‹ Du sens vrai de la doctrine de la rédemptionChapitre 17 sur 27 · II · texte numérisé non relu

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des astres qui les habitent, et plongé sur eux un regard assez puissant pour, promettre des connaissances bien

autrement complètes, des communications même Et

oe qu'il a fait en trois siècles de civilisation sur un petit coin du globe n'est rien, évidemment rien à côté de ce qu'il est appelé à faire ; car chaque jour accroît avec uae M prodigieuse fécondité les instruments de sa puissance, car il se soumet si merveilleusement les éléments , les choses, les distances et le temps, qu'il ne lui est plus permis de borner ses prétentions, de limiter ses espé-

• Et c'est à ces signes que vous reconnaissez la créature déchue? la créature en butte à la malédiction d'un Dieu otiel f la créature condamnée aux humiliations et aux .douleurs, exilée dans le triste et obscur séjour des expiations et d^s larmes?... A ces signes, moi, je reconnais un Roi et un Royaume, et je salue la volonté véritable de Dieu, qui a préposé l'Homme au gouvernement du globe, et qui excite le jeune Roi à se saisir du sceptre et i ceindre son front du diadème.

Prenez-y garde! vous qui condamnez Dieu à vouloir l'humiliation et la misère de l'homme ici-bas, car voici i|ue l'homme aurait bientôt vaincu Dieu ! Votre dogme, injurieux à Dieu, a pu prévaloir quand l'homme, dan$ son enfance et sa faiblesse, tremblait devant Dieu qu'il croyait un maître barbare, un despote brutal dont il redoutait la colère; mais il n'est plus fait pour l'homme grandi en force et en intelligence ; car l'homme dans ^ -force et dans sou intelligence connaîtra Dieu son père, l'aimera de tout son amour et saura qu'il n'a rien à reidouter de lui, mais tout à espérer^ tout à demander et tDut à attendre...

Sans rechercher les causes génératrices, faciles 1 détermiûer, de ce dogme qui condamnait la Terre ël

SOCTRIIVB DB hk RàDBXPTION. 9^

Texcluait de rharmonie universelle, il est certain qa'il se trouTe à la racine de toutes les cwicepilons philoso-» phiques et religieuses qui se sont épanouies sur la terre, et particulièrement dans l'ancien monde oriental. La chute de Thomme, la colère de Dieu et la malédiction de la terre , plus ou moins grossièrement entendoes, sont à la base de toutes les traditions sur l'origine da mal. Moïse, néanmoins, modifia profondément l'ancienne donnée orientale, dans la promulgation qu'il fit aux Hébreux.

Jésus, qui voulait remplacer la loi de Moïse par «ne loi nouvelle, agit toujours à l'égard de la première par Toie de substitution plutôt que par voie de renversement. D'ailleurs la croyance donnée aux Hébreux par Moïse se prêtait à un développement que n'aurait pas soufiPert le dogme oriental lui-même. En effet, Jésus ayant pour objet l'invocation de THarmonie, de l'union des nommes entre eux et en Dieu, la réalisation de ce but magnifique, qui doit donner le bonheur à la terre, porte bien une négation absolue contre le dogme oriental de la fatalité PËiiMANENT£ du mal ici-bas -, mais elle n'est que le terme prévu, promis et toujours attendu par le peuple juif, de la malédiction temporaire dont le Dieu de la Genèse avait frappé la terre après la transgression à*J^ dam.

Les prédications du Christ, ses commandements ie charité et d'amour constituaient la révélation du BUT que l'humanité devait se proposer ^ mais ils n'étaient pas, à eux seuls, capables de produire immédiatement le régie de la chanté, de l'amour, de Tharraonie sur la terre, ei ils ne Hont pas produit en effet, Jésus ne l'ignorait pas. n n'a point parlé comme s'il eût été dans l'illusion à cet égard. 11 savait bien que son règne n'était pas encore de ce monde, que son temps n'était pas encore venu (i).

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(1) NuNc aui^m regnum m^mnmmtu Hnc lion nyiiuvie n'est pas «ocpre ici. I4l6fw,i|.wi^â(g

'^ IfiTERHitDE.

