I. RACINES
L’étude comparée des racines montre que les écorces y sont généralement plus actives que la zone interne, cela est également vrai lorsque les substances sont contenues dans des éléments bien distincts comme chez les Ombellifères, qui n’ont guère de canaux sécréteurs que dans leur écorce, et comme chez les Chicoracées dont les laticifères sont surtout ou exclusivement développés dans cette zone, ou lorsque ces mêmes substances actives sont intimement mêlées au tissu comme la matière vomitive dans l’Ipécacuanha, le tannin dans le Ratanhia, les matières colorantes dans la Garance ou l’Orcanette, etc.
Dans certains cas cependant, le principe actif se trouve dans l’écorce et le bois (ou plutôt dans le paren chyme qui entoure les faisceaux ligneux) ; les Composées* Garduacées et Gorymbifères présentent ainsi simultanément des lacunes oléo-résinifères dans le bois et dans l’écorce, le Sassafras a des cellules glandulaires
(1) G. Planchon. Art. Quinquina, in Dict. encyclop. des sc. médicales Paris, 1873, p. 283.
dans les deux zones ; chez les Convolvulacées, le suc propre se trouve également dans le bois et l'écorce ; la Belladone présente vraisemblement une répartition analogue ; de même pour la glycirrhizine et le principe actif des Salsepareilles.
Enfin, dans quelques cas rares, c’est incontestablement dans la portion ligneuse que les substances propres se montrent en plus grande portion, particularité qui se présente dans les Rhubarbes, le Pareira Brava, le Colombo,
A. Racines contenant des matières gommeuses ou mucilagineuses.
Racine de Guimauve [Althcea officinale.) — Parmi les racines employées par notre thérapeutique, la racine de Guimauve est presque la seule qui doive son usage b un principe mucilaginéux. Ce dernier se produit par le mécanisme que j’ai indiqué précédemment, et au moyen de « cellules spéciales ayant leur végétation particulière » (1). La racine des diverses autres Malvacées pourrait d’ailleurs être appliquée aux memes usages,
Racines de Borraginees. — Les racines de la grande Consolide et de quelques plantes voisines pourraient peut-être se placer auprès de la racine de Guimauve, en raison du mucilage qu’elles contiennent, mais je rappellerai qu’elles renferment généralement une quantité notable de tannin, substance qui s’oppose ici à un rapprochement trop absolu.
(1) 1 récul. Des mucilages dans les Malvacées {AdafCStinia.V 111, p.248).
B. Racines contenant des matières sucrées.
Bêglisse ( Glycyrrhiza glabra , G . echinatà). — L’anatomie ! des racines de Réglisse (Réglisse ordinaire et Réglisse de Rassie) a été décrite dans ses moindres détails par M. G. Planchon (2); je crois donc inutile d’y insister, et me borne à rappeler que les analyses chimiques ont établi que le principe actif ou Glycyrhizine se trouvait à la fois dans la zone corticale et dans la zone ligneuse.
C. Racines contenant des matières oléorésineuses, résineuses, des huiles essentielles, etc.
Racine de Raifort. — On sait à quel état chimique se trouvent les matières qui par leur réaction entre elles produisent l'huile essentielle dans la racine de Raifort et dans les autres Crucifères, mais l’examen microscopique ne nous permet pas d’en déterminer la localisation histologique, ainsi que nous pourrons aisément le faire pour les types suivants :
Racines d Ombellifères. — La thérapeutique emploie un grand nombre de racines d’Ombellifères parmi lesquelles je citerai celles d’Angélique ( Archangelica officinalis) de Livêche ( Levis ticum officinale ), de Meum (Meum athamanticum) , de Panicaut {Eryngium campestre ), de Persil (. Petroselinum sativum , d’Ache (Apium graveolens), de Boucage ( Pimpinella saxifraga et P. magna), deThapsia ( Thapsia garganica), et de Sumbul ( Sumbulus moschatus ). Je passe sous silence et pour cause le problématique Sylphium cyrenaïcum.
(2) G. Planchon, Traité pratique de la détermination des drogues simples d'origine végétale , 1. 1, p. 461 et suiv., fig. 213-214.
On devine quelles formations histologiques déterminent l’emploi de ces racines et renferment leurs substances actives ; ce sont ces cananx, ces lacunes que j’ai précédemment décrits et qui, gorgés du produit de sécrétion des cellules ambiantes, donneront à l’organe les propriétés spéciales qui nous le feront employer. Je ne puis entrer ici dans le détail des dispositions anatomiques qui permettent de distinguer aisément ces racines entre elles (1) et me borne à rappeler que les lacunes oléorésineuses, faisant généralement défaut dans la zone ligneuse, se rencontreront dans le tissu cortical avec des dimensions et des caractères variables dans chaque type.
