‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 74 sur 165 · I) LXVI · texte numérisé non relu

I) LXVI

Cette production de matière cristalline ne paraît avoir aucun rapport avec le genre d'anémie ; elle se montre dans les cas les plus variés (chlorose, intoxication saturnine, cachexie cancéreuse, pertes sanguines, etc.). Chez les animaux rendus anémiques à

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Fig. 63. — Cachexie cancéreuse. — Préparation du sang desséché.

a, a, formations cristallines autour ou au niveau des globules rouges ; b, b, mêmes formations autour d'hématoblastes.

l'aide d'hémorrhagies répétées, non-seulement les hématies deviennent pâles, mais un certain nombre d'entre elles, ainsi que certains hématoblastes, acquièrent également la propriété de se résoudre plus ou moins complètement, dans les préparations faites par dessiccation, en arborisations cristallines. Le sang d'une tortue rendue ainsi anémique m'a fait voir de très belles productions de ce genre.

Les cristaux qui se forment dans ces conditions sont presque toujours nettement jaunâtres ; mais leur forme est mal définie et ne peut être précisée, à l'aide de la lumière polarisée. Ils sont d'ailleurs trop petits pour se prêter à ce genre d'examen, car ils ne mesurent que 2 à 4 \j. dans leur plus grand diamètre (1).

4° Altérations diverses de nature mal déterminée. — 1° Indépendamment des altérations précédemment décrites, on observe encore dans les globules rouges des modifications dont la nature est difficile à préciser et qu'il faul se contenter de décrire sommai-

Fig. 64. sans sec.

Préparation du État cribriforme

des globules rouges.

rement. On les rencontre surtout dans les préparations de sang desséché.

L'une d'entre elles pourrait porter le nom d'aspect cribri forme. Elle consiste en effet dans la production de fentes ou trous à bord réfringent qui à l'état sec paraissent correspondre à des pertes de substance faites à l'emporte-pièce.

On compte rarement un seul de ces espaces et, dans ce cas, il est presque toujours central, le plus souvent il y en a 2, 3, 4, 5, parfois plus encore, et d'autant plus petits qu'ils sont plus nombreux (fig. 64). Cette altération porte sur un nombre variable d'hématies disséminées au milieu d'éléments ayant conservé leurs caractères normaux.

Parfois les globules rouges desséchés, au lieu d'être fendus ou troués, présentent des espaces incolores d'aspect vitreux, chatoyant, complètement dépourvus d'hémoglobine. Ces espaces sont arrondis, ou irréguliers (fig. 65).

Lorsque je vis ces modifications pour la première fois, je crus me trouver simplement en présence d'une altération produite accidentellement par la dessiccation (1). Mais en poursuivant cette étude, il me fut impossible de retrouver des éléments semblables dans le sang normal préparé par la même méthode, et je crois aujourd'hui qu'elle résulte d'une vulnérabilité anormale des hématies.

Dans le sang pur celles-ci se font remarquer par la facilité avec laquelle elles se déforment. Tantôt elles se transforment rapidement et sous la plus légère influence extérieure en éléments mûriformes, d'autres fois elles subissent la déformation lenticulaire ou en calotte. Vue à plat, l'hématie paraît creusée d'une excavation exagérée, ou bien, au contraire, sa partie centrale fait saillie comme une lentille (fig. 65). Vue de champ, elle prend une forme de calotte ou de lentille gonflée sur un côté de laquelle l'hémoglobine est refoulée sous l'apparence d'un corps réniforme. Dans ce dernier cas, lorsque deux éléments se juxtaposent, ils sont séparés l'un de l'autre par l'interposition d'une boule presque sphérîque.

Lorque le sang a été traité à sa sortie des vaisseaux par le liquide A, les hématies paraissent plus excavées qu'à l'état nor-

(1) Lorsqu'on dessèche le sang sur une lame de verre chauffée et non complètement refroidie, il se produit, en effet, des modifications semblables dans un certain nombre d'hématies.

mal ; plus rarement on voit dans quelques-unes d'entre elles des vacuoles ou des fentes qui peuvent également être reconnues dans le sang pur (fig. 65, B et C). Mais il résulte de l'examen du sang par divers procédés que le plus souvent les modifications des globules desséchés sont dus à une sorte de retrait de l'hémoglobine : au niveau des taches, des fentes et des apparences de trous l'hémoglobine seule fait défaut.

Comme les mêmes apparences peuvent être produites artificiellement sur des globules sains par certains réactifs qui altèrent le stroma sans dissoudre l'hémoglobine, il est possible que ces altérations pathologiques soient le résultat de l'action d'un plasma altéré sur les hématies. Mais je dois me borner à émettre sur ce point une simple hypothèse que des observations ultérieures devront justifier.

