CHAPITRE VI
De rinjluence du système àbsoi^hant dans la propagation des maladies épidémiques et contagieuses.
Indépendamment des imprudences et des erreurs de re'gime auxquelles chacun peut se laisser entraîner^ indépendamment des circonstances particulières qui produisent isolément et les fièvres , et les inflammations , et les différens genres d'exhalations, nous avons pu remarquer qu'il existait encore des causes générales de maladies , lesquelles, frappant sur des masses entières de population, déterminent ou des épidémies, ou des contagions. Trouverait-on , dans la manière d'agir de ces causes généi*iles , des raisons de croire que le système absorbant a moins d'influence que nous ne lui en supposons dans les phénomènes des maladies ? Ou n'y pourrait-ou
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pas découvrir, au coulraire, de nouvelles preuves de l'action toujours présente des vaisseaux de ce système dans la propagation comme dans le développement et la marche des altérations diverses de l'économie animale , soit que ces altérations se montrent isolément, soit qu'elles s'étendent sur un grand nombre d'individus à la fois ? 11 nous semble qu'il ne sera pas diflicile de prouver que , dans l'un et l'autre cas , le système absorbant est le premier frappé, comme il est l'unique siège des désordres que suscitent ces causes particulières et générales.
Hippocrate, Ramazzini, Sydenham, Arbulhnot, jMosca, Piquer et la plupart des médecins reconnaissent que presque toutes les maladies aiguës prennent leur source dans les qualités vicieuses de l'air. Les révolutions des saisons en reproduisent tous les ans de la même nature, et ces maladies , qui tiennent aux qualités physiques de l'air , sévissent de préférence sur des sujets déjà prédisposés par le tempérament, Tàge, le sexe et le genre de vie. Rien ne distingue ces maladies des maladies accidentelles ou sporadiques ; ce sont ou des fièvres ou des inflammations semblables à celles qui sont la suite ou de l'insolation prolongée , ou de la brusque exposition à l'air froid , ou de la boisson fraîche pendant que le corps est échauffé , ou de l'in-
tempérance, ou de loule autre cause semblabie.. L'atmosphère qui nous environne devenant sèche ou humide , froide ou chaude , plus ou moins mêle'e de ces qualités , ou modiflée d'une façon qui nous est inconnue , imprime aux vaisseaux absorbans cutanés qui en sont constamment frappés et imprégnés des dispositions de force ou (le faiblesse , d'excitabilité ou d'atonie qui sont les sources d'où dérivent toutes ces maladies constitutionnelles.
Nous pourrions reproduire ici, en faveur de celte vérité, tous les développemens dans lesquels nous sommes entrés en donnant l'analyse des phénomènes fébriies et des phénomènes inflammatoires ; nous pourrions rappeler la position superOcielie des réseaux absorbans , la sensibilité et la mobilité particulière de ces vaisseaux, seuls vaisseaux de l'économie animale susceptibles de recevoir les impressions des irritations étrangères et d'entrer en action en conséquence de ces irritations; niais ces répétitions n'ajouteraient rien à l'évidence des preuves que lious avons données dans le cours de cet ouvrage. Disons seulement que ces constitutions annuelles, qui se montrent la dépendance nécessaire des qualités physiques de l'air, sont elles-mêmes de nouveaux témoignages propres à confirmer îa réalité du siège que nous avons reconnu aux
mouvemens fébriles. N'est-ce pas, en effet, l'organe dermoide qui se trouve le premier frappé par toutes ces vicissitudes? N'est-ce pas cet organe qui doit en être le plus offensé? N'estce pas de cette vaste surface que parlent les irradiations qui vont émouvoir , tantôt le foie et les organes épigastriques dans la saison brûlante de Télé, tantôt les follicules muqueux, lactés et lymphatiques dans la saison froide et humide de l'automne , tantôt les organes pulmonaires dans les saisons froides et sèches de l'hiver et du printemps ? N'est-ce pas, enfin , à cause des modifications que les températures extrêmes qui ressemblent à l'une ou à l'autre de ces saisons , impriment à cet organe, modifications qui le tiennent dans une disposition prochaine à l'excitation fébrile, qu'on voit dans ces sortes de circonstances les irritations directement appliquées sur les membranes muqueuses produire si facilement la fièvre , tandis que , dans d'autres circonstances , des irritations plus fortes ne produisent aucun ébranlement général?
