II
54 ^U SILGÎi ET DE LA NATURE
travaux forces, des excès dan.s le boire et le manger, des veilles prolongées , de vives émotious de l'àme, on aperçoit à peine de faibleè horripilalions superficielles, el les douleurs contuses des membres, l'ajiorexie , la céphalalgie , précédant les phénomènes cutanés , indiquent par cette précoce apparition que ces derniers ne sont alors que sympathiques. Ces mouvemens fébriles , quoiqu'en apparence plus modérés que les précédens , ne présentent plus néanmoins la même simplicité : l'affection primitive s'y trouve fixée sur les parties intérieures. C'est ainsi que, par une réciprocité continuelle d'action et de réaction entre la peau et tous les oreanes , on voit les symptômes pyrexiques tantôt primitifs , tantôt secondaires , ébranler toute la machine et naître également de causes extérieures et directes , el de causes intérieures qui lie louchent la peau qu'indirectement, et seulement en vertu de la sympathie qui la lie au reste de l'économie animale : disposition essentielle à bien connaître , digne des plus profondes méditations^ sur laquelle nous reviendrons plus d'une fois dans le cours de cet ouvrage , et que nous nous contentons d'indiquer ici pour ne pas interrompre la suite de nos suppositions^ et des développemens analytiques dont ces suppositions doivent nous fournir le prétexte et la matière.
2®. De la Fièvre intermittente, ou de la Fièvre produite par le spasme violent et momentané des •vaisseaux absorhans cutanés et cellulaires souscutanés.
Altachons-nous maintenant à considérer ies phénomènes qui se produisent lorsque certaines causes prédisposantes ont agi sur lorgane cutané, ont affaibli !e ressort des vaisseaux absorhans du tissu réticulaire , relâché les pores de répiderme; en un mot , détruit la barrière que ces parties opposent, dans l'état de santé, à l'action nuisible des corps ambians; lorsque la saison , le climat , la température ^ l'humidité de l'atmosphère, ont porté l'atonie sur un organe exposé seul à toutes les vicissitudes atmosphériques et qui doit en suivre toutes les variations. Si, dans de telles circonstances, quelque miasme délétère sature l'air, s'introduit dans les vaisseaux absorbans cutanés, et frappe la peau d'une impression spécifique et profonde ; ou bien , s'il arrive qu'indépendamment des dispositions précédentes une pluie abondante, une immersion froide fassent subir à l'habitude extérieure du corps une réfrigération subite, pénétrante et plus ou moins prolongée , on voit survenir , au lieu de ces légères horripilations, ou de ces frissons vifs et passagers qui marquent le début
56 t)Xj SIlkiE ET DE LA NATURE
des fièvres éphémères , un état de spasme beau* coup plus prononcé de la peau et des vaisseaux itbsorhans , avec celte dillèrence pourtant que dans le dernier cas, dans celui de l'immersion froide , les accidens surviennent aussi brusquement que la cause qui leur donne naissance; tandis que, dans le cas où l'origine du mal lient à la lésion produite par de certains miasmes , ou bien à rafïaiblissement progressif de l'organe dermoïde , ils se développent successivement et d'une manière graduelle. 11 survient d'abord un malaise général sympathique avec un sentiment léger de froid aux extrémités, des frissons rampent par intervalle le long de l'épine du dos , le froid des extrémités augmente, le visage pâlit. Bientôt les frissons redoublent, tous les inouvemens volontaires et involontaires paraissent suspendus, et le système nerveux^ aussi-bien quelevasculaire, semble frappé de stupeur. Le jspasme fébrile se produit à l'habitude du corps, ce que prouvent d'une manière évidente le resserrement , le froncement , la contraction de tout l'organe cutané. D'où il résulte que le sang qui est répandu dans les vaisseaux du tissu spongieux et cellulaire , ainsi que la portion de ce liquide que renferment les vaisseaux sanguins capillaires, est refoulé vers les parties intérieures. Le resserrement fi'brile n'est pas nécessaire-
I>B s MALADIE S. !>7
ment borné à l'organe de la peau , il appuie plu'^î profondément, selon l'expression de Grimaud; il occupe aussi les plans plus intérieurs du tissa cellulaire ; et ce fait est non-seulement prouvé par la diminution que les membres éprouvent dans toutes leurs dimensions , mais encore par ce qu'on voit arriver aux ulcères d'une assea grande profondeur ; car souvent ces ulcères se dessèchent complètement , et cessent de donner l'humeur ou la sanie qui eu coule habituellement.
Ces premiers symptômes s'accompagnent d'abattement et de lassitudes spontanées , suite naturelle de l'état do contrainte et de gêne où se trouvent les muscles, non-seulement à cause du spasme qui occupe toute leur substance , et qui les empêche de se prêter à l'alternative rapide des contractions et du relâchement, mais encore en raison de la compression qu'exercent sur ces organes le tissu cellulaire et la peau fortement contractés. Il survient aussi de l'en^our-' dissement et une extrême propension au sommeil causés par les spasmes légers des plans exté-» rieurs du cerveau (i}; car les vaisseaux qui composent la substance du cerveau et des nerfs étant de la même nature que celle qui compose
(i) Grimaud, ^Fraiiê des Fièvres ■, \.\.
)c tissu cellulaire, la peau et le pareiicîiyme des autres organes sont réellement susceptibles deâ mêmes mouvemens spasmodiques.
D'un autre côlé , la sympathie de Teslomac s'annonce par des angoisses , des anxiétés qui se font évidemment ressentir dans la région épigastrique; par des nausées, le vomissement ^ le dégoût des alimens; et l'irritation des vaisseaux absorbans des membranes de ce viscère se propageant dans toute la longueur de l'œsophage et dans l'intérieur du gosier et de la bouche , décide la sensation de la soif. L'oppression , la gène de la respiration , la toux fréquente annoncent également la part que les poumons , de leur côté, prennent à Tétat violent de la peau. Dans celle conlraclion générale de toutes les parties , le cœur ne reçoit qu'une petite quantité du sang qui lui arrive parla veine pulmonaire; et le resserrement spasmodique des vaisseaux absorbans chargés de l'hématose gênant ou suspendant l'action naturelle de ces vaisseaux , ce sang n'arrive pîusà cetorgane chargé des mêmes principes vivifiaus , d'où résultent les phénomènes précurseurs d'un étal d'asphyxie , la dispersion d'un sang veineux dans les divers tissus , et l'engouement^ l'accumulation du lîuide sanguin dans les veines ; d'où résulte la couleur plombée et un peu violelle des malades par
DES MALADIES. Sq
suile tle l'injeclion du sang veineuK dans un certain nombre de vaisseaux blancs.
Le syslème circulatoire sanguin est loin de rester étranger à ce profoudëbranlement, comme le prouvent les modilications survenues aux bat- Icmens du cœur et des artères ; mais le resserrement du tube artériel, bien que très-sensible, n'est pas le phénomène primitif et essentiel de ce premier stade. La contraction spasmodique a commencé dans les vaisseaux absorbans , dont le vaste réseau forme en grande partie la conlexture de la pean et du tissu cellulaire ; de là , gagnant de proche eu proche , ce resserrement a saisi toute l'économie animale. Mais il s'en faut qu'il produise sur lésai tères les mêmes effets que sur les vaisseaux absorbans : il gène les mouvemens du cœur, resserre le tube artériel, ralentit la circulation du sang ; mais il ne lui ferme pas le passage , sans quoi la mort s'eûsuivrait tout aussitôt ; mais il n'imprime pas à ce fluide des mouvemens déréglés ou létrogrades , comme on peut s'en convaincre par la régularité plus ou moins grande du pouls , qui ne laisse apercevoir que de la contrainte dans ses mouvemens.