Son œuvre consistait à signaler le but et à préparer le temps qui devait venir, ce temps caractérisé par la réciprocité de Tamour, cette époque d union et de bonheur social. Il s'en rapportait au développement ultérieur de sa parole, à la puissance logique de son principe, à l'impulsion de sa pensée vers son but, pour que le dogme de l'espérance et de Tamour se substituât entièrement à Faucien dogme de la malédiction. Aussi ne s'occupa-t-il ni de cosmogonie, ni de théologie proprement dite, mais exclusivement de morale rehgieUse. «Aimez-vous les uns » les autres, aimez-vous comme des frères; pratiquez » la vérité, la justice et Tamour : c'est ainsi que vous » entrerez dans les voies de votre Père qui est au ciel, » et que vous mériterez sa bénédiction, » Tel est le résumé de tout ce qu'il y a de capital dans les prédications du Christ.

Vin.

Mais les hommes qui vinrent après Jésus et dont les efforts constituèrent le Christianisme tel qu'il s'est développé historiquement, oublièrent peu à peu la parole et la pensée du Maître. Ils ne comprirent point qu'à la morale nouvelle devait correspondre un développement de dogme et de théologie nouveau ; que, si la loi ancienne, la loi de rigueur, la loi cruelle et sanglante, avait été transformée par Jésus en loi fie charité, de mansuétude et d'amour, la transformation dans la loi commandait une transformation semblable dans le dogme, et qu'au dogme de rigueur et de terreur, au dogme de la malédiction, au dogme du Dieu courroucé et armé contre l'homme, devait se substituer le dogme de l'espérance et de l'amour, le dogme de la bénédiction, de l'harmonie et du bonheur des Êtres ; le dogme du Dieu tout-puissant et bon, qui veut réaliser par le charme et l'attrait son concert avec les créatures. S'il y avait une trop grande distance de

DOCTRINE Ht LA RtBtMPTIOV. 44

cette cQUception à la conception ancienne, au moins fallait-il annoncer, pour se conformer à la pensée de Jésns, que les temps de la malédiction primitive étaient près de s'accomplir, et que la terre rentrerait en grâce par l'accomplissement de la loi.

Que la nécessité logique de cette transformation du dogme n'ait point été comprise par tous, c'est ce qui n'a pas lieu d'étonner : il y avait à ce qu'elle le fût des difficultés historiques, sociales et religieuses certainement très-grandes, et dont on peut sans peine déterminer les causes lorsque l'on a étudié avec intelligence les époques de formation du Christianisme. L'espace nous manquant, nous renonçons, quoique à regret, à les développer ici, et nous nous contenterons d'indiquer, parmi les causes qui ont concouru à la production du grand et fatal illogisme que nous voulons signaler, une raison politique dont l'influence est facile à saisir. Cette raison se trouve dans la position de la doctrine nouvelle par rapport au pouvoir de la société dans laquelle le Christianisme avait à se développer. Le Christianisme, en effet, s'étanl constitué en Église, fiit naturellement entraîné dans les premiers temps, pour éviter autant que possible une lutte trop inégale avec le pouvoir existant, à séparer du domaine de celui-ci le domaine de la doctrine. Or, le domaine de ce pouvoir étant ce monde-ci, le monde actuel et la société civile, il ne restait plus à la doctrine nouvelle que le domaine spirituel et l'autre monde. Ainsi, pour gagner en liberté de développement, la doctrine nouvelle consentit à réduire son espace, à borner son terrain. Pour rassurer César contre des craintes logiques, on fonda un grand illogisme, on posa en principe que l'on n'empiéterait pas sur son pouvoir, que la doctrine divine n'usurperait pas sur son domaine. Chose absurde en soi ! car si la doctrine nouvelle était la vérité absolue, elle devait tout embrasser ; si la doctrine nouvelle était la loi de Dieu, il était puéril de dire à la loi de Dieu, au gré de telle ou telle convenance de poKtique

4t INTIRMÈDB«

biunaine et transitoire : «r Loi de Dieu, vorci ton do- » maine; loi de Dieu, voici ta limite; ici de Dieu, tu t'é* A tendras jusqu'à cette limite , tu ne la franchiras ja- » mais !» Dien lui-même n'aurait pas pu établir cette Uffiite, car Dieu étant défmi «le Souverain Maître de tou- » tes choses » cesserait d'être Dieu du moment que quel que chose cesserait d'être soumis à sa loi^ qui est une et absolue par essence.