C'est , à n'en pas douter, à la pénétration de l'air atmosphérique dans les vaisseaux absorbans cutanés et aux impressions qu'en reçoivent ces vaisseaux , qu'on doit attribuer les constitutions annuelles qui produisent en grand nombre, tanlôt des fièvres inflammatoires , tantôt des fièvres
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bilieuses OU biJioso-putrides^ tantôl des lièvres muqueuses, et tantôt des inflammations qui s'accompagnent de fièvres symptomaliques dont le caiaclère se rapproche toujours plus ou moins de celui de la constitution rëijnante. L'observation prouve même qu'il est de certaines qualités de Talmosphère que nos instrumeiis ne peuvent saisir, et qui échappent à nos recherches, lesquelles paraissent avoir une action spécifique sur telle ou telle fraction du système absorbant , et maintiennent, en vertu decette action spécifique, la même disposition dans l'économie animale , quelquefois pendant plusieurs atinées , et cela , d'une manière tout-à-fait indépendante de la rotation des saisons. Nous avons pu remarquer, il y a quelque temps, une de ces constitutions stationnaires de plusieurs années de durée, et pendant laquelle les vaisseaux absorbans artériels paraissaient tellement affaiblis et relâchés, qu'on ne voyait presque plus de riialadies inflammatoires, et que le petit nombre de ces maladies qui se présentaient paraissaient cire d'une nature beaucoup moins franche et moins décidée. Les affeclions les plus fréquentes étaient des fièvres muqueuses , calarrhales et adynamiques, des phthisics, des scrophules, en un mot, toutes celles que peuvent engendrer l'irritation et l'exhaltation des propriétés vitales , des vaisseaux absor-
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bans veineux et lymphatiques favorise'es par l'atonie des vaisseaux absorhans artériels et par la suppression de l'antagonisme nécessaire qui en résulte dans l'état de sanlc. Un tel état de choses avait fait presque entièrement oublier l'usage de la saignée , et les praticiens ayant obtenu de bons résultais des médicamens Ioniques , en avaient beaucoup multiplié l'emploi et beaucoup exagéré les avantages. Cette constitution stationnaire s'est assez prolongée pour qu'on ait eu le temps de croire que l'espèce humaine avait dégénéré j comme quelques médecins ont tenté de le prouver par la disparition des maladies inflammatoires , qu'ils croyaient définitive, et pour faire naître des systèmes qui ont entièrement changé la face de la médecine- Nous pouvons remarquer aujourd'hui une constitution stationnaire d'une nature toute opposée, constitution qui fait revivre les maladies dépendantes de la sur-excilalion des vaisseaux absorhans artériels, et fait dominer le caractère inflammatoire sur toutes les nuances morbifiques déterminées par les différentes saisons; de telle sorte qu'on se voit forcé d'abandonner les méthodes thérapeutiques fondées sur l'emploi des Ioniques , et de reprendre l'usage des saignées et des anti-phlogisliques dans presque toutes les époques de l'année. Le défaut de réflexion peut
bien faire mettre ce cliangement de méthode sur le compte de l'esprit de système ^ mais, en y regardant de près., on voit clairement que les nouvelles doctrines ont du se trouver amenées elles-mêmes par le changement qui s'est opéré dans le caractère des maladies.
Mais les constitutions épidémiques ne sont pas les seules causes des maladies populaires; il en est qui ne dépendent ni de l'action ni de l'état de l'atmosphère, mais bien d'une matière particulière engendrée dans un corps déjà malade, d'où elle peut se communiquer à d'autres corps , et produire des maladies analogues à celles qui leur ont donné naissance : ce sont les contagions, qui peuvent accidentellement s'ajouter aux épidémies, quoiqu'elles doivent en être soigiiensement distinguées (i). 11 arrive ^ en effet, ({uo les contagions fébriles survenant pendant ie cours des constitutions épidémiques prennent plus ou moins facilement la forme de Fépidémie régnante. Ces contagions , venant frapper des corps déjà prédisposés par certaines impressions de l'atmosphère, se cachent sous l'apparence des maladies qu'elles trouvent éla-
(i) P^ojezle discours prcliminaire que M. Gasca mis à la léle de sa traduction de l'excellent ouvrage de Hildenbranlsur le Tj'phits.
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hVies , sans rien perdre de leur activité , et peuvent offrir par ce mélange une muUî'tude d'anomalies. C'est ainsi que le typhus paraît quelquefois sous forme de fièvre catarrhale, de pleurésie , de péripneumonie , de dysenterie ; c'est ainsi que la peste peut revêtir quelques apparences muqueuses , adymaniques et même inflammatoires. Comme on doit, sans doute ^ à ces trompeuses apparences d'avoir parfois vu des médecins nier l'existence de la contagion quoi* qu'elle eût déjà fait périr de nombreuses victimes , on peut juger combien il importe d'appliquer tous ses soins à se garantir d'une si funeste erreur.
Les opinions ont, au reste, beaucoup varié sur la manière dont les contagions s'introduisent dans le corps humain ; mais quel que soit l'organe qui les y laisse pénétrer, que ce soit la peau , que ce soit la membrane muqueuse alimentaire ou pulmonaire , on ne peut méconnaître que les vaisseaux absorbans de ses parties se chargent spécialement d'en favoriser et d'en efïectuer l'introduction. Il sufîirait , pour s'en convaincre , d'observer les modifications de sensibilité qui président à ce phénomène;, modifications au moyen desquelles certains virus paraissent porter une action plus directe sur les membranes muqueuses^ et certains autres affec-
1er de préférence le lissa dermoïde, et même quelques parties de ce tissu plutôt que d'autres parties , et se fixent , tantôt sur les racines des poils , tantôt sur les glandes cutanées, tantôt £ur le tissu rëliculaire de Malpighi , et tantôt, enfin , se propagent sur tout le système cutané général , et, par suite, sur le système nerveux , lymphatique et glanduleux (i). Il s'en, faut même que ce mode d'action spécifique soitle seul indice du rôle que jouent les vaisseaux absorbans dans cette circonstance. On voit encore la faculté d'aspirer les matières contagieuses soumise à Tha- I)itude , de telle sorte qu'elle peut être complètement détruite par l'application constante et répétée des mêmes miasmes à la surface de la peau; d'où il résulte que la contagion épargne les habitans des lieux infectés et frappe cruellement les hommes qui ne sont pas habitués à vivre sous l'inlluence d'une atmosphère ainsi corrompue ; d'où il résulte qu'une maladie contagieuse accidentellement transférée loin des régions où elle a pris naissance , y fait de plus terribles ravages que dans Son propre climat. On voit, d'un autre côté, l'habitude imprimer quel-
(i) Schnurrer , malériaitx pour servir à une doctriiis générale sur les Epidémies et les Contagions , IraduâL. j>ar MM. Gasc et Breslau. Paris , 1817.