Quoiqu'on rejette aujourd'hui presque généralement l'idée des anciens et de Frédéric Hoffmann , qui voulaient que , dans la période de
40 ItU SIEGE ET DE LA NATURE
froid, le sang se retirât des capillaires extérieurs et fût refoule' dans les viscères , il n'en est pas moins vrai que ce phénomène a constamment lieu ^ comme il est impossible d'en douter quand on voit les parties externes rétrécics et décolorées, un sentiment de constriction , de plénitude et d'anxiété s'emparer de la poitrine , de l'épigasîre , et même de tout l'abdomen , et que d'ailleurs on trouve sur les cadavres les vaisseaux des viscères dilatés , leurs capillaires rompus , leur tissu capillaire inter-parencbymateux rempli de fluides extravasés , et certains d'enlr'eux prodigieusement saignans et pblogosés même , lorsque la fièvre a été de longue durée, ou sujette à des retours fréquens (i). Or, ce mouvemeul de balancement de la circonférence au centre, observé parles plus grands praticiens, n'a été révoqué en doute que parce qu'il ne peut êlre conçu dans le système capillaire , tel que le rep? '^sentait Bichal, interposé entre les artères ot les veines , et qu'il ne peut cadrer avec la régularité constante de la circulation sanguine cjue l'on voit se continuer au milieu de celte irrégulière distribution du fluide sanguin. Car,
(i) Senac, de Réconcilia Febr. inlermit. tum revitit. naturn ; et M. Broussais , Hlsloire des Phlegmasic& chroniques , t.ii.
DES MALADIES. ^l
dans rhjpolhèse de ce pbysioiof{isle , on suppose que celle inégale et tuniullueuse dislribulion de fluides a Heu dans les mêmes vaisseaux où se passe la principale circulation régulière et indispensable ; ce qui est en effet totalement inadmissible. Mais on ne sera plus forcé de nier des effets organiques aussi bien démontrés et reconnus par les meilleurs observaJ.eurs, quand on les placera hors du cercle circulatoire sanguin^ et dans celte grande portion du sjsième vasculaire, également susceptible de contenir toute espèce de fluides , et de leur imprimer toutes les sortes de directions et rie mouvenieos, selon les états divers de la sensibilité qui l'anime.
Nous avons vu que le spasme fébrile est trèsgénéralement accompagné d'une sensation de froid. Celte sensation de froid se modifie dans les différentes espèces de fièvres. Dans les fièvres simples, les éphémères, les continues , c'est \in frissonnement qui revient à la moindre occasion , mais qui se dissipe facilement. L'application dUine chaleur externe réussit à soulager le malade, qui peut en quelque sorte prolonger à son gré le soulagement en ne changeant pas de position ; de sorte que c'est plutôt une disposition continuelle à la sensation du froid que l'étal actuel de cette sensation. Il n'en est pas ainsi du froid de l'accès de la fièvre qui nous^
occupe : c'est le plus souvent un froid si grand, que , du côfe du malade , il va jusqu'au frémissement universel de la peau , jusqu'au tremblement des membres, jusqu'au claquement des dents; et que, du côté des assislans, il se laisse apercevoir par le refroidissement des extrémités, du nez, des oreilles , et surtout de la plante des pieds. Toutefois, cette sensation de froid ne dépend pas toujours et nécessairement d'une diminution réelle de chaleur. Les expériences de Dehaeii et de Haller ont prouvé que souvent , dans cette période de la fièvre, la chaleur observée au thermomètre est non-seulement au même degré que dans l'état ordinaire , mais qu'elle passe encore ce degré.
Le froid fébrile dépendant , lantol d'une sensation trompeuse, tanlôtd'une véritable privation du calorique , est une nouvelle preuve de l'aflectiondu sjslème absorbanl, puisqu'une cause d'irritation quelconque, portée sur un vaisseau de ce système , ou bien introduite clans son intérieur, suffît pour produire les frissons , qui s'identifient toujours avec la sensation du froid , parce qu'ils en sont les résullatsles plus ordinaires quand celte sensation est poussée jusqu'au point d'être irritante ; et puisque nous avons vu dans la première partie ce système chargé seul de maintenir l'equilibre de la température du corps humain par
D i; s MA LA D I E S. 4^
la propriété qu il possède de produire ou de soustraire le calorique ^ suivant les nombreuses variations de la vitalité qui lui est propre. Il est du moins certain que cette fonction et les phénomènes qui en dérivent dans l'état de maladie sont absolument indcpendans du système sanguiiijà qui Ton a voulu long-temps les attribuer. Dehaen a constaté la permanence de la chaleur naturelle chez un homme qui , pendant tout ce temps, était complètement asphyxié, c'està-dire, dans lequel le mouvement des artères avait absolument cessé; tandis que, d'autre part, il a vu la chaleur complètement éteinte dans un bras paralytique, quoique le pouls s'y soutînt dans toute sa force. On rencontre d'ailleurs de certaines fièvres dans lesquelles le malade, brûlé d'une ardente chaleur dans ses viscères intérieurs , éprouve un froid insupportable à l'habitude extérieure du corps. Senac en cite d'autres où la chaleur et le froid se trouvaient inégalement répartis, de telle sorte que les malades éprouvaient un degré considérable de chaleur dans les parties supérieures, et un froid extrêmemeht vif dans les parties inférieures. Ces différens accidens de la température , indépendans du pouls ^ sont surtout très-remarquables et très-familiers dans les constitutions nerveuses à l'excès ; ce qui avait fait penser à quel-
ques auteurs modernes que les nerfs étaient les seuls instrumens de la chaleur; mais l'inlimc connexion et l'espèce de fusion que nous avons fait remarquer entre les nerfs et les vaisseaux absorbans, nous permettent de regarderl'opinion de ces auteurs comme favorable au sentiment qui nous fait attribuer ce phénomène aux propriétés vitales des vaisseaux absorbans.
Il est bon de rappeler ici que Senac avait déjà noté que le frisson attaque principalement les parties externes, et qu'il atteint rarement les parties intérieures, ou que, du moins, aucune sensation n'y manifeste sa présence ; que , quoique ce frisson produise différentes douleurs S3^mpathiques, soit dans les articulations, soit dans les lombes, soit dans les parties internes, et notamment dans le bas-ventre , l'estomac , la poitrine et la tête , il agit néanmoins spécialement sur l'organe dermoïde , qu'il peut , s'il acquiert une grande intensité, frapper de stupeur^ au point qu'on a vu des malades se brûler sans s'en apercevoir.
Pendant que le resserrement convulsif , et , en quelque sorte , spécifique des vai-îî.eaux absorbans de la peau donne à cet organe une froide insensibilité et y suspend presque entièrement les fonctions vitales, l'éréthisme sympathique qui va saisir les organes intérieurs, loin d'avoir des^
effets analogues , donne lieu à un surcroît de sensibilité qui se reconnaît à divers symptômes , tels que la toux produite par l'air extérieur, devenu trop irritant pour la membrane pulmonaire, le vomissement des liquides que l'estomac De peut plus supporter, etc. 11 est d'observation que des parties internes s'élève, pendant le frisson, une grande chaleur dont les malades se plaignent souvent, tandis que la superficie de leur corps est refroidie et comme glacée ; et il est notoire qu'il s'établit alors dans les parties centrales un mouvement plus intense d'où dérive cette chaleur intérieure qui devient si incommode (i).
JSe reconnaît-on pas dans ces phénomènes le balancement continuel d'action qui lie l'organe dermoïde et l'organe muqueux (2 j ? Ne
(i) Senac, de Recondilâ Ftbv. ; et Darwin, Zoo^ homie ^ t. 1 , paj^. 252.