La faiicm politique qne nous venons d'indiquer, jointe aux autres cause» dans l'examen desquelles nous ne pouvons pas entrer ici, mais dont l'influence fut plus profonde encore, déterminèrent donc la séparation doctnfktk du temporel et du spirituel. Dès lors, et comme conséquence nécessaire, le monde, qui restait en dehors de la loi de Dieu, en dehors de l'Ëglise de Dieu, dut être considéré, et le fut en effet, comme le domaine de Satan. Satan resta une réalité dans le dogme; il devint même une réalité plus capitale qu'il ne l'avait été dans la cosmogonie antérieure ; car le royaume de la Terre loi fut concédé à perpétuité et en possession légitime par le Christianisme. Remarquons bien que cela n'avait point été dans la doctrine de Moïse. Cette doctrine établissait tunité de la loi sociale et de la loi religieuse ^ et ne séparait point le domaine temporel du domaine spirituel pour livrer le premier au princi^ du Mal.

Ainsi les disciples du Christ, loin de faire subir au dogme ancien une transformation parallèle à la loi morale nouvelle, conséquente à la fois à la tradition et aux enseignements de Jésus, et d'annoncer au peuple l'approche du retour en grâce , retombèrent au contraire sous la domination du dogme des religions étrangères. Au lieu de se poser avec Jésus en avant de Moïse, ils reculèrent derrière Moïse.

M€TRINB BB 1.4 ltBBM?Tl<m. 48

Moïse, en effet, avait donné au monde le premier degré d*iuitiation. Les religions antiques enseignaient aux peuples l'existence absolue de deux principes: le principe du Bien et le princi|Xi du iMaLdont l'aelion sur le monde de val I olro pcrmancnlc. Moïse subordonna le dernier principe, il ensci-^nu qu'il n'avait qu'une existence relative et temporaire, car il enseigna que le Bien avait régné sur la terre à une époque primitive, paradisiaque, heureuse; que les harmonies primitives y avaient été troublées, mais qu'elles y renaîtraient un jour. Ainsi, en faisant à son peuple Thistoire de la naissance du Mal sur la Terre, Moïse en avait annoncé la (in. Il avait prédit la rentrée en grâce, le terme de la malédiction ei de la colère célestes, la Hédemplion. La Terre n'a jamais été considérée par le peuple juif comme devant être exclue du bénéfice de celle Hédemplion; seulement l'égoïsme et la grossièreté de ce peuple lui avaient persuadé que la Rédemption promise ne devait être autre choâe que son triomphe et sa domination sur toutes les nations du monde.

Si les dogmatistes, les métaphysicien», les théologiens qui vinrent après Jésus-Christ avaient suivi, dans sa pureté et dans sa direction, la pensée de leur Maître, ils auraient continué la transformation de Tancien dogme commencée par Moïse. En adoucissant les formes du dogme mosaïque, en y mêlant plus de bonté, d'espérance et d'amour, en annonçant l'apaisement de la colère céleste au fur et à mesure que les peuples de la Terre réaliseraient les prescriptions de la loi nouvelle , ils auraient fait comprendre, d'après la parole de Jésus, que la Rédemption promise ne devait point s'entendre de la domination matérielle du peuple juif sur les nations, mais de l'établissement de la paix dans le monde et de la iusion des nations dans la grande unité de la fiimiUe

44 INTBRVÈDK.

1 humaine. Il n'y avait aucune rupture à faire avec la Ge- I nèse. Moïse avait ouvert les portes de l'avenir par !a pro- ! messe de la Rédemption. Pour se conformer à la tradition et aux révélations successives de Moïse et de Jésus, il fallait entrer dans cette voie magnifique, au lieu de subtiliser sur la doctrine de la Rédemption et de la fausser misérablement. J'appelle ici l'attention du lecteur.

