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prolonge les calamités, les fléaux et les douleurs sur la terre entière, quand on sait qu'il serait possible et facile aux hommes, s*ils écoutaient un moment, de changer en cris de joie, en chants de reconnaissance et d'amour les pleurs et les gémissements des peuples courbés, d'un pôle à l'autre, sous le joug de toutes les misères, déchirés par toutes les souffrances? Que faire?
Faut-il exposer sans passion, dans un langage calme et froid, la découverte que l'on croit capable de remédier à tous les maux qui affligent l'Humanité, capable de fonder le bonheur? Mais on ne vous écoutera pas, on rira de votre idée bizarre, de votre rêve d'honnête d'homme, le mot est consacré. On vous répondra souvent que la société n'est pas trop mal comme elle est. On vous repondra to.ij . irs au'elle est tout ce qu'elle peut être, et que c'est une folie (: je de prétendre à la modifier; on refusera certainement do \ms suivre sur votre terrain, et 1 on vous débitera une foule de lieux communs économiques, philosophiques, politiques et autres, usés comme le pavé des plus vieilles rues, une foule de lieux communs dont vous êtes saturé dès l'enfance et que Ton vous donnera pourtant comme des arguments que vous auriez ignorés, conmie des objections très-capables de réfuter Votre système.... que l'on ne connaît pas.
Que ferez-vous donc, si vous croyez fermement que ce que Ton ne veut pas écouter contient pourtant le salut du monde et le bonheur des hommes? Vous tairez-vous, vous renfermerez-vous dans le silence et la résignation ! Non, si vous vous souciez du bonheur des hommes ; non, si vous vous sentez profondément dévoué à une cause aussi sainte ; non, vous ne vous tairez pas, vous ne vous résignerez pas, non ! Vous comprendrez, dans leurs causes, l'indifférence et la légèreté que vous aurez rencontrées ; vous comprendrez la raison des erreurs qu'on vous aura objectées, et leur puissance sur les esprits qu'elles aveuglent. Vous n'aurez aucune colère contre les indifférents, contre les gens trompés qui engendrent de bonne foi les erreurs, ou les entretiennent en répétant bravement les lieux communs les plus bêtes ; mais vous vous mettrez en mesure d'attaquer rudement les erreurs, l'incrédulité , l'indifférence et la sottise....
Ils ne veulent pas venir sur votre terrain et vous écouter!... Vous irez sur le leur, alors: et là, votre critique ardente se
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mettra en œuvre de le labourer, leur terrain, de le défoncer, de bouleverser leurs idées jusque dans leurs racines. Ils ne veulent pas vous suivre dans ce que vous avez à leur expliquer d'une société nouvelle, large, belle, féconde et bienfaisante !.... Vous vous mettrez à découvrir une à une les plaies hideuses de leur société, sur lesquelles ils se complaisent à fermer les yeux, vous leur ferez voir les chairs saignantes, rongées, pourries jusqu'aux os. Ils ne veulent pas venir respirer avec vous l'air pur des régions de l'avenir !,... Vous leur ferez sentir les exhalaisons infectes que répantl leur société, dont ils s'obstinent à méconnaître la putréfaction. Et ce que vous attaquerez avec le plus d'éxle^ gie, ce seront les erreurs les plus accréditées, les illusions les plus répandues, les opinions trompeuses, les fausses idées, les fausses doctrines, les sciences mensongères, qui, par grand malheur, sont fort bien reçues dans les esprits et passent pour de lumineuses vérités. Vous serez prompt et raide à la riposte quand on aura parlé de votre doctrine sans se donner la peine do la connaître, avec un ton trop cavalier : (ce qui arrivera souvent, car on exige autant de respect pour les préjugés qui ont un vieux droit de cité, que l'on est injuste, impertinent et leste au vis-à-vis des vérités qui n'ont encore pour elles que les veilles des grands génies auxquels on doit leur découverte (i). Les préjugés d'ancienne souche sont nobles, les vérités neuves sont roturières.)
Quand vous aurez ainsi armé votre doctrine en guerre, quand elle sera entrée militairement dans le domaine des idées reçues, quand elle aura riposté ferme, frappé à droite
(I) Ce péché de légèreté et d'impertinence à l'égard de toutes les découvertes importantes est si universellement constalé et biàmé, que l'on ne comprend guère l'extrême facilité avec laquelle les hommes y retombent toujours, il est remarquable que ceux-là précisément qui le signalent du ton le plus philosophique y sont le plus encline. Bacon, que Ion nomme le père de la philosophie moderne, l'inveiiteur, de la raison et de l'expérience, Bacon écrivait à un de ses amis, en parlant du mouvement d^ la terre autour du soleM, el des travaux du grand Gali'ée : « J'espère que vous avez fait jiiuicc des b.llevcac'eii de cet Italien. » Il est à parier qu'il y a, encoïc aujourd'hui, à l'Institut, de savants personnages qui tourneraient le génie de Fourier en ridicule.