(2) Le docteur Symson en rapporte un exemple d'un autre genre, et qui prouveen même temps l'accroissement d'action qui a lieu dans les vaisseaux absorbans pendant 1-es niouveiucns fébriles, et la réalilé de ces couraiis qui s'élabiitsentde la peau vers les membranes muqueuses. Un malade qui avait la fièvre avec diarrhée refusant de boire quoiqu'il eût une excessive chaleur , on lui mit les pieds dans l'eau froide. Aussitôt on observa un décroisscment notable de l'eau du bain , et de suite après , le malade nsndit une selle aqueuse très-abondante.
voit-on pas que le froid fébrile produit le même effet que celui de l'almosphère ? Ne voit - on pas que, dans les deux cas, la cause qui agit sur la peau d'une manière spéciale agit ensuite secondairement sur le système muqueux , soit par le refoulement du sang que le frisson accumule sur les membranes de ce système , soit par l'irritation sympathique qu'il y produit? Ne voit-on pas que, pendant le frisson fébrile, comme pendant l'action d'un froid extérieur intense, non-seulement le sang et les liqueurs, mais encore la chaleur et la sensibilité sont chassés de la peau et violemment portés sur les membranes muqueuses, ce qui établit dans ces dernières un état de pléthore, de sur-excitation^ dephlogose même, qu'on reconnaît à plusieurs signes non équivoques , ainsi qu'à des altérations organiques encore plus certaines? Et n'estil pas évident que ce déplacement de liquides , de fluides gazeux , de principes vitaux quels qu'ils soient , se fait d'une manière aussi rapide qu'instantanée? N'est-il pas évident qu'il s'opère sur une très- vaste étendue? Or, comment concevoir que des mouvemens si rapides^ si marqués, si généraux, se passent entre les extrémités artérielles et veineuses , comme il le faudrait si l'on admettait le système capillaire de Bichat, et cela sans inlerrompre le «our»
D EsS M AL A n I ES. /^'J
de la circulation sanguine , sans éteindre subitement la vie ? Où trouver des agens capables de les produire , si ce n'est dans le système des vaisseaux absorbans , qui contient les vaisseaux les plus irritables, les plus mobiles, les plus independans de la circulation sanguine ? Dans quel lieu rencontrer , enfin , ces sortes de vaisseaux plus favorablement disposés pour opérer ces grands courans que dans les tissus dermoïde , cellulaire et muqueux , liés par tant de points de contact , par tant d'analogies de structure , par tant de propriétés vitales , et ne formant j en quelque sorte , qu'un seul et même réseau , lequel embrasse et pénètre toute l'économie animale ?
Mais bientôt un autre état succède à celui que nous venons de décrire et d'analyser. Dans le premier, la peau était fortement contractée, et ce resserrement lui imprimait une couleur pâle , parce que le sang ne circulait plus dans le tissu réticulaire , ni dans les vaisseaux multipliés qui s'y répandent. Dans le secoi'id , au contraire, le sang et les humeurs, qui obéissent à une nouvelle tendance^ à une nouvelle direction de mouvemens, se portent avec force vers la peau , qui se trouve alors chargée d'une quantité de sang surabondante. A mesure que la sensibilité , concentrée d'abord sur les organes in-
teneurs , se fait jour à travers les obstacles que lui oppose le spasme fébrile , elle gagne de proche en proche. Les vaisseaux absoibans , reprenant peu à peu leur ton naturel, dégagent du calorique , sucent avec avidité le sang et les humeurs qu'ils repoussaient auparavant j d'où résulte une excitation nouvelle , uiîe réaction d'autant plus vive que la concentration de la sensibilité a été plus grande. Dès-lors les {jarlies qui sont le siège de cette réaction, loin de garder les proportions naturelles , passent à un excès contraire : la peau , qui s'était progressivement réchauffée , devient brûlante ^ rouge et comme enflammée ; elle se raréfie ^ se dilate , se distend et souffre une tuméfaction manifeste. A mesure que ces charigemens s'opèrent , le cœur, le pou mon, l'estomac, la tête reçoivent de nouvelles impressions sympathiques; les artères commencent à battre avec plus de force et de développement ; la respiration devient plus grande et plus libre ; les anxiétés précordiales diminuent dans la même proportion ; mais la soif s'exaspère, et la stupeur enfin se trouve remplacée par une violente céphalalgie. La pleine vigueur de ce second stade s'accompagne d'un sentiment de tension et de surcharge dans tout l'organe extérieur et d'une chaleur extrêmement incommode ^ sensation qui ne répond point à
DES M A LADI rS. 49
Vaiigmentalion réelle de la chaleur , laquelle ne peut augmenter chez l'homme que de douze à treize degrés , quelque ijrùlaute qu'elle soit en apparence. Cet état de vigueur se soutient àpeu-près huit ou dix heures dans une lièvre complètement simple, c'esl-à-dire , qui n'aflecle primitivement que l'organe extérieur. Vers la lin , l'érétisme des vaisseaux cutanés n'existe plus que dans les plans superficiels , et n'a plus d'autres signes que 1 état de sécheresse de la peau ; mais insensiblement cet érélisme se dissipe tout-à-fait, et la sueur qui coule en abondance et d'une manière uniforme de tous les points de la surface cutanée , annonce la solulion parfaite de l'accès.
Une remarque essentielle à notre sujet , c'est que dans Taccès d'une fièvre de la nature de <:elle qui nous occupe , l'évacuation critique se fait , ainsi que dans la fièvre éphémère, par les sueurs. Il est aussi très-remarquable que pendant la convalescence de ces sortes de fièvres^ les urines sont très-abondantes , selon l'observation de ïorli, Werlhoff, Strack et de plusieurs autres praliciens. ce qui peut servir de rapprochement entre cette fièvre et l'éphémère, la plus simple , la plus superficielle , la plus légère des fièvres. Comme l'éphémère , elle parcourrait aussi ses périodes en un lenjps Irèsn. 4
5o PU SirCE ET DE T. A NATUhE
court, si son intensité beaucoup plus grande y si l'éiDranlement profond qu'elle produit dans toute l'économie animale , et sur le système absorbant et nerveux en particulier , n'établissait une tendance prononcée à des retours réguliers après un repos de plus ou moins de durée ; ce qui donne lieu , pour ainsi parler , à une succession de fièvres éphémères qui prennent dans ce cas le nom d'accès , et dont l'ensemble a reçu le nom Ae fièvre intermittente.
Au reste, ces points d'analogie que nous faisons remarquer entre la fièvre éphémère et l'accès d'une fièvre intermittente , sous le rapport de ïeursiégeet de plusieurs de leurs phénomènes, ne supposent pas une parfaite identité de nature. L'une est le partage le plus ordinaire des jeunesgens forts et vigoureux , ou tout au moins ne suppose aucune débilité antérieure; l'autre , au contraire, s'attache de préférence aux personnes affaiblies par l'âge , le tempérament, le cliquât , la température. Dans l'une , le resserrement spasmodiqueàpeine fixésurune fibre forte et énergique devient le signal d'une prompte réaction qui le dissipe facilement ; dans l'autre , au contraire , la constriclion des vaisseaux cutanés, plusprofondément établie sur desorganes précédemment affaiblis, a le temps de s'étendre et de s'accroître avant d'être arrêtée par les ef-
DES MALADIES. 5l
forts cVune vitalité presque toute concentrée dans les organes internes. D'un autre côté , comme dans la première, les spasmes concentriques sont légers et superficiels, la réactiou qui en est la suite est douce et modérée ; tandis que leur intensité, dans la seconde, produit des mouvemens excentriques plus violenset plus rapides. Mais dans l'une comme dans l'autre, ce sont les vaisseaux absorbans superficiels de la peau qui sont primitivement affectés , et d'où le mal se propage de proche en proche. Dans l'un et dans l'autre , il faut distinguer l'affection primitive et essentielle de l'organe extérieur , de l'affection secondaire et sympathique des organes internes : dans fune et dans l'autre , il faut reconnaître pour effet critique l'exhalation augmentée de la sueur et de la sérositécellulaire, sérosité qui produit, à la iin de la maladie^ des urines aqueuses plus ou moins abondantes.