Le but de la doctrine de Jésus, c'était que les hommes vécussent unis entre eux et avec Dieu par l'amour. L'époque ultérieure où ce but serait l'éalisé était le temjjs invoqué par Jésus, et la société de ce temps, son royaume, U est évident que la Rédemption de l'homme, la rentrée en grâce, le retour du Bien, de l'Harmonie sur la terre, la cessation de la malédiction de Dieu, ne pouvaient et ne devaient s'entendre que du temps où la loi de Jésus, l'union des hommes entre eux et avec Dieu, serait réalisée dans l'humanité. En disant aux hommes que la loi de Dieu était qu'ils s'aimassent entre eux comme des frères, Jésus n'entendait certes pas que les hommes seraient rachetés du mal, que la Rkdemption serait opérée par cela seul qu'il aurait parlé ainsi aux hommes et qu'il aurait scellé sa parole de sa vie. (^ela eut été absurde, Jésus entendait que la Rédemption serait opérée, que l'Homme serait réconcilié avec Dieu, quand l'Homme (l'Humanité, et non pas tel ou tel individu) pratiquerait la loi de Dieu, que lui , Jésus, était venu annoncer. Tl n'ignorait pas, je le répète, que la réalisation ne suivrait point immédiatement sa parole. Certes, il savait qu'il faudrait du temps avant que son royaume fût de ce monde, avant que les hommes eussent universalisé entre eux l'amour, avant qu'ils eussent, par des moyens quelconques, organisé l'unité de la famille humaine et par suite la paix, l'harmonie et le bonheur. Jésus

DOCTRINK DE LÀ BfiDBHPTrON. 45

annonçait au monde la loi de Dieu ; évidemment, la Rédcmplion du monde ne pouvait résulter que de Vaccomplissemenl de la loi par le monde; elle ne pouvait en aucune façon résulter de la seule proclamation de la loi; clic ne pouvait être qu'une conséquence ultérieure de la venue de Jésus-Christ, un effet de sa doctrine. — Et cela fut compris par nombre des Pères des premiers Siècles.

Vinrent les docteurs noums des philosophies de l'Orient. Ceux-ci ne comprenant ni les paroles de Jésus, ni le sens de sa mission, au lieu d'enseigner que la Rédemption du monde serait la conséquence de Taccomplissement de la loi nouvelle, la conséquence du règne de la justice et de l'amour, enseignèrent que l'acte de la venue de Jésus et son sacrifice avaient commencé, terminé et accompli la Rédemption. Jésus avait sanctionné de sa vie le grand désir de charité, de justice et d'amour, dont la réalisation universelle devait ultérieurement opérer la Rédemption du monde. Les disciples, au lieu de s'attacher à la parole, à l'esprit, au but, a la loi, absorbant tout dans la personnalité , et ne comprenant pas que la Rédemption, d'après la parole et la pensée de Jésus.

Vésulte7*ait DE L*AiA:O^WUSSEMEyrUK LA un PAR LFS

1103I31ES, voulurent qu'elle résultât de raccœnplissement du sacrifice par Jésus.

Certes, il est facile de comprendre comment et par quelles causes ces erreurs s'introduisirent chez les disciples de Jésus lorsqu'ils n'eurent plus leur Maître pour les conduire ; mais il n'en est pas moins vrai que ces erreurs capitales se produisirent dès l'origine, que la doctrine du Christ fut peu à peu altérée par elles, et que la mysticité et la subtilité finirent par remplacer la raison élevée et simple, le divin bon sens, qui caractérisaient la parole du Fondateur.

46 mTBRHÈDB.

Qu'y aTait-il de plus sensé et de plus beau que la doc* trine de la Rédemption, telle qu'elle résultait des ensei* gnements de Jésus? Les harmonies primitives avaient été troublées à une époque de chute ; dès cette époque le Mal I^ysique et le mal moral s'étaient répandus sur la terre, et la douleur avait subjugué l'Homme. Mais une grande promesse avait été faite à l'Homme et à la Terre : les harmonies perdues devaient renaître un jour ; l'Homme et la Terre seraient délivrés du mal. Or, Jésus venait faire connaître aux hommes \siCondition de la Rédemption ea leur enseignant que l'anéantissement du mal et l'établissemeilt du bien étaient liés à la pratique générale de 0e grand commandement qui est toute la loi : Aime^ vous les uns les autres.

Certes, cela était aussi sensé, aussi vrai que sublime; et il fout dire que c'était une parole divine , celle qui enseignait aux hommes plongés dans la barbarie ou dans les voie» de Végoïsme , que la Rédemption du monde et lebojsheur de l'humanité dépendaient souverainement d« l'union des hommes, de leur amour les uns pour les autres. Il n'y a pas ici d'obscurité, il n'y a pas de mystère dans cette doctrine de la Rédemption : « Vous serez ra- » cbetés du Mal et la bénédiction de Dieu descendra sur » la terre quand vous aurez établi sur la terre le royaume » de Dieu et m justice. Vous vous haïssez , vous vous » dépouillez par la ruse et par la violence, vous vous » combattez les uns les autres, individus, peuples, na- » tions; vous cherchez par l'oppression et l'injustice la » posseséion des biens et des jouissances. Et moi, je viens » vous annoncer qu'en faisant ainsi vous perpétuez le » ftial sur la terre, car la terre ne sera affranchie du mal, » et ne rentrera en grâce auprès de Dieu que quand vous » ferez régner sur elle la loi de Dieu en vous aimant les » uns les autres ! » Quel avertissement sublime ! Quelle révélation lumineuse aux hordes barbares et aux peuples égoïstes et corrompus , qui couvraient le monde !

