‹ Du sérum artificiel en aliénation mentaleChapitre 19 sur 35 · DEUXIÈME GROUPE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME GROUPE

Dans ce second groupe, ainsi que nous l'avons dit au début de ce chapitre, nous avons mis tous les cas qui, par les caractères physiques et mentaux, se rapprochaient le plus des folies des maladies aiguës infectieuses.Nous avons ainsi essayé le sérum artificiel chez une sénile présentant un état de psychose surajouté et dans des états de confusion mentale avec un état général plus ou moins mauvais, où 1[ y avait de l’oligurie, des troubles gastro-intestinaux (langue sèche, saburrale, haleine fétide, défaut d'alimentation, constipation opiniâtre) mais où la notion étiologique était mal connue et où l’état mental antérieur semblait avoir joué un grand rôle.

Nous avons également appliqué la méthode chez les alcooliques invétérés et où nous étions dans les conditions les plus désavantageuses, car il y avait des lésions anciennes. Ce sont là des malades que l’on rencontre souvent dans les Asiles et il était intéressant de voir les résultats que l’on pourrait obtenir.

Enfin, nous avons appliqué la méthode dans divers cas de méiancolie anxieuse, avec dépression mentale et physique très marquée, abaissement de la température centrale, troubles gastriques,insuffisance urinaire et albuminurie et dans tous ces cas, nous avons observé une amélioration marquée aussi bien mentale que physique ce qui vient confirmer ce fait que chez tous les déprimés l’état intellectuel est en général le reflet de l’état physique et que en améliorant l’un on est souvent utile à l’autre,

LE à PS

OBSERVATION V. (Inédie.)

(Service de M. Picrret.)

Psychose à tendance mélancolique greffée sur un fond sénile. — Lavements de sérum. — Guérison de la psychose.

X..., 58 ans, lingère, est entrée à l’asile de Bron, le 5 mai 1900, présentant des signes d’aliénation mentale caractérisés par un état de psychose à tendance mélancolique greffé sur un fond d'affaiblissement intellectuel sénile.

Antécédents héréditaires. — On ne sait rien à ce sujet.

Antécédents personnels. — La malade a déjà fait un séjour à l'asile de Bron, de septembre 1888 à février 1889. À ce moment, elle venait de l’Hôtel-Dieu, où elle était entrée pour des métrorrhagies abondantes et présentait un délire de rêve avec hallucinations, idées de persécution et incohérence des idées et des actes. Elle aurait eu alors en même temps des ennuis et cette situation l'aurait obligée à des privations.

Cet état disparut au bout de quelques mois et la malade guérie sortit de l'asile en février.

Depuis son dernier séjour, la malade n’a pas fait de maladie, Pas d’alcoolisme, Mariée. Pas d'enfant.

Histoire de la maladie. — 11 y a deux mois, la malade à éprouvé de violents chagrins causés par une longue maladie de son mari. Elle s’est cru privée de ressources, son caractère s’est modifié, elle est devenue triste et a perdu le sommeil. Pas de céphalées.

Il y a huit jours, elle commence à donner des signes d’alié-

nation mentale, prononce des paroles incohérentes, a des hal- ‘Jucinations et des idées de persécution non motivées contre des

amis.

Soie

Examen somatique. — Coeur. — Les bruits du cœur paraissent normaux, se succèdent à intervalles réguliers. Pas d'arythmie, | nu

Pouls. — 88 palsations à la minute.

Les artères sont dures et athéromateuses.

Poumoxs. — Normaux.

Système digestif. — La malade mange assez bien, la langue est bonne, Pas de constipation, mais l’haleine est un peu fétide. :

Système nerveux. — Pas de troubles de la station debout ni de la marche. Force musculaire diminuée.

Les réflexes rotuliens sont plutôt exagérés, Pas de trépidation épileptoïde. | La sensibilité objective paraït normale. ; Oz. — Pas de troubles de la musculature externe. Pupille G > D.

Arcus sénile très marqué aux deux yeux, État physique. — Médiocre : allanguissement de la nutrition, perte des forces, gâtisme, quelques sillons unguéaux, Sur les genoux, à la face antérieure, on note des lésions dues au frottement ; la malade a été très agitée pendant la nuit. Les urines n’ont pu être recueillies à l’entrée. La température, soir 37°6; matin 37°8,

État mental. — Les facultés intellectuelles paraissent très affaiblies. La malade est ahurie, ignore où elle est. La mé- .moire est profondément troublée; elle dit avoir 10 ans, être née il y a quelque vingt ans, avoir des enfants qui ont de la barbe.

Les réponses sont incohérentes. Elle paraît souvent ne pas .comprendre ce qu'on lui demande et répond à côté de la question. Les idées sont décousues et se succèdent sans suite, Parfois, ellé cause spontanément, parle de Raspail et de gens

qui lui veulent du mal ou semble répondre à des voix intérieures, parfois elle garde le mutisme ou répond par mon9syllabes.