La présence de cette sérosité dans le tissu cellulaire n'avait pas échappé aux anciens, puisqu'ils étaient dans l'usage de terminer la cure des fièvres intermittentes par des diurétiques suivis pendant un certain temps. Grimaud la reconnaissait également , et il en concluait que le flux abondant d'urines propre à ces sortes de convalescences tienl à la même cause que celle qui produit les affections hydropiqties. Ces
5a UU SIEGE ET DE LA NATURE
sortes d'afl'eclions peu redoutables à la suite âè la fièvre épliémère , quoique cette fièvre produise les mêmes résultats critiques que les accès de la fièvre iutermiltente , le sont beaucoup dans cette dernière , et la raison en est facile à saisir. Dans l'une , les accidens sont faibles et passagers ; dans l'autre^ les mouvemens violens , et pour ainsi dire excessifs , que produit chaque accès , se renouvelant pendant un espace de temps assez conside'rable, il en résulte toujours un abattement extrême des forces et un état de langueur et d'inertie des vaisseaux absorbans , lequel dispose à la génération des maladies qui dépendent de l'atonie de ce système. Hoffmann a dit avec beaucoup de vérité qu'il y avait peu de ces fièvres qui ne décidassent , à 11 longue , un état cachectique auquel l'hydropisie ne tardait pas à succéder.
Toutefois 3 il est incontestable que la faiblesse du système absorbant entraînée par la répétition fréquente des accès de la fièvre intermittente, rend plutôt raison de la stagnation des sérosités dans les interstices cellulaires , de l'état cachectique où tombent les malades après une longue durée de cette fièvre, que de la présence et de l'abondante prodr.cticn de celte sérosité. Dans la fièvre éphémère, comme dans les premiers accès de la fièvre inicruiittente, les urines et les sueurs
entraînent la plus grande partie de celte se'rosité surabondante produite par le travail spécifique (le l'accès ; mais à mesure que la fièvre se renouvelle , et bien avant que les solides vivans soient tombés dans la faiblesse et le relâchement cachectique, cette sérosité devenant de plusen plus abondante , se loge et s'insinue dans les réseaux réticulaires, dan s lesaréoles cellulaires et cutanées à la place du fluide sanguin , qui paraît se transformer tout en eau sous l'influence de la nouvelle action spécifique imprimée aux vaisseaux absorbans par l'irrilalion fébrile : aussi voit-on^ après le quatrième ou le cinquième accès, la peau des malades perdre l'incarnat naturel et devenir d'un blanc jaunâtre , signe assuré de ce travail accidentel. Quelle que soit la force antérieure des sujets, quelle que soit l'intégrité des digestions, quelque bonne que soit l'alimentation , à mesure qu'une fièvre intermittente se prolonge, on voit le sang s'atténuer de plus en plus , les sérosités devenir toujours plus abondantes et s'accroître au point de pénétrer tous les tissus, d'accabler et de surcharger surtout l'organe dermoide et l'organe cellulaire. La faiblesse des solides n'est donc pas la cause première de la cachexie séreuse qui est la suite inévitable des fièvres intermittentes de longue durée, mais bien le mode particulier d'action imprimé dans ces fièvres aux
vaisseaux absorbans culanës el celiulalrt-s , mode d'action en vertu duquel ces vaisseaux produisent des quantités sans cesse renouvelées d'hur» meurs séreuses qui vont abreuver toute l'économie et porter par-tout le relâchement. Ce vicieux accroissement d'action du système absorbant est , au reste , non-seulement prouvé par les phénomènes que nous venons d'exposer , mais encore par le témoignage des auteurs qui rapportent de nombreux exemples d'où il résulte que l'atrophie , la consomption , le scorbut et les engorgemens glandulaires sont trop souvent les suites funestes de fièvres intermittentes. Ce sont des observations analogues qui ont déterminé Th. Evans et Basilewitzch à placer le siéiie des fièvres intermittentes dansles «landes absorbantes, et Kortum et Sœmmeringà partager leur opinion (i). Ces derniers la poussent même plus loin , comme nous le verrons par la suite , puisqu'ils l'étendent à plusieurs autres espèces de fièvres. Mais ici se présente une grande divergence d'opinions entre les médecins. Si quelques-uns, en petit nombre, ont pensé au rôle que les vaisseaux absorbans pouvaient jouer dans la productiondes fièvres intermittentes, un nombre bien plus considérable en a placé le siège dans
(i) Sœmmering, de Morb. vas. obs., 1793, pag. i3.
îesyslème nerveux. Les premiers fauteurs de celle opinion sont Mundius , Borelîi , Morlon , Cole, elc. Pour concilier ces deux façons de penser en apparence contraires , il suflit de voir ce que ces médecins enlendaient par système neiveux. Guil. Cole nous dit , el il parle d'après Glisson et tous les médecins de son école , qu'il entend par système nei'i'eujc , non-seulement les nerfs proprement dits , mais généralement tout ce qui constitue les fibres , soit des muscles , soit des membranes, et tous les autres prolongemeus nerveux, quelque part qu'ils se trouvent ; car il considère le centre du cerveau comme la racine de l'arbre humain se divisant en un tronc , des branches , des rameaux , des rarauscules innombrables (i).
Une telle façon d'envisager le système nerveux ne nous rappelle- t-elle pas ce que nous avons établi louchant le système absorbant, formant d'abord les premiers linéamens de l'embryon , devenant , par une organisation plus avancée , moelle épinière , puis cerveau ; puis j à l'aide d'une multitude de variétés de structure, cordons nerveux, tissus cellulaires, fibres musculaires , vaisseaux , constituant en
(i) Noi'ce Hypolheseos ad expUcand. Jeb. int. nat., vol. in-;% i(ji8.
un mot le véritable solide vivant ; changeant de propriétés , recevant des modifications de sensibilité , exécutant des fonctions différentes suivant l'arrangement qu'il a primitivement reçu , sans toutefois perdre la continuité, qui en fait un ensemble dont toutes les parties se correspondent , quelques formes qu'elles adoptent naturellement ou par accident. C'est ainsi que le système nerveux est le siège des fièvres intermittentes ; car l'affection primitivement établie sur les vaisseaux absorbans cutanés et cellulaires, gagnant de proche en proche , se propage jus- <^Tj'aux cordons nerveux , ou plutôt saisit tout l'ensemble du système sensible.
Quoiqu'il en soit, malgré l'imposante réunion de symptômes que présentent les fièvres intermittentes , il n'en est pas moins vrai que lorsqu'elles sont simples et dépendantes d'une cause extérieure , l'organe primitivement affecté est l'organe superficiel, le tissu cutané et le tissu cellulaire sous-cutané. C'est là que le spasme se fixe d'abord; c'est delà qu'on le voit partir, pour gagner toutes les autres parties; c'est là que, par un véritable mouvement de resserrement et de concentration , il vide tous les vaisseaux , les frappe de nullité dans toutes leurs fonctions , ce qui les prive quelquefois de caîoiique et de sensibilité même; c'est là que, par une impulsion
contraire , les efforts de la vie ranimant la sensibilité clans le second stade , accumulent la chaleur , le sang et les autres fluides ; c'est enfin sur ces parties que s'opère le travail exbalatoire et le relâchement qui terminent la scène. Il est aisé de concevoir que certains désordres intérieurs assez forts pour réveiller la sympathie de la peau, et , d'ailleurs, de nature à lui imprimer de certaines modifications , produisent à leur tour la fièvre intermittenlc, en excitant secondairement sur cet organe les mouvemens que nous avons vu résulter d'une cause directe. Nous reviendrons plus loin sur celte importante matière , lorsque nous aurons fait connaître quelques autres phénomènes fébriles susceptibles d'intéresser spécialement la peau et le tissu cellulaire , et de s'établir sur ces organes indépendamment de tout désordre intérieur , de toute irritation profonde placée sur d'autres parties.
