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CHAPITRE III

L'étude des lésions élémentaires du sang doit être complétée par celle des caractères physico- chimiques généraux relatifs à la couleur, à la densité, à la réaction, à la transpirabilité, à la coagulabilité.

A. Couleur. — Nous n'avons pas à nous arrêter longuement sur les variations de la couleur du sang dont nous avons déjà eu l'occasion de parler et sur lesquelles nous aurons encore à revenir dans les chapitres suivants.

Rappelons seulement que la couleur de ce liquide dépend de facteurs multiples.

En premier lieu elle varie nécessairement d'intensité avec la richesse globulaire puisqu'elle est due à l'hémoglobine contenue dans les hématies. Aussi attachons-nous une importance capitale à l'appréciation du pouvoir colorant du sang dans les anémies.

Mais certaines anémies symptomatiques n'entraînent pas seulement une diminution de la couleur normale du sang, elles en altèrent en même temps la qualité, par suite de l'accumulation dans ce liquide d'un nombre plus ou moins considérable de globules blancs.

Le sang prend alors une couleur vineuse ou grisâtre plus ou moins prononcée lorsqu'on le mélange en petite proportion à de l'eau distillée : au lieu de former avec elle une solution claire et transparente, il donne naissance à un liquide trouble dont la richesse en

hémoglobine est difficile à déterminer par les procédés physiques.

La leucocythémie est le type des maladies faisant prendre au sang ces caractères particuliers. On sait que Bennett, en découvrant cette maladie, a cru observer sur le cadavre un état de purulence du sang.

Le sang peut présenter des caractères analogues, mais moins accentués dans certaines cachexies et particulièrement dans le cancer.

D'autre part, on sait que la couleur du sang est subordonnée à la proportion des gaz fixés ou dissous dans les globules et le plasma. Il suffit donc de rappeler la coloration noirâtre du sang asphyxique, surchargé d'acide carbonique et pauvre en oxygène, la couleur rutilante du sang artériel, la couleur rouge-brique ou rosée du sang oxycarboné.

Enfin on se souvient que, sous l'influence des médicaments qui produisent de la méthémoglobine, le sang prend une coloration brunâtre caractéristique et bien différente de celle de l'asphyxie simple.

B. Densité, réaction, transpirabilité. — Je n'ai rien de particulier à dire sur la densité du sang, si ce n'est qu'elle dépend surtout de sarichesse globulaire. De même je n'ai pas à revenir sur les variations de sa réaction signalées précédemment à propos des modifications du sérum.

La transpirabilité du sang, comme celle des autres liquides, est mesurée par la rapidité de son écoulement à travers un tube capillaire. On conçoit qu'il serait très intéressant de connaître cette propriété physique dans ses rapports avec la constitution du sang, le diamètre des tubes, la nature de ces tubes et toutes les conditions de température et de pression qui pourraient la faire varier. Malheureusement on n'a pu faire, à cet égard, que des expériences in vitro sur le sang défibriné, dans des conditions telles qu'il est impossible d'appliquer d'une manière rigoureuse les résultats obtenus à la transpirabilité du sang complet et vivant, contenu dans les capillaires de l'organisme. Cependant un certain nombre de faits observés méritent de fixer l'attention des médecins.

Depuis longtemps déjà les physiciens (Haies, Poiseuille, Graham) ont mesuré la vitesse avec laquelle les liquides s'écoulent par les tubes capillaires. Poiseuille ne s'est pas borné à des expé-

riences sur les liquides minéraux, il a aussi opéré sur le sang, de sorte qu'il a pu donner la formule approchée de la vitesse de circulation du sang dans un tube capillaire de diamètre connu. Plus récemment Haro (1), Mosso (2) et Ewald (3) ont repris la question chacun de leur côté.

Mosso a fait des observations intéressantes sur la vitesse du sang dans les circulations capillaires locales. Cependant les expériences pratiquées in vitro par Haro et par Ewald fournissent des données plus importantes pour notre sujet, par suite des conditions variables dans lesquelles les auteurs ont pu se placer.

