‹ Du sérum artificiel en aliénation mentaleChapitre 13 sur 35 · OBSERVATIONS PERSONNELLES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PERSONNELLES

Nous avons fait deux groupes de nos observations : dans le premier nous avons mis les observations de malades ayant présenté des troubles mentaux à la suite d’une maladie infectieuse nette et où, par conséquent, le sérum artificiel rencontrait toutes ses indications. Nous avons ainsi traité des folies consécutives à la broncho-pneumonie, au scorbut, ou à Pétat

puerpéral et nous en avons obtenu les meilleurs résultats. |

Dans le second groupe, nous avons mis toutes les autres observations dans lesquelles nous avons employé le sérum artificiel. Nous avons pris, un peu au hasard de la pratique des Asiles, tous les cas se rapprochant le plus de l’état infectieux, où la notion étiologique était moins bien connue, mais où néanmoins le sérum paraissait indiqué à cause de l’état physique et de la dépression générale de l'organisme.

Enfin, nous publions, à la fin de nos observations, un cas de mal épileptique traité par les injections de sérum artificiel. LE

Voici tout d’abord les observations du premier groupe :

OBSERvATION I. (Inédite.)

(Service de M. Rousset.)

Lypémanie avec idées de persécution et de suicide, — Bronchopneumonie double avec asthénie très marquée et toxhémie. — Injections massives de sérum artificiel. — Guérison.

X..., artiste peintre, 31 ans, vient de l’Hôtel-Dieu, où il était soigné pour des fractures portant sur les deux membres inférieurs. Il était tombé (accident ou suicide ?) d’un train en marche qui se dirigeait sur Lyon. fl rejoignait l'Algérie, disait-il, à ce moment-là.

On l'amène à l’Asile, le 15 mars, parce qu'il a fait une tentative de suicide à l’Hôtel-Dieu et qu'il a cherché à étrangler un infirmier,

Etat actuel à l'entrée. — Le malade a les deux jambes prises dans un silicate et présente, en arrière de la tête, au niveau de l’occipital, une petite plaie du cuir chevelu qui est en train de se cicatriser.

Il présente en outre dans la région du sein gauche, deux petites plaies allongées qui semblent avoir été faites par un couteau et quelques égratignures.

Etat mental. — Le malade se défend d’avoir jamais voulu se suicider. Lorsqu'on lui fait raconter son accident, il dit que deux personnes, qui étaient montées dans le train à la station précédente, l’ont précipité sur la voie alors que le train était en marche. Il ne sait ou ne veut expliquer comment et pourquoi cela s’est produit. Il nie également toute tentative de suicide à l'Hôtel-Dieu. I parle assez facilement et cache très bien ses idées de suicide et de persécution.

2e, OA ts

Lorsqu'on cherche à l’examiner, il se défend comme un beau diable, car il ne veut pas laisser voir les plaies qu'il porte dans la région du sein et lorsqu'on lui demande leur provenance, illes explique par des égratignures.

Peut-être a-t-il agi sous le coup d’hallucinations. Il raconte plus tard, en effet, qu’il était à ce moment-là hanté par des idées noires, qu'on le suggestionnait et mystifiait : « J'ai été martyrisé et mystifié, je ne sais pourquoi ? »

Lorsqu'on ne l’interroge pas, il se laisse aller à ses rêveries, prend l'attitude mélancolique et ne prononce pas une parole. :

. Examen somalique. — Poumoxs. — À droite, rien de bien notable au moment de l'entrée. À gauche, matité sur presque toute la hauteur du poumon en arrière, remontant au-dessus de l’épine de l’omoplate. |

Les vibrations ne sont pas sensiblement modifiées.

A l’auscultation, on entend un gros souffle tuber dans toute l’étendue de la zone de matité, bronchophonie, pas d’égophonie. On entend de plus quelques râles disséminés. Le malade a de la dyspnée, de la toux. L’expectoration est constituée uniquement par des crachats muco-purulents, blancjaunâtres et peu abondants. Pas d’expectoration rouillée.

Cour. — Les battements sont un peu rapides. A l’auscultation, il n'existe pas de bruits de frottement ni de souffles.

Pouls accéléré, de faible tension, sans irrégularités.

APPAREIL DIGESTIF. — La langue est quelque peu saburrale, Le ventre est souple et non douloureux. Pas de constipation. Foie et rate normaux.

Pas de troubles du système nerveux.

Etat général. — Plutôt mauvais. Les traits sont tirés, le teint plombé, l’haleine fétide, le malade a absolument l'allure d’un intoxiqué. De plus, il ne peut, pour ainsi dire, pas se bouger, immobilisé qu’il est par ses deux silicates.

Les urines contiennent un peu d’albumine.

Température : 39° 4,

Traitement : ventouses, toniques généraux, champagne.

19 mars. — Le malade, le visage blafard, à reflets verdâtres, les yeux cerclés de noir et perdus dans le vague, les lèvres violacées réagit faiblement dans son lit. L’asthénie est très marquée et on a beaucoup de peine à l’examiner.

L’auscultation du poumon gauche s’est sensiblement peu modifiée, le souffle persiste, les râles fins ne sont guère plus nombreux ; on entend par endroit quelques râles plus gros à caractère bulleux.

Une ponction exp'oratrice faite à ce moment révèle la présence d’une très faible couche de liquide fortement teinté en rouge, interposée entre le poumon et la paroi. Les vibrations persistent à peu près normales.