3". Delà Fleure injlammatoire , ou de la Fièvre prQ~ duite par V excitation morhifique des vaisseaux absorbans artériels , ou d'exhalation du deime et du tissu cellulaire.
Quant à présent , revenant à nos premières suppositions , nous admettrons ici que les mêmes causes que nous avons vu produire la fièvre éphémère viennent agir sur dçs indivi-
dus non-seulement bien porlaus, mais encore doués d'un tempérament sanguin et d'une grande susceptibilité vascnlaire , sur des individus chez lesquels la nutrition et 1 hématose s'exécutent avec une grande activité. Dès que Tune des causes déjà mentionnées est venu frapper la lotalilé de la surface cutanée d'un homme placé dans de telles circonstances , on voit survenir , au lieu d'une fièvre éphémère, inie affection plus profonde de l'organe dermoide , atVeclion dont la durée se prolonge beaucoup plus que dans le premier cas , s'accompagne d'accidens locaux et sympathiques plus marqués, ainsi que de certains phénomènes critiques d'un genre particulier, lesquels décèlent à des yeux attentifs la part que le tissu cellulaire prend à la maladie , et le mode d action spécifique imprimé aux vaisseaux absorbans pendant ce nouveau genre d'altération morbillque.
Après un frisson vit et passager ou des horripilations plus ou moins prolongées , la peau devient rapidement chaude, rouge, gonflée dans toute son étendue ; la chaleur qui se développe est le plus souvent lialilueuse , tantôt accompagnée dune transpiration qui sexhale sous forme de rosée et s'échappe de tous les pores , et tantôt d'un prurit incommode et désagréable. Ces premiers signes indiquent assez que le derme
est devenu le sie^e momenlatié (J un nouvel orgasme , et que les forces vitales se eonccnli cnt sur cet organe et s'y portent avec une cci tairie dncri^'ie (i). D'un autre côté , le cœur et le système sanguin repondent à cette airectiori de la peau par un pouls [)leiu , dur, fort et fréquent; l'estomac, par le dégoût desalimcfis et 1 interruption de ses fonctions; les poumons, par une respiration fréquente , cljaude et quelquefois difficile; le cerveau, par une céphalalgie ohluse, deséhlouisseniens, des vertiges; les ineirihranes muqueuses, par une soif intense, la sécheresse générale des organes re\êtus de ces membranes, la constipation , la rareté des urines, etc. , etc. On voit ici la force et l'étendue des sympathies indiquer une lésion plus profonde , une lésion qui , non-seulenjeiit saisit et pénètre toute l'épaisseur du derme , mais se propage encore à celte vaste couche cellulaire interposée entre l'organe extérieur et toutes les prirlies de l'économie animale , comme on l'observe dans la fièvre intermittente : seulement , on s'aperçoit en même temps, par la nature de-5 r*fjciionie;ics, qu il est ici question fie rnodificatiorjs \ilâl<.'S différentes , à beaucoup d'égards , de celles qui constituent et caractéi isenl celte fièvre.
(0 Caffin , Traité dc'^ Fit', rai a^cntitllei.
6o DU SIEGE ET DE LA ISTATURB
La chose deviendra palpable, si l'on considère' que dans les fièvres inlermitlenles nous n'avons remarqué pour toute humeur critique, que des sueurs ou des urines abondantes, et , en général, lexhalation vicieuse de sérosités, bientôt exhubérentes ; tandis que nous trouvons ici , en raison de la nouvelle excitation spécifique portée sur le tissu cellulaire , la production du pus ou de matières puriformes. Ce pus s'infiltre dans le tissu cellulaire , chemine et se disperse dans ce lissu , se trouve résorl)é par les absorbans de décomposition, et pénètre bientôt dans le saDg(ï)^ au lieu de la sérosilé que ces vaisseaux trouvaient auparavant dans les aréoles cellulaires, ou pêle-mêle avec cette sérosité (2). Aussi voit-on le fluide sanguin, tiré du bras après une certaine durée de cet état fébrile , se recouvrir, dans les vases où il repose, d'une humeur blanchâtre, qui prend ordinairement une consistance plus ou moins ferme et tenace , selon que la fièvre est plus ou moins violente. Beaucoup d'observateurs s'accordent à recon-
(i) Dans le cours des fièvres, les vaisseaux sanguins se remplissent d'une matière blanche ou ichoreuse j !a portion ronge y disparaît presque entièrement. Senac . Maladie du Cœur, in-12^ t. 11 , pag. 3iG.
(2) Quesnay, Traité des Fih'res. t. u, pag, •j.^Qi'
s, DES MAL AD I ES. Oi:
ïiailre à celle humeur des caractères communs avec le pus proprement dit. Celle formation du pus a (ilé signale'e par Quesnay, Hurnius, Colunni , Sarcone , Deliaen , Scrhœder , Grimaud , etc. ( i ) ; et la plupart de ces praticiens avancent qu'elle est éminemment attachée à la disposition inflammatoire. En effet, on conçoit que toutes les fois qu'il s'établit une excitation du tissu cellulaire plus ou moins vive et longtemps soutenue , comme on le voit dans les plaies et les tumeurs phlegmoneuses, il doit en résulter une exhalation puriforme plus ou moins considérable. Douterait-on que les vaisseaux ahsorbans du tissu cellulaire ne fussent péuëlrés , dans lalièvre qui nous occupe, d'une excitation assez forte pour produire le pus, comme dans les inflammations circonscrites ? La pratique nous fournirait mille exemples qui serviraient à prou» ver que ces vaisseaux n'ont besoin que d'un degré très- modéré d'exaltation de leurs propriétés vitales pour devenir aptes à séparer du sangles matériaux de l'humeur puriforme. Morgagni dit que chez les vieillards , et lorsque les parties sont œdémateuses , le pus peut se former sans fièvre, sans douleur, sans chaleur, sans pulsation , et sans aucun des signes ordinaires
(i) Grimaud, Trailé des Fièvres, t. i, pag. 28S.
de la suppuration (i). Or, si le pus peut se former dans des circonslances si opposées à l'élal inflammatoire , on peut aise'ment concevo:r qu'il peut être produit en abondance dans une maladie qui porte son influence principale sur toute l'étendue du système cellulaire, cutané et sous-cutané , et y développe un degré d'orgasme qui , pour n'être pas aussi violent que dans l'inflammation , n'en est pas moins trèsremarquable , et s'accompagne du mode particulier d'action propre à soustraire du sang et des humeurs animales les principes qui doivent servir à composer le pus ou les matières purulentes (2).
On peut , d'ailleurs , suivre les traces de cette humeur purulente jusqu'à la cessation complète de la fièvre, et même au-delà de ce terme. En
(1) Ciié par GiimauJ , ibld.
{^î) Hijîpocrate et Galion avaient remarqué que les matières fournies par la coction des fièvres simples continues sont entièrementsemblables au pus que produisent les inflammations qui suppurent, et queces matières sont l'elTet d'une cause de même genre que celle qui produit le pus. Hipp. , de Cris. , de Prœnot. ; Galen. , de diffcr. Febr., lib, i , cap. vi. On peut remarquer, dit Grimaud , que les poumons et la peau sont les deux organes qui paraissent le plus généralement aflèclé4 à la producliou du pus , ibid.