quefois aux vaisseaux absorbans certaines modifications singulières qui leur donnent la faculté d'admettre de certains miasmes dont l'effet eût été nul sur eux s'ils n'avaient été d'abord familiarisés avec leur impression; et , dans ce cas , ce sont les habitans qui sont plus cruellement frappés que les étrangers , comme la chose est arrivée dans la première suette observée en Angleterre et dans la peste qui régnait à Constantinople vers la fin du huitième siècle. On voit également que, dans loutcs les contagions , il faut , indépendamment de l'application du virus , une certaine disposition à le recevoir que tous les hommes ne possèdent pas^ et surtout ne possèdent pas dans tous les temps. De telles particularités ne sont-elles pas des caractères conformes à la seule vitalité des vaisseaux absorbans, vitalité en vertu de laquelle ces vaisseaux prennent ou laissent les substances appliquées à leurs orifices d'une manière indéterminée , et suivant l'impulsion irrégulière d'une sensibilité dont nous sommes loin de pouvoir apprécier les nuances et les effets divers ?
11 est encore un autre phénomène très-remarquable des contagions fébriles que nous ne craignons pas de donner comme l'une des plus fortes preuves qu'on puisse alléguer en faveur de l'action spéciale des vaisseaux absorbans dans la
propagation et le développement de ces sortes de maladies. On sait que nous avons plus d'une fois reconnu que ces vaisseaux étaient les derniers à perdre la vie, et que leur action se continuait quelque temps lorsque déjà les fonctions vitales étaient arrêt es. Or , quoiqu'à la mort la faculté de produire et de transmettre une contagion doive cesser, il ne s'ensuit cependant pas que cette propriété s'éteigne dès l'instant que le malade a rendu le dernier soupir. La vie ne disparaît pas à la fois de tous les organes et de tous les systèmes ; le système absorbant survit constamment à tous les autres , surtout chez les individus atteints de maladies contagieuses , dans lesquelles ce système est dans un état d'extrême sur-excitation. Aussi n'esl-il pas rare de se trouver frappé de contagion pour avoir rendu les derniers devoirs au cadavre de son parent ou de son ami; aussi l'on a quelquefois observé chez des personnes qui venaient de succomber à la peste, des bubons survenir et se développer après la mort; aussi l'on a remarqué, dans la petitevérole , des boutons qui prenaient, après que la vie avait cessé , un certain degré d'élévation et de rougeur; aussi Slorck , dit-il avoir vu, dans une épidémie de fièvres pétéchiales , que les cadavres , pendant qu'ils étaient encore chauds , devenaient pourpres et livides, et ne reprenaient
leur couleur ordinaire que lorsque la chaleur s'était entièrement dissipée. Ces mouvemens , qui s'aperçoivent encore lorsque Faction du cœur et des vaisseaux sanguins est éteinte sans retour, ne prouvent-ils pas qu'ils se sont opères pendant la maladie, comme ils s'opèrent encore après la mort ge'néraie , dans le système absorbant , seul système vasculaire indépendant de la grande circulation , et seul susceptible de conserver plus long-temps que les autres la vitalité qui lui fait imprimer des mouvemens variés aux fluides?
C'est la grande quantité de vaisseaux absorbans qu'on sait entrer dans la texture de la peau, quantité qui est telle que toutes les veines souscutanécs en sont entourées et comme investies , et qu'un plan d'absorbans , disposé en couches rapprochées , semble séparer dans les membres l'aponévrose de la peau ; c'est le grand nombre de ces vaisseaux répandus dans le tissu réticulaire qui donne à l'organe dermoïde une telle force inhalante, que cet organe a plus de facilité que tous les autres à recevoir les différens miasmes contagieux ; car il paraît constant que cette voie est la plus ordinaire que ces miasmes choisissent, comme le prouve l'analogie des contagions locales et artificielles. Par des raisons qui tiennent à la texture particulière
de cet organe et à la grande masse de vaisseaux absorbans qu'il renferme, les impressions qui viennent s'y appliquer s'étendent à des distances plus ou moins grandes, s'il est permis d'en juger par l'extension successive et quelquefois illimitée de l'érysipèle et des dartres , s'il est permis d'en juger encore par l'effet de certaines irritations locales, par exemple, de celle de la chaleur, qui se porte successivement sur toute la superficie des tégumens. On doit concevoir, d'après de telles dispositions , que l'irrilatioa propre à la contagion peut se propager , en plus ou moins de temps , sur toute la peau , et que son premier effet doit être de passer du point d'attouchement , comme d'un centre particulier , à la surface générale de cet organe , à-peu-près de la même manière que des rayons divergens se portent vers une pe'riphe'rie (i). Sans doute que cette faculté inhalante est favorisée par une disposition de l'économie animale , dans laquelle les vaisseaux absorbans ont acquis une sensibilité déjà trop exaltée ou très-susceplible de le devenir , disposition qui peut être commune aux sujets forts et aux sujets faibles. Toutefois on observe que , le plus souvent , le système absorbant reçoit de certaines
(i) llildenbrant , du Tjphits , etc.