C'était £re à l'activité humaine engagée jusque-là

BOCTBINB Bt tA ItDCHPTION. 47

dans la voie de la guerre , de loppression , qu'il était temps d'enti-er dans une route toute nouvelle en àe tournant du côté de la charité et de la justice ; c'était appren- .' dre à l'Humanité que son salut, que le bonheur des individus et des peuples et la bénédiction de Dieu ne se- -, raient jamais obtenus par la violence, mais par l'amour, par l'union des membres de la famille humaine !

Jésus, en annonçant la loi de Dieu, la condition de la Rédemption et du bonheur, présentait donc à Tintelligence humaine , jusque-là engagée dans la guerre , un but nouveau. Ce but était et est encore le vrai but. Sa mission consistait en cela. Il donnait l'impulsion à la'

Sensée et au cœur de ) 'homme. Il introduisait l'homme ans la voie de la Rédemption, et il disait au Génie de l'Humanité, en parlant de ce royaume à la conquête duquel il l'excitait par le développement des hautes puissances religieuses : Cherchez et vous trouverez ^ frappez à la porte, et on vous ouvrira.

Gloire à vous donc , ô Christ ! non-seulement parce que vous êtes le type le plus élevé, la plus pure manifestation, la plus complète incarnation de l'amour; mais encore parce que vous avez montré la voie , indiqué le but , parce que vous avez voulu faire connaître aux nations les conditions saintes et unitaires de la Rédemption du monde, à une époque où le seul peuple qui l'espérât l'interprétait dans le sens bnital de l'asservissement dés autres peuples à sa puissance !

Ainsi , en apportant une loi nouvelle au monde , en versant sur ce monde de conqucrans corrompus et d'esclaves souffrants et avilis la lumière pure de l'amour, le sentiment de l'unité de la famille humaine et de la future réalisation de la justice et de l'union, Jésus, loin de rompre la tradition religieuse, procédait au développement

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de la Promesse. Il ouvrait la voie de raccomplissement. Il ne voulait point briser l'unité antique de la loi religieuse et de la loi sociale ; il voulait, au contraire, préparer la transformation sociale par le développement de la tradition et par la transformation de la loi religieuse. Cela est incontestable, et résulte clairement de sa parole et du caractère même de sa doctrine , pçur qui sait apprécier ce caractère dans son essence, et distinguer, dans les prédications du Cbrist, ce qui était enseignement d'application présente, consolation transitoire apportée aux souffrances transitoires, et ce qui était enseignement absolu et vue d'avenir.

Mais appuyons un moment sur cette réflexion que nous recommandons à toute Tattention du lecteur : — Avant que la doctrine d'union, d'amour et de paix, promulguée par Jésus, eût reçu ses développements ultérieurs, trouvé sa forme, ses voies et ses moyens de réalisation ; avant qu'elle fût passée de l'existence potentielle et spirituelle à l'existence actuelle et sociale; avant qu'elle fût universellement pratiquée, qu'elle fût enfin incarnée dans l'Humanité (ce qui n'est pas encore accompli aujourd'hui, 1800 ans après la promulgation) : pendant tout ce laps de temps compris entre la promulgation et l'accomplissement, la Terre ne pouvait cesser d'être la vallée désolée des larmes et des douleurs : cela est certain. — En livrant sa pensée à ses disciples, en les investissant de la sainte mais dure mission d'en opérer le développement, en les envoyant prêcher cette pensée par ce Monde sanglant qu'elle devait purifier et métamorphoser un jour, Jésus devait les prémunir contre les grands obstacles qu'ils rencontreraient par les chemins du Monde. Il devait fortifier les pieds contre les pierres, les ronces et les épines ; il devait fortifier les âmes contre les afflictions, enseigner à supporter des maux inévitables avec courage, avec résignation, avec cette calme et sainte puissance qui pousse au cœur de quiconque se dévoue

