DU FOND ET DE L4 FORME
» meurent à la peine. La Vérité ne s'embarrasse pas de toutes » ces nippes. Elles se présente toujours aux hommes nue, » parce qu'elle est chaste et belle comme la Vénus antique : » et quand elles*est montrée aux hommes, vous le savez, » après les premiers éblouissements produits, par la gloire » qui émane d'elle, sur les yeux habitués aux longues obscu- D rites; après les premières clameurs des faux prêtres qui » avaient usurpé chez les peuples le service de ses autels, » vous le savez, les peuples l'encensent et ^'adorent 1 C'est le » bonheur qu'elle apporte au monde, — non la guerre et les )) fanatismes intolérants des sectaires.... Elle n'est pas inkh » léranle, parce qu'elle est lumière, et qu'elle sait que, Pin- » telligence étant lumière, l'homme viendra à elle par l'intel- » ligence; elle n'est pas intolérante, a core, parce qu'elle est » amour et bonheur, et qu'elle sait que, l'homme n'étant pas p né pour souffrir, il faudra bien que tantôt il se rende aux » séductions vives, aux irrésistibles attractions de sa puis^ » sance ! » ( Trois Disc, y p. 74.)
Et remarquez, je vous prie, lecteur, que ces paroles, qui ne sont point dans notre bouche l'expression d'une tolérance mdifférente ou d'un éclectisme bénin, ne sont pas davantage les paroles d'une ostentation vaine. D'autres doctrines, des partis politiques, des sectes religieuses, peuvent bien tenir un pareil langage ; mais ce langage est démenti par leurs tendances et par leurs actes. Dans notre doctrine seulece langage est conforme aux tendances réelles, aux manifestations effectives. En effet, à quoi visent, malgré leurs protestations de tolérance, les partisans des autres doctrines, les hommes des autres partis? Où vont leurs efforts et leurs actes? Ils vont droit au pouvoir, c'est-à-dire à la force.... Ils veulent le gouvernement, ils veulent faire la loi ! Ils veulent tous arriver à dominer la société, à lui imposer par la loi leurs idées, à faire triompher par la puissance législative et administrative l'élément qu'ils représentent. Ils veulent être maîtres des choses et régler, par l'autorité, les choses, comme il leur paraît convenir aux intérêts spéciaux dont ils sont préoccupés, que les choses soient réglées ! Ils ne voient pas d'autre moyen que la loi, c'est-à-dire l'obligation imposée par la force*...
Nous, au contraire, que demandons-nous? Demandonsnous la puissance, l'autonté, la force? Demandons-nous le
pouvoir social pour agir sur la société à notre convenance? Demandons-nous l'empire, ou, si vous voulez, le ministère, comme tous les autres partis le demandent pour eux, pour leurs hommes? Non. Nous ne demandons point que la société entière soit remise en nos mains pour lui appliquer nos théories par acte d'aulorilé. Nous demandons une expérience sur un coin de terre. Nous demandons une épreuve du mécanisme sociétaire, réalisée sur quelques centaines d'hectares, par quelques capitaux conquis à nos convictions. Nous ne voulons pas gouverner la société par la puissance: nous voulons l'édifier par une expérience; lui prouver, par un fait qui ne compromette aucun intérêt existant, que notre c-ombinaison sociale est capable de satisfaire tous les intérêts sociaux, tous les besoins, et cela sans imposer aucun joug !
Le compelle ihtrare est au fond de toutes ces doctrines qui se disputent le gouvernement, le droit de faire la loi, c'est-àdire la force. La liberté et l'harmonie sont au fond de la nôtre, qui ne demande qu'une expérience, un essai réduit à un espace infiniment petit, pour éclairer les hommes sur leurs vrais intérêts ; qui ne veut envahir la société que par le bienfait même de sa réalité prouvé à tous les yeux, sans ïien imposer préalablement à personne.
