‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 86 sur 165 · MODIFICATIONS DU SÉRUM · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS DU SÉRUM

moglobine dissoute. Nous aurons bientôt l'occasion de revenir sur ce sujet.

Les colorations anormales du sérum se distinguent suivant leur origine en deux variétés principales : l'une d'origine biliaire, l'autre d'origine directement sanguine.

(à) C'est dans l'ictère ordinaire que le sérum présente la coloration jaune-verdâtre la plus prononcée. L'intensité de cette coloration est naturellement en rapport avec la coloration anormale des téguments.

En général elle est sans mélange, c'est-à-dire qu'elle ne s'accompagne pas d'une autre coloration anormale, comme celle qui serait due à une proportion exagérée d'hémoglobine. Ainsi, bien que la bile ait la réputation de dissoudre les globules rouges, le sérum ictérique ne renferme pas plus d'hémoglobine que le sérum normal : il reste parfaitement clair et translucide. Dans plusieurs cas d'ictère chronique avec coloration bronzée des téguments, j'ai trouvé le sérum remarquablement coloré et cependant presque absolument dépourvu de matière colorante du sang.

En faisant l'étude du sérum dans l'ictère, je m'attendais à trouver une différence entre la coloration du sérum dans l'ictère ordinaire (biliphéique) et dans l'ictère dit hémaphéique. Contrairement aux théories sur les origines de ce dernier ictère, la coloration du sérum est la même dans l'un et l'autre ictère, et l'examen spectroscopique donne parfois des réactions semblables. Il faut dire cependant que le plus ordinairement la coloration ictérique du sérum est plus intense dans l'ictère ordinaire que dans l'ictère dit hémaphéique.

Dans les cas où les malades rendent de l'urobiline sans avoir de coloration ictérique des téguments, le sérum a presque toujours une coloration normale et seul l'examen spectroscopique y fait découvrir une augmentation de l'urobiline ou tout au moins de son chromogène, ce qui tient au faible pouvoir colorant de ce pigment.

Lorsque le sérum recueilli convenablement renferme une notable proportion d'hémoglobine, on doit regarder le fait comme ayant une signification pathologique. Mais à la vérité nous n'avons pas ainsi la preuve rigoureuse d'une adultération du plasma, puisque l'hémoglobine peut se dissoudre pendant la séparation du sérum. Le sérum hémoglobique est rarement très coloré.

Dans les conditions d'examen que nous avons indiquées, il présente une couleur variable depuis le jaune-orangé clair jusqu'au rouge cerise peu foncé. Dans tous les cas il conserve la parfaite translucidité d'un liquide teinté par une matière complètement dissoute, d'où l'expression fort exacte de sérum laqué employée par Landois pour désigner cette altération.

On ne confondra donc pas le sérum clair et laqué avec celui dont la coloration serait due à un certain nombre de globules rouges maintenus en suspension. Dans ce dernier cas le liquide est trouble et l'examen microscopique lève tous les doutes (1).

L'état laqué du sérum s'observe dans un assez grand nombre de circonstances. Il se produit communément à la suite des diverses espèces de transfusion, notamment lorsque cette opération est faite avec du sang défibriné ou avec le sérum artificiel au chlorure de sodium. Je ne l'ai jamais observé à la suite des injections à la fois chlorurées et sulfatées sodiques dont j'ai recommandé l'emploi dans le choléra. On observe assez souvent aussi une coloration hémoglobique plus ou moins notable du sérum dans les maladies infectieuses : septicémies, variole, fièvre typhoïde, pneumonie et particulièrement pneumo-typhus. La même altération a été notée par Kuessner, et depuis par quelques autres, dans la maladie singulière connue sous le nom d'hémoglobinurie à frigore ou paroxystique (2).

L'hémoglobine ainsi dissoute dans le sérum ne peut évidemment provenir que des globules rouges. Mais il est non moins certain que ce résultat peut tout aussi bien résulter d'une composition anormale du plasma que d'une altération des hématies.

Toujours est-il que dans certains cas la coloration laquée va en s'accentuant quand on conserve le sang coagulé dans l'éprouvette, comme si le cruor était plongé dans un liquide ayant la propriété de dissoudre peu à peu les hématies.

Elle n'est jamais très prononcée dans le sérum frais, recueilli avec les précautions nécessaires.

Enfin le plasma peut être adultéré par de la méthémoglobine dans les cas d'empoisonnement par une des substances productrices

(1) Le plus souvent le repos du sérum décanté permet aux globules en suspension de tomber rapidement au fond de l'éprouvette.

(2) Voir plus loin le chapitre des altérations du sang dans les maladies hémorragipares.

de ce corps et appartenant à notre seconde classe (p. 366). C'est surtout dans l'empoisonnement par les chlorates et parfois malheureusement à la suite de l'administration de doses dites thérapeutiques que cette grave lésion du sang- a été observée. Depuis qu'on emploie journellement des médicaments moins dangereux que les chlorates, mais cependant capables également de détruire des globules rouges et d'en transformer la matière colorante en méthémoglobine, il serait du plus haut intérêt d'examiner le sang et le sérum des malades soumis à l'usage de ces nouveaux médicaments.

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