‹ Du Sevrage Rapide des ToxicomanesChapitre 14 sur 14 · ONE · texte numérisé non relu

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XVe OBSERVATION. — Ca, Albert, 29 ans.

Ouvrier plombier.

Héroïnomane nasal à la dose d’un gramme par jour. A pris de la drogue, il y a trois ans, pour voir son effet. À été désintoxiqué à l'Hôpital Henri- Rousselle, il y a deux ans. Est retombé dès sa sortie parce qu’il se sentait faible.

Entre dans le service le 28 janvier. La cure est terminée en quatre jours. Une légère bronchite le garde à la chambre et le 11 février 1935, quitte le

service content et reconnaissant,

De ces observations personnelles, prises au hasard d’une soixantaine, il ressort que les malades qui ont déjà été sevrés par les différentes techniques en cours reconnaissent la supériorité de la méthode du Docteur Dupouy.

La souffrance résultant de la suppression de la drogue est moins pénible et la durée de la cure est notablement réduite.

D'autre part, l’émulsion huileuse lécithinée et l'insuline favorisant le métabolisme des échanges, beaucoup de malades très amaigris à leur entrée, quittent le service avec un meilleur état général. Ils recouvrent l’appétit que le toxique leur avoir sup-

primé.

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Jamais il n’a été constaté le moindre accident même chez les grands toxicomanes.

Nous avons voulu exposer cette nouvelle méthode dans notre thèse, car nous estimons qu’elle doit être connue afin que le médecin puisse délivrer dans le minimum de temps, avec le minimum de douleurs, les malheureux qui, las de leur déchéance progressive,

se confient à lui.

Conclusions

Quand on a été en contact suivi avec des toxicomanes, on est amené à étudier d’un peu près la grave question des stupéfiants et on ne peut pas s'empêcher, en voyant l’état lamentable des malheureux qui viennent se faire désintoxiquer, de la considérer comme un véritable danger social au même titre que l’alcoolisme.

Personne n'’ignore plus qu'à Paris, Marseille, Toulon et dans toutes les grandes villes de France, il se trouve des quartiers spéciaux où l’aspirant au paradis artificiel, grâce à un mot de passe qui est comme une garantie de son état morbide, est assuré, s’il a de l’argent, de pouvoir acheter de la drogue.

Certains individus, qui se recrutent dans les milieux spéciaux qui fourmillent dans tous les grands centres, ne vivent que du produit de la vente des stupéfiants. Quand on sait que le prix d’un gramme de morphine est de 3 fr. 50 à 4 fr. en droguerie et qu’il est payé par le consommateur toxicomane à Paris de 20 à 100 fr. (il n’y a pas de tarif fixe et pour

cause !)}, on comprend aisément que « l’appât du

DONSS RE

gain est une force irréristible contre laquelle se brisent toutes les lois et tous les règlements ».

La législation française est nettement insuffisante, les sanctions pénales allant de deux ans de prison, 10.000 fr. d’amende, cinq ans d’interdiction de droits civiques, dix ans d'interdiction de séjour ne sont jamais appliquées.

Les juges font preuve à l’endroit des trafiquants d’une indulgence vraiment regrettable.

De plus, depuis le vote de la loi de février 1934 sur la liberté individuelle, les empoisonneurs publics ont beau jeu, car on ne peut les arrêter que lorsqu'ils sont pris en flagrant délit — ce qui est pratiquement impossible.

L'application de cette loi ne profite qu'aux délinquants et, depuis, le nombre d’arrestations d’individus se livrant au trafic des stupéfiants a diminué des deux tiers proportionnellement aux autres années.

Dans un chapitre précédent, nous avons écrit que la prescription médicale était à l’origine de certaines toxicomanies : Il y aurait lieu d’adresser quelques critiques aux médecins qui, ne comprenant pas la gravité d’ordonnances trop complaisantes, entrafnent et aggravent ce que nous appelions un danger social.

Il existerait, en effet, quelques spécialistes de la

toxicomanie et nous avons été douloureusement ému

AVS ONE

d’apprendre de la bouche même des malades que nous interrogions, que c’étaient des confrères qui, par leur complaisance, avaient contribué à augmenter leur appétit pour la drogue.

Dans la conclusion de cette brève étude, nous voudrions exposer quelques mesures de prophylaxie concernant les toxicomanes.

La Société des Nations s’est préoccupée de la lutte contre l’opium, quand tous les Etats se sont plaints de ses ravages.

En lisant les comptes rendus des travaux de la Commission de l’opium, nous avons été étonné d’apprendre qu’elle ne s’occupait exclusivement que du côté économique et commercial, et qu'elle rejetait délibérément de ses études le problème médical.

C’est sans doute pour cette raison qu’aucun médecin spécialisé ne siège au sein de cette assemblée. Certains ont critiqué vivement cette lacune, et le Professeur Lewin s’exprime ainsi à ce sujet : « La Commission de la S.D.N. qui s’occupe des questions mondiales relatives à la narcomanie, ne s’est, à ma connaissance, assuré le concours d’aucun médecin compétent en la matière. Les médecins de tous les pays devraient, d’un commun accord, protester contre les pouvoirs ici attribués à des ignorants ».

Nous reconnaissons, certes, que le côté économique

a son importance, puisque la régie indochinoise

couvre à elle seule le tiers du budget de notre colonie, mais nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que le côté médical, dans la prophylaxie des toxicomanes, a plus d'importance encore.

