DU FOND ET M LA FORME. 4 S
et donne à ce sentiment toute l'extension qu'il puisse, sans déraison et au sein des conditions actuelles, atteindre dans le cœur humain.
Or, sans aucun doute, loin d'être contradictoires, ces deux sentiments sont fort compatibles. Une réactionviolente contre le mal et contre les erreurs qui le propagent ou Tentrètieiment, se concilie très-bien avec l'amour de l'Humanité; elle en est même une manifestation d'autant plus certaine qu'elle est plus puissante et plus sincère. Seulement il faut comprendre les choses, il faut se garder de laisser aller sou jugement sur une fausse apparence, et ne pas voir, par exemple, dans les charges à fond de la Vérité contre des Erreurs fatales au monde, un signe de haine ou de mauvais vouloir envers ceux qui, de bonne foi, cultivent ces erreurs.
Inertie.
Malgré les conquêtes magnifiques de la science et de l'industrie hun^fiines ; malgré l'empire glorieux pris dans ces derniers siècles sur les puissances de la nature ; malgré la création et la possession des instruments d'action, et quoi* qu'il ne s'agisse plus aujourd'hui que de nous organiser, de régulariser, da combiner notre travail sur la nature, pour enrichir le monde de tous les beaux fruits de l'industrie, ûf^ TinteUigence et de l'harmonie, 'aujourd'hui, reconnaissons-le, l'idée du bonheur universel ( tant les vieilles erreurs deç peuples sont difficiles à déraciner ! ) est toujours regardée comme une chimère.
« Jamais on ne pourra faire vivre les hommes en bonne » harmonie, et les rendre heureux. Leurs passions s'y op- » posent. Le mal que nous voyons a toujours été et suh- » sistera toujours. » C'est une maxime consacrée. Ainsi, le préjugé, vaincu par les faits dans l'ordre des sciences matérielles, nous déborde encore par la tradition dans l'ordre moral et social. La littérature ancienne et moderne en est tout imprégnée. L'enfant le suce avec le lait, le respire avec l'air, et l'égoïsme, ainsi qm je le montrerai plus loin; accueille et propage avec-^ioQqret recoimai^saQçe uneiqer^
dulité à l'abri de laquelle il se sent à Taise. De telle sorte qu'il n'est aucun préjugé plus répandu, aucun lieu commun plus universel que l'expression de cette désespérance sociale 1 Pauvres, riches, savants et ignorants, tous sur ce point sont d'accord.
Observez que plus une erreur est générale et ancienne, plus elle est perfide. On pense d'autant moins à la suspecter, et l'on fléchit sous le poids d'un témoignage universel. Il en est des hommes vivant dans l'atmosphère d'une vieille erreur , comme de gens plongés dans une atmosphère fétide. Ils vont, viennent, agissent dans un air vicié , sans avoir le sentiment de son infection, sans savoir rapporter à cette putridité, que leur odorat blasé ne reconnaît pas, l'origine des maladies qui les affligent; — et ils spéculent sur mille causes étrangères, avant de suspecter l'atmosphère qui les enveloppe. Or l'erreur dont nous parlons couvre la terre entière, dès l'origine des temps historiques.
Ainsi, quoique cette erreur antique approche de son terme, quoiqu'elle ne règne généralement plus d'^jà sur les esprits en tant que dogme religieux, mais seulement en tant qu'opinion, en tant que préjugé moral, universellement accrédité par la tradition et nourri par l'égoïsmo; quoique le progrès des sciences et des élémentsde la grandeur humaine la mine incessamment et prépare sa chute, il n'en est pas moins vrai qu'elle domine encore et oppose de toutes parts au développement d'une théorie sociale qui promet le bonheur du monde une incrédulité, une indifférence, une inertie déplorables, et des résistances aussi fortes que peu intelligentes et peu réfléchies.
Que faire donc, lorsque Ton est certain de la possibilité de réaliser un Ordre social qui universalisera la richesse, le bonheur et l'harmonie, qui fondera l'unité humaine et l'élèvera au plus haut degré de beauté, de puissance, de gloire et de splendeur? Que faire pour agiter un Océan immobile d'incrédulité et d'égoïsme? Que faire pour ébranler cette torpeur générale, pour mordre sur ces préjugés auxquels le temps a donné la ténacité du fer , la dureté de l'acier trempé? Que faire quand on sait qu'il faudrait que les hommes voulussent seulement douter, examiner et éprouver sur un coin de terre l'efficacité du moyen social qu'on leur propose? Que faire pour tirer les intelligences du fatal sommeil léthargique qui