DOCTRINE DB LA RfiBEHPTION. 49

sérieusement au bonheur de ses frères et marche dans les voies de Dieu. Il devait enfin exalfer les mérites des hommes qui subiraient pieusement les tribulations rencontrées dans la voie de la loi et de la doctrine, proclamer saintes ces souffrances, proclamer Heureux et Élus de Dieu, ceux qui aimeraient mieux souffrir par dévouement à l'Humanité que de s'abriter dans les basses jouissances d'un lâche et dégradant égoïsme. Heureux qui aura souffert en portant ma loi. Et en vérité ne sontils pas les Heureux et les Élus du Seigneur , ceux qui , avec une profonde résignation, naturelle ou conquise par la volonté, à toutes les tribulations qui leur viennent , se vouent entièrement au culte de l'Humanité et au développement de la loi de Dieu ? Les Élus du Seigneur et les Heureux seraieni-ils, par hasard, ces êtres à face humaine qui, comme de grossiers animaux, n'ont pour objet de leur affection, pour unique biit de leurs actes, que leur propre personne et leur seule matière?

Jésus devait donc prévoir et prédire les afflictions, sanctifier la résignation, sanctifier les douleur^ de ceux qui marcheraient dans sa loi. Mais cette sanctification des souffrances nécessaire à l'accomplissement de la loi, aux grands et durs et longs préliminaires de sa réalisation sur notre Terre, pouvait-elle signifier, ainsi qu'on a eu l'insigne déraison de le croire, que Jésus ordonnait d'aimer la souffrance pour elle-même et comme étant en ellemême agréable à Dieu ? Cette sanctification de la souffrance n'était-elle pas relative ? Ce qui sanctifiait la souffrance n'était-ce pas son objet, l'établissement de la loi de Dieu sur la Terre et du bonheur de l'Humanité; et n'est-il pas absurde au premier chef d'avoir pris le relatif pour l'absolu, la transition pour le terme, d'avoir substitué l'accessoire au principal, d'avoir fait, enfin, de la doctrine de Jésus qui se proposait comme but définitif l'établissement général du bien, de la justice, de l'union, de l'harmonie sur la Terre , une doctrine qui se serait proposé d'universaliser sur cette Terre l'amour de la souf-

80 nfTBRHÈttB.

fraiïce et des tribulations, qui eût fait considérer la perpétuelle durée du mal ici-bas comme une cliose voulue par Dieu et désirable par ses Saints! Jésus eût convié les hommes à réaliser la loi de Dieu, et il eût proscrit le bonheur universel qui doit résulter de cette réalisation \ Loin d'être une vue sublime, une haute révélation, une pareille doctrine n'eût pas même eu le sens commun. — C'est ainsi que quand on ne distingue pas V absolu et le relatif dans les enseignements et dans la conception de Jésus, on travestit sa pensée et on lui prête une doctrine déraisonnable et inconséquente jusqu'au ridicule.

La doctrine deJésus,ayant pour but capital l'établissement de la paix et du bien parmi les hommes, en promulguant les idées de justice , de charité, de dévouement à l'humanité, qui pouvaient seules conduire l'esprit humain à la réalisalion ultérieure de cette grande pensée, fondait donc une foi religieuse qui, loin d'être contradictoire au génie de l'Humanité, à ses attraits, à ses tendances natives, vibrait en parfait accord avec elles. Loin de prétendre abaisser l'homme, humilier sa Raison, en exiger le sacrifice, et briser ainsi l'unité humaine dans ses deux manifestations supérieures, le sentiment et l'intelligence, la foi de Jésus élevait l'homme, purifiait son cœur, exaltait son intelligence, provoquait le développement de l'Humanité dans toutes ses puissances, et se mariait à la plus haute Raison dont elle était le Verbe vivant. Oui, la Raison et la Foi s'accordaient pleinement dans la doctrine du Christ, dans sa religion. Rien n'était plus raisonnable que ses enseignements , rien n'exigeait moins le sacrifice de la Raison devant la Foi. En a-t-il été de même des dilférentes doctrines religieuses que Ton a, après lui, constituées en son nom, et qui ont

DOCTRINE BB LA RÉDEMPTION. 6f

formé et forment encore les branches divîsées du Christianisme ?

