‹ Du siége des substances actives dans les plantes médicinalesChapitre 4 sur 32 · I. — CELLULES · texte numérisé non relu

I. — CELLULES

Cellules dont la paroi se transforme en substances gommeuses.

Les ancienâ botanistes, Treviranus, Labillardière, De Candolle même, reg'ardaient les gommes comme formées dans les plantes par certaines cellules spéciales et déposées dans des réservoirs voisins. Cette opinion, dont les recherches récentes ont montré la justesse pour quelques gommes, ne saurait cependant s'appliquer à l'ensemble de ces produits, et parmi ceux que la thérapeutique emploie le plus fréquemment on en compte dont Torig-ine est bien différente, ce que Kùtzing» (1) semble avoir été le premier à reconnaître.

Cet observateur constata que la g'omme adrag»ante n'était pas une substance amorphe et homogène comme

(1) Kutzing, Granzûge id, phiL Bot.^ p. 203.

— n — on le croyait alors, mais qu'elle offrait toutes les réactions de la cellulose et semblait composée de cellules à parois épaisses et renfermant des g^rains de fécule. Uug'er ({) vérifiant ces résultats, compara ing'énieusement cette formation gommeuse à la transformation mucilag'ineuse des g^raines de lin et de coing», et bientôt de nombreux travaux dus à H. Mohl, Karsten, Wig'and, Frank, Sorauer (2) firent connaître dans ses principaux détails cette production de g'omme par altération des parois cellulaires; mais ces observateurs g^énéralisèrent malheureusement plus qu'il ne convenait ce mode de formation qui ne saurait s'appliquer à certaines matières g'ommeuses, comme l'ont établi les recherches des anatomistes de l'école française (3) et ainsi que j'aurai l'occasion de le montrer plus loin. Dans ce chapitre, je dois m'attacher uniquement à celles de ces productions g^ommeuses qui sont dues à des modifications de la paroi cellulaire et spécialement aux gommes adrag^ante et arabique.

GOMME ADRAGANTE.

J'ai indiqué à quelles notions on avait jadis recours pour expliquer la formation de cette substance et j'ai

(1) Unger. AnaL und Phys., 1855, p. 119.

(2) H. Mohl. Untersuchungen ûher die Entstehungswûse der Tragan^ thgummi. [Bot. Zeit., 1857, p. 36-55).

Karsten. Ueher Entstehung des Wachses, Gummi und Schleies, {Bot, Zeit.y 1857.) \Vigand, in Pringsheim:$ Jahrh,, 1863, lïl, p. 55 et 115. Franck, id., 1866-67, v, p. 184.

Sorauer, Landwirthsch, Versuch., 1872, XV, p. 454.

(3) Trécul. Comptes-rendus, 1860, t. LI, p. 55 et 621. L'Institut, 1862, p. 241. Comptes-rendue, 1875, t. p. , etc.

Prillieux. Etude sur la formation de la gomme dans les arbres fruitiers. (Ann, «ç. nat,, 6« série, t. I, p. 176, 1875.)

rappelé le nom de Kûtzîng*, qui le rapporta à sa véritable origine, mais diminua la valeur de sa découverte en l'associant à une bizarre idée de parasitisme, d'après laquelle la gt)mme adrag^ante eut été produite par le développement d'un champig'non vivant dans l'intérieur des arbustes qui nous le fourbissent, c'est-à-dire des Astragalus verus^ aretims^ Pamassii^ etc. (1). Les recherches d'Hugo Mohl , citées plus haut, montrèrent qu'il s'agissait là d'une simple transformation des parois cellulaires.

On sait que la cellule est limitée par une membrane douée de propriétés spéciales et formée par différenciation d'une partie du protoplasma ; celui-ci continuant à sécréter de la substance pariétale, la membrane s'accroîtra plus ou moins rapidement et pourra même atteindre à une épaisseur assez considérable ; des stries s'y montreront parfois, et, phénomène bien plus important, des modifications chimiques pourront s'opérer dans la membrane, modifications grâce auxquelles la paroi se cuticularisera^se lignifiera, ou enfiii se gélifiera. C'est à cette dernière tranformation qu'il faut rapporter la production de l'adragante, laquelle n'est que le résultat de l'altération qui a amené la parc» cellulaire à un état plus ou moins gélatineux, ce que l'anatomie des Astragales cités plus haut permet de vérifier aisément.

Sur la coupe transversale on constate, en effet, que les cellules de la moelle et des rayons médullaires, d'abord limitées par des parois assez minces, ne tardent pas à épaissir très-notablement celles-ci, puis les di-

(1) G. Planchon. Traité pratique de la détermmatUm des drogues simples d'origine végétale, t. II, p 139.

vepseszones ainsi constituées se transforment peu à peu, et de dehors en dedans, en une matière mucîlag*ineuse capable de se gonfler dans Feau, de sorte que bientôt îa cellule semble transformée en un globule d'adragantine dont Torigine cellulosique peut d'ailleurs être aisément mise en évidence par les réactifs appropriés (1). Ce siège de la gomme adragante localisée dans le tissu de la moelle et des rayons médullaires, nous explique comment il sera nécessaire de pratiquer de profondes incisions lorsqu'on cherchera à faciliter l'issue de cette substance qui normalement ne vient, dit-on ^ exsuder au dehors que sous forme de petits rubans vermiculés.

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