CHAPITRE PREMIER
De V Influence des vaisseaux absov" bans cutanés^ cellulaires et muqueux y dans les phénomènes fébriles.
Vje n'est pas d'aujourd'hui qu'on a senti la ne'-* cessiië de déterminer le siège fixe et positif de la fièvre, et d'isoler cette maladie de toutes les complications qui en obscurcissent presque toujours la marche. Le judicieux Quesnay se plaignait déjà de son temps de ce que les médecins ayant eu des idées si différentes^ si vagues , si confuses ^
a DtJ SI tes ET DE LA NATURE
SLobscures de lafièi^re, et n'en ayant pas réduit V essence à une lésion simple , réelle et primitive ^ n'en avaient pu déterminer ni le mécanisme , 7il le siège j ni les effets , ni les symptômes , ni les signes certains ; ce gui leur Jaisait attribuer à cette maladie beaucoup d effets qui ne lui appartiennent pas , tandis qu'ils en ignoraient d autres quelle produit Jiécessairement , mais qui se dérobent à nos sens (i). Il disait, que la fièvre était souvent une cffection dépendante dune irritation locale moins mcmifeste que celle des plaies et des iîiflammations , et que souvent la cause et le lieu de cette irritation étaient si incomms que les médecins ignoraient ï espèce defièvre qu'ils traitaient et les indicationsijuiis avaient à remplir. Il se plaignait , enfin ^ de ce qu'on ne voyait pas. assez^ par les écrits mêmes des plus grands maîtres y que Ton se Jût appliqué à dévoiler cet enchaînement funeste de maux qui se produisent les uns les autres , et naissent originairement d irritations spasmodiques locales {i).
A la lecture de ces passages remarquables sous plus d'un rapport , on les croirait écrits par un auteur nioderne ; et loulefois Quesnay lui-
(ï) Traité des Fihnes , t. i, pag. 180. (2) 7è/</,pa§. 217.
DES M j\ LA DIE s. ^
même ne put se dégager entièrement des préjugés contre lesquels il s'élevait ainsi , contre lesquels il combattit à plusieurs reprises. Les écrivains qui Tont suivi dans la même carrière n'ont pas été plus heureux jusqu'à nos jours. Tous ont senti le faible des théories reçues , tous ont fait des efforts pour dégager la vérité de l'erreur, et tous sont retombés dans le vague des abstractions, ou n'ont cessé de confondre les effets avec les causes et les complications avec îa maladie essentielle. M. Pinel, dans ces derniers temps, a commencé de soulever une partie du voile qui dérobe la nature à nos yeux. Laissant défî'îitivement aux humeurs le rôle secondaire qui leur convient . le plus souvent , dans les maladies fébriles , il a le premier fondé la classification de ces maladies sur de certaines lésions des organes, et n'a vu dans l'altération , les déplacemens ou l'exubérance des humeurs que les suites naturelles de ces lésions organiques : qu'il ait trouvé ou non le véritable siège de la fièvre, peu importe, il a toujours fait le premier pas, et c'est à lui qu'on est redevable de l'impulsion donnée aux esprits de nos jours vers des connaissances plus exactes et plus rigoureuses. Il a conseillé, comme l'avait fait Quesnay, de chercher le siège de la fièvre dans une lésion iixQ et positive des organes , d'élaguer les compli-
cations de la maladie essentielle^ et il a mieu]^ suivi que lui les conseils qu'il avait donne's.
Il faut cependant convenir que sa théorie, car malgré l'cloigoemenl de cet illustre auteur pour les théories, il en a donné une sans le vouloir sur les causes prochaines , du moment où il a déterminé le siège des lésions qui, selon lui , constituent les fièvres j il faut convenir que sa théorie ne paraît pas reposer sur des bases inébranlables. Déjà plusieurs médecins se sont déclarés contraires à celte doctrine, et lui ont porté des coups qui semblent l'avoir fait chanceler. L'un d'eux a décrit une fièvre simple qui paraît indépendante des accidens locaux sur lesquels ce professeur fonde la distinction de ses six ordres de fièvres ; de telle sorte que , d'après cette nouvelle manière de voir , M. Pinel n'aurait décrit que des complications, et ne se serait fait au** cune idée de la maladie primitive (i ). Un autre, d'une main plus hardie, effaçant la fièvre du catalogue des maladies, veut prouver que l'auteur de la Nosographie n'a décrit que des inflammations et non de prétendues fièvres essentielles,
(t ) M. Fizeau , dans le Bulletin de la Société de l'Ecole de Médecine y n° v. Recherches et Obsen^ations pour servir à V histoire des Fièvres inlermi (lentes. Paris, î8o5.
qui n^aiiraient jamais eu d'existence réelle (i). Des opinions à tel point disparates , s'élevantaù sein de l'école moderne, prouvent assez qu'on est loin d'être encore fixé sur la véritable nature de la fièvre , et que cet important sujet appelle de nouvelles méditations.