DES M A i. A D I ES. 65
effet , la couenne inflammatoire, qui s'e'lait montrée ferme et épaisse vers le temps de l'augmentalion de la maladie, décroît de plus en plus à mesure que la fièvre avance vers son déclin ; et c'est alors que les urines, qui étaient d'abord orangées , claires et transparentes, lorsque tous les organes sécréteurs se trouvaient resserrés par un spasme sympathique, laissent voir, à mesure que les symptômes perdent de leur intensité, d'abord un nuage , puis , ce que les médecins connaissent sous le nom de suspensum^ et déposent enfin dans le fond du vase un sédiment blanc, homogène, que Schrœder dit avoir trouvé parfaitement purulent (i). Ces sortes d'évacuations puriformes n'ont pas lieu seulement par les urines ; tous les excrétoires peuvent leur être propres , suivant les circonstances ; mais toujours, excepté dans le cas d'abcès critiques , la voie des urines est pour quelque chose dans ces évacuations ; et cette voie présenle constamment une issue aux humeurs purulentes cjuc le lissu cellulaire produit dans la fièvre inflammatoire, à cause de l'intime liaison établie entre les fonctions de la peau et celles des organes urinaires.
(i) Deexhib. venœ sect. in Febrib. Institiienda Pre~ cipuas cauliones , t. i.
On pense bien que , par la même raison , les intestins , qui suppléent si souvent la peau dans ses fonctions , et dont l'action est si souvent alternative avec cet organe , doivent présenter une facilité presque égale au dégorgement de la matière purulente qui s'est accumulée et disséminée dans le tissu cellulaire pendant le cours de l'effervescence fébrile. Aussi voit-on, dans le temps de la crise, les déjections présenter une consistance de purée que les médecins regardent comme le signe le plus certain d'une véritable coction. Mais il est vrai de dire que ces sortes d'évacuations critiques supposent qu'il existait quelques complications; car, dans les cas les plus ordinaires^, et lorsque la fièvre inflammatoire est simple et légitime, les voies digestives ne donnent d'autres signes critiques que la cessation de l'érétisme et de la constipation , et leur retour plein et entier à l'intégrité de leurs fonctions , ce qui devient manifeste par les selles naturelles rendues au moment de la crise.
Que si , au contraire , quelque accident , quelque épiphénomène vient à troubler les mouvemens réguliers de la nature; si une irritation fixée sur quelque point ; si des purgations intempestives cliangent la direction des monvemens critiques , l'humeur purulente , vague et mobile dans le tissu cellulaire ;, est déterminée à
se porter de toute l'universalité cUi corps vers une seule partie , et à s'y rassembler en peu de temps. Les excrétoires , qui auraieul dû lui douner issue , n'eu fournissent plus alors aucune parcelle ; les urines , par exemple , reprennent leur élal de transparence et de crudité, et il se nianiteste un dépôt critique. Dans le cas présent , ou u'aperçoit pas d'intlammalion préliminaire dans la partie où se rassemble la collection purulente , laquelle existe déjà toute formée par l'effet de la fièvre. Quesnay rapporte un fait curieux qui prouve l'existence et la mobilité de cette matière séro-purulenlc dans le lissu cellulaire sous-cutané;, à la suite des fièvres inflanu^.iatoires. Au moment de la crise d'une maladie de cette nature , la plaie d'une saignée faite an bras fut déterminée à s'ouvrir par une légère irritation locale. Les seuls tégumens se séparèrent , et il sortit par l'ouverture , d'abord quelques gouttes de matière assez iluide; les gouttes devinrent ensuite plus nombreuses , et tellement enfin qu'elles inondèrent en deux ou trois heures une serviette dont on avait enveloppé le bras. Cet écoulement continua pendant deux jours avec la même abondance , et s'arrêta de lui-même au bout de ce temps. La dépuration critique n'eut besoin que de celte voie , et la guérison fut parfaite. Le tissu cellulaire , dit n. 5
G6 DU SiÉCE ET DE LA NATURE
Quesnay , fut seul le fil Ire de cette évacualion (i).
L'humeur purulente qui se forme dans le tissu cellulaire pendant le cours et par l'eflet de iâ fièvre inflammatoire , se trouvant versée dans les veines par les vaisseaux résorbans qui partent des aréoles de ce tissu, du moins en grande partie, augmenle beaucoup la fluidité du sang ; car on remarque, dans celte circonstance^ que celui qu'on lire par la saignée n'a point la consistance ordinaire; qu'il est comme en dissolution, et que s'il tombe sur le linge , il s'y étend et le pénètre beaucoup plus facilement qu'il ne le fait lorsqu'il est privé de celle humeur (2). Tant que dure l'état de crudité, c'est-à-dire, tant que durel'éréthisme des organes muqueux et sécréteurs, celte humeur ne peut s'échapper par ces débouchés naturels des parties hétérogènes qui surchargent le sang ; on n'en aperçoit alors aucune traCe dans les sucs excrémenteux. Aussi, tout le temps que celle humeur s'aperçoit dans la masse sanguine , elle marque un état de crudité , selon le langage des praticiens. Mais on observe^ comme nous l'avons déjà dit, qu'elle diminue et disparaît eniin lorsque la coction
(i) Quesnay, Traité des Fièvres , t. 11 , pag. 258. (2) Quesnay , ibid. Grimaud , ibid.
©E s M AL ADI ES. 6"^
purulenle s'annonce et s'accomplit , ou , pour employer un langage plus précis, lorsque les divers excrétoires lui donnent un libre passage et Tenlraînent au dehors mêlée aux liqueurs qu'ils séparent nalurellemeut du sang. Carie pus doit être regardé comme un genre d'excrément qui , quoique étranger à l'état de santé, a la propriété de pouvoir être expulsé par nos organes indifféremment , comme les excrémens qui leur sont naturels. Ainsi , l'humeur purulente rassemblée dans le tissu cellulaire sous-cutané pendant la fièvre inflammatoire^ quoique formée contre l'ordre naturel à la santé, s'écoule par les urines, par les crachats , par les selles , quand la maladie est terminée, et devient alors une évacualion naturelle et salutaire.
Il est aisé de comprendre que la fièvre inflammatoire convertissant le tissu cellulaire en un vasteorgane sécréteur dupus,etrendanten même temps la digestion impossible ou très-difliciîe , il doit en résulter que la masse des humeurs n'est pas suffisamment refournie de principes nutritifs pour réparer ce que cet organe en consomme (i). Aussi remarquons-nous que leur
(i) On conçoit, d'après cela, que lorsqu'un ëtat permanent d'irritation, de souffrance ou de travail morbifique d'un organe essentiel, ou toute autre cause de même
6S DU SiÉGIÏ ET DE LA NATURE
reproduclioa se fait toute aux dépens de la graisse , à laquelle il faut ajouter les sucs gélatineux , ce qui n'empêche pas de voir disparaître une grande partie du sang lui-même. En efï'et , une fièvre de cette nature, après quelques jours de durée , et sans qu'on ait eu recours à la saignée, n'aura pas laissé que de diminuer sensiblement les forces du malade , et de le rendre aussi pâle que maigre ; d'où l'on peut conclure qu'une telle fièvre, dépendant toujours d'une prédisposition pléthorique , sutlit seule pour détruire promptement la cause qui l'a produite, et peut, en quelque sorte, devenir son remède (i).
Mais pendant que l'exaltation des propriétés vitales du tissu cellulaire sous-cutané se manifeste , soit par la turgescence de la peau , soit par les phénomènes sécrétoires que nous ve-
nature , dctermine sympatliiquemeiitlenîéme travail dans le lissu cellulaire et la peau , les malades doivent tomber dans le marasme j c'est une telle disposition devenue chronique ou habituelle qui fait le fond de ce qu'on nomme Jièvre hectique oujievre de consomption.