Nous sommes donc les serviteurs, les vrais serviteurs de Thumanité ; les représentants de tous ses intérêts et de toutes ses aspirations. Nous combattons, il est vrai ; mais nous ne combattons que des erreurs fatales : nous ne combattons pas des intérêts, des éléments vivants et réels; nous ne combattons que les idées fausses, qui empêchent nos adversaires de comprendre comment notre doctrine sert beaucoup mieux que leurs propres théories, leurs propres intérêts. Nous sommes au fond les amis et les serviteurs de nos adversaires. Gomment l'intolérance et la haine seraient-elles au fond de nos cœurs, à nous dont la main est tendue à tous, dont les armes ne frappent que les routines et les erreurs qui empêchent les hommes de s'entendre et les intérêts de toutes les classes d'entrer dans la combinaison bienfaisante qui les unira, qui fera régner la paix, qui ouvrira les sources abondantes tic toutes les prospérités, réalisera tous les accords et tcus les bonheurs?.... Ah! de grâce, comprenez, comprenez bien le sens de nos luttes, le but de nos combats? Sans doute, et nous l'avons souvent dit, et c'est une triste nécessité de
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ces temps d'anarchie et de tempête ; sans doute dans cette mêlée terrible des opinions contradictoires, des erreurs anciennes et récentes; dans cette mêlée où tous frappent à tort et à travers à grands coups d'épée, de sabre et de massue, nous ne pouvons pas entrer nus et désarmés ; nous ne pouvons parer avec des éventails les coups que Ton nous porto : mais nous ne combattons que pour que l'on nous entende, pour que Ton fasse une trêve, pour que l'on mette bas les armes, et que Ton raisonne, que l'on examine, que l'on juge, que l'on décide les questions par l'intelligence et par l'expérience Vous n'écoutez pas, vous écrasez qui n'est pas
armé ! C'est vous qui nous forcez de frapper, puisque vous ne voulez faire compte que de qui frappe fort Et l'expérience est là, qui prouve que l'on ne nous a écoutés qu'en proportion de ce que nous avons frappé...
Influence morale de la ficience pastionnelle.
Il ne faut donc pas nous rendre comptables de nécessités que nous avons subies à notre grand déplaisir. Ce qui est venu des conditions imposées par le milieu actuel, il ne faut pas l'attribuer à des dispositions qui ne sont pas dans nos cœurs et qui n'y sauraient tenir. De la haine pour nous, de la haine pour des hommes ! bon Dieu ; mais ce sentiment in»férieur ne pourrait pas, fût-il même évoqué par la volonté, subsister chez ceux qui ont compris avec quelque profondeur la Science dont nous sommes les apôtres. Tout esprit quelque peu élevé devient, quand il est imbu de cette Science, imperméable à la haine ; et loin de porter ce sentiment dans la discussion des idées, dans le domaine intellectuel, il ne peut pas même l'éprouver dans le domaine des faits, des actes, des relations sociales et morales. Dans le premier de ces domaines, il peut être emporté sans doute par une énergique réaction contre les préjugés funestes, les erreurs pernicieuses qui entretiennent le mal sur la terre ; dans le second , il pourra éprouver éloignement, pitié, dégoût ou mépris pour ces natures que les circonstances ont faussées et dégradées, dans lesquelles la lâcheté, la perfidie, la bassesse et le vice
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se sont enracinés. Mais comme il voit et juge les causes des erreurs et des dégradations, il demeure au-dessus de la haine, sentiment étroit et aveugle qui ne saurait dans aucuii cas lui imposer son joug humiliant.
Les doctrines morales les plus pures, les préceptes évangéliques eux-mêmes ont prohibé, en théorie, la haine de l'homme pour l'homme ; mais en fait, ces doctrines et ces préceptes n'ont pas empêché que des caractères même fort élevés qui les professaient, ne fussent sujets de la haine. Hé bien ! le fait que je signale ici, c'est que notre doctrine, qui ne se réduit pas à une collection de préceptes moraux, mais qui est l'expression de la véritable science de l'homme et de la société, a le propre d'expulser la haine du cœur de ceux qui comprennent cette science, s'ils sont dignes de la comprendre. De sorte que tel (je dis tel, je ne dis pas quiconque), de sorte que tel qui, nourri des préceptes moraux les plus purs, ne se fût jamais senti au-dessus de ce sentiment subversif, s'en trouve affranchi quand il s'est assimilé la science que nous enseignons !
Ainsi, quoique le but direct de cette doctrine ne soit pas de moraliser les individus vivant dans la société actuelle; quoique son but direct soit de promulguer les conditions d'une société nouvelle dans laquelle tous les hommes prati^ queront la vertu et s'aimeront entre eux,, parce que l'amour et la vertu auront sur eux, dans ces nouvelles conditions sociales, un charme tout-puissant^ l'effet actuel et indirect de cette doctrine est cependant plus énergiquement moralisateur et pacificateur que tous les efforts directement exercés par toutes les doctrines morales et religieuses antérieures. Il est entendu que je parle toujours de cette doctrine bien comprise, comprise telle qu'elle est, comprise dans son essence et sa pureté, et non comme la comprennent ceux qui croient y trouver la justification de leurs extravagances, de leurs désordres ou de leurs vices, sous prétexte que ce sont des essors passionnels.
Cette doctrine excite donc à l'horreur du Mal sous les trois formes erreur^ laideur et vice, que le Mal revêt en se produisant dans le triple domaine intellectuel, matériel et moral. Mais en même temps, rapportant le Mal à ses causes premières, à la fausseté des combinaisons sociales, elle développe l'amour de l'Humanité, elle dispose à la tolérance,