conditions de maladie ou de certaines causes accidentelles, cette activité inhalante qu'il n'avait pas auparavant. Cela paraît avoir lieu surtout à la suite des couclies , après de grandes hemorrhagies , et , en général , à l'occasion de toutes les causes physiques et morales qui , déterminant la faiblesse, accroissent la proportion des mouvemens concentriques. Du moins estil certain qu'une personne faible est beaucoup plus exposée aux dangers de la contagion qu'une personne vigoureuse et active. La première est toujours prête à recevoir , la seconde semble repousser toute cause de destruction. Voilà pourquoi la sécheresse de latmosphère est peu propre à favoriser la propagation des contagions, tandis que l'humidité, au contraire, lui est extrêmement favorable. L'air sec augmente la transpiration en stimulant l'activité des vaisseaux absorbans artériels , de manière que les corps exhalent plus qu'ils n'absorbent ; l'air humide relâche , affaiblit ces vaisseaux, dimiime par cela même la transpiration , et favorise l'inhalation , c'est-à-dire, les mouvemens des vaisseaux absorbans destinés à porter les fluides de la circonférence au centre.
Les effets de ces mouvemens de résorption , à la faveur desquels l'économie animale se pénètre des miasmes délétères appliqués à lu II. 35
superficie des tégumens , peuvent être sensibles sur les individus mêmes qui restent bien portans au milieu de la contagion générale. L'influence eu est telle que ces individus éprouvent une altération , sous quelques rapports , analogue a celle que présente la maladie régnante. Rusch assure, par exemple , que dans la plus grande force de la contagion de la fièvre jaune , ,les personnes épargnées par ce fléau n'en avaient pas moins les conjonctives et l'organe cutané d'une couleur extrêmement jaune avec des sueurs abondantes et jaunes. Orrœus dit, de son côté , que pendant la peste de Jassi , les personnes bien portantes étaient sujettes , tantôt à des furoncles , dont la suppuration avait un caractère particulier ; tantôt à des douleurs comme rhumatismales dans les membres, et ceux qui avaient eu des bubons dans les pestes précédentes éprouvaient des douleurs assez vives dans les parties où s'étaient auirefois développés ces bubons. C'est par de tels accidens et beaucoup d'autres de la même nature, qu'on voit se manifester la prédilection que les contagions affectent, et pour l'organe cutané et pour le système absorbant, lequel, dans ce cas, se trouve mis en action par ces sortes de causes extérieures , plus vivement que dans toute autre circonstance, et d'une manière tout-à-fail spéciale.
On ne peul douter cjue ce ne soit à l'infeclioa primitive tle l'organe dennoide , laquelle prépare le développement des maladies coulafT^ieuses fcbriies , qu'on doive attribuer l'avantage reconnu dans tous les temps aux vésicatoires , aux cautères et , en général ^ à tout ce qui peut entretenir , sur les tégumens , un cou« rant d'humeurs s' exhalant au dehors^ d'être des préservatifs contre les effets de la contagion. On sait que la plupart des médecins qui ont eu l'oc casion d'observer la peste vantent les bons effets qu'on a retirés de ces ouvertures artificielles ou accidentelles ; ils ont bien soin de recommander de les maintenir ouvertes tout le temps que le danger subsiste. Zaculus-Lusitauus , en donnant des conseils analogues, les motive même positivement sur ce que les matières contagieuses qui commencent à pénétrer dans le corps peuvent s'échapper par ces espèces d'égouts. Galien parait avoir eu la même idée , puisque , dans une occasion où il se livrait au soin des malades, dans une peste qui ravagea l'Asie, se sentant les premières atteintes du mal , il se fit des scarifications à la cuisse, et parvint ainsi à se soustraire au danger. Ce médecin assure d'ailleurâ .avoir vu réussir la même pratique sur plu- . sieurs personnes. On possède enfin des exemples dans lesquels l'application successive de
deux OU trois vésicaloires, après avoir déterminé la sortie de bubons et de charbons d'une nature suspecte , a produit les mêmes avantages. Si la réussite de semblables moyens prouve que les matières contagieuses , reçues d'abord par l'organe cutané, peuvent, dans certains cas , y séjourner un temps plus ou moins long avant de pénétrer dans le reste de l'économie animale , il est d'autres faits qui , s'ils étaient plus multipliés et mieux constatés, tendraient à confirmer que les vaisseaux absorbans lymphatiques sont les parties de cet organe qui se chargent le plus spécialement de l'introduction des miasmes contagieux, puisque des médecins rapportent que les personnes ch^z lesquelles ces vaisseaux se trouvent déjà modifiés, et pour ainsi dire occupés par certaines maladies qui leur sont propres , telles que la gale, les dartres , la syphilis, peuvent séjourner impunément au milieu des contagions les plus funestes.