(i) C'est dans ce sens que Sjdenhain aurait raison de dire que îa fièvre est un instruruent de guérison entre les mains de la nature, et qu'elle produit, par rapport à la masse totale des humeurs , le même effet qu'un aposlème ou un abcès par rapport aux affect'ons locales.
DES M A L A n lES. 6q
nons d'exposer , l'exci talion sympathique du réseau de Malpiglii se montre de son cote' dans toute son évidence par la coloration de l'hahilude extérieure , et par l'exhalation continuelle d'une légère transpiration qui se convertit, vers le déclin de la maladie , en des sueurs plus ou moins copieuses. Il arrive même quelquefois , quoique fort rarement , que chez des sujets très-pléthoriques les vaisseaux du réseau réticulaire , au lieu de sérosité, versent le sang lui-même,, que les mouvemeîis excentriques naturels à celle espèce de fièvre avaient déjà fait passer en plus grande abondance dans leur intérieur. Zacutus Lusilanus fait mention d'un homme robuste et bien constitué, qui se trouvait atteint à chaque printemps d'une fièvre , se terminant spontanément et de la manière la plus heureuse par une sueur générale de sang vers le sixième ou le septième jour. Au moment où l'hémorrhagie commençait , le malade ressentait un prurit incommode sur toute la surface du corps (i). Fabrice de Hilden cite un autre exemple de fièvre hémorrhagique sur un jeune garçon de douze ans, à la suite d'excès de vin et d'une marche forcée. Dans cette fièvre , qui n'était pas aussi simple , aussi su-
(i) De Prax. wedic. admir. , lib. m , obsew. lxxiu
yO DU SIEGE ET DE LA NATURE
pei ficielle que la précëdenle , l'hémoiTliagie eut lieu, non-seulement par la peau, mais par quelques points des membranes muqueuses (i).
Toutefois , les hémorrhagies qui surviennent dans la fièvre inflammatoire , laquelle semble pourtant afïecter la peau d'une manière spéciale, arrivent rarement sur le siège de l'aflection primitive et essentielle. Les membranes muqueuses tenues dans un état d'orgasme sympathique pendant toute la durée du travail fébrile de la peau et du tissu cellulaire, laissent échapper , au moment où le relâchement s'établit dans les solides , une certaine quantité du fluide sanguin , dont leurs vaisseaux se trouvent d'qjitant plus gorgés que les sécrétions naturelles ont été suspendues ou beaucoup diminuées pendant la maladie; et ce sang, qui s'échappe le plus souvent des narines, est le signe heureux de la cessation du spasme et le prélude du rétablissement des fonctions. C'est sous ce point de vue qu'il faut envisager les hémorrhagies ainsi que la sortie des humeurs qui sont îe produit des mouvemcns fébriles , et non les regarder comme une vérilable dépuration des prétendues causes de la fièvre. Car la cessation
(ï) Obs. chirurgie, ,■ cent. vi.
DES MALADIES. J l
subite et la terminaison de la maladie sont eu quelque sorte indépendantes de la sortie de ce5 humeurs , lesquelles ne sont pas malfaisantes par elles-mêmes , du moins dans cette fièvre , et peuvent être évacuées en détail par différentes voies , sans que leur présence plus ou moins prolongée renouvelle les accldens.
Ce qui prouve d'ailleurs que les hémorrhagies muqueuses n'ont , dans le cas présent , de valeur que comme signe heureux , sans doute , mais peu important en lui-même , c'est que d'abord elles ont leur siège sur un organe qui n'est que sympalhiquement affecté ; c'est que toutes les fois que la même nature d'ébranlement émeut l'économie animale, elles se représentent sans opérer ni bien ni soulagement^ comme nous l'avons souvent observé dans le second stade des lièvres intermittentes ; enfin c'est que les praticiens ne les regardent comme vraiment critiques que lorsqu'elles s'accompagnent des autres signes de la coclion purulente ; de sorte que l'évacuation de la matière puriforme, soit par les urines^ soit parles selles^ soit parles crachats, accompagnée de l'éruption de la sueur, suffit seule pour manifester la terminaison de la maladie sans l'hémorrhagie , et que l'hémorrhagie ne produit et n'indique rien de positif, îiiême avec la sueur , sans la présence de la ma-
■72 t)V SiKGE ET DE LA NATURE
tière pumleiîle mêlée à l'une ou l'autre de nos excrétions (i).
Dans le tableau que nous venons d'exposer d'une affeclion générale et essentielle de la peau et du tissu cellulaire, produisant, au moyen des nombreuses sympathies de ces organes, des effets si notables dans l'économie animale , nous avons pu distinguer, comme dans les précédens, un dégagement considérable de chaleur^ le passage du sang dans les vaisseaux blancs , l'exhalation de la transpiration à la superficie , et de plus que dans la fièvre éphémère , le gonflement du tissu cellulaire sous-cutané, qui doit, si l'on en juge par l'analogie des bourgeons charnus , s'être plus ou moins pénétré de sang ; nous avons remarqué la sécrétion et l'exhalation du pus dans les aréoles du tissu cellulaire, la transmission de cette humeur dans les veines , sa présence dans le sang manifestée par la couenne, et l'expulsion subséquente de cette humeur par divers émonctoires , lorsque les mouvemens vitaux reprennent leur rhilhme naturel. Ces phénomènes ont pu présenter à l'esprit des anciens une image de désordre et de confusion dans les mouvemens des solides , de dissolulion et de pourriture dans la composition des
(i) Qiicsnay, Trailé des Fièvres , t. 11.
DES MALADIF, s. yS
îiiimeurp. Aussi Prosper Marlian disait-il que , pour produire la fièvre, il fallait nécessairement une disgrégalion des humeurs ; mais Ton se fait une idée de ce qu'il entendait par celte dlsgrégalion , quand on lui voit conseiller l'opium pour prévenir les mouvemens fluxionnaires,ret(ardés par lui comme la cause de celle disf^régalion (i). Depuis que les travaux des anatomisles modernes nous ont appris et l'existence et les propriétés des vaisseaux absorbans, nous pouvons rendre raison d'une manière plus positive de ce que l'illustre praticien romain n'exprimait que d'une manière vague , et seulement comme un homme qui entrevoit une vérité sans pouvoir entièrement la saisir. Nous devons admirer la pénétration qui lui fît devancer Je siècle où son observation , restée confuse , peut recevoir la plus grande clarté de l'anatomie , et devoir à cette science des développemens susceptibles d'en démontrer toute la vérité. N'est-il pas évident que les vaisseaux absorbans sont le siège de la sorte de disgrégation opérée dans les humeurs dans le cours des fièvres? Que c'est l'irritation de ces vaisseaux qui, exaltant^ modifiant leur sensibilité , leur fait tantôt pomper le sang dans leur intérieur.
(i De Loc's in /lom^'n. , vers. «xr.v.
tantôt séparer de ce fluide les matériaux de la matière puriforme; tantôt verser cette matière dans les veines , tantôt la refuser, tantôt la recevoir dans les organes excréteurs ; tantôt même livrer passage au sang lui-même à travers les radicules dont ce système de vaisseaux couvre toules les surfaces , suivant les innombrables modifications qu'il reçoit de la cause de la maladie , du siège qu'elle occupe , du tempérament , du sexe et de l'âge des malades ?
Nous avons déjà vu les raisonnemens et les faits allégués par M. Pujol en faveur de celle opinion. Il nous a également été facile de juger du peu de solidité des argumens avancés pour établir l'action des artères dans la production de ces phénomènes. Reviendrons-nous, avec M. CafHn, aux vaisseaux décroissans de Boerhaave? Mais il faudrait d'abord démontrer l'existence d'un tel ordre de vaisseaux. Distinguerons-nous soigneusement avec lui la fiièvre de la pyrexie? Mais il faudrait d'abord pouvoir se faire une idée d'une fièvre sans pyrexie ou d'une pyrexie sans fièvre , et prouver que ces deux mots ne sont plus synonymes, n'exprimentplus la raêmeidée.
