d'établir, quant à présent, de sous-divisions. Nous y trouvons notamment le nitrite d'amyle employé en inhalations et la kairiae (le chlorhydrate) .

La seconde classe comprend les matières qui forment de la méthémoglobine et altèrent en même temps les globules rouges, c'est-à-dire les détruisent plus ou moins complètement en tant qu'éléments anatomiques.

Les médicaments et les substances toxiques appartenant à cette classe sont nombreux et doivent être divisés en plusieurs groupes secondaires.

Premier groupe. — Dans ce groupe viennent prendre rang des substances qui, dès qu'elles arrivent dans le sang, attaquent les hématies et font dissoudre dans le plasma une quantité plus ou moins grande d'hémoglobine, en même temps qu'elles transforment, tout au moins partiellement, l'hémoglobine dans le globule. Il existe alors de la méthémoglobine dans les hématies et dans le plasma.

Je citerai parmi les corps de ce groupe le nitrite de sodium, le permanganate de potasse, l'acide pyrogallique, l'acide osmique, l'acétanilide.

L'emploi de ces agents comme médicaments est toujours suivi d'une déglobulisation plus ou moins intense.

Deuxième groupe. — Je crois devoir former un groupe distinct à l'aide des chlorates (de potasse et de soude), qui agissent sur le sang d'une manière particulière. Ce sont des corps fortement oxydants, ayant à un haut degré la propriété de produire de la méthémoglobine, mais qui, tout en détruisant violemment les hématies, ne peuvent produire de la méthémoglobine qu'après un contact avec le sang relativement prolongé dont la durée varie suivant les doses, le mode d'introduction du médicament et, peut-être, certaines conditions individuelles ou d'ordre pathologique. Nous en ferons une étude détaillée à propos des toxémies.

Troisième groupe. — Enfin le troisième et dernier groupe renferme les ferricyanures (de potassium et de sodium) qui ont la singulière propriété d'attaquer exclusivement l'hémoglobine dissoute. Inoffensifs pour le sang pur, ils deviennent de puissants oxydants dès que l'hémoglobine est mise en liberté.

Comme cette condition ne peut guère se réaliser qu'm vitro, ces médicaments peuvent être administrés à haute dose sans amener la production de méthémoglobine.

Ces divisions une fois établies, il devient facile d'énoncer les lois générales qui régissent les effets de toutes ces substances sur le sang.

La méthémoglobine étant impropre à l'hématose, à la façon de l'hémoglobine oxycarbonée, on aurait pu craindre, par le fait de la production de cette matière en quantité notable, une sorte d'asphyxie par suppression de la fonction globulaire, comme dans l'empoisonnement par l'oxyde de carbone.

Cependant, plusieurs observateurs ont vu que la méthémoglobine, formée dans l'organisme sous l'influence de certains médicaments (tels que le nitrite d'amyle, le nitrite de sodium), disparaît au bout d'un temps relativement court, de sorte que les effets de ces substances sont passagers et moins redoutables qu'on aurait pu s'y attendre.

Mes premières recherches sur ce point (1 884 , n° LXXY) ont fourni l'explication de ce phénomène, en montrant que l'hémoglobine globulaire, c'est-à-dire faisant partie constituante de l'hématie, a la propriété de réduire la méthémoglobine formée pour reproduire l'hémoglobine et, par suite, l'oxyhémoglobine, que, déplus, cette propriété lui appartient en propre, c'est-à-dire n'est pas partagée par l'hémoglobine dégagée du globule.

Ainsi donc, la première loi est celle-ci :

Lorsque la méthémoglobine est formée aux dépens de l'hémoglobine globulaire, sans qu'il se produise une autre altération des hématies (ce qui est le cas pour les corps de la première classe), la méthémoglobine est réduite rapidement dans l'organisme.

Dès que l'emploi du médicament est suspendu, que l'élimination de ce dernier hors du corps est complète, le sang reprend ses caractères normaux; il reste aussi riche en globules qu'avant l'intervention médicamenteuse.

La seconde loi, applicable aux matières de la seconde classe, peut être formulée de la manière suivante :

La méthémoglobine formée aux dépens de l'hémoglobine libérée est définitive, aussi bien dans l'organisme qu'm vitro. Elle reste a l'état de méthémoglobine jusqu'à ce qu'elle soit détruite; elle fournit alors les mêmes produits d'oxydation que l'hémoglobine.

Quand l'action toxique est assez intense pour qu'une forte proportion d'hémoglobine et de méthémoglobine devienne libre dans le plasma, une partie de ces matières s'éliminent en nature par les reins en produisant de l'hémoglobinurie et de la méthémoglobinurie passagères.

Comme il y a toujours, dans ces circonstances, destruction plus ou moins active des hématies, l'emploi des agents de cette classe est suivi d'anémie. Dans la pratique, il ne suffira plus de dire désormais qu'un médicament produit de la méthémoglobine, il sera essentiel de déterminer le rang qu'il doit occuper dans les groupes qui viennent d'être indiqués.