2° Enfin on peut voir aussi des hématies contenant une ou plusieurs vésicules claires, brillantes, d'aspect graisseux, mais ne présentant pas cependant les réactions de la graisse. Elles ne s'observent que dans un très petit nombre d'éléments et en général dans des cas d'anémie très avancée.

5° Dégénérescence pigme?itaire des globules rouges dans la fièvre intermittente. — Je n'ai eu jusqu'à présent qu'une seule fois l'occasion d'observer une des altérations décrites par M. Laveran dans la fièvre intermittente. On sait d'ailleurs que les paludéens sont assez rares dans les hôpitaux de Paris et que nombre de fois l'examen du sang de ces malades donne des résultats négatifs.

La lésion que j'ai vue consistait dans la présence dans le sang de corps en croissant répondant aux corpuscules n° 1 de M. Laveran. Chez mon malade (qui avait pris sa fièvre en Algérie), c'était au moment de l'apyrexie que ces éléments altérés étaient le plus abondants.

En voici les caractères :

Corpuscules pâles, moyennement réfringents, ayant la forme d'un croissant ou d'un corps ovalaire très allongé, de taille variable, mais ne dépassant jamais dans leur plus grand diamètre les dimensions des grands globules rouges (fig. 66).

Tous portent dans leur partie renflée un amas arrondi de pigment bruiïâtre et présentent sur leur bord une très légère teinte hémoglobique. En les examinant avec soin, on trouve toujours

une ligne fine à double contour réunissant les 2 pointes ou les 2 extrémités du corpuscule.

Ces éléments paraissent donc provenir d'une sorte de dégénérescence des globules rouges. Ils ressemblent à des stromas déformés, presque complètement dépourvus d'hémoglobine dont

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Fig. 65. — A et B. Cachexie cancéreuse. — C. Anémie saturnine.

A, hématies du sang desséché; B, hématies du sang pur, fortement excavées ou en calotte; en a l'hémoglobine s'est plissée en rayons de roue; b,b, globules renfermant des vacuoles ou des vésicules; C, anémie saturnine; hématies du sang pur, altérations analogues.

les dernières traces persistent dans la partie renflée sous forme de grains pigmentaires.

Cependant, en faisant agir sur ces corps divers réactifs, on observe quelques particularités qui les distinguent des hématies.

Dans les préparations de sang sec et frais, traitées directement par une solution moyennement forte de violet de méthyle,

Fig. 66.

Fièvre intermittente. Éléments vus dans le sang pur.

a, a, hématies altérées. — Les autres éléments sont des corps pigmentés de divers aspects.

les globules rouges ordinaires se décolorent complètement. Ces corpuscules deviennent au contraire plus visibles, plus réfringents et ils retiennent plus de matière colorante que les stromas ordinaires.

En soumettant les préparations de sang desséché aux vapeurs d'acide osmique avant d'employer le violet de méthyle, on constate que les corps en croissant fixent une quantité de ma-

tière colorante beaucoup moins grande que les globules normaux. Ce sont donc des stromas déformés, devenus relativement plus résistants que les stromas des globules sains et ayant acquis probablement des qualités un peu spéciales, mises en évidence surtout par le violet de méthyle. Mais ces particularités ne prouvent rien contre leur provenance globulaire. On observe d'ailleurs à côté de ces globules rouges dégénérés, dans les préparations qui les contiennent, des éléments déformés, modifiés, qui sont en quelque sorte intermédiaires entre les globules rouges normaux et les corpuscules en croissant.

La première altération consiste dans une sorte de refoulement de la partie globulaire hémoglobique. Ce refoulement est tantôt latéral, tantôt périphérique (fig. 66). Dans le premier cas le globule rouge forme un ovoïde très allongé, divisé en 2 parties, l'une foncée, hémoglobique, épaisse, en forme de croissant ou d'ovoïde, l'autre claire, décolorée et mince (fig. 66, a! , a").

Dans le second cas la partie centrale claire est circonscrite par un anneau hémoglobique (fig. 66, a, a). Cette dernière disposition aboutit peut-être à la formation des corps décrits par M. Laveran sous le n° 2 (1).

Quoi qu'il en soit, après ce refoulement dans une partie circonscrite du stroma, la matière colorante subit probablement sur place une dégénérescence qui aboutit en dernier lieu à la production des grains pigmentaires.

Je n'ai rien à dire des corps à prolongements mobiles signalés par M. Laveran, n'ayant jamais eu l'occasion de les rencontrer.

On sait que cet habile observateur attribue ces divers corps à un parasite spécial à la fièvre paludéenne et indépendant des hématies. Marchiafava et Celli admettent, au contraire, l'existence de micro-organismes dans les globules rouges eux-mêmes (2). Je ne me prononcerai pas sur un point qu'il m'a été impossible d'étudier, mais on voit que j'incline à faire provenir les corpuscules qui viennent d'être décrits d'une modification des globules rouges eux-mêmes.