Nous venons de montrer ce qu'était, dans sa pureté, dans sa simplicité et dans sa grandeur, la pensée du Christ et sa doctrine. C'était la voie de la Rédemption du inonde, la voie du salut de l'Humanité. Cette pensée se trouva trop large pour les temps, trop forte pour les intelligences qui en reçurent l'expression; car, hélas! peu apv* s que le Christ eut payé de sa vie son amour pour l'Humanité, le bon sens de la doctrine commençait à être obscurci par l'ignorance et la subtilité , et le haut point de vue de la Rédemption de V Humanité universelle par rincaymation unive?'seHe de r Amour dans r B amanite , abandonné pour je ne sais quelle doctrine étroite et mystique d'une Rédemption purement individuelle par les souffrances de Jésus-Christ, Ah ! Jésus- Christ n'avait point dit qu'il venait racheter l'individu par ses souffrances, il avait dit qu'il venait racheter le monde par sa doctrine. l\ n'avait jamais dit que la clause de la Rédemption était que la Terre se chargeât d'un crime de plus en le faisant mourir ; il avait dit que cette clause était dans l'exécution, par tous les membres de l'Humanité , du grand commandement; «Aimez-vou^les uns les autres, » à la sanction duquel il fit l'holocauste de sa vie.

Nous ne pouvons, ainsi que nous l'avons déjà dit, entrer ici dans le développement, d'un haut intérêt pourtant , des causes de l'altération qui dénatura le véritable Christianisme, de si bonne heure que, pour retrouver pure dans les Évangiles la doctrine de Jésus, il faut tenir grand compte déjà de l'état d'esprit de ses bio^ijraphes et de l'infèriorité de leur vue par rapport à celle de leur Maître. Le trait caractéristique de l'infériorité des continuateurs se trouve généralement dans la substitution de la mysticité au bon sens (i), des hallucinations et dos subtihtés *~™*~-^*'»»~»— ^— — ^-^ ■ Il ' — — »— ^

(1) Une tentative moderne de formulation religieuse nou» a pré* Beiité ttfi caractère absolament analogue.

9t INTERMÈDE.

des disciples, à la raison éleyée, calme et simple de la doctrine primitive.

Il fut bientôt déclaré que la Promesse était accomplie , que la Rédemption avait eu lieu par le sacrifice de Jésus^ et, puisque le désordre et le mal continuaient toujours à désoler la Terre , il fallait bien alors prendre cette ilédemption dans le sens étroit et mystique d'un salut Jaî^rement individuel et spirituel, concernant l'autre moiide, à l'exclusion de celui-ci , dont l'empire fut dévolu à Satan. La matière et l'esprit furent constitués en dualité hostile , les dogmes orientaux furent repris et formulés dans toute leur rigueur ; et la doctrine des deux principes , la mythologie persanne et» les théories platoniciennes qui en dérivaient, infectèrent la doctrine du Christ et en troublèrent les eaux pures et limpides. Le mépris du monde devint le fondement de la loi religieuse. La souffrance fut érigée en vertu , proclamée en elle-même agréable à Dieu , et la nature humaine condamnée dans le plus grand nombre des Attraits qui lui ont été donnés par Dieu pour l'accomplissement de sa Destinée terrestre.

C'est ainsi que le lien du temporel et du spirituel fut rompu, que l'unité sociale et religieuse, établie dans la loi de Moïse et résultant de la pensée de Jésus, fat détruite; c'est ainsi que la chaîne de la tradition fut brisée, que la doctrine se constitua en hostilité avec le développement de l'Humanité, et que, se laissant envahir par les dogmes étrangers et reculant au delà de Moïse , elle fonda la GRANDE HÉRÉSIE et le GRAND ILLOGISME qui out malheureusement prévalu dans toutes les Écoles chrétiennes. Toutes les Églises , en effet, après quelques siècles avaient définitivement rompu avec la tradition primitive ou mosaïque, subi le joug des dogmes étrangers, et porté la contradiction dans leur sein ; car toutes en arrivèrent à condamner , au nom de Dieu , l'idée du bonheur sur la Terre, en même temps que la pensée propre de Jésus, se développant en elles , conviait rHumanité à réaliser

Ib

" DOCTRINE DE Lk RÉDEHPTIOIf. 5S

les conditions de son bonheur et de son salut sur la Terre (aussi bien que dans les vies ultérieures) , en y réalisant et y universahsant les conditions de la justice et de Tamour. Chose étrange ! les prêtres chrétiens enseignaient et enseignent encore : 1° qu'il faut aimer la souffrance en elle-même (1), et se garder de chercher le bonheur sur la Terre ; 2° que le Christianisme est la seule religion qui puisse établir et assurer la paix, la prospérité et le bonheur des peuples.... ^

