INDICATIONS
Les indications des injections de sérum artificiel, après l'exposé que nous venons de faire de nos résultats, seront faciles à déduire et nous dirons, avec M. Jacquin, que les cas cliniques justiciables de cette ‘méthode sont : | |
Tous les cas où il y a auto-intoxication ou infection, c'est-à-dire empoisonnement de l’organisme et, par ‘suite du cerveau, soit par les microbes ou leurs produits de sécrétion, soit par des substances toxiques ‘résultant de la formation exagérée ou de l'insuffisance d'élimination des poisons normaux ; |
Tous les cas où il y a intoxication par des substances toxiques venues se dehors, particulièrement dans J'alcoolisme ;
Enfin, tous les cas où il ya misère physiologique ‘tenant à un état de dépression SRE pRYAIQUE et
mentale, Il va sans dire que les injections de sérum artificiel
ne devront pas être employées seules, car si elles remplissent certaines indications, elles ne peuvent pas les remplir toutes. Elles devront donc marcher de pair avec d’autres médications, tels que les purgatifs, lès
antiseptiques intestinaux, les diurétiques, les toniques, le régime lacté, le séjour au lit. Leur action se trouve ainsi favorisée, car ce n’est pas tout de débarrasser l’organisme de ses toxines et de favoriser sa réaction, de défense, il faut encore éviter la production d’autres produits nuisibles et leur accumulation ; ne
. Leurs indications étant ainsi nettement définies, on pourra. les employer avec de grandes chances de succès : dans les folies consécutives à des maladies aiguës infectieuses, les délires fébriles de la fièvre typhoïde, des fièvres éruptives, de la grippe, de l’état. puerpéral, les psychoses post-opératoires.
De même, dans les folies urémique et hépatique, le sérum artificiel en rétablissant les fonctions urinaires et en éliminant les toxines accumuiées rendra des services signalés.
Chez les chroniques mêmes, comme les déments séniles, les persécutés, les maniaques, chez ceux, en un mot, où il se produit des poussées délirantes surajoutées et liées à des auto-intoxications on pourra avoir. recours avec succès au sérum artificiel.
On pourra également l'utiliser avec avantage dans les états de mal épileptique avec crises subintrantes, persistance du coma dans lintervalle des crises et élévation de température. Dans ces cas où il y a lieu d’admettre avec M. Pierret des-intoxications multiples, les. injections: de sérum, en produisant un véritable lavage du sang, permettront de faire cesser les accès. convulsifs.et d'éviter ainsi parfois la mort du malade.
. Dans le délire d’origine alcoolique, que l'alcoolisme. soit aigu ou chronique, le sérum rencontrera encore, toutes ses indications.
Il en sera de même dans le morphinisme, au moment de la démorphinisation. |
M. Sollier pense que l'élimination de la morphine est comparable à celle d’un principe infectieux quelconque et qu’il y a avantage à ce qu’elle se fasse rapidement,
Nous avons eu l'occasion de donner du sérum artificiel en lavements pendant trois semaines à un morphino-cocaïnomane que nous avons traité par la méthode de la suppression rapide. Nous ne publions pas l’observation parceque le sérum n’a pas été appliqué dès le début, mais seulement deux ou trois jours après la phase critique d'élimination correspondant à |
Ja suppression définitive de la morphine et que, par suite, elle n’est pas suffisamment concluante.
Nous croyons cependant que le sérum a contribué à abréger la convalescence du malade. Cette période est en général très longue et très pénible. Dans notre cas le sommeil est revenu assez rapidement, la sensation de fatigue a disparu au bout de huit à dix jours, enfin nous n’avons pas observé de crises d'élimination, même un mois après la suppression de la morphine.
® Nous ne voulons tirer aucune conclusion de ce cas isolé et trop incomplet; nous tenons seulement à attirer l'attention sur les bénéfices que l’on pourra retirer à l'avenir de l’emploi des injections de sérum artificiel qui nous paraissent indiquées‘ pour plusieurs raisons,
Il y a avantage, dit M. Sollier, à éliminer le toxique âccumulé dans l'organisme le plus tôt possible pour permettre une restauration plus rapide des tissus. Or,:
le sérum en opérant le lavage du sang parait répondre d'une façon parfaite à cette indication (1).
D’autre part, pendant le sevrage on observe souvent des vomissements bilieux et de la diarrhée, qui amènent une soustraction énorme de liquide à l'organisme, ce que traduit bien d’ailleurs la sensation de soif très vive éprouvée par le malade. On sait aussi combien les boissons sont mal tolérées.
Il semble que l’on ait dans le sérum un moyen commode de redonner du liquide à l’organisme et de contrebalancer les pertes énormes qui se font par l'estomac et l'intestin. |
Enfin, M. Sollier s’est étendu longuement sur la réduction de l’hémoglobine et l’aspect asphyxique du sang que l’on rencontre chez les morphinomanes au moment où on les démorphinise.
« Ce fait, dit M. Sollier (2), permet de comprendre comment se produit le collapsus. J'avais remarqué autrefois, alors que je suivais la méthode rapide des allemands, que ce qui survenait d’abord dans les syncopes, c’était l’arrêt respiratoire et non celui du cœur, et, d'autre part, que c'était toujours dans des cas où le sang présentait l’aspect noir du sang asphyxique. J'en
(1) Sollier.— 1. Traité de la morphinomanie. In Traité de Thérapeutique de Robin, 1896.