La seule mesure morale qui s’imposerait en, Indochine serait la suppression de la vente de l’opium, mais cette mesure n’est pas applicable, et socialement elle ne serait pas efficace, car la drogue pénétrerait encore dans le territoire, amenée en contrebande d’autres pays qui ne nous suivraient pas !

Et puis, il y a la question de l’indigène habitué depuis des siècles à ses pipes d’opium, victime d’une habitude pernicieuse, bien difficile, sinon impossible à lui faire abandonner.

Mais en Europe le problème des stupéfiants ne rencontre pas, pour être résolu, les difficultés insurmontables qui se posent en Indochine.

Quelles seraient, en France, les mesures efficaces à prendre pour éviter que le mal ne se propage ? Nous allons exposer quelques idées, mais avant nous voudrions faire certaines remarques.

Au cours de notre étude, nous avons été frappé de la fréquence de la récidive, et certains auteurs, beaucoup plus qualifiés que nous, affirment même que 60 % des intoxiqués guéris récidivent. Pourquoi ? Nous allons exposer les raisons que beaucoup de

malades nous ont données et qui nous paraissent

rites

légitimes, bien que fort préjudiciables à la guérison.

D'abord, la sortie prématurée du service de cure. Dès qu’il est désintoxiqué, l’ancien toxicomane a hâte de quitter la maison de santé ou l'hôpital afin de retrouver les siens, ou, pour des raisons plus impérieuses encore, afin de reprendre son travail.

I] s’agit quelquefois d’un fonctionnaire, d’un employé en congé, qui ont pris quelques jours sur leurs vacances pour se faire soigner. D'autre fois, ce sera un industriel obligé de se rendre le plus tôL possible à ses affaires, un ouvrier obligé de reprendre son travail, sous peine de perdre sa situation.

Quelquefois, il s’agira d’un malade chez lequel la désintoxication aura réveillé les glandes génitales assoupies depuis des années.

Comme on le voit, les raisons abondent et le médecin né peut que s’incliner car, en France, il Jui est interdit de garder en surveillance un malade qui est venu se faire sevrer. Combien c’est regrettable ! Trop souvent, l’ancien toxicomane n’a pas Je temps de se réadapter à la vie libre. La convalescence est plus longue que la cure et la guérison absolue n’est obtenue que plu-

sieurs mois après le sevrage.

Hochart À

Prophylaxie

Le toximane, être faible, algophobe constitutionnellement, n’hésitera pas, à la suite d’une dépression morale et physique, de recourir à la sermgue et à la poudre blanche, car le souvenir l’obsède, et le voilà de nouveau perdu !

Une autre raison qui plaide sérieusement en faveur d’une surveillance après la cure, est le prosélytisme commun à tous les intoxiqués. « Les toxicomanes ne sont pas, comme l’a écrit le Docteur Dupouy, des amants solitaires de leur drogue. Ils se plaisent à s’unir et à se fréquenter. Ils se connaissent tous ou presque. Ils se reconnaissent à distance. Ils se sentent, se flairent en quelque sorte, se devinent instinctivement et se joignent aussitôt. Ils constituent véritablement une confrérie ou plutôt une secte... ».

Après la cure, si le toxicomane retourne à son milieu, il succombhera inévitablement.

Pour éviter cet écueil, la surveillance médicosociale s’impose après la cure et « la première chose à

faire dans cet ordre d’idées est la création d’un service,

en

au besoin d’un centre spécial de traitement, où seraient spontanément ou obligatoirement retenus, jusqu’à leur entière guérison tous les toxicomanes dont la cure aurait été entreprise ».

La Suisse, si soucieuse des questions d’hygiène sociale, a étendu en 1921 aux toxicomanes, les mesures législatives prises concernant l’internement des aliénés.

Au bout d’un temps variable avec chaque sujet, l'expertise médico-légale décide si le malade peut être rendu à la vie libre.

Le Brésil a créé un « Sanatorium pour les toxicomanes ». Les décisions judiciaires à l’égard de cette catégorie de malades sont prises après expertise médicale.

La France, qui a été une des premières nations à édicter des lois sur la question, s’est ensuite laissée distancer et rien n’a été tenté au point de vue thérapeutique.

Pourtant, comme nous le disions plus haut, le problème de l’opium doit être étudié au point de vue médical.

C’est le toxicomane qu’il faut combattre, car tant qu'il y aura des toxicomanes, il y aura des marchands de drogue.

Et pour cela, créer des centres où les malades

seraient traités et surveillés même après leur cure, et

SAMAL

obliger les sujets guéris à se présenter régulièrement à des examens médicaux, dans des établissements spécialisés.

, Quant aux pourvoyeurs de drogues, édicter contre eux des lois draconiennes s'inspirant de celles qu’a votées dernièrement l’Angleterre.

Si ces conditions étaient réalisées, nous sommes à peu près sûrs que la question médico-sociale de

l’opium ne se poserait plus.

Vu, le Doyen : Vu, le Président, ROUSSY. LOEPER.

Vu et permis d'imprimer Le Recleur de l’Académie de Paris, CHARLÉTY.

Bibliographie

sam

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Imprimerie F. BOISSEAU, 34, rue du Taur. — TouLouse

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