Racine de Ginseng (Panax quinque folium). — Les analogies extérieures et anatomiques obligent également à placer à la suite des racines d’Ombellifères, la racine de l’Araliacéedont je viens de rappeler le nom, et qui doit, elle aussi, son usage médicinal au produit que contiennent de nombreux canaux sécréteurs situés exclusivement dans l’écorce.
Racines de Composées. — A l’exception de la racine de Bardane ( Lappa ) qui serait mieux placée dans le voisi* nage des racines mucilagineuses, celles de ces parties qui nous sont fournies par les Composées doivent leur activité au contenu de leurs laticifères (Chicoracées) ou de leurs canaux sécréteurs (Carduacées et Corymbifères) ; dans ces dernières, qui seules doivent être mentionnées ici, on compte les racines de Carline ( Carlina acaulis ), d’Aunée {Inula Helenium) et de
(1) Voy. G. Planchon. Loc. cit., p. 468 et suiv.
Pyrèthre [Anacyclns, Pyrethrum) etc.). Les canaux sécréteurs s’y trouvent aussi bien dans la zone ligneuse (parenchyme ligneux, rayons médullaires, etc.) que dans la zone corticale. Il est à peine nécessaire d’ajouter que pour ces plantes comme pour la généralité des Composées, la présence de l’inuline constitue un excel lent moyen de diagnose anatomique.
Racine de Sassafras ( Sassafras officinale ). — On em ploie tantôt l’écorce isolée [Ecorce de Sassafras ), tantôt le bois plus ou moins dépouillé des parties corticales [Bois de Sassafras), tantôt la racine entière présentant le bois et l’écorce réunis. L’examen anatomique nous explique cette similitude d’action en nous montrant les cellules glandulaires réparties dans le corps ligneux comme dans le parenchyme cortical (1).
Racine deVetiver [kndropogon muricatus). — Elle est également recherchée pour le produit de ses cellules glandulaires qui se trouvent localisés dans le parenchyme cortical (2).
D. Racines contenant du latex.
Les principales racines employées en raison de leur latex appartiennent les unes aux Ghicoracés et renferment des laticifères véritables, les autres aux Convolvulacées et sont alors pourvues de ces éléments intermédiaires entre la cellule proprement dite et le laticifère vrai, éléments sur lesquels j’ai précédemment insisté.
(1) G. Planchon. Loc. cit., 1. 1, p. 538 et suiv.
(2) Id., p. 571.
Racines de Composées — Chicoracées . — Les racines de Chicorée ( Cichorium Intybus) et de Pissenlit ( Tara xacum Dens Leonis) présentent dans leur parenchyme cortical des laticifères généralement disposés selon des lignes concentriques et dessinant, dans le second de ces types, des cercles de couleur brunâtre qui en rendent la détermination fort aisée. Ils possèdent une membrane propre très- mince et contiennent un suc blanchâtre à l’état récent, brun à l’état sec (1).
Racines de Convolvulacées . — * Elles contiennent des produits résineux renfermés dans ces éléments que j’ai décrits comme intermédiaires entre les cellules et les laticifères et dont nous retrouvons les caractères dans les divers types employés; « sur la coupe longitudinale, on voit ces cellules rangées les unes au-dessus des autres par séries assez allongées; parfois les cloisons qui les séparent disparaissent, et il se forme ainsi des sortes de laticifères larges et courts. Le suc que renferment ces cellules est en général laiteux à l’état frais ; à l’état sec, il est gommeux ou gommo-résineux (2).» Examinées sur la coupe transversale, ces cellules forment des ligmes plus ou moins concentriques et se groupent surtout dans le tissu cortical, au voisinage du cambium. Elles présentent d’ailleurs des caractères spéciaux selon qu’on étudie les principaux types médicinaux, ainsi elles seront plus réduites dans le Turbith ( Ipomœa Turpethum) que dans les divers Jalaps (/. Orizabensis\I. purt/a, 1 . simulons, efc.). Dans la Scammonée (Convolvulus Scammonia), elles seront moins régulière-
(1) G. Planchon. Loc. jcit., t. I, p. 501 et suiv.
(2) Id., p. 516.
ment groupées que dans les précédents. La Jalapine , la Tampicine , la Turpéthine , telles sont les principales résines contenues dans ces cellules (1).
