ROLE
CERTIFICAT DE 24 HEURES, — Dégénérescence mentale avec délire lypémaniaque à forme mystique et idées de persécution.
Au bout d’un mois, le malade va mieux, il est doux et tranquille, ne présente pas d'idées de suicide et est sur le point de sortir, lorsqu'il se met à s’agiter un peu. IL devient impérieux, dit qu'il veut être libre et ne comprend pas qu’on l'ait interné. Cet état de subagitation se maintient ainsi pendant quelque temps, puis disparait. Le malade, considéré comme à peu près guéri, rechute en mars et tombe en état de lypémanie anxieuse, en même temps qu'apparaissent des accidents scorbutiques.
9 mars 1900. — Depuis quelques jours, le malade, qui s’affaiblit et a perdu l'appétit, est amené à l’infirmerie. A l’examen, on trouve alors un état scorbutique très marqué.
Le malade est très abatiu et considérablement anémié ; les lèvres et les conjonctives sont absolument exsangues, le fond. du palais est blanchâtre. Les gencives gonflées saignent très facilement, l’haleine est fétide, la mastication est très pénible, En même temps, le malade est brisé et ressent des douleurs dans les jambes, marquées surtout au niveau des jointures. Les membres inférieurs se trouvent couverts de taches purpuriques et présentent un très léger œdème, qui n’est pas dépressible. Au cœur, il semble qu’il y ait par moment un peu de dédoublement du deuxième bruit. Le pouls est rapide, mais régulier.
Le malade a l'air très malheureux, il se croit perdu et dit qu’il ne guérira jamais. Il est dans un état de mélancolie anxieuse et manifeste des idées de négation.
20 mars. — Le malade est encore dans un état d’anémie très marquée. Les lèvres sont toujours pâles et décolorées ; le purpura et les douleurs ont disparu, mais la stomatite pe’siste encore, malgré le traitement. |
L’affaiblissement est considérable.
L'état mental reflète l’état physique.
Le malade est très découragé, croit que tout est perdu et que sa fin est proche, il pleure et se désespère. Il nous dit que nous sommes bien bons de le soigner, mais que c’est inutile. La ;
On donne alors au malade du sirop d’hémoglobine, on pratique 5 ou 6 injections de citrate de fer et l’on administre tous les jours 500 grammes de sérum artificiel en lavement.
49 avril. — On suspend aujourd'hui les lavements de sérum, le malade allant beaucoup mieux. L'état mélancolique a disparu à peu près, mais le malade a toujours l’air un peu souffreteux. |
25 avril. — Le malade se lève, il est content et dit qu’il est bien guéri maintenant. L'état mental a subi une évolution parallèle à l’état physique et s’est bien amélioré. II ne persiste plus actuellement ni idées de persécution ni idées mélancoliques, mais il reste un peu d’enfantillage dans les conceptions.
1®% juin. — L'amélioration s’est effectuée peu à peu et maintenant le malade peut être considéré comme à peu près guéri.
Il s'occupe régulièrement, répond correctement et raisonnablement aux questions qu’on lui pose et ne manifeste plus
la moindre idée de tristesse.
Nous avons eu affaire ici encore à une maladie infectieuse netle. Sous son influence, le malade, qui allait très bien, s’est mis à délirer et a présenté les troubles graves que nous avons signalés,
Ici encore le sérum artificiel a répondu à nos espérances et l’on doit reconnaître, avec M. le professeur Pierret, que, même chez les dégénérés ou les malades qui sont considérés comme tels, les maladies infectieuses aiguës jouent un rôle de premier ordre dans l’apparition des troubles mentaux.
— die
La cause infectieuse était ici des plus nettes, l’affec tion, d'autre part, ayant apparu sous nos yeux a pu être traitée de suite et le résultat que nous avons obtenu montre bien tout le fruit qu'on pourra récolter de cette méthode nouvelle dans les cas où elle pourra être appliquée de suite, après l’apparition des symptômes d’aliénation.
OBservarioN III. (/nédite.)
(Service de M. Pierret.)
Folie puerpérale, — Excitation maniaque. — Oligqurie. — Injection de sérum. — Guérison probable.
X..., 40 ans, ménagère, entrée à l’asile de Bron le 6 juin en état maniaque avec fièvre et incohérence des idées et des actes.
Antécédents héréditaires. — Parents directs bien portants. Une sœur aliénée.
Antécédents personnels, — Scorbut dans la première enfance,
Menstruations régulières.
Mariée à 29 ans, elle eut 6 enfants. Accouchements nor-
maux, sauf les dernières couches dont les suites ont été longues.
Tempérament triste, timoré. Pas d’alcoolisme.
Histoire de la maladie.— Début il y a 15 jours, 2 mois après l'accouchement, quelques jours avant le retour üe couches.
État mental. — La malade à l'entrée est méchante, dangereuse, frappe les malades, les prend par le cou et cherche à leur faire du mal.