Depuis deux jours, à droite, on perçoit en arrière, sur la ligne axillaire postérieure, de gros râles sous-crépitants avec de nombreux sous-crépitants fins et quelques râles sibilants. La respiration est moins bien perçue à ce niveau et l’on note en même temps, un peu de submatité et une légère exagération des vibrations.

L’expectoration est beaucoup plus abondante qu’à l’entrée, mais a toujours les mêmes caractères. La dyspnée et la toux sont très marquées.

Le pouls est rapide, misérable, à peine perceptible.

La température est voisine de 40°.

Vu cet état, on fait une injection massive de 1 litre de sérum artificiel dans les muscles de la cuisse. Ventouses, toniques généraux, champagne.

90 mars. — La température a baissé de 1° à 39°, Nouvelle injection de sérum artificiel de 1 litre.

22 mars. — L'état est assez stationnaire. L’asthénie cependant est moindre. Le malade réagit davantage à la piqûre. La température, qui était de39°avant-hier, est remontée hier à 40°.

Nouvelle injection de 1 litre de sérum artificiel

24 mars. — Les signes pulmonaires sont à peu près Îles mêmes, mais le malade a le regard plus vif <t est moins abattu. IL boit abondamment. La dysprée est un peu moins vive. £

L'état mental depuis l'entrée ne s est pas modifié. Le malade est persécuté, se croit mystifié, demande qu’on le tue. Il veut en finir avec la vie.

La température est tombée à 3804,

Injection de sérum 1 litre.

26 mars. — Nouvel. injection.

28 mars. — La température, qui était remontée hier soir à 39°5, est retombée ce matin à 37°6. Le malade est bien mieux malgré cela. Il respire plus librement, tousse moins, le soufle à disparu. On note toujours deux foyers de bronchopneumonie à droite et à gauche. Les urines contiennent toujours de l’albumine.

Le malade a reconnu son frère, qui est venu le voir. Il dit qu’on lui fait du mal et est toujours persécuté.

Injection de sérum 1 litre.

20 avril. — La température est tombée progressivement à 37° avec des oscillations thermiques de 1° du soir au matin. Les râles ont beaucoup diminué et.la sonorité revient dans le poumon gauche.

Injection de sérum artificiel de 1 litre.

On fait enfin une dernière injection de sérum artificiel le 5 avril. ;

. Au bout de quelques jours, le malade est complètement rétabli. Il ne persiste plus rien aux poumons et le malade auquel on a enlevé les silicates se lève enfin. ne

Pendant le courant du mois d'avril s'effectue la conva lescence. |

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L'état mental se modifie peu à peu, cependant il persiste encore quelques idées de persécution. Le malade dit qu’il a été magnétisé à l’Hôtel-Dieu, par un monsieur qui faisait des simagrées, et il se demande quel est ce fluide magnétique qui l’a fait agir ainsi. Il dit qu’il ne sera tranquille que lorsqu'il aura

‘la clef de ce mystère qui l'entoure et qui lui enlève toute tran- ‘quillité. ILse croit obsédé encore et ce n'est qu'à la fin du . mois qu’il reconnait que tout ce qu’il croyait lorsqu'il est entré à l'Asile n’existe pas, et qu'il n'avait pas l’esprit bien sain. Le malade, enfin, sort guéri de l’Asile le 15 mai, c’est-à- ‘ dire deux mois, jour par jour après son entrée. l

Cette observation est intéressante à un double point de vue. On note tout d’abord la guérison d’une forme grave de broncho-pneumonie. Elle montre, d’autre part, l'amélioration et la guérison des troubles men- ‘taux après la disparition de l'état infectieux. Cette cause paraît, ici, avoir Joué un rôle prépondérant sur l'apparition des troubles mentaux car, à son entrée, le malade est très persécuté et a fait plusieurs tentatives de suicide. Ces idées persistent pendant toute la : durée de la maladie et ne commencent à disparaître que lorsque s'établit la convalescence.

ü OnseRvATION IL: (Znédite:) (Service de M. Rousset.) Dégénéré, avec idées de persécution et mysticisme, — Guérison presque définitive. = Un état infectieux surajouté ramène la rechute. — Scorbut avec lypémanie anxieuse et délire de néga-

tion. — Lavements de sérum. — Amélioration parallèle de l'état physique et mental.

X..., âgé de 44 ans, entré à l’Asile le 11 août 1899 pour des troubles mentaux caractérisés par du délire de persécution.

Antécédents. — Rien d’important à signaler dans les antécédents héréditaires ou personnels.

Elat mental. — Le malade nous raconte que sa femme

qu’il appelle « sa maman » l’a fait interner ici illégalement, qu'elle n’est pas coupable, seulement elle est mal entourée ; « Ce sont les voisins qui sont de méchantes gens, qui ont fait faire ça à maman. » Les voisins lui en veulent et pour se venger exploitent ses filles par le travail ?

Il dit tout cela avec un air béat et une mimique enfantine.

Par moments, il se laisse aller à des idées mystiques et il nous raconte que sa religion est la douce mère du nos et de l'Univers.

Il nous dit que souvent il s'amuse à regarder les astres et à étudier les étoiles.

Le malade est tranquille malgré cela et se laisse aller à ses rêveries. Par moments, il devient plus triste et il se met à pleurer. Il s’ennuie besucoup.

L'examen somatique ne révèle à ce moment qu’un peu de dilatation de l’estomac. {1 n’y a rien à signaler aux poumons ; au cœur, le premier bruit est un peu prolongé à la pointe. Les urines ne contiennent pas d’albumine et il n’y a pas de fempérature.

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