Qu'esl-il besoin de plus amples témoignages en tiivenr de ces sortes de faits? qu'est-il besoin d\ii atcuniulrir d'une aiitre nature, et de répéter ce que nous pouvons avoir exposé déjà dans le chapitre relatif aux contagions fébriles ? Qn'e-l-il besoin de pousser plus loin les inductions pour amener dans les esprits une conviction qu'ils possèdent sans doute ? (^uel esl
le médecin qui n'admet pas aujourd'hui , sans husiicr, I influence des vaisseaux absorbans dans la propaijalion des maladies contagieuses? Ajoutons quM n'est pas un plicnoniène de ces maladies donl on ne puisse liier la preuve que ces vaisseaux y oui été mis dans un étal violent d'ébranlement. Cet ébranlement se rencontre, au reste , qnoiqu'à des degrés divers , dans toutes les opérations de la vie, soit en santé, soit en maladie; car, de quelque côlé qu'où porte ses regards , soit qu'où envisage les phénomènes physiologiques, soit qu'on veuille considérer les phéncmènes pathologiques, on voit par- tout ce système de vaisseaux, le premier mis en mouvement et le dernier à cesser d'èlre en action ; le seul en contact avec les substances étrangères , et le seul susceptible de réagir en conséquence des impressions qu'il reçoit de ces substances ; impressions qui varient sans cesse d'intensité et de nature , depuis la douce excitation, d'où résulte la nutrition , jusqu'aux irritations spécifiques et meurtrières d'où naissent les nialddies pestilentielles.
CHxiPITRE VIL
De rinfluence des vaisseau x absorhans dans les médicatioTis.
Cjette sensibîlile élective et toujours agissante, l'attribut spécial du système absorbant , que nous venons de voir , dans le cours de cet ouvraf^e, présider à tous les pliénomènes de la santé et des maladies ; cette propriété qui donne aux vaisseaux de ce système la faculté de choisir, dans les molécules alimentaires , celles qui conviennent aux organes dont ils forment la base ; cette propriété qui détermine rétablissement des tempéramens et des constitutions des âges, uniquement par l'augmentation et la diminution successives ou accidentelles de l'action ou de la prépondérance des branches absorbantes lymphatiques et nerveuses, absorbantes artérielles et pulmonaires , absorbantes veineuses et hépatiques ; cette propriété en vertu de laqueile on voit sortir du liquide sanguin , liquide en apparence homogène , un si grand nombre d'humeurs de nature diverse ; cette propriété qui fait que chaque fraction du système absorbant est susceptible de recevoir l'impression de
DES maladies; 55 1
certains irritans dont elle est aftectée d'une manière toute particulière; celte propriété suscite encore les mouvemens d'où dérivent les médications que l'art cherche à produire , à laide des substances naturelles différemment combinées dans les médicamens.
On sait , en effet , et un ingénieux auteur l'a déjà dit , qu'une médication et une maladie doivent se considérer de la même sorte : l'une et l'autre se ressemblent par leur cause et par leur essence (i). Un agent médicamenteux est Je plus souvent comme une cause de maladie , un objet contraire à notre corps, et qui n'y peut pas entrer sans troubler son état et sa tranquillité ; les effets que suscite le premier , comme les symptômes qui caractérisent la maladie , sont le produit de la réaction des forces naturelles ; c'est, des deux côtés , un aiguillon qui irrite et stimule une partie vivante. Mais si la plupart des médicamens soi^ des êtres contraires à notre nature , et si leurs facultés médicinales naissent de cette contrariété même , n'est-il pas naturel de penser qu'ils ont le même mode d'action que les virus morbifiques , et que cette action porte sur le même ordre de vaisseaux que nous avons vu s'ébranler à l'oc-
(i) M. Barîiier, dans s: s Lténiens de Pharmacologie.
casion de ces dernières causes ? Aussi les effets d'une médication peuvent-ils varier suivant la différente organisation des parties, et suivant le mode de sensibilité des vaisseaux qui les composent ; aussi le même médicament produit-il des médications différentes, suivant qu'il opère sur la surface buccale, gastrique , piluitaire , dermoïde , etc. ; aussi voit-on certains médicamens exercer une action spécifique sur quelques or-« ganes, cl agir sur ces organes , lors même qu'ils sont inieclés dans les veines ou qu'ils sont appliqués sur la peau, leurs particules s'y trouvant amenées par la voie de l'absorption, à l'aide des mêmes vaisseaux qui transmettent les miasmes morbifîques dans l'économie animale.
Il suffit , pour se convaincre de cette vérité, sur laquelle , au reste , il subsiste aujourd'hui peu d'incertitude dans les esprits , de jeter un rapide coup d'œil sur les phénomènes que produisent les ditierentes préparations médicamenteuses, he premier fruit de cet examen sera d'abord de reconnaître que , de même que les causes des maladies , les substances naturelles qu'emploie le médecin portent , en général , sur les parties vivantes , une impression de force ou de faiblesse d'où il résulte qu'on pourrait les diviser en deux grandes classes : l'une qui renferme les corps susceptibles d'augmenter ^
d'une manière quelconque , la force et l'actiou de nos parties , c'est-à-dire , les toniques et les excitans ; l'autre qui se compose des corps propres à ralentir , diminuer , affaiblir le jeu trop exalté de nos organes , c'est-à-dire , les adoncissans, les rafraichissans, lesanti-phlojjistiques, les caïmans. Pour peu qu'on y réfléchisse avec attention , il est facile de voir que les phénomènes développés à l'aide des substances prises dans la première classe se rapprochent tous plus ou moins des mouvemens fébriles et inflammatoires, dans lesquels le sang artériel se trouve mis en mouvement ; tandis que les effets produits par les substances de la seconde classe tendent presque tous à établir dans l'économie animale un étal analogue au tempérament pituiteux et aux maladies dans lesquelles la sensibilité émoussée des vaisseaux mis en action dans le tempérament sanguin, et les effervescences fébriles inflammatoires se trouvent remplacées par un accroissement du jeu des vaisseaux absorbans lymphatiques. Aussi peuton remarquer que la plupart de ces dernières substances sont mucilagineuses et féculentes; en un mot, sont de nature à s'adresser directement aux vaisseaux absorbans lymphatiques par les canaux lactés, et à produire , par leur usage abusif , les accidens contraires à
ceux qu'on veut arrêter lorsqu'on les emploie comme médicamens. Remarquons encore que , parmi les substances qu'on essaye d'appliquer à la diminution des mouvemeus vitaux exage'rés , il en est qui , semblables à certaines contagions fébriles , portent une influence spéciale sur les vaisseaux absorbans veineux et sur ceux de l'encéphale et du système nerveux, et produisent par là , non-seulement le ralentissement et la diminution de l'action vitale , mais la sédation , la prostration des forces et le narcotisme. Ces dernières influences, quels que soient les corps qui les produisent , sont si funestes qu'on^ne fait usage de ces corps qu'avec une extrême réserve ^ et que la plupart d'entre eux sont relégués dans la classe des poisons et des poisons le plus dangereux.