Haro s'est servi d'un simple entonnoir muni d'un très long ajur tage capillaire qu'il a éprouvé en contrôlant les résultats obtenus par Graham avec l'eau distillée. Il a vu ainsi que le sang pauvre en globules a une vitesse d'écoulement beaucoup plus grande que le sang d'une grande richesse globulaire, et qu'en cas d'abaissement de la température le ralentissement du cours du sang est plus prononcé pour le sang riche que pour le pauvre.

Enfin, dans des recherches ultérieures, le même auteur a étudié l'action de certains corps et il a vu que plus le sang est chargé d'acide carbonique, plus sa vitesse d'écoulement se ralentit. Ces résultats ont été confirmés par Ewald.

On comprend facilement les nombreuses applications pratiques qui découlent de ces faits. Je n'en signalerai qu'une en faisant remarquer que toutes les conditions favorables au ralentissement du cours du sang se trouvent réunies dans le choléra : épaississement du sang, surcharge en acide carbonique, abaissement de la température périphérique.

G. Coagulabilité. — J'ai déjà dit combien il est difficile de déterminer les variations de la coagulabilité du sang. Les conditions complexes dans lesquelles on se trouve lorsqu'il s'agit de faire cette étude sur le sang des malades ne sont pas de nature à simplifier la question. Aussi mes observations personnelles sontelles encore peu nombreuses.

(1) Haro, Essai sur la transpirabilité du sang (Gaz. hebdomad., p. 236, 1873). Transpirabilité du sang ; influence de l'acide carbonique, de l'éther et du chloroforme, etc. (Comptes rendus de l'Acad. des se, nov. 187G).

(2) Mosso, Von einigeu neuen Eigenschaften der Gefâsswand (Arbeiten aus der pays. Anst. zu Leipzig, S. 156, 1875).

(3) Ewald, Ueber die Transpiration des Blutes (Arch. f. Anat. u, Phys., S. 208, 1877)

G. Haye.m. — Du Sang. 26

Je me suis presque uniquement borné à confirmer les faits connus relativement à la diminution de la coagulabilité du sangdans la plupart des maladies aiguës.

Malgré toutes les vues théoriques qui ont été émises sur les causes de la coagulation, j'ai reconnu que cette diminution de la coagulabilité sobserve dans des états très différents les uns des autres. On peut la rencontrer aussi bien avec une diminution clans la proportion de fibrine (dans les septicémies par exemple) qu'avec une augmentation de ce produit (phlegmasies franches). Elle est donc indépendante de la proportion de fibrine fournie par le sang. Elle ne dépend pas non plus des variations dans le nombre des globules blancs et, contrairement à ce qu'on pourrait attendre, elle est souvent très accusée dans des cas où ces éléments sont très abondants.

Enfin elle est également sans rapport précis avec le nombre des hématoblastes ou avec l'état pathologique de ces petits éléments. Dépend-elle d'altérations encore inconnues dans les matières albuminoïdcs du plasma ou dans la richesse en sels de ce liquide?

On ne possède sur ce point aucun renseignement précis.

C'est surtout dans cet état morbide connu sous le nom d'hémo7 philie que des recherches sur les causes de la diminution de la coagulabilité du sang seraient intéressantes à poursuivre.

On a noté également dans quelques observations une diminution de la coagulabilité du sang dans le purpura hemorragica. Enfin le sang peut se dissoudre rapidement après s'être coagulé. J'ai observé ce fait très curieux, non encore signalé jusqu'à présent, dans le cours d'un accès d'hémoglobinurie paroxystique.

— Les expériences que j'ai faites sur les animaux sont encore peu nombreuses. Outre les modifications produites par les injections intra-vasculaires (p. 234) je signalerai la diminution de la coagulabilité dans les septicémies expérimentales. Cette altération coïncide avec une augmentation souvent très notable du nombre des globules blancs.

Les recherches que j'ai entreprises sur divers médicaments m'ont fourni en général des résultats peu nets. Cependant je crois pouvoir dire que l'ingestion stomacale du perchlorure de fer, ainsi que celle du seigle ergoté, augmentent la coagulabilité du

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