II. FORMES TRANSITOIRES ENTRE LES CELLULES ET LES LAT1CIFÈRES
Je groupe sous ce titre un certain nombre d’éléments anatomiques qui semblent représenter le premier état, la première ébauche des latieifères sans en acquérir toutefois les caractères généraux : la plupart de ces formes répondent aux « vaisseux utriculeux » des auteurs allemands. Qu’on se représente de longues et larges cellules superposées et dont les cloisons persistent ou subissent seulement une résorption partielle, et l’on aura une idée assez juste de ces formations que la disparition complète de leurs cloisons séparatives amènerait à la forme laticifère.
Ces éléments, d’abord signalés par Hanstein dans un grand nombre de Monocotyîédones, y seront considérés ici dans la famille des Liliacées où ils renferment un important produit, Faloès. C’est à ce type que récemment on s’est accordé à rapporter les latieifères des Eu-
(1) Howard, The quinology of the east indians plantations , London, 1869, etc.
Caries. Etudes su ^ les quinquinas ( Thèses de V Ecole de Pharmacie , 1871).
G. Planchon. Art. Quinquina, Dictonnaire encyclopédique des sciences médicales , Paris, 1874, p. 272 et suiv. — G. Planchon et Guibourt, Hist. nat. des drogues simples , 7° édit., 1876, T. III, p. 102.
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phorbiacées et des Convolvulacées dont je rappellerai également les principaux caractères en raison de l’intérêt spécial qu’ils nous présentent.
Liliacées.
Décrites par Hanstein dans plusieurs espèces d' Allium où leurs parois présentent une certaine analogie avec celles des tubes criblés, ces longues et larges cellules superposées, ces « vaisseaux utriculeux » ont été signalés depuisdans un grand nombre d’autres Liliacées.
M.le professeur Bâillon (1) a décrit ces cellules dans les feuilles de Y Aloe vulgaris où elles sont placées dans le voisinage des faisceaux et affectent deux formes distinctes : les unes longues, cylindriques ou prismatiques, remplies d’une matière brune, simulent par leur superposition un gros vaisseau, mais sont toujours séparées par des cloisons transversales ou obliques; les autres, dans lesquelles ce dernier caractère est aussi constant, entourent les précédentes (2) dont elles se distinguent par leur forme plus courte et par leur contenu qui est, « outre un liquide incolore, un corps nucléiforme jaunâtre et constitué comme un grain d’aleurone, c’està-dire formé d’une portion sphérique volumineuse et d’une autre portion plus petite surajoutée à la première qu’elle surmonte en représentant ce qu’on a appelé Yalbine dans les grains d’aleurone. Le voisinage de ces cellules et de celles où l’on voit la matière brune, amère, qui est la portion solidifîable et médi-
(1) Bâillon. Art. Aloès, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales., t. III, p. 363.
(2) Voyez la figure de Berg et Schmidt relative à VAloe soccotrina.
camenteuse fournie par la plante, doit nous porter à croire que ces cavités et leur corps nucléiforme sont pour quelque chose dans la production du médicament » (1).
Euphorbiacées.
Il n’est peut être pas de plantes dont le latex soit plus anciennement connu et dont les laticifères aient cependant donné lieu à de plus nombreuses discussions.
Ce futd’abord Mirbel (1809) qui en distingua deux sortes : les uns constitués, disait-il, par des lacunes éparses dans l’écorce, les autres, par les faisceaux du liber; puis Schultzet Meyenles représentèrent comme formant un réseau répandu dans toutes les parties de la plante ; plus tard la théorie libérienne revint en faveur lorsque ce dernier anatomiste eut découvert les fibres ramifiées de YHoya carnosa , et la généralité des auteurs allemands l’adoptent encore aujourd’hui d’une manière presque exclusive.