Peut-être que le lecteur , déjà préparé par le tableau que nous avons tracé de la puissante influence du système absorbant dans l'exercice des fonctions vitales, entrevoit leslueurs qui peuvent en résulter et se répandre sur cette épineuse question. Mais afin d'amener d'une manière convenable les développemens qui vont faire le sujet de ce chapitre, il est bon de remonter jusqu'au célèbre Fréd. Hoffmann, et de se rappeler qu'il a la gloire d'avoir donné, dès l'origine du dernier siècle, des explications, en général, simples et claires des phénomènes des maladies , fondées sur la considération des mouvemens et des affections des puissances motrices, aussi-biea que sur l'exacte analyse des altérations successives qui font passer le corps de l'état physiologique à l'état pathologique ; et quoique la théorie qu'il donne des mouvemens fébriles ne soit pas exempte des erreurs de l'époque dans laquelle il
(i) M. Broussais , Examen des doctrines nu'diçalçs ^ in-8% i8iG,
écrivait , nous verrons cependant qu'elle offre des idées fécondes dont Hoû'mann lui-même n'a pu sentir loule la portée, et dont ses contemporains et SCS successeurs ont été loin d apprécier tout le mérite et toute l'importance.
L'observation attentive de la marche de la nature lai avait appris qu'il n'y a aucune espèce de fièvre^ soit intermittente, soit continue, soit bénigne, soit maligne, soit lente , soit aigué , soit sanguine , soit bilieuse , accompagnée ou non d'exanthèmes; qu'il n'y a même pas de fièvre symptomatique dans îaqi:elle on ne remarque plus ou moins le refroidissement des parties extérieures, le resserrement de la surface de 3a peau et de ses pores ^ l'affaissement de ses vaisseaux, le frissonnement, la suppression de la sueur ; qu'il n'y a point de lièvre où le sang ne soit plus ou moins repoussé de l'exténeur a l'intérieur du corps , de manière à produire des douleurs dans le dos , de la difficulté de respirer et de l'oppression; qu'il ne se guérit , enfin, et ne se résout aucune fièvre , aucun mouvement fébrile, si le resserrement spasmodique de la surface de la peau et de ses petits vaisseaux ne diminue, ou même ne cesse entièrement, et qu'en conséquence la liberté, l'égalité de la circulation et l'abord des liquides aux excrétoires et à l'habitude extérieure ne ?e rétablissent : d'où
il conclut que c'est ce double mouvement qui constitue l'essence et la nature tles fièvres, toujours causées par l'augmentation de la contraction des vaisseaux et des fibres de l'exte'rieurdu corps, source première du reflux des liqueurs de !a circonférence au centre, bientôt suivi, dans les bonnes constitutions, de leur retour impétueux du centre à la circonférence (i).
Quoiqu'une telle explication semble entièrement déduite des phénomènes ies plus manifestes et les plus constaus , journellement observés dans les fièvres , elle produisit peu de sensation , et frappa médiocrement les esprits des contemporains de l'auteur. De nos jours encore elle a été traitée d'absurde , par cela seul qu'Hoff^ mann plaçait dans les artères le sié^^e de ces contractions spasmodiques, de ce reflux du saQ« de la périphérie au centre , d'ailleurs si évident dans le début d'un grand nombre de fièvres et de maladies , et qu'il croyait au refoulement de ce liquide vers le cœur et les troncs artériels par une impulsion contraire au cours naturel de ia circulation sanguine, ce qu'il est j- en efiét , impossible d'admettre, et se trouve en opposition
(i) Oper. , t. I , pa-. 3oi ; el t. iv , de Febrlb. circà iniinm. Disscrl. de vera Motnurnfebril. indole ac sede ^ 1725. Diss. de General Jebr/um. 1 7 1 'j=
avec les lois qui président h la vie. Mais , s'il a faussement présumé du siège et des instrumens de ces déplacemens irréguliers d'immeurs, il ne les a pas moins remarqués l'un des premiers parii'i !es modernes; il ne les a pas moins bien observés et bien décrits ; il n'en a pas moins constaté cette alternative de resserrement et d'expansion, de flux et de reflux de la péripliérie au centre et du centre à la périphérie , dont la force , tantôt plus, tantôt moins grande , frappe l'observateur dans toute fièvre , de quelque nature qu'on la suppose, et dont la présence est tellement nécessaire à l'établissement de ces sortes dafléctions, qu'il n'est besoin, pour se faire une idée des mouvemens fébriles, que d'en rappeler les principaux effets à la mémoire, que de les peindre à l'imagination. Il semb'e donc qu'il ne s'agirait, pour mettre cet auteur d'accord avec la nature, que d'attribuer la série de phénomènes qu'il a donnés comme formant l'essence de la fièvre, au seul système de vais^ seaux capable de les produire, et que , par cette transposition , l'ou pourrait voir sa théorie, devenue plus simple, plus claire , plus lumineuse, rendre parfaitement raison des opérations de l'économie animale dans les diverses modifications fébiiles qu'elle présente.