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et à gauche au travers des préjugés qui ne voulaient ni l'écouter, ni la laisser parler; quand elle aura entamé des idoles, bwsé des faux-dieux, déchiré des voiles trompeurs, alors il arrivera que Ton prendra garde à elle, et que Ton en fera quelque compte; car elle sera allée là où va l'attention, et elle aura prouvé que, toute pacifique que soit sa nature, elle peut attaquer et se défendre, — ce qui est un grand point dans un monde où l'on méprise tout ce qui paraît débonnaire, où l'on dédaigne et bafoue sans pitié ce qui demande et mérite accueil, soutien, protection, encouragement.
Si, agissant comme je viens de dire, vous êtes parvgnu à exciter l'attention sur une conception dont la réalisation doit calmer les souffrances des peuples, délivrer les malheureux des angoisses de la faim et de la misère, délivrer les heureux de leur égoïsme et marier enfm sur la terre le travail et le plaisir, la richesse et les bons sentiments, la vertu et le bonheur ; si vous avez hâté de dix années, de cinq années, d'une année seulement le]pur où l'humanité entrera dans les voies de sa prospérité, de sa dignité et de sa gloire ; où ces myriades d'hommes, de femmes et d'enfants qui souffrent, pourront être rappelés à l'espérance et sécher leurs larmes; qu'importe, je vous le demande, que vous ayez un moment malmené les erreurs en crédit et les distributeurs de l'aveuglement? Qu'importe que l'on vous ait accusé un moment de nourrir dans votre cœur la violence, l'acrimonie, la colère? Il vous sera facile de prouver le contraire en désarmant au fur et à mesure qu'on écoutera l'Idée nouvelle et libératrice, au fur et à mesure qu'on lui ménagera le dédain, les coups, les attaques injustes. Et d'ailleurs, vous aurez travaillé à une noble et sainte tâche, vous aurez bien mérité de l'Humanité... Telle a du moins été la manière devoir de mon Maître, telle a été la mienne. Et, en vérité, on se tromptraif si l'on attribuait à de mauvais sentiments la colère intellectuelle, l'âpreté de style, et les bondissements que a l'on reprochés à ses écrits et aux miens.
D'ailleurs je reconnais volontiers, pour mon propre compte, que je suis allé trop loin, que j'ai plusieurs fois été emporté au delà des bornes, que j'aurais pu souvent demeurer aussi fort en restant moins violent et plus digne; je reconnais surtout avec grande joie que la doctrine à laquelle j'ai voué ma vie a conquis maintenant dans le domaine de l'opinion pu-
blique une place assez bonne, qu'elle est assez forte dans la position qu'elle occupe, pour que ses promoteurs la revêtent dorénavant de formes moins dures et moins anguleuses. M'exécutant moi-même franchement et de bonne grâce, j'espère que les lecteurs qui ont été plus ou moins choqués do ton de certains passages du volume qui précède celuird seront disposés à pardonner les fautes du même genre cfu*ib pourront rencontrer dans ce qui leur reste à lire. Ce second volume que je présente aujourd'hui au public, et la première moitié du troisième, quoique ayant suivi à un intervalle cb plusieurs années la publication du premier volume, ont été composés en même temps. Des occupations difficiles, des démarches nombreuses, toutes relatives à la propagation de la Théorie sociétaire, la publication de la Phalange, la corn* position de plusieurs écrits auxquels les circonstances m'ont entraîné, un état de santé chancelant et pénible qui a paralysé une partie de mes forces pendant plusieurs années, :ii'ont empêché longtemps de mettre la dernière main à cet ouvrage, pour l'achèvement duquel il m'eût fallu un mois de bonne disposition et de calme. On ne sera donc pas étonné de retrouver, dans une composition qui date en grande partie de l'époque où le premier volume a été publié, quelques écarts de ton analogues à ceux qui m'ont valu des reproches dont je reconnais la justesse, et une turbulence de style qui doit désormais se calmer dans nos écrits.