Parmi les médicamens qui portent une impression de force sur nos parties , il en est qui paraissent se borner à relever le ton du solide vivant sans accélérer le jeu des organes, sans troubler l'ordre actuel des fonctions ; ils n'accroissent pas d'une manière très-sensible la chaleur animale , et ne la portent pas audelà du degré naturel ; ils n'accélèrent pas la circulation sanguine ; ils ne forcent pas les sécrétions et les exhalations. Ces médicamens , pris dans la classe des amers et des ferrugineux , ne
dëlermineut aucune sensation , ni aucun cliani^ement de couleur dansTorgane sain sur lequel on les applique; mais il n'en est pas de même de leur action sur les parties affaiblies et décolorées ; car leur usage , en relevant le Ion des vaisseaux al)Sorhans artériels , replace leur sensibilité au degré convenable pour que ces vaisseaux absorbent le sang rouge , s'en pénètrent jusqu'à un certain point , et agissent sur ce liquide comme il convient à rintégrilé des fonctions. C'est ainsi que l'on voit tous les jours les ulcères aloniques reprendre une couleur vive et animée par l'usage intérieur et extérieur du quinquina , et fournir , au lieu d'une matière sanieuse , un pus blanc et louable : c'est ainsi que l'anaemie et certaines chloroses cèdent à l'emploi soutenu des ferrugineux , et que les surfaces dermoides et muqueuses , pâles et blanchâtres dans ces maladies , reprennent l'incarnat de la santé sous l'influence de ces médicamens.
On a coutume de placer^ à côté de ces moyens toniques et fortifîans , certains autres moyens qui ne se bornent pas à corroborer le solide vivant , mais qui lui impriment un certain degré d'astriction , lequel , loin de favoriser les mouvemens nalurels des vaisseaux absorbans , leur impriment, au contraire, non-seulement
556 nu SIEGE ET DE LA NATURE
un resserrement qui les empêche de verser les fluides sur les surfaces , mais encore quelquefois une véritable impulsion rétrograde propre à repousser les fluides de la circonférence au centre. On voit, du moins , sous linfluence de quelques-uns de ces agens^ les surfaces naturellement rouges pâlir et se décolorer , les congestions Pjémor. hagiqnes et inflammatoires nouvellement formées et peu douloureuses s'aflaisser et disparaître; on voit l'absorption d'une certaine quantité de leurs molécules dans la masse des humeurs arrêter les sécrétions et les exhalations, et tarir même ou beaucoup diminuer les sueurs rolliqualives et s^mptomaliques. Bien diflérens des médicamens précédens, les toniques excilans sont doués d'une vertu stimulatite qui , pénétrant à la fois toutes les parlies, au mo^ en du vaste réseau des vaisseaux absorhans cellulaires , produit la plus forte exaltation possible de mouveniens vilaux. L action de quelques-unes de ces substances parait aiguillonner tous les systèmes indifl^éremment , accroître la chaleur animale cl la rongeur des surfaces; tandis que des agpus plus doux suscitent un trouble moins impétueux , mais déterminent une congesiion vitale , une sorte de fluxion sur une partie où toute leur force active semble rcuuie ou plutôt accumulée. De cette
propriété dérivent leurs vertus purgatives , diurétiques , sudoriticjues, emménagogiies; et ce qui prouve que l'action spéciale de ces agenssur les divers organes qu'ils afl'ectent lient à celte sensibilité élective que nous savons caractériser le système absorbant, c'est, d un côté, que ces agens appliqués successivement sur plusieurs surfaces n'agissent pourtant que sur celles où ils rencontrent des vaisseaux dont la sensiliililé se trouve dans un certain rapport avec leurs molécules; c est que les différens purgatifs, par exemple, quoique traversant toute l'étendue dn canal digestif, affectent pourtant de préférence, les uns l'estomac et le duodénum , les autres les inle.stins grêles, et quelques autres les gros intestins; c'est, d'un autre côté, que ces substances peuvent provoquer leur médication spéciale sur les organes intérieurs lors même qu'on se borne à les mettre en contact avec la peau et le tissu cellulaire sous-cutané.
La voie de l'absorption est encore celle que choisissent les narcotiques pour exercer leur action accoutumée sur le cerveau et sur les organes nerveux. Les propriétés de ces substances paraissent également tenir à des causes de même nature que celles des autres agens pharmaceutiques. L'est une sorte d'irritation du cer\eau qui produit l'assoupissement et la sédalion lors-
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qu'elle décide une congestion vers cet orgnne ; ou plutôt disons que le narcotisme et la sédation paraissent être une modification particulière de la sensibilité du solide vivant, modificalioa que nous observons sans pouvoir l'expliquer.