Quoi qu'il en soit, souvenons-nous que le ce-
lèbre CuUcn , frappé de la vérité du système d'PIoffmann, s'en saisit et le développa , tout en lui faisant subir des modifications qui ne furent pas heureuses. Souvenons-nous qu'il constata et décrivit comme ce dernier les contractions spasrnodiques des vaisseaux de l'habitude du corps, le frisson et le sentiment du froid qui s'ensuivent^ le reflux du sang par une espèce de mouvement rétrograde , la sécheresse de la peau, l'aridité des plaies et des ulcères, l'aflaissement des tumeurs, tous symptômes qu'il s'imagina devoir attribuer à la faiblesse du système nerveux; souvenons-nous qu'il constata et décrivit cette réaction du centre à la circonférence , qui fait enfin cesser le spasme des vaisseaux superficiels , produit une chaleur de plus en plus générale et extérieure , et répand bientôt à la surface la sueur qui termine l'accès. La seule différence qu'on remarque entre sa théorie et celle d'Hoffmann, consiste donc en ce qne, subtilisant et enchérissant sur les idées de son prédécesseur, il ne se contente pas de regarder l'augmentation des contractions spasmodiqnes des fibres et des vaisseaux cutanés et la réaction qui lui succède, comme la première cause et l'essence des mouvemens fébriles ; mais qu'il va chercher a ces contractions spasmodiques elles-mêmes une cause antécédente et prip-iiiive dans une pré-
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tendue faiblesse nerveuse , et dans un collapsus du cerveau lout-à-fait imaginaires. On est contraint d'avouer que cet habile théoricien , qui a su d'ailleui^ ëtabh'r avec tant d'évidence la puissante influence de l'aclion des solides vîvans dans la production des maladies , a pourtant obscurci plutôt qu'éclairé la doctrine d'Hoffmann sur les causesdela fièvre,quoiqu'iI ait fondé ses raisonnemens sur l'observation des mêmes phénomènes. Ces phénomènes, l'ordre qu'ils suivent dans leur invasion, l'enchainement qui les lie dans leur succession et leur marche, n'ont pas cessé d'être l'objet de l'attention des médecins, depuis l'éveil donné par ces deux illustres écrivains. Curry, Grimaud, Voullone, Dumas, etc., parlent tous à-peu-près de la même manière, et de ces frissons, et de ces spasmes cutanés , et de la chaleur et de la sueur qui paraissent en être !a suite nécessaire. Ceux mêmes des nosoloqisles modernes qui, voulant s'abstenir de toute théorie sur les causes prochaines des maladies, ne font connaître la fièvre que par la description qu'ils en donnent , sont les plus fermes appuis de la doctrine d'Hoffmann par l'exactitude de leurs tableaux et l'excellent esprit d'observation qui en a réglé l'ordonnance et choisi les vives couleurs. Par-tout nous retrouvons pour premier phénomène fébrile un spasme périphérique ou cutané.
DES MALADIES. lï
plus OU moins intense , plus ou moins prolonge; par-tout nous retrouvons , pour dernier terme de ces aflections, une sorte de réaction de l'intérieur à l'extérieur , et des signes manifestes de relâchement ou d'une action plus douce et plus naturelle dans toute l'étendue de l'organe dernioïde.