2. La démorphinisation. Mécanisme physiologique. Presse Médicale, 1899. « l |
3, Considérations sur un cas grave de morphino-cocaïnomanie. Progrès Médical, mai 1900.
(2) Loc. cit.
avais conclu que la syncope ou le co!lapsus n'étaient autre chose que des phénomènes d’asphyxie, le sang étant très épaissi par suile des évacuations abondantes au moment du sevrage et le cœur fatigué par de trop grands efforts ne pouvant plus mettre en mouvement ce sang épais et coagulable, d'où hématose incomplète et asphyxie. La constatation du spectre de l’hémoglobine oxycarbonée vient confirmer cette manière de voir. »
Il semble donc, tout au moins théoriquement, que le sérum introduit dans l'organisme par la voie souscutanée doive rendre ce sang moins épais et permettre ainsi d'éviter les phénomènesasphyxiqueset la syncope.
Si l’on admet enfin que les injections de sérum augmentent lenombre des globules rouges, on voit là un moyen de faire disparaitre plus rapidement l’anémie du sang qui, pour M. Sollier, rend compte dans une certaine mesure de la faiblesse persistante des malades sous des apparences de santé parfaite.
Ce sont là les raisons qui nous permettent de croire que le sérum artificiel pourra être employé avec fruit à la période de démorphinisation.
La physiologie a démontré que le sérum agit encore à titre de stimulant des fonctions générales. Il relève la tension sanguine, excite lessecrétions, accélère la nutritionet les échanges respiratoireset, par suite, il devient un moyen, comme nous l’avons vu, d'améliorer considérablement, sinon de les guérir toujours et définitivement, les états mélancoliques avec dépression organique. Ces résultats n’ont rien qui doivent surprendre, car, en somme, entre les mélancoliques et les neuras-
théniques, il n’y a qu’une question de degré et les toni-. ques généraux étant utiles aux uns doivent nécessaire-: ment l'être aussi aux autres.
Ainsi que l’a démontré M. de Fleury, il suffit sou-, vent de faire quelques injections hypodermiques de sérum à un neurasthénique, à un déprimé de la vie, pour voir rapidement l’espérance succéder à l’ennui, la joie à la tristesse, l’activité à la paresse. Ces modi-. fications psychiques, qui sont la conséquence d’une bonne médecine de l’esprit, pourquoi ne les obtiendrait-on pas en aliénation mentale, dans des états qui. sont, en somme, identiques ?
. Enfin, le sérum artificiel est appelé à rendre de nombreux services chez un grand nombre d’épileptiques. . M. de Fleury nous montre dans son livre sur le traitement de l’épilepsie, que les « comitaux à tension, artérielle faible, à urée rare, à seuil de la sensibilité large, à force dynamométrique médiocre, à lente ré-. duction de l’oxyhémoglobine, à cellule nerveuse anémiée et par ce fait même, essentiellement irrilable, en, un mot, à vitalité basse, » sont considérablement améliorés par l'administration de quelques toniques et l’injection de quelques centimètres cubes de sérum. La médication tonique, en régularisant les fonctions organiques, évite la formation de produits anormaux (cause efficiente des attaques) et doit nécessairement faire partie d’un traitement rationnel du mal sacré.
Il résulte encore des expériences de M. de Fleury, que les injections de solutions salines concentrées, associées à la médication bromurée, permettent d’obtenir le maximum d'effet utile, avec des doses deux ou
trois fois moindre de K Br, touten épargnant aux malades la misère physiologique, et en leur procurant une amélioration très marquée de leur état intellectuel. et'moral. : :
Ainsi le sérum artificiel pourra prendre place dans le traitement de l’épilepsie à côté de la digitale, ainsi que l’a fait M. Lépine (1) et de l’adonis vernalis qui a donné de-bons résultats entre les mains de MM. Lemoine (2), Betcherew (3) et Taty (4).
: En somme, le sérum artificiel pourra toujours amener, dans tous les cas où il sera indiqué, une amélioration considérable de l’état physique, et fera disparaître parfois la sitiophobie, conditions favorables aux améliorations psychiques. Si ces modifications psychiques ne répondent pas toujours à tous les desiderata, c’est, il faut le reconnaître, qu’il y a beaucoup de manifestations intimes des cellules nerveuses que nous ne connaissons pas encore. Ces cellules, si vulnérables et-si fragiles, qui constituent la partie la plus noble de notre organisme, et qui. réfléchissent au dehors leur souffrance par des perturbations si complexes de notre état mental, subissent, sous l'influence des infections et des auto-intoxications, des troubles profonds qui, lorsque nous les connaîtrons mieux, expliqueront nos insuccès relatifs et viendront nous révéler des différences marquées, dans des cas qui nous paraissent actuellement très semblables.
(1) Lépine. es Revue mensuelle, août 1877.
: (2) Lemoine. — Revue de Médecine, 1887, page 305.
(3) Betcherew. — De la valeur des médicaments cardiaques dans l'épilepsie. Revue russe de Psychiatrie. 1887, No 6 : (4) Taty. — Etude clinique sur l’action thérapeutique du bromure
de potassium associé à l’adonis vernalis et à la codéine dans le traitement de l’épilepsie. Lyon Médical, 1895.