Mais ici se présente une remarque importante à faire. On s'est assuré qu'après l'action funeste des narcotiques , en général , le cerveau et les méninges présentaient souvent des Stases plus ou moins considérables de sang veineux. La présence de ce sang ne doil-elle pas singulièrement accroître les effets de l'action sédative directe dont ces substances peuvent être douées? N'en doit-on pas inférer, d'autre part, que , dans ces circonstances , 1 irritation s était plus particulièrement fixée sur les vaisseaux absorbans veineux .-^ Il est pourtant vrai de dire que tous les agens qui portent une influence marquée sur le système nerveux ne paraissent pas agir de la même manière , ni sur ce système ni sur l'ensemble de Tcconomie animale , ce qui doit faire supposer qu'ils mettent en jeu plusieurs fractions du système absorbant , et qu'ils agissent spécialement sur les portions différentes de l'organe encr'phalique. Il en est qui portent sur les facultés intellectuelles , et produisent différentes sortes de délires et de manies; il en est qui affectent davantage les or-
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flânes de la vision , et de'lerminent des scinlillalions, des éblouissemens, des vertiges , la cecité momentanée; il en est qui semblent anéantir les mouvemens musculaires; il en est qui produisent des commotions douloureuses dans les muscles, des mouvemens tétaniques, d'horribles convulsions; il en est qui peuvent altérer eu même temps l'action pulmonaire et celle du cerveau; il en est dont le propre est d'augmenter la force des pulsations du cœur et des artères ; il en est qui ralentissent et dérèglent ces pulsations: en un mot, ces sortes d'excitans, comme ceux d'une classe moins dangereuse, présentent une si grande variété dans leur manière d'agir, qu'il est évident que le système absorbant , au reste le seul système vascuîaire de l'économie animale qui puisse communiquer avec les corps extérieurs , le seul qui puisse les introduire dans l'intime profondeur des organes, est aussi le seul capable de présenter à leurs molécules une quantité de rapports de sensibilité proportionnée à leurs nombreuses variétés.
Les effets des rubéfîans et des escharroliques manifestent aussi, d'nne manière évidente , l'action du système absorbant dans les différens phénomènes d'où dérivent les médications qu'ils eulraîneul. On voit , dans cecas, un point d'irn-
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talion produit artilîciellemeat, changer la direction desmouvemensfluxionoaires qui menacent queiqu'c^rgane important, ou convertir un mode d'action vicieux en un travail inflammatoire naturel. Uii trouver ailleurs que dans le système absorbant cette indifférence pour telle ou telle direction des humeurs? Où trouver cette irrégularité des mouvemens qui porte les fluides tantôt sur un point ^ tantôt sur un autre , par le seul effet d'une irritation nouvelle et plus ou moins vive ? Ces sortes de procédés par lesquels on développe sur la peau de la rougeur, de la douleur, du gonflement , déterminent presque toujours en même temps une afl'ection du tissu cellulaire sous-cutané , qui se propage de proche en proche^ et peut aller jusqu'à produire un véritable état fébrile. Poussée plus loin que nous ïie le faisons d'ordinaire avec les moyens rubéfîans généralement en usage parmi nous , cette médication peut être suivie des plus heureux succès et produire des cures inespérées,ct telles que uos praticiens n'en citent guère de semblables , si nous devons en juger par le fait consigné dans le tome XXVI de l'ancien Journal de Médecine, et dont voici la substance : Un homme , attaqué d'un mal de gorge violent , ne pouvait presque plus respirer , et se trouvait dans le cas pour lequel on recommande la broncho-
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lomîe. Il eut recours à im remède usité dans les contrées où nos dogmes sont inconnus. Deux uègres vigoureux prirent chacun un bras et l'oignirent avec du beurre de cacao ; ils le frottèrent ensuite si fort et si long-temps, que lès «Jj ras devinrent gros comme les cuisses. Le mal se dissipait à mesure que les bras grossissaient. Ou renouvela les frictions , et le malade se trouva guéri peu de temps après. Y a-l-il , dans de pareils procédés , rien qui intéresse les artères ou les veines , et les mouvemens fluxionnaires qu'ils suscitent ne se passent-ils pas , au contraire , hors du cercle circulatoire sanguin, dans ce vaste réseau de vaisseaux absorbansque nous avons vu constituer les organes cellulaire et dermoïde ? Nous pensons qu'il serait diftlcile d'en douter au point où nous en sommes , et nous regardons comme superflu de reproduire, en faveur de cette vérité , les argumens par lesquels nous avons prouvé , dans le cours de cet ouvrage , que le système absorbant est Tunique siège de tous les mouvemens indépendans de l'impulsion du cœur , qui s'exécutent , soit durant la sauté , soit dans le cours des maladies , comme il doit l'être de tous ceux que provoque Fusage des médicamens et d'où résultent les médications diverses.