Comment ce concours unanime de témoignages en faveur d'une lésion essentielle primitivement établie sur la peau dans la plupart des fièvres , n'a-t-il pas fixé Tatlention dans un moment où l'on sent plus que Jamais la nécessité d'abandonner le langage vague et confus trop long-temps souffert en médecine; dans un moment où les travaux de notre illustre maître , l'auteur de la Nosographie , nous ont appris que toute maladie devolt siéger dans l'un ou l'autre de nos organes ? Et comment cet estimable auteur lui-même n'a-l-il pas vu qu'indépendamment des espèces qu'il reconnaissait, il existait encore des mouvemens fébriles qui peuvent s'opérer sans avoir leur source dans quelqu'une des lésions qu'il avait désignées comme en étant les seules causes ? Comment n'a-t-il pas vu que ces fièvres , qu'on nommera simples siV on veut, ne pouvaient être une pure abstraction ; mais qu'au contraire il était de tonte nécessité qu'elles eussent un siège positif dans F économie anipiale?
Or, la lecture attentive des ouvrages d'Hoffïiiann et des me'decins qui ont suivi ses traces , ainsi que l'observation scrupuleuse de la marche de la nature et des phénomènes qu'elle de'ploie dans les mouvemens fébriles, portent également à croire que ces mouvemens ont leur principal siège dans la peau d'abord, et successivement dans le tissu cellulaire et les membranes muqueuses ; que c'est dans l'ensemble de ces trois organes, dont les réseaux absorbans forment, comme nous l'avons vu dans la première partie, une sorte de système capillaire général , que s'opèrent ces déplacemens d'humeurs , ces flux et reflux signalés par tous les praticiens dans les fièvres ou les pyrexies. Dans l'état de santé, l'équilibre n'est heureusement maintenu que par im balancement continuel d'action et de réaction entre la peau et les membranes muqueuses, au moyen du tissu cellulaire qui fait , pour ainsi dire , corps avec ces deux organes essentiels. Pourquoi, dans les maladies, ne verrait-on pas ces organes conserver les mêmes rapports et la même importance? Quelles sont les causes extérieures qui ne les touchent pas d'abord l'un i)u l'autre ? Quelles sont les causes intérieures qui ne leur envoient pas des irradiations sympathiques? Ouvrez les livres deSydenham, vous y verrez que le froid est la source la plus gé'-
nëraie des fièvres; que le froid de'lruit plus de monde que le feu , le fer et la famine; mais sur quel organe agit donc le froid ^ si ce n'est sur la peau? Vous y verrez que les variations des saisons , les modifications de l'atmosphère produisent cette funeste multitude de fièvres, le flëau de l'espèce humaine ; mais sur quel organe agissent donc ces variations, si ce n'est sur la peau^ qui leur présente une si vaste étendue ? Allez plus loin , et consultez les praticiens de tous les siècles : ils vous diront qu'indëpemiarament des causes ambiantes qui produisent des fièvres , les excès dans le boire et le manger, les boissons froides prises imprudemment pendant que le corps est échauffe , le trop long séjour des matières fécales ^ et certaines autres causes de la même nature, suscitent aussi très-fréquemment des mouvemens fébriles ; et n'est-ce pas dans ce cas sur les membranes muqueuses que s'appliquent et commencent d'agir ces irritations ?
Aussi nous répète- t-on sans cesse que la fièvre est la plus commune, la plus fréquente des maladies : ce qui s'explique , puisqu'elle siège sur les organes les plus exposés à l'action des corps étrangers ; qu'elle se joint presque toujours au reste des altérations morbifiques : ce qui s'explique , puisqu'elle siège sur les or-
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ganes qui jouissent des rapports sympathique^ les plus multipliés ; qu'elle est l'afieclion la plus facile à produire : ce qui s'explique , puisqu'elle siège sur les orgaues Its plus vastes et les plus sensibles de réconomie animale ; enfin , que tantôt elle constitue une maladie essentielle : ce oui s'explique , parce qu'alors elle se borne à la peau et aux parties superficielles du tissu cellulaire; et que tantôt elle n'est qu'un symptôme d'une autre maladie : ce qui s'explique encore, parce qu'il est naturel de penser que l'inflammalionintense d'un viscère, outouteautre affection profonde , développe sympathiquement les phénomènes cutanés , cellulaires et muqueux , dont l'ensemble produit cet état qu'on nomme fmTe ou pjrexie (i).