Les différences précédemment signalées entre l'hémoglobine globulaire et celle qui vient de se dissoudre dans le plasma, à l'égard de la manière dont ces substances se comportent en présence des corps producteurs de méthémoglobine, sont d'ordre physico-chimique, car, en opérant hors de l'organisme sur du sang mort, on observe exactement les mêmes faits que sur les animaux. Toutefois, l'hémoglobine globulaire, transformée en méthémoglobine, se réduit plus facilement dans l'économie que dans un vase, ce qui s'explique suffisamment par la conservation de la vitalité des hématies imprégnées de méthémoglobine.

Enfin, une troisième loi concerne la marche du processus de formation de la méthémoglobine. Au moment où les corps pro-

ducteurs de méthémoglobine commencent à agir sur le sang-, celui-ci devient asphyxique et reste souvent dans cet état longtemps avant qu'on puisse y déceler une certaine proportion de méthémoglobine. Tous les médecins qui ont employé des agents thérapeutiques de cet ordre ont noté la cyanose comme un des premiers phénomènes observés. Dans mes expériences sur les animaux avec les nitrites, les chlorates, l'acétanilide et la kairine, cette cyanose a été le seul fait constatable lorsque les doses de l'agent employé n'ont pas été suffisantes pour amener la production de méthémoglobine.

Ces divers corps paraissent donc exercer une action réductrice sur l'oxyhémoglobine avant de la transformer en méthémoglobine. En d'autres termes cette transformation semble partir de l'hémoglobine réduite. Ce phénomène a été récemment observé par Kowalewsky dans une étude sur l'alloxantine ; mais il n'est pas particulier à cette substance ; la marche de la transformation en méthémoglobine semble être soumise à une loi générale dont l'action de l'alloxantine n'est qu'un cas particulier (1). Ce processus remarquable est très difficile à expliquer.

D'après Kowalewsky l'alloxantine s'oxyderait en réduisant l'oxyhémoglobine et son produit d'oxydation (Falloxane), en agissant sur l'hémoglobine réduite, produirait de la méthémoglobine. C'est ainsi qu'il faudrait expliquer pourquoi cette matière peut résulter de l'action de corps réducteurs aussi bien que d'agents oxydants. Mais je ferai remarquer que les uns et les autres peuvent donner naissance à de la méthémoglobine lorsqu'on les met directement en contact avec de l'hémoglobine réduite. Il est donc impossible de généraliser les faits observés par Kowalewsky. Au point de vue chimique cette question ne paraît pas encore suffisamment étudiée.

2° Variations de la capacité respiratoire. — Nous nous rappelons qu'on désigne sous ce nom la proportion maximum d oxygène que peut absorber un volume donné de sang (100cc). Cette valeur est habituellement calculée à l'aide de la pompe à gaz, opération qui nécessite l'emploi d'au moins 20 centimètres cubes de sang défibriné. Il s'agit donc d'un procédé de laboratoire. Je sais qu'on a poursuivi des recherches cliniques, en opérant avec une

(1) Kowalewsky, Ueber die Einwirkung des Alloxantins auf das Biut. (Centralbl. f. med. Wissemchaft, nos 1, 2, 3G et 37, 1887).

G. Hayem. — Du Sang. 24

moins grande quantité de sang et en se servant de la méthode imaginée par MM. Risler et Schutzenberger pour le dosage de l'oxygène dissous dans un liquide. Il a fallu cependant ouvrir la veine des malades pour se procurer le sang et je ne saurais souscrire à une pareille pratique. D'ailleurs la méthode en question, très précieuse pour les liquides non colorés, ne m'a pas paru d'un emploi suffisamment sûr dans la recherche de la quantité d'oxygène contenue dans le sang (1).

Il est donc impossible, quant à présent, d'étudier sur les malades les variations de la capacité respiratoire du sang. On peut y suppléer à l'aide d'expériences sur les animaux.

L'hémoglobine conservant ses propriétés physiologiques tant que la putréfaction n'en a pas transformé une partie en méthémoglobine, il paraît parfaitement indiqué de chercher à combler les lacunes laissées par les recherches cliniques en utilisant le sang qu'on peut recueillir dans les autopsies. C'est ce qui a été fait parfois et récemment, entre autres, dans un de mes travaux sur le choléra. Mais je me demande si l'on peut avoir une confiance absolue dans la détermination de la capacité respiratoire exécutée dans ces conditions.

S'il est vrai qu'il existe certains corps capables de paralyser l'hémoglobine sans l'altérer d'une manière sensible, et que ces corps puissent se développer dans l'organisme malade, il est évident qu'à plus forte raison il peut s'en produire en grande quantité après la mort.

Quelle peut être alors la valeur d'un examen cadavérique du sang pratiqué vingt-quatre heures au moins posl mortem?

J'ai hésité longtemps avant d'entrer dans cette voie, et les résultats très variables que j'ai obtenus dans le choléra m'ont conduit à la considérer comme défectueuse (2).

On devra donc, à mon avis, reprendre l'étude des variations de la capacité respiratoire uniquement à l'aide d'expériences sur les animaux (3).

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