E . Racines contenant des principes colorants,
Bien que les plantes à principes colorants n’occupent qu’une place très-secondaire dans la matière médicale et aient pu être négligées sans inconvénient dans l’étude générale que nous avons faite de la localisation histologique des substances médicinales, je crois cependant pouvoir d’autant mieux les mentionner ici que l’examen microscopique de leurs racines offrira une preuve nouvelle des dispositions que je signalais au début de ce chapitre comme fréquentes dans ces organes,
Racine de Garance ( Rubia tinctorum ), -- I}ans cette racine, au -dessous du suber, on trouve une épaisse zone parenchymateuse formée de cellules allongées dans le sens tangentiel puis devenant presque carrées lorsqu’on approche du cambium. Or, c’est dans ces éléments qu’on observe, sur la racine fraîche, un liquide de couleur jaune rouge qui, en se desséchant, laisse de petits granules de matière colorante (Decaisne). De cette matière on retirera un certain nombre de principes définis et particulièrement l’Alizarine.
Racine d' Or canette [Anchv.sa iinctoria). — La localisation de la matière colorante dans l’écorce est encore plus nette dans cette Borraginée que dans la Rubiacée
(1) D’après les dernières recherches, la résine extraite de la scammonée serait identique à la jalapine.
précédente; l’examen à l’œil nu suffît pour y faire distinguer le bois, de teinte blanchâtre, de l’écorce formée de feuillets rougeâtres. Dans la pratique on rejette d’ailleurs la partie interne de l’écorce, partie qui est de nulle utilité pour l’extraction de Y Alkannine.
F. Racines contenant du tannin.
Parmi les racines recherchées en raison du tannin quelles contiennent, il faut citer surtout les racines de Ratanhia et de Filipendule.
Dans la première de ces deux substances (. Krameria trianclra , etc.), le microscope permetde déterminer seulement le siège de la matière colorante rouge située dans le parenchyme extérieur, mais une analyse chimique, même très-sommaire, permet de constater que le tannin existe en quantité bien plus considérable dans l’écorce que dans le bois.
La racine de Filipendule (Spiræa Filipendula ), que ses caractères extérieurs permettent de reconnaître si aisément, offre aussi une matière colorante brune dans ses éléments tabulaires externes, et la matière astringente y est encore plus abondante dans la zone corticale que dans la zone interne, riche au contraire en fécule.
G, Racines contenant des alcaloïdes, glucosides, etc.
Pour la racine, comme pour les autres organes qui vont suivre, je dois rapprocher ici, et non sans regret, des corps de composition chimique parfois très-ditïérente et d’action thérapeutique souvent fort dissemblable, mais dont le siège n’a pu encore être déterminé d’une
manière assez précise pour que nous puissions entreprendre fructueusement l’étude de chacune de ces substances.
Telles sont par exemple les racines d’Aconit, dans lesquelles l’alcaloïde ( aconitine ), se trouve probablement à l’état de combinaison saline, car le suc présente une réaction franchement acide au tournesol » (1). Telles sont aussi les racines de Pareira Brava ( Cissampelos^l ) dont le principe actif a été identifié avec la Buxine, de Colombo [Jatorrhizœ Colomba), de Berberis (B. vulgaris ), de Saponaire ( Saponaria et Cypsophila), de Gentiane, de Belladone, d’Oseille,etc.
Telles seraient surtout les importantes racines de Rhubarbe [Rheum officinale H. Bn.) et de Salsepareille [Smilax medica, etc.), dont nous possédons aujourd’hui de si précieuses diagnoses anatomiques (1), mais chez lesquelles nous ne saurions préciser bien exactement la localisation des principes actifs. Je ferai toutefois observer que certaines cellules de la Rhubarbe et particulièrement celles des rayons médullaires, renferment une matière jaune à laquelle les alcalis donnent une teinte rougn marquée; or, cette réaction étant celle de l’acide chrysqphunique, il est assez rationnel de supposer que ces éléments renferment, au moins en partie, Je principe actif de la Rhubarbe. Quant aux Salsepareilles : « le cœur ligneux n’a qu’une saveur fade et amylacée, mais la partie corticale en possède une mucilagineuse, accompagnée d’amertume et d’une légère âcreté (2). »
(1) C. Patrouillard. Des Aconits et de V Aconitine, p. 28 ( Thèses de l'Ecole supérieure de pharmacie , 1872).
G. Planchon. Loc. cit p. 557 et suiv.
(2) Guibourt et G. Planchon, loc, cit., t. II, pf 185.
La substance active semble donc exister surtout dans les parties externes, conformément aux conditions générales indiquées plus haut.