(i) Tandis que les médecins se livraient à d'obscures théories sur l'essence des fièvres et sur Tallération des liumeurs qu'ils supposaient en être la cause, ils en produisaient eux-niêtnes , tous les jours , d'artificielles par des moyens analogues à ceux que la nature met en usage pour faire naître ces maladies. Dès le temps de Celse. ou donnait la fièvre pour guérir certaines affections chroniques, en couvrant beaucoup les malades, et leur procurant ainsi une grande chaleur , de la soif et des sueurs j ou charcîiailmêmeà faire changer le type de certaines fièvres contitiues , en frottant les malades de glace à des jours et à des temps réglés. Yan-Swielen assure que les remède.*
Nous avons déjà laisse pressentir quelle est, entre toutes les parties qui composent la peau , celle qui peut être le sie'ge spécial de ces frissonnemens, de ces frissons , de ce développement de chaleur , de ce déplacement de liquides, de cette augmentation d'exhalations qu'on observe dans cet organe pendant les mouvemens fébriles. Pour peu qu'on ait dans la mémoire la série de faits que nous avons rapportés dans
héroïques qu'on vante géni-raleoient contre les maux chroniques , n'agissent qu'en excitant des mouvemens fébriles. Les bains froids mêmes, dont les anciens faisaient un si grand usage, suscitent une fièvre passagère suivie de sueurs parfois utiles. Qu'on .'e donne la peine d'cxannner avec attention tous ces médicamens qualités de fondons, d'apéritifs , de drastiques même, et l'on ne tardera pas à trouver, en dernière analyse, que ce n'est qu'au pouvoir qu'ont ces médicamens de produire des mouvemens fébriles que doivent être rapportés leurs effets curatifs. Toutes ces matières sont singulièrement propres à exciter le jeu des vaisseaux absorbans. La fièvre artificielle qu'on donne par les bains minéraux et les eaux thermales est absolument du même genre que celle qu'on produit par les moyens que nous venons de citer. Or, que fait-on dans tout cela , si ce n'est de frapper d'une irritation générale la totalité ou la presque totalité des surfaces cutanée et muqueuse, et peut-être aussi d'introduire dans les vaisseaux absorbans des substances sfimulanteg qui augmenteul beaucoup le jeu de ces vaisse*ux ?
la première partie sur les propriétés et les fonctions du système des vaisseaux absorbans , on n'aura pas de peine a comprendre que ces vaisseaux seuls peuvent être le siéi^e de tous ces phénomènes ; mais nous pouvons ajouter des considérations d'une autre nature en faveur de cette vérité trop méconnue.
Déjà M. Pujol , auteur recommandable, dont les travaux ont été plusieurs fois couronnés par la Société royale de Médecine , avait dit qu'on paraît autorisé, par la plupart des phénomènes qui surviennent dans le cours des fièvres , à croire que , pendant les jjrandes effervescences fébriles, le jeu des vaisseaux absorbans l'emporte sur celui du système sanguin. Tout y paraît annoncer , selon cet auteur , que ces vaisseaux agissent alors avec une force prédominante : la langue est souvent sèche et comme lorrélîée ; une soif ardente indique que la sécheresse de la bouche se propage dans le canal alimentaire, ce qui est encore marqué par la constipation qui accompagne ordinairement le début de celte maladie : d'autres fois, par un mouvement tout contraire , ces vaisseaux versent sur les surfaces une grande quantité d'humeurs muqueuses et séreuses qui les engouent et les surchargent; de leur côté , les tégumens sont tantôt dans L'état de la plus grande aridité , tantôt plus ou
moins baignes de sueurs ou d'une douce transpiration , et les cellules adipeuses se trouvent sucées avec tant d'énergie , que l'embonpoint disparaît en très-peu de jours : il n'est pas jusqu'aux urines qui , par leurs qualités lixivieiles et leur petite quantité, ne fassent voira un œil attentif qu'elles perdent par la force du jeu résorbant leur portion la plus fluide et la plus aqueuse. En donnatit, dit encore M. Pujo! , au. système sanguin le privilège de passer pour le siège exclusif des maladies inflammatoires, les médecins ont plutôt écoulé le témoignage souvent illusoire de leurs sens , que celui d'une raison saine et dépouillée de tous préjugés ; car leurs sens ont bien plus de prise sur les vaisseaux sanguins qui sont à portée de leur tact, et sur les diverses altérations du sang qu'ils peuvent si facilement soumettreà leur inspection , que sur les vaisseaux et les sucs lymphatiques qui se dérobent à leurs mains , comme à leurs yeux j et que la nature semble avoir voulu sousti;aire à leurs recherches (i).
L'apparence d'un pouls plein , dur , fort et fréquent j et surtout l'existence d'un état couen-
(i) Mélanges de Méd. , 1. 1 , pa;^. 077 , 278. Mémoire mr les Maladies du syslèmelymphaLique , couronne par la Société royale de Médecine»