III. — Mode d'action des injections sous-cutanées
Ce mode d'action est des plus complexes. La première hypothèse qui est venue à l’esprit c’est que, dans les maladies infectieuses et dans les intoxications, les injections d’eau salée agissent en provoquant une élimination des substances toxiques par l'intermédiaire d’une excrétion urinaire augmentée d’où le nom de lavage du sang.
La diurèse est démontrée et pour MM. Carrion et Hallion (1) l’émission d'urine s’accélèrerait fortément quelques heures après l'injection, pour être très forte le lendemain et revenir à la normale le surlendemain. Mais cela ne suffit pas et l’on s’est demandé si l’élimination des poisons du sang augmentait nécessairement sous l'influence des injections salines. Les recherches sur ce point ne sont pas encore concordantes. Tandis que Dastre et Loye (2), Enriquez et Hallion n’ont pas eu de résultats favorables, les injections ayant hâté la mort d'animaux intoxiqués expérimentalement, Roger (3), Bosc et Vedel, Tuffier et Lejars (4) ont enregistré des succès et Delbet et Roger (5) pensent qu’elles n’exercent pas seulement une action mécanique, mais
(1) Carrion et Hallion. — Soc. de biol., 1896. (2) Dastre et Loye. — Arch. de phys., 1889.
(8) Roger. — Soc. de biol., nov. 1896.
(4) Tuffier et Lejars. — Lavage du sang. Sem. Méd., 1896. (5) Delbet et Roger. — Presse Méd., 1896.
na
que, en stimulant l’activité glandulaire, elles diminuent et retardent encore l’action nuisible des toxines qui restent. \
Sabli ne croit pas que l’action diurétique: explique tout et il a vu l'amélioration se produire avant que la diurèse ne se fut manifestée. Ceci se comprend à la rigueur et l'on peut admettre avec MM. Lépine (1) et Manquat que l'introduction d’une grande quantité de liquide dilue nécessairement les humeurs toxiques et les rend moins nocives.
M. Chassevant (2) dit également que les injections retardent l'apparition des phénomènes convulsivants et la mort et permettent même la guérison.
Enfin Bosc et Vedel, qui ont recherché la toxicité des urines avant, pendantet après les injections notent de l’hypotoxicité des urines émises après uneinjection, mais ils pensent que cette hypotoxicité tient probable ment à la dilution des toxines.
On a émis aussi l’hypothèse que l'injection salée en favorisant l’oxydation, a rendu les poisons méconnaissables, et les a transformés en substances inoffensives. Effectivement Biernaki, Meyer, Sahli ont constaté dans les urines une augmentation notable des produits d’oxydation et Bosc et Vedel pensent que, grâce à cette activité des échanges, il se produit un lavage, un « décrassage réel » des cellules dont les fonctions sont activées. La vie cellulaire n’est pas seulement activée
(1) Lépine. — He du sang. Sem. méd., 1896, ps 252) (2) Chassevant, — Soc. biol., 1896.
dans les parenchymes, l'injection saline produit encore une excitation très prononcée des globules blancs (Claisse).
Pour MM. Garnier et Lambert (1) elles agiraient également sur la respiration musculaire. Le muscle absorberait plus d'oxygène et éliminerait plus d’acide carbonique. :
Enfin l’action sur le système nerveux n’est pas négligeable. Les injections combattent la dépression nerveuse et jouent le rôle d’un puissant stimulant; elles ont une action dynamogène.
En somme, il faut être éclectique et admettre que les injections produisent tout un ensemble de modifications intimes des tissus. Elles les hydratent, diluent les toxines, augmentent les oxydations et les sécrétions glandulaires et stimulent toutes les cellules de l’organisme et en particulier les cellules nerveuses.
Ces divers modes d’action réunis plaident suffisamment en faveur du sérum artificiel pour que l’on ait eu l'idée de l’utiliser en pathologie nerveuse et enfin en aliénation mentale, car en somme, ainsi que l’a démontré déjà depuis longtemps M. le professeur Pierret, du nerveux à l’aliéné il n’y a qu’un pas.
(1) Garnier et Lambert. — Soc. biol., 1897.