IL RHIZOMES
Particularité remarquable, dans les rhizomes, l’écorce ne paraît pas avoir l’importance qu’elle présente dans les racines et les tiges, que les substances se trouvent dans des cellules isolées comme dans les Amomacées, ou dans des lacunes comme dans l’Impératoire, qu’elles soient au contraire mêlées aux tissus comme le tannin dans les Rosacées Dryadées ou la Bistorle, elles paraissent se trouver tout autant dans le bois que dans l’écorce. Mais d’après ce que j’ai dit dans la première partie, on devine que, si elles se trouvent dans le système intérieur, elles y seront localisées surtout dans le parenchyme de la moelle et des larges rayons médullaires.
A . Rhizomes contenant des matières oléo-résineuses, résineuses, des huiles essentielles, etc.
Rhizome h’Impératotre {Imper at or ia Ostruthium ) . — En résumant les caractères offerts par les racines d’Ombellifères, j’insistais sur la localisation de leurs canaux sécréteurs dans l’écorce ; dans l’Impératoire, plante de cette famille, le rhizome est seul employé, et son examen histologique montre une répartition toute différente de ces formations : au-dessous du suber, dans le parenchyme cortical, on voit bien encore des canaux généralement fort larges, mais les faisceaux libériens en renferment aussi, et dans la moelle centrale, on en trouve également qui ne le cèdent en rien à ceux de
Técorce (1). Tandis que ces derniers se montrent seuls dans la racine, on voit qu’ici ils existent avec des canaux de la zone centrale. C'est aussi à la fois dans l’écorce et la moelle que sont les canaux de Y Heracleum ou Grande Berce, tandis que c’est spécialement dans la première de ces] parties que s’observent les réservoirs d’oléorésine dans Y Hydrocotyle , le Myrrhis et le Silaus.
Rhizomes de Valérianées. — Les Valérianées fournissent à la matière médicale divers rhizomes riches en huile essentielle. Celle-ci se trouve localisée, soit dans la couche périxyle du parenchyme cortical (Nardostachys Jatamansi ), soit dans cette assise et en même temps dans celle qui est contiguë à l’épiderme (Valeriana officinalis, V. Celtica, Y. saxaiilis, etc.). La moelle du rhizome peut également renfermer des cellules oléorésinifères (V. Montana) (2).
Rhizomes de composées. — Dans les racines d’ Arnica (A mica montana ), et d’Armoise (A rtemisia vulgaris ), les substances actives sont renfermées dans des canaux sécréteurs présentant leurs cellules de bordure, etc., et situés dans le parenchyme cortical.
Rhizomes d’Aristulochiées. — Les Aristotochiées fournissent les rhizomes d’Aristoloehe ronde (A ristolochia rotunda ), d’Aristoloche longue (A. longa ), d’ Aristoloche Clématite (A. Clematitis ), de Serpentaire (A. Serpentaria etc.), de Cabaret (A sarum europœum). Les cellules oléo-résinifères y sont localisées dans le parenchyme extérieur de l’écorce.
(1) G. Planchon. Loc. cit t. I, p. 587.
(2) Joannes Chatin, loc. cit.
Rhizomes d’amomacées. — Les divers rhizomes aromatiques fournis par cette famille ( Galanga major Alpinia offidnarum , Curcuma domestica , G. Zedoaria) , renferment uue substance oléo - résineuse qui existe généralement dans l’ensemble de leur tissu fondamental, considéré soit dans sa zone externe, soit dans sa partie centrale.
Rhizome d’Acore vrai (C alamus aromaticus). Cette répartition du principe actif dans la masse parenchymateuse s’observe également clans l’Acore vrai ; toutefois, les cellules à huile essentielle y sont surtout nombreuses dans les parties extérieures; de là le vieux précepte pharmaceutique recommandant de conserver le Galamus non mondé de ses couches externes.
Rhizome de fougère male ( Polystichum Filix-mas (1). — On attribue l’efficacité de cette Fougère au contenu de glandes oléifères situées dans le tissu fondamental et entourées de cellules spéciales. On a renoncé aujourd’hui à l’emploi des rhizomes de Fougère femelle (Asple* rium Filix - femina) et de grande Fougère ( Fteris aquilina ), comme ne produisant aucune action ; l’anatomie l’explique clairement en montrant que ces types sont dépourvus de glandes et de lacunes (1).
(1) Peut-être conviendrait-il de mentionner ici les rhizomes de primevère, d’asperge, de petit houx, d’iris et de canne de Provence, dont les applications sont multiples, et dans lesquels l’analyse chimique a révélé l’existence de principes oléo-résineux, etc., mêlés à diverses autres substances, mais sur la localisation desquels nous ne possédons que de très- vagues notions.
B. Rhizomes contenant du tannin.
Rhizome de nymphœa ( Nupkar luteum ). — Entre autres principes, il contient assez de tannin « pour servir à la teinture en noir » (1), caractère qui permet de lé placer auprès des types suivants, et paraît commun à l’ensemble de ses tissus.
Rhizome de rosacées dryadées. — Tous les rhizomes de cette tribu pourraient prendre place dans la médication astringente ; chez tous, les sels de fer indiquent la présence du tannin, et tous offrent sensiblement la même structure, se résumant en une moelle rougeâtre et généralement très-développée, envoyant de larges rayons médullaires entre les faisceaux dont le groupement varie chez les principaux types employés ( Fraga -
ria vesca , Tormentilla erecta , Geum urbanum , Poten - % * tilla reptans ), et permet ainsi de les distinguer sûrement (2). Toutes leurs parties se colorent en vert noirâtre par l’action des sels de fer.
Rhizome de bistorte ( Polygonum Bis t or ta) . — Le microscope n’y montre qu’une matière colorante brunrouge, de l’amidon et de l’oxalate de chaux; les réactions chimiques semblent y indiquer une diffusion générale de la matière tannique, plus abondante toutefois dans la région corticale.
(1) Guibourt et G. Planchon, loc. cit ., t, III, p. 722.
(2) G. Planchon, loc cit., t. I, p. 583 et suiv.
Chatin 7
C, Rhizomes contenant des alcaloïdes, glucosides, etc.
Parmi ces rhizomes dont quelques-uns sont très-actifs, je citerai ceux d ’Helleborus niger , dans le parenchyme cortical duquel se voient des gouttelettes oléo-résineuses dont on ignore la relation avec le principe cristallisable, mais peu connu, auquel on adonné le nom d’Helleborrine, de Cyclamen europœum dont le principe actif semble exister dans le suc cellulaire, d’après les expériences de Luca ; de Vincetoxicum officinale , etc.
A la suite des Rhizomes, je dois mentionner les bulbes et tubercules, parmi lesquels les plus employés sont ceux de Salep, de Scille et de Colchique.
Le Salep est fourni par divers Orchis ( Orchis mascula , O. Morio , etc.), et usité en raison de cette matière mucilagineuse qui se forme dans les cellules du tissu fondamental,- et dont j’ai indiqué précédemment le mode de production. C’est également dans ce même tissu que se trouve le suc âcre de la Scille ( Scillamaritima ). Dans ce parenchyme se voient aussi de nombreux cristaux d’oxalate de chaux ; si l’on vient à se frotter avec le bulbe, ces cristaux déchireront la peau, permettront au principe actif de se répandre dans la petite plaie et détermineront ainsi une cuisson assez vive. La substance active du Colchique ( Colchicum autumnale ) réside très-vraisemblablement aussi dans le tissu celulaire, mais n’a pu être encore localisée d une façon bien exacte.