De nombreuses observations anatomiques combinées avec d’ingénieuses expériences, permirent à M. Trécul (2) de montrer que les laticifères et les fibres libériennes constituent deux formes parfaitement distinctes; enfin plus récemment David (3) a décrit ces laticifères comme de longues cellules isolées suivant la direction de la tige et envoyant des branches latérales dans le tissu ambiant; conclusions qui viennent confirmer celles de M. Trécul en montrant que les laticifères des Euphorbiacées appartiennent au tissu fondamental et
(1) Bâillon. Loc. cil.
(2) Trécul. Résumé d'observations sur les vaisseaux et les sucs propres [Ann. des sc. nat. Botanique, 5° série, t. V, 1865, p. 58 et suiv).
(3) David. Ueber die Milchzellen der Euphorbiaceen,Moreen,Apocyneen und Asclepiadeen. Breslau, 1872
non aux faisceaux, et obligent, dans l’état actuel de la science, à ranger ces vaisseaux dans les formes intermédiaires entre les cellules et les laticifères véritables.
Considérés au point de vue de leur répartition dans la plante, ils se rencontrent dans l'écorce et la moelle et sont surtout développés vers les nœuds de la tige et les coussinets des feuilles où ils forment de nombreuses ramifications.
Le latex des Euphorbes est opaque, blanchâtre, riche en granules; ôn sait quelle quantité en contiennent nos espèces indigènes ; il est encore plus abom dant dans divers types exotiques. Au premier rang des produits empruntés à ce latex, il faut citer : la « gomme résine d’Euphorbe, » ou mieux cire-résine produite par 1 ' Euphorbia resinifera (1) , substance extrêmement irritante et qui n’est plus gmère employée que dans la médication vésicante; le « caoutchouc », à la production duquel concourent également des Morées, des Apoeynées, etc., et que l’on extrait, dans la famille desEuphorbiacées, de divers Siphonia (S. elastica,S. brasiliensis).
Le principe âcre de Y Euphorbia resinifera se retrouve, à des degrés divers, dans le latex de la plupart des Euphorbiacées, ce qui explique l’action toxique de plusieurs d’entre elles (, Hippomane , Excæcarh , etc).
Convolvulacées.
Les substances actives qui nous sont fournies par diverses plantes de cette famille et parmi lesquelles je
■A) G. Planchon, hoc. cit t. II, p. 176.
citerai les diverses gommes résines connues sous le .nom de « scammonées », se trouvent renfermées dans des éléments assez comparables à ceux qui viennent d’être décrits et dont les caractères nous sont aujourd’hui bien connus grâce aux recherches de MM. Fluckiger (1) et G, Planchon (2).
Chez les différentes Convolvulacées employées (Jala p, Turbith,Scammonée), on remarque dans le parenchyme cortical de la racine et presque exclusivement dans la zone de ce parenchyme qui confine à la couche cambiale, de grandes cellules à parois jaunâtres et renfermant de grosses larmes de résine. Ces cellules sont parfois disposées les unes auprès des autres, de manière à former un cercle presque continu; si on les considère, non plus sur la coupe transversale, mais sur la coupe longitudinale, elles se montrent sous la forme d’éléments parfaitement distincts dans la plupart des cas (3), mais qui, chez certaines Convolvulacées, ont présenté une résorption partielle de leurs parois séparatrices, tendant ainsi vers le type des laticifères vrais dont l’étude va maintenant m’occuper*
(1) Fluckiger. Grundlagen der Pharmaceutischen Waareukunde , Ber^ lin, 1873, p. 41-42, fig. 18.
(2) G. Planchon. Loc. cit. , t. II, p. 516 et suiv.
(1) Dans la figure qu’il a consacrée à l’anatomie du Jalap, Fluckiger représente ces éléments sous l’aspect de grosses cellules semblant dériver de la forme cubique, superposées les unes aux autres et n’offrant aucune trace de résorption de leurs parois (Fluckiger, loc. cit.> p. 42, fig. 18). Cependant il est démontré que souvent les cloisons de séparation se résorbent, phénomène qui détermine la formation d’un réservoir assez étendu, revêtu de ses parois propres et absolument comparable à un laticifère (G. Planchon, loc. cit., t. I, p. 521).