En somme , le lecteur se mettra à notre point de vue. Il reconnaîtra que, chez des hommes profondément pénoti'és d'une foi dont l'objet est capital, la vivacité delà parole n'eat qu'une manifestation de la foi. Il pardonnera à ces hommes leurs réactions contre l'esprit d'un siècle qui a laissé passer un Génie tel que Fourier, sans avoir eu pour ce Génie bienfaisant, quarante ans consacré, dans un temps d'égoïsnae général, au service de l'humanité, d'autres récompenses qu'un délaissement cruel, d'insultants sarcasmes, ou de viles calomnies. Il comprendra d'ailleurs que l'on doit indulgence à des travaux persévérants qui n'ont d'autre objet que le bien de tous, d'autre mobile que l'amour des hommes. Il comprendra enfin qu'avant d'avoir acquis du calme et de l'expérience, avant d'avoir appris à régler ses forces et à mesurer ses réactions, il y a un temps de jeunesse et de fougue dont il est raisonnable de tenir compte dans les premières productions d'un homme et d'une Ecole.
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Réserve en favear de la Science^ qui n'est pas
responsable.
Quant au petit nombre de caractères raides et par trop sèvres qui resteraient rebelles à nos légitimes excases, et que notre acte d'attrition ne disposerait pas à l'indulgence, nous leur dirons de conserver tout ce qu'il leur en plairait de colère contre nos formes ; mais nous les avertirons que, après tout, il y a, dans les nécessités qui nous ont amené à cette discussion de forme, beaucoup de puérilité et fort peu de raison;, car, enfin, ce qui est ici en litige, ce qui importe, ce qw est grave, ce qui doit être jugé, ce à côté de quoi tout le reste tombe et s'efface, c'est le fond et non la formcy c'est la question sociale, non le style.
Qu'importe, par exemple, à la vérité et à Tacceptation de la découverte du Calcul différentiel l'âpreté des discussions qui s'établirent à ce sujet entre Newton et Leibnitz ? Et si Newton eût promulgué dans un langage acerbe le théorème de r Utraction proportionnelle aux masses et inoerscment proportionnelle au carié des distancts, serait-on reçu à refuser cette loi comme régissant les relations de la lune, de la terre et des planètes entre elles et avec le éoleil, par la raison que l'on aurait des reproches à faire au style dudit Newton? Eh ! qu'est-ce, bon Dieu, que le Calcul différentiel et VAltractîon sidérale, à côté du problème du Bonheur, de la Destinée humaine et des Destinées universelles ? Ces deux belles découvertes partielles peuventrelles entrer, en ligne avec la solution de ce dernier problème ? En lisant le Traité de VAssocifition de Fourier, ou la présente Exposition élémentaire de sa découverte, ou tout autre écrit un peu rude de l'École, ce n'est donc pas le ton et le caractère du Maître ou de son disciple qu'il importe de bien ou de mal juger. Ce ne sont pas des hommes qui sont en cause, mais une doctrine capitale.
Si ces hommes ont mérité des reproches tellement graves que vous ne puissiez leur pardonner eu égard aux positions, aux choses, aux nécessités de la légitime défense d'une grande et sainte cause ; si vous ne vous sentez pas indulgence pour
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eux en faveur de leurs bons sentiments, de leurs travaux persévérants, tenîiccs, de leur dévouement fort au bien de tous, blâmez-les, condamnez-les, prenez, comme on dit, leur tête... mais, au nom de Dieu, au nom de la raison, au nom de tous les malheureux qui souffrent, n'impliquez pas la doctrine dans votre exécution ! La doctrine est indépendante de8 méfaits de ceux qui la proclament. ^
C'est une chose qu'il faut dire haut : Toute doctrine, toute opinion, toute science peut être mal défendue, mal propagée, mal servie. Toutes icb causes ont de mauvais soldats, beaucoup plus de mauvais soldats que de bons. Mais les hommes de raison et de sens doivent distinguer entre une cause, sa vérité, son importance, sa valeur propre, et les erreurs do ses partisans. La Théorie sociétaire mérite sans doute, par l'importance de son objet et par sa valeur propre, que l'on fasse en sa faveur cette distinction toujours légitime, qu'on ne la rende pas solidaire des travers d'esprit ou de cœur, des sottises, des extravagances de ceux qui la présentent au monde.
Pour mon propre compte, je m'explique là-dessus nettement. Je désire sans doute, malgré mes passages massacrants , me concilier la bienveillance du lecteur, et c'est pour cela que j'ai eu à cœur de lui présenter les faits et les raisons que cet Intermède expose. Je ne l'en prie pas moins de faire bonne justice en me laissant, pour compte, tout ce qu'il rencontrera de vicieux dans mes écrits, et en reportant tout ce qu'il y trouvera de bon, de beau, de grand et de fécood au Génie de Fourier et à la Vérité éternelle par lui découverte.