Ainsi, deux forces contraires, deux pensées divergentes, deux tendances incompatibles furent déposées dans le Christianisme historique ; V Œuvre propre du Christ, qui continuait la tradition biblique et poussait l'Humanité ■en pleine voie de développement et de Rédemption ; et Y Œuvre helvétique des théologiens chrétiens, qui brisait la tradition, condamnait la nature humaine, réprouvait TASsottATioN de l'Humanité avec le Monde , et lui défendait de marcher à la conquête de sa Royauté terrestre.

L'histoire des progrès accomplis dans la grande industrie, dans les arts, dans les sciences, dans le développement de la puissance humaine , notamment pendant les trois derniers siècles, est l'histoire de la lutte du Génie de l'Humanité (2) d'accord avec le principe de Jésus , contre les entraves imposées par ce dogme, — que l'on 'est obligé d'appeler le dogme chrétien, puisqu'il a été le fondement dogmatique du Christianisme historique, quoi-

(î) Z>. Pourquoi J -C, est-il venu au monde dans une élable? R. Pour nous apprendre à aimer la pauvreté, rhumilité et les souffrance?. — Voilà ce que d^^mande et ce que répond encore le Catécliismc ; et ceci n'est point dit dans un ^ens relatif, mais dans un sens ubso'.u.

(2) J'ai eu occasion de traiter avec quelque étendue cette question dans la brochure intitulée : Trois Discours à l'hôiel-de-J^ifle^

qu'il soit la négation même du Chrhtianisnïe pur^ de la doctrine de Jésus, doctrine essentiellement favorable au développement de l'Humanité.

Le Christianisme historique s'étant laissé envahir par un princi|)e étranj^er, héréliane, directement opposé au Génie de J'Humanité, aux Tendances qui la portent à prendre possession du Gouvernement du Monde, et ne pouvant cependant renier Moïse et Jésus, ne s'imposait pas seulement une contradiction doctrinale perpétuelle; il engendrait en ontre une contradiction pratique monstrueuse qui (levait singulièrement contribuer à détruire Tautorite de l'Église. Car comment les peuples pouvaientils rester indéfiniment respectueux spectateurs de la contradiction des actes de l'Eglise, de ses envahissements temporels, de son luxe, de ses richesses, de son avidité

Î>ra^/^Me, avec ses paroles, sesanathèmes théoriques conivQ es biens du Monde? L'Église ayant accepte un principe contraire à la nature humaine ne pouvait éviter , en tant que servie elle-même par des hommes, de se constituer, par ses actes, en protestantisme permanent contre son principe. En bonne logique, l'Évêque, pour être légitimement le C/ief spirituel de son diocèse, aurait dû en être l'homme le plus pauvre, et le Pape n'était qu'un Scandale, s'il se trouvait dans la chrétienté un honmie plus dénué et plus humble que lui. Or, il y a toujours eu dans l'Eglise flagrant désaccord eiilrc les actes et le pria, cipe (1) , jusque là que les Pontifes suprêmes de la

(() Oueïq^e^ mois aprè^ ma première communion, révéque dé notre diocèse lit uno totirnée [nnir adin*Mii!*trer à ses ouaiHe:* le pacrt-mciit de coMliniialo;!. il arriva chez nous avec un train, des laquais, un équ'p.ige. C ct.iil un ppi claci-i inconnu dans noire petite ville. Le lendemain il officia et nous fil un sermon superbe sur le mépris des biens de ce momie, sur la néce^^sltc d'aimer, |K)ur i;agaer le ciel, la pauvreté, l'hu nilitii et le-* soullVances. Mali;ré ma ferveur, la conlradii tiou du seimon avec le Irain du prêtai me scan éalisa, me choqua vivement, et me ûl ii re des réflexions qui n'6» talent pas dans Tordre des meilleures dispositions à recevoir l'onc-

DOCTRINB VÈ Là lÊBEHPTlOK. M

religion qui condamnait les biens vils de ce monde, s'eu montraient avides au point de donner, à comptoir ouvert, les biens de l'autre en écbanpre. Cette contradiction était un scandale permanent, qui devait amener Taffaiblissement moral de l'Église et préparer sa ruine (1).

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