‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 78 sur 165 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

blancs, d'indiquer par un signe à quelle variété appartient chacun des éléments que je rencontre dans la préparation. En agissant ainsi, il est facile de se rendre compte de la prédominance relative d'une de ces variétés.

Dans la plupart des leucocytoses c'est sur la variété 2 (cellule finement granuleuse à noyaux multiples) que porte surtout la multiplication. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et dans les cas chroniques, lorsque la lésion est due à un état cachectique avancé,

on peut, au contraire, trouver une augmentation notable des globules blancs de la variété 1 (petite cellule finement granuleuse à noyau unique). Cette multiplication de petits globules blancs se rencontre également ,,. „A T .r. • q .... dans certains cas de pseudo-

iMg. 70.— Leucocythemie. — Sang traite r ^L "■*-

par de l'alcool au tiers, coloré par la leucémie et de leucocythemie. fuchsine; -Divers globules blancs hy- c'est également dans cette pertrophiés. ,

dernière maladie qu on observe

parfois des éléments hypertrophiés. Les plus grands globules blancs du sang normal mesurent, on s'en souvient, 10 à 12 p, en moyenne. Dans le sang leucémique les plus grands éléments peuvent atteindre jusqu'à 20 p, (fig. 70).

Cette hypertrophie ne porte pas uniquement sur les cellules à noyaux multiples ou à noyau incisé et en boudin. On peut voir également des globules blancs à un seul noyau acquérir des dimensions anomales.

En dehors de cette dernière maladie, on a rarement l'occasion de remarquer dans le sang quelques leucocytes hypertrophiés. Je n'ai guère relevé cette particularité que dans deux ou trois cas d'anémie extrême.

G. Altérations qualitatives. — Nous connaissons d'une manière trop imparfaite la composition chimique des globules blancs pour pouvoir décrire d'une manière précise les modifications intimes que ces éléments subissent dans les maladies.

Les seuls procédés qu'on puisse appliquer en pareil cas, c'està-dire les procédés histo-chimiques, sont insuffisants pour nous permettre de reconnaître ces sortes de lésions. Cependant on peut ranger ici quelques altérations bien caractérisées.

ALTÉRATIONS DES LEUCOCYTES. 383

1° Surcharge en hémoglobine. — Les globules blancs de la variété 2 qui, à l'état normal, chez l'homme, ne contiennent aucune trace d'hémoglobine, peuvent, dans certains cas, s'imbiber légèrement de matière colorante. Cette altération, que je n'ai rencontrée, jusqu'à présent, que dans les anémies intenses, est difficile à constater dans le sang pur et humide. En effet, elle ne se révèle dans ces conditions que par une teinte légèrement jaunâtre du bord de l'élément, ou, lorsque celui-ci est déformé par les mouvements amœboïdes, que par un reflet jaunâtre des parties épaissies. Pour mettre en évidence la présence de l'hémoglobine il faut préparer le sang par dessiccation. Les globules blancs à contenu hémoglobique se reconnaissent alors facilement.

Ils se présentent sous l'aspect d'un corpuscule en général arrondi, presque homogène, nettement coloré en jaune-orangé, surtout sur le bord, pâle au centre et assez transparent pour que le noyau soit en général distinct. En outre, ce corpuscule offre une certaine épaisseur et un diamètre sensiblement le même que dans le sang humide, tandis que les globules blancs normaux sont réduits par la dessiccation à une fine pellicule étalée, transparente et très notablement plus large que le globule humide.

L'ensemble de ces caractères est tel qu'à un examen peu attentif on pourrait prendre les globules blancs colorés pour des globules rouges géants. Ils s'en distinguent par leur aspect presque toujours fixement granuleux, au moins au centre, par l'absence de biconcavité et par la facilité avec laquelle l'addition d'eau iodoiodurée met en évidence leur noyau caractéristique en boudin ou leurs noyaux multiples. Ce réactif a, d'ailleurs, l'avantage de rendre plus visible l'hémoglobine en la colorant.

En pratiquant d'abondantes saignées chez des chiens, on peut faire apparaître, à un degré avancé de l'anémie, des globules blancs colorés, absolument semblables à ceux qu'on observe chez l'homme.

Dans aucun cas la quantité d'hémoglobine contenue dans ces éléments n'est assez considérable pour rendre le protoplasma hyalin et semblable au disque coloré des globules rouges ordinaires ou même des globules rouges à noyau.

2° Diminution ou perte de la contractilité amœboïde. — Dans les maladies graves de l'appareil hématopoïétique, et particulièrement dans la leucocythémie, certains observateurs ont vu, dans

le sang, des globules blancs privés d'une manière plus ou moins complète de contractilité protoplasmique. Cette lésion n'a coïncidé avec aucun caractère particulier du protoplasma ; elle atteignait un nombre très variable d'éléments. Je l'ai inutilement recherché chez deux leucocythémiques dont les globules blancs présentaient cependant des dimensions exagérées.