(1) A. Laveran, Nature parasitaire des accidents de l'impaludisme, Paris 1881, et Traité des fièvres palustres. Paris, 1884.

(2) Marchiafava et A. Celli, Nouvelles études sur Pinfection malarique {Arch. ital. de biologie, mai 18*87). E. Maurel, Recherches microscopiques sur l'étiologie du paludisme (1 vol. Paris, 1887).

E. Fragmentation et destruction des éléments dans le sang circulant, d'origine en quelque sorte artificielle ou traumatique. — Si les altérations que nous avons décrites précédemment comme artificielles (p. 66) résultent le plus souvent de l'agression des agents extérieurs sur le sang issu du corps, il ne s'ensuit pas que ces modifications ne puissent se produire dans le sang en circulation pendant la vie.

Toutes les opérations qui s'exécutent directement sur la masse sanguine peuvent en altérer les éléments, exactement de la même manière que si l'on traitait le sang en dehors de l'organisme par le même procédé. De ce nombre sont les injections médicamenteuses intravasculaires et diverses transfusions.

Les premières sont plus employées dans les laboratoires que chez l'homme. Lorsque, dans un but expérimental, on veut faire pénétrer rapidement dans l'organisme une dose bien déterminée d'un médicament liquide ou soluble, on l'introduit directement dans les vaisseaux sans trop se préoccuper des effets qu'il produira sur le sang. Il importe cependant de ne pas perdre de vue qu'on détruit souvent ainsi un assez grand nombre d'hématies et qu'il peut résulter de la lésion du sang certains désordres dont il faut tenir compte.

Chez l'homme, ce sont les transfusions proprement dites qui peuvent ainsi altérer directement les éléments du sang. On se garde d'employer l'eau pure qui détermine la production dans le sang circulant de microcytes, de chlorocytes et d'achromacytes.

La plupart des auteurs qui ont fait, dans ces dernières années, de grands efforts pour tenter de remplacer la transfusion sanguine par une injection de sérum artificiel, ont proposé l'eau salée. Une solution de chlorure de sodium en proportion convenable (de 0,50 à 0^73 p. 100) peut être, en effet, considérée comme à peu près inoffensive, mais ce serait une erreur de croire qu'elle dilue le plasma sanguin sans altérer en rien les éléments. Elle entraine toujours (quelle que soit la formule) la dissolution ou la décoloration partielle d'un certain nombre d'hématies. L'importance de l'altération varie avec la proportion du liquide injecté. En général, cette altération est assez faible pour que ces sortes d'injections puissent être considérées comme peu dangereuses.

Les expériences que j'ai faites sur ce sujet, à propos du traite-

ment du choléra, m'ont fait voir que la meilleure solution saline qu'on puisse employer chez l'homme est la suivante :

Eau distillée 1000

Chlorure de sodium pur o

Sulfate de soude 10 à 25

J'ai pu l'injecter à haute dose dans les veines de mes malades sans déterminer d'altérations globulaires (1).

Les transfusions sanguines n'altèrent pas sensiblement le sang du transfusé, mais à la condition qu'elles soient pratiquées avec du sang (défibriné ou complet) emprunté à un animal de la même espèce. Le sang étranger est au contraire très dangereux. C'est là un fait très curieux. Dans un grand nombre de cas, lorsqu'on prépare le sang d'une espèce animale avec le sérum d'une espèce étrangère, même voisine, on voit les hématies s'y détruire plus ou moins rapidement, parfois beaucoup plus rapidement que dans l'eau pure. Chose singulière, il n'y a pas toujours réciprocité, et, dans certains cas, en renversant les facteurs de l'expérience, on voit les globules rouges du sang de cette dernière espèce se conserver assez bien et assez longtemps dans le sérum du sang de la première.

Mais lorsque cette réciprocité existe, ce qui n'est pas rare, les transfusions de sang étranger déterminent une double destruction globulaire, celle des éléments du transfusé par l'action du sang du transf useur et celle du sang injecté, introduit dans un milieu qui ne peut lui convenir (2). Cette fois encore ce sont des chlorocytes et des achromacytes qui se produisent.

— Les injections intra-vasculaires ne sont pas les seules causes de destructions globulaires ; il en est d'autres plus ou moins actives, parmi lesquelles il faut citer diverses intoxications, les grands traumatismes et les stases d'une certaine durée.

D'assez nombreux agents médicamenteux et toxiques, introduits dans l'économie par diverses voies, mais non directement dans le sang, peuvent pénétrer dans ce liquide en quantité suffisante pour produire des altérations globulaires. Malheureusement nos connaissances sont encore peu étendues sur ce point très intéressant.

Les faits les mieux étudiés sont ceux qui concernent les altéra-

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