D*autres critiques ont été faites à nos ouvrages ; je veux parler de critiques purement littéraires, portant les unes sur le néologisme, les autres sur la correction du style. Les premières sont ridicules et ne méritent pas de réponse. Il n'est pas de Science qui n'ait ses mots et sa langue, et qui n'y soit obligée pour éviter d'interminables périphrases. Qu'on n'ait pas besoin de mots nouveaux lorsque Ton brasse des lieux communs politiques ou moraux, lorsque l'on écrit des contea pour amuser les oisifs, etc., à la bonne heure. Um quand on
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apporte des idées neuves, ce serait bien merveille que Ton trouvât tout faits , dans le Diclionnaire de V Académie^ les mots techniques nécessaires à l'expression de ces idées auxquelles la docte Assemblée est naturellement fort étrangère. Les mots ne peuvent pas précéder les idées; et, quand des idées viennent au monde, elles veulent des noms et un baptême. Si Ton n'avait jamais créé des mots, il n'y aurait pas de langue. Au reste, le Supplément au Nouveau Dictionnaire de l'Académie^ de Didot, contient les principaux termes techniques de la Théorie sociétaire, et le Journal de la langue française^ dans un article de M. Bonvalot, professeur au collège Charlemagne, ne craint pas de s'exprimer ainsi en parlant des socialistes de notre époque, et nommément de nous : « Ces hommes-là, comme on l'a vu, ne s'occupent pas à ra- » tisser des syllabes; ils vont au fond des choses, et, de la, f> surgit une langue nouvelle, un dictionnaire nouveau : c'est » un fait immense que j'expose. »
Quant aux critiques relatives à là correction du style, je ne saurais en décliner la justesse, et les accepte volontiers à condition qu'on ne leur donnera pas trop d'importance. Sans doute le fond ne perdrait rien à être enveloppé des formes les plus pures et les plus attrayantes. Mais si le style est tout dans les œuvres purement littéraires, si l'incorrection et la précipitation ne sont ni justi tables ni tolérables dans les objets d'art pur et simple, il n'en est point de même pour les objets de la Science , surtout de la Science sociale. Nous sommes des mineurs dont la tâche est d'extraire l'or du filon : nous ne sommes point des ciseleurs et des orfèvres. Que la critique littéraire se montre sévère, s'il y a lieu, pour un poème de M. de Lamartine, pour un roman de M. V. Hugo, pour un dithyrambe en prose de M. de Lamennais, à la bonne heure. Ce sont là des œuvres d'art, d'imagination, des productions littéraires qui n'offrent pas à la société des moyens d'organisation, des voies nouvelles. Elles doivent être jugées dans leur ordre et dans leur essence. Mais tout ce que l'on est en droit d'exiger de nous, qui allons au fond des choses, qui discutons les institutions, qui indiquons à la société des sources de prospérité, de vie et de puissance, et qui ne nous érigeons pas en littérateurs, c'est que nous soyons clairs et logiques, et nos solutions heureuses et fécondes.
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Un puriste sévère, un écrivain qui s'est fait le croquemitaine de la lilléralure facile^ M. Nisard enfin, a pris soin lui-même de nous absoudre dans une de ses philippiques contre cette littérature de pacotille qui abonde aujour* d'hui sur le marché littéraire : u Si vous connaissez, a- i » t-il dit, quelque remède qui fasse cesser le hideux spec- ; » tacle d'une société manquant à l'homme qui lui offre ses ' » bras, son intelligence et son travail; qui élargisse le cercle » où nous nous foulons les uns les autres, où il y a cent can- » didats pour une place, cent bouches pour un morceau de » pain; improvisez, le temps presse; brûlez le papier, lâchez » la bride à votre plume; si vous savez quelque plan en » finances qui augmente le revenu public sans augmenter » l'impôt, qui donne au pauvre le pain et le sel ; improvisez.» On dirait que M. Nisard nous avait particulièrement en vue lorsqu'il signait ce laissez-passer d'exception, car il invoque précisément ce que seuls nous offrons : Un procédé social défini dans ses moyens, et capable des résultats demandés.
Nous solliciterons donc tous, avec l'appui de la raison et sous l'autorité de M. Nisard, l'indulgence pour les fautes de syntaxe et les incorrections de style qui se rencontrent dans les écrits de V École sociétaire, — indulgence dont le présont ouvrage a besoin plus que tout autre; car ses différentes parties, interrompues et reprises à de longs intervalles, ont été composées dans des conditions peu favorables à une pureté et à un fini littéraire, que l'auteur est loin de dédaigner, mais dont il ne prétend pas avoir fait preuve.