3° Formations vacuolaires. — Dans les cachexies et la leucocythémie, dans des cas où, précisément, on observe les modifications précédemment signalées dans le diamètre des globules blancs, quelques-uns de ces éléments paraissent avoir un protoplasma un peu anormal.

Parfois l'élément est grossièrement granuleux, sombre, plus opaque que normalement, mais plus souvent encore il est, au contraire, remarquablement pâle, au point de devenir presque indistinct quand il est étalé en couche mince, par suite des déformations amœboïdes. Ces globules blancs à protoplasma pâle, hypertrophiés ou non, peuvent être creusés de vacuoles plus ou moins volumineuses, analogues à celles qui se produisent dans les leucocytes en voie d'altération cadavérique (1).

4° Infiltration pigmentaire. — Dans la fièvre intermittente et particulièrement dans les formes pernicieuses, les globules blancs renferment souvent un certain nombre de grains noirâtres ressemblant à des particules de charbon. A Paris, nous n'avons pas l'occasion de constater cette intéressante lésion; aussi ne l'ai-je vue qu'une fois chez une femme qui avait contracté une fièvre intermittente en Algérie. Les accès qui avaient reparu après quelques mois de séjour à Paris étaient simples et l'on ne trouvait d'ailleurs dans le sang qu'un nombre très restreint de globules blancs mélanifères.

Cette altération ne paraît pas appartenir exclusivement au paludisme. MM. Nepveu, Clauzel et A. Heurtaux l'ont observée dans la mélanose généralisée.

On s'accorde généralement à considérer les granulations de pigment noir comme provenant de la destruction des hématies (2).

(1) Je ne signale pas ici l'infiltration graisseuse des globules blancs, malgré la fréquence extrême de cette lésion dans les globules blancs des exsudats et épanchements. Je n'ai pas eu, en effet, l'occasion de la constater dans le sang circulant, et je suppose que lorsque des globules blancs ainsi altérés pénètrent dans le torrent circulatoire, ils ne tardent pas à être arrêtés au passage dans le réseau capillaire d'une partie du corps.

(2) A. Kelsch, Contribution à l'anat. path. des maladies palustres endémiques, etc. [Arch. de phys. normale et path., 2e série, t. II, n° 5, p. 690).

ALTÉRATIONS DES LEUCOCYTES. 385

Les globules blancs absorberaient les globules rouges altérés et leur matière colorante donnerait lieu au bout d'un certain temps à la production de grains noirs. Comme il est très rare de trouver des globules blancs chargés de globules rouges ou de fragments de globules rouges dans le sang circulant, on admet que ce processus a surtout pour siège les éléments de la rate et de la moelle des os. Cependant cette question est encore à l'étude, car, dans diverses recherches sur la destruction des globules rouges, H. Quincke a vu que les globules rouges absorbés par les cellules incolores se transforment, les uns en grains jaunes, les autres en albuminate de fer incolore que l'analyse micro-chimique peut seule révéler (1). Il est possible cependant que la production de grains noirs ne soit qu'une exagération ou une sorte de déviation du processus normal, désigné par Quincke sous le nom de sidérose physiologique.

D. Pénétration des leucocytes par des microbes. — La masse protoplasmique et contractile des globules blancs se laisse facilement pénétrer par divers corps étrangers et en particulier par les microbes.

En 1871, dans mes études sur les embolies capillaires dans la pyohémie, j'ai reconnu que les globules blancs arrêtés dans le réseau vasculaire de la zone externe des abcès métastatiques contiennent des microbes semblables à ceux qu'on trouve dans les globules blancs des plaies. J'ai même réussi à démontrer l'intervention de l'altération des globules blancs à l'aide d'expériences. Elles ont consisté à injecter sous la peau du dos, chez le chien, un liquide irritant et septique contenant du cinabre. Dans deux cas les chiens sont morts d'infection purulente, avec abcès métastatiques dans les poumons et différents viscères, et j'ai retrouvé dans les éléments des abcès, ainsi que dans les caillots des thromboses voisines, quelques globules blancs renfermant des particules de cinabre (2).

Depuis cette époque, le rôle des globules blancs comme vecteurs d'organismes étrangers, particulièrement dans les septicémies, a été reconnu par un grand nombre d'observateurs.

(1) H. Quincke, Ueber Siderosis {Deuts. Arch. f. klin. Med. Bd. XXV, S. 567 et Bd. XXVII, S. 193).

Page 1