Les actes, comme les idées, sont incohérents.

Elle va et vient dans la cour sans savoir ce qu’elle fait. La mimique est plutôt étonnée que niaise. |

Il y a là un élat de rêve à substratum psycho-sensoriel surajouté à son état d’affaiblissement intellectuel.

Après l'administration d’un purgatif, on commence, le 9 mai, le traitement par le sérum artificiel qui nous paraît inûiqué par l’état de psychose surajouté, que nous trouvons chez cette malade. On donne tous les jours un lavement de 300 gr. de sérum artificiel, en même temps que l’on fait de l'antisepsie intestinale et que l’on veille à la régularité des selles. — Les premières selles étaient très fétides. |

11 mai. — [a malade paraît moins tourmentée. — Elle a des illusions et prend l'infirmière pour un monsieur.

f4 mai. — Les urines ont pu être recueillies aujourd’hui. Elles sont abondantes, 1 500 gr. et contiennent un peu d’albumine.

Le sommeil est meilleur.

15 mai. — Urines, 1 550 gr.

16 mai. — Urines, 1 600 gr.

47 mai. — Urines, 1500 gr.

La malade reconnaît aujourd’hui son mari, elle lui demande s’il est bien guéri de sa maladie et réclame des nouvelles de sa famille.

: 18 mai. — La malade, beaucoup plus calme et consciente, est changée de division.

Urines, 1650 gr.

On continue néanmoins tous les joursles oem d sérum.

19 mai. — Elle est très bavarde et répond à tout ce qu’elle entend dire dans la salle. Elle a encore des moments d'absence et dit alors que tout le monde l’insulte.

EF ù.

Pis WE

21 mai. —- Elle dit que ce n’est pas -elle qui urine, ce sont. ses voisines : « On m'’accuse toujours de tout faire », dit-elle.

Urines, 1 400 gr. — Contiennent toujours un peu d’albumine.

28 mai. — Elle pleure un peu et dit qu’on l’ennuie avec les lavements.

1er juin, — La malade n’a presque plus d’hallucinations ; elle raisonne assez juste et répond bien aux questions posées.

Elle se plaint de douleurs dans l'estomac et le ventre. L’examen révèle la présence d’une tumeur dans la région épigastrique qui paraît devoir être rattachée à l'estomac, Le teint est un peu jaunâtre, les digestions sont pénibles. On ne note pas de vomissements.

8 juin. — On supprime les lavements de sérum, la malade allant bien. Elle est tout à fait raisonnable et guérie de son état de psychose.

: Que devons-nous conclure de cette observation ?

La malade a été déjà à l’Asile pour un état identique qui a également guéri, mais seulement au bout de cinq mois. Cette fois-ci, l'amélioration et la guérison ont été obtenues en un temps bien moins long (un mois), malgré l’âge beaucoup plus avancé de la malade, ce qui semble être en général une condition défavorable.

Ces deux états ont apparu dans des conditions à peu près identiques, à la suite de chagrins, de privations et de surmenage etilest fort probable que l’on doit faire jouer un rôle à lépuisement de l'organisme, peut-être même à une infection mal définie, dans la pathogénie des troubles mentaux,

L'administration des lavements de sérum artificiel paraît donc avoir abrégé considérablement leur durée.

Comment ont-ils agi? Est-ce en produisant le lavage du sang eten éliminant des toxines nuisibles à l’organisme ? Est-ce en exerçant une action stimulante sur la nutrition ? Ces deux hypothèses sont probables et nous croyons qu'il y a tout lieu de les admettre dans le Cas particulier.

OBSERVATION VI. (/nédite.)

(Service de M. Pierret.)

Alcoolisme. — Oligurie. — Albuminurie. — Gros foie. — Consti+ pation. — Fièvre. — Délire onirique, avec hallucinations et cauchemars surtout nocturnes. — Injections de sérum. — Guérison.

X....., 30 ans, jardinière, entrée à l’Asile de Bron, le 8 mai 1899, avec le diagnostic suivant :

Délire aigu et hallucinations de la vue, d’origine éthylique. Exaltation très marquée. Casse et brise tout, se promène toute nue.

Antécédents. — La malade, revendeuse de légumes, paraît

s'être livrée depuis longtemps à de nombreux accès alcooliques : absinthe, amers, vins, etc.

Etat actuel. — À son entrée, la malade refuse absolument de répondre aux questions qu’on lui pose. Renfermée en ellemême, elle est dans un état d’anxiété assez marqué.

‘ Les phénomènes d’excitation sont surtout nocturnes, sous l'influence de l’addition toxique hypnagogique. Le sommeil est

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