Quelque faible qu'on suppose l'action des II. 5t)
agens aloniques et e'molliens , c'est également fl la faveur de leurs rapports avec le système absorbant que ces moyens agissent dans les maladies. On sait qu'on les emploie surtout dans les affections où il y a chaleur , rougeur , douleur , tension ; en un mot , dans toutes les affections qui montrent un caractère inflammatoire. Les vertus de ces substances se font principalement ressentir sur les parties oùles forces vitales sont accumulées ; elles modèrent l'irritation qui produit l'afïlux des liquides ; elles ralentissent les mouvemens trop exaltés des organes ; elles détruisent enfin l'appareil morbide, tandis que les parties du corps où l'état physiologique s'est maintenu dans son intégrité ne paraissent pas en ressentir finfluence d'une manière très-marquée. La dissemblance de ces effets paraît tenir à ce que les vaisseaux absorbans irrités ne sont capables de recevoir , dans cet état d'irritation , de la part de ces substances , que la seule impression émolliente^ au moyen de laquelle ils sont ramenés au ton naturel de la santé; au lieu que ceux de ces vaisseaux qui ne sont pas en état ■de maladie et qui remplissent leurs fonctions -accoutumées , assimilent ces substances, presque toutes composées d'élémens nutritifs susceptibles d'être facilement combinés avec les
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matières qui formenl ia base des corps animaux. Ces parlicules ëlénieulaires , féculentes et mucilagineuses, tout en portant le calme dans les niouvemens désordonnés des vaisseaux absorbans j délerminenl toutefois sur ces vaisseaux la douce excilatioti qui soutient et ranime les fonctions dii^estives et nutritives , et parvient de la sorte à les rappeler, plus efiicacement que tout autre moyen , au rhy thme qui leur est naturel- Cette observation est , au reste , trèsancienne, puisque le père de la médecine avait déjà remarqué de son temps les bons effets de la décoction d'orge, qu'il employait dans toutes les maladies aiguës , à titre de rafraîchissant , et comme propre à calmer la soif, la chaleur et la (ièvre bien plus puissamment que l'eau pure. Prosper ?»Iarlian dit , à ce sujet, que les boissons chargées de quelque principe nutritif se distribuent dans la masse du corps avec bieti plus de facilité, opinion partagée parGrimaud dans son Traité des Jièi^res.
On conçoit , d'après ce que nous venons d'exposer, que^ quelque douce que soit l'action des médicamens atoniques et mucilagineux sur l'économie animale^ ces agens sont loin de mériter l'espèce de mépris qu'on affecte pour eus , et qui va si loin que certains écrivains doutent s'ils doivent faire partie d'une matière médicale.
Ne les oppose-t-oii pas tous les jours, avec avantage , à la classe la plus nombreuse des^ maladies, les maladies aiguës inflammatoires? et n'est-ce donc rieo que d'arrêter le cours , que de diminuer l'intensité de la plupart des fièvres, des inflammations, des exhalations produites par les mouvemens exaltes des vaisseaux absorbans artériels ? 11 est vrai que ces agens ne peuvent pas toujours produire seuls un tel eflet, et qu'il faut souvent y joindre l'usage des évacuations sanguines. Cesdeux moyens concourent au même but, quoique par des voies diflérentes^ dont il n'est pas de notre objet de nous occuper en ce lieu. Le seul point de vue sous lequel nous ayons à faire considérer les déplélions sanguines , est celui des saignées capillaires, dont nous faisons un emploi si fréquent dans nos temps modernes, par le moyen des sangsues appliquées ou sur la poitrine ou sur le bas-ventre, dans la vue de calmer les etîervescences fébriles, qui semblent avoir leur siège primitif dans les organes contenus dans ces cavités. Nous pensons que les nombreux succès que l'on obtient de ces sortes d'applications doivent confirmer les idées que nous avons émises précédemment sur le siège des mouvemens fébriles. Le premier effet de ces applications , lorsqu'elles sont faites dans le principe , est presque toujours de di-
mlnuer ou d'éteindre ces mouvemens morbiïlques , ce qui n'arrive pas aussi promptement à la suite des saignées veineuses , comme il est aisé de s'en assurer par les fréquens exemples connus de fièvres inflammatoires que l'usage des saignées répétées n'a pas empêché de parcourir une période de sept ou quatorze jours. Cette brusque disparition de la fièvre à la suile de l'application des sangsues sur quelque point de l'organe cutané, ne vient-elle pas à l'appui de l'opinion qui place le siég«j des mouvemens fébriles dans cet organe et dans le tissu cellulaire sous-cutané? Ne prouve-t-elle pas que les irradiations et les mouvemens expansifs qui partent quelquefois de l'estomac et quelquefois des poumons , suivent cette voie pour se propager dans toute l'économie animale ? N'est-ce pas en dégageant le siège immédiat du mal , la peau et le tissu cellulaire, que ces espèces de saignées font aussi promptement cesser les mouvemens fébriles ? On conviendra que le succès de cette méthode propre à soustraire une grande partie du sang que les vaisseaux absorbans de ces parties viennent d'attirer dans leur intérieur , par suile de l'exaltation de leurs propriétés vitales ; du sang devenu , à cause de cette exaltation de sensibilité , un irritant énergique pour ces vaisseaux ; on conviendra , disons-nous , que le
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succès de celte méthode se présente comme «ri puissant ai'i^ument en faveur de notre opinion, et confirme tout ce que nous avons avancé précédemment touchant la coïncidence d'affection qui règne entre la peau, le tissu cellulaire et les membranes muqueuses dans les effervescences fébriles , et touchant l'existence du siège des mouvemens pyrexiques essentiels hors du cercle circulatoire sanguin ,el dans le système absori)ant, seul système vasculaire qui puisse recevoir i'iniluence d'un mod- de déplélion sanguine , résultant de plusieurs points d'irritation locale et de l'afflux du sang vers ces petits centres d'irritation , tel que se trouve être la saignée par les sangsues.