Ne tiendrait-on pas un langage plus clair et plus conforme aux lois connues de l'économie animale , si l'on disait que l'affection primitive des vaisseaux absorbans de la peau et du tissu
cellulaire sous-cutané produit un ensemble de phénomènes locaux et sympathiques inséparables et nécessairement liés quoique successifs, lesquels constituent ce que les médecins connaissent sous les noms dejièi^'re éphémère y de Jièi^T'e injlammatoive y de fièvre intermittente ^ selon le degré de pénétration ou d'intensité de l'irritation , et selon le mode spécifique d'action que cette irritation imprime à ces sortes de vaisseaux ; si l'on disait que cette série des symptômes locaux et sympathiques peut être directement déterminée par une cause externe agissant sur l'ensemble du tissu dermoide, comme aussi elle peut être sympathiquement produite par l'altération d'un organe profond , par une cause intérieure; de sorte que toute affection qui produit une fièvre symptomatique agit sur la peau comme l'aurait fait une cause extérieure, et donne lieu à tous les accidens que nous venons de voir dériver de l'irritation directe de cet organe, dont la sensibilité aboutit à toutes les parlies ? Ce nouveau point de vue pourrait concilier toutes les divei'gences d'opinions entre les médecins qui regardent la fièvre inflammatoire, par exemple , comme le produit d'une diathèse générale sans affection locale, et ceux qui supposent celle fièvre toujours entéesur l'inflammation de quelque organe. Car il e^l bien évident que
les partisans delà première opinion ne pouvaienî parler que des organes internes rt dislincls de la peau el dn tissu cellulaire , puisqu'ils montraient ces dernières parties gorgées de pus après la mort , afin de prouver la diathèse générale (i); tandis que les partisans de la seconde se trouvaient embarrassés des argumens de leurs adversaires , qui leur citaient des fièvres sans allération des organes internes , parce qu'ils ne voyaient pas plus que les autres que la peau et le li'isu cellulaire étaient le véritable siège de l'affection essentielle et locale qui constituait la fièvre inflammatois'c , laquelle cependarU ils sentaient bien ne pouvoir attribuer à une disposition vague de l'économie animale.
G est en raison de la situation extérieure de la peau qui 1 expose à l'action de toutes sortes de causes irritantes; c'est en raison de lu correspondance intime qu'elle entretient avec le reste des parlies, que, de toutes les maladies qui affligent Ihumanilé, il n'en est pas d'aussi fréquente que la fièvre : car , selon nous , ce mot , pris dans toute sa simplicité, dans toute sa généralité, indique toujours l'affection primitive et essentielle de cet organe. Ce sont ces dispositions particu-
(1) Selle, Pyretol. : Hewson , Experimeiit. inqmr. into ihe Ijuipliat. System. , pag. 1 18-
DES MAI. A D 1 ES. 'l'J
îières à l'organe cutané qui rendent celte maladie propre à tous les âges, à tous les sexes, à tous ies climats, à toutes les saisons , et foulque , tantôt maladie esseulit'lle, tantôt symptôme des autres maladies , elle se joint à presque toutes les altérations un peu foi tes de l'écoiioniie animale, et leur donne ou en reçoit toutes les formes, tous les types possibles et connus. Lt-s causes exlerneset les causes internes pouvant également y donner lien , ce doit être rafl'ection la plus commune et la plus facile à produire. Un exercice violent de la part des muscles, wne augmentation d'activité dans les organes intérieurs, une température élevée ou refroidie, et beaucoup d'autres causes en apparence aussi légères, augmentent la chaleur et la rougeur de la peau , troublent ou accélèrent la sécrétion de ses fluides naturels , ce qui est bientôt suivi de la précipitation des mouvemens du cœur, et de tous les autres phénomènes qu'entraîne à sa suile l'irrilalion générale de rorgaae dermoïde , tant cet organe est facile à émouvoir, tant l'économie entière est disposée à participer aux troubles et aux désordres dont il peut être le siège , tant lui-même, à son tour, reçoit facilement Fim pression des mouvemens tumultueux qui peuvent se produire à l'intérieur !
Au reste, si l'ensemble de symptômes qui
constituent la fièvre commence par la peau et se propage successivement au cœur et aux autres organes intérieurs, il arrive aussi que,, dans la terminaison de ces maladies^ la plupart des effels sympathiques ont cessé quelques jours avant que le travail local de la partie principalement affectée s'arrête entièrement, et que les vaisseaux absorbans de celte partie reprennent le ton naturel de leur sensibilité et l'intégrité de leur action. Dehaen a reconnu qu'après les fièvres, de quelque nature qu'elles soient , terminées spontanément ou par les secours de l'art, la chaleur se soutient assez constamment, pendant sept ou huit jours consécutifs, à quatre ou cinq degrés au-dessus de la température ordinaire. On doit conclure de là que lorsqu'une fièvre paraît dissipée et qu'elle ne produit plus aucune marque de son existence, cette fièvre subsiste encore d'une manière extrêmement faible et absolument insensible pour celui qui l'éprouve (i) , et ne se dissipe guère qu'à mesure que le travail du tissu cellulaire pour opérer l'évacuation successive de l'humeur purulente se trouve appliqué de nouveau à la nutrition et à la réparation des parties. La fièvre se décompose de
(i) Cilé par Dumas, Mémoire sur les Fiè\'res; et par Griniaud.
DES M AL A D I ES." nç^
la sorte, et arrive à sa fin par des degrés obscurs el presque inappréciables, sous l'influence du même ordre de vaisseaux qui l'avait produite, quoique par une marche inverse et moins rapide.
4". De la Fièvre adynamique , ou de la Fièvre pro» duile par l'excitation morbifiqiic des vaisseaux absorbans veineux du tissu cellulaire , surtout du tissu cellulaire abdominal.
Nous avons vu que l'aflection des vaisseaux absorbans cutanés et cellulaires qui produit la fièvre inflammatoire, n'arrive qu'aux individus en qui la nature est toute puissante , aux individus chez lesquels les solides sont doués d'un ressort et d^ine excitabilité remarquables, chez lesquels les fluides sont bien élaborés et pénétrés sans doute eux-mêmes d'une dose considérable de vitalité ; chez lesquels enfin les poumons et les organes digestifs exécutent facilement leurs fonctions, produisentune grande quantité de sang, lequel porte en tous lieux l'énergique eifet du stimulus qu'il renferme, en même temps qu'une prompte et constante restauration.
Mais lorsqu'on s'est trouvé soumis à des circonstances en grande pr?rlie semblables à celles qui disposent à recevoir l'impression d'où dérivent les fièvres intermittentes; lorsque ces circonstances , non-seulement ont relâché le tissu
8o DU SIEGE ET DE LA NATURE
deriiioide, mais encore ont porté sur l'ensemble du solide vivant une action beaucoup plus profonde j lorsque tnfîn à ces circonstances sont venues se joindre une nourriture malsaine ou insuffisante, des évacuations excessives^ l'immodéraf ion dans les plaisirs vénériens , des fatigues extrènîcs, des veilles ou des éludes prolongées, des passions tristes, en un mot, tout ce qui peut afîaibiir, énerver, ruiner les forces, on voit les mêmes variations atmosphériques, les mêmes écarts dans le régijne qui ont déterminé les n)ouvemens inflammatoires , produire une iièvre d'un autie genre, et dont les effets priucipauXj tout en dérivant jusqu'à un certain point de l'atonie, comme les lièvres intermittentes, indiquent néanmoins une nouvelle modifîcalioa de l'économie animale.
Lorsque les causes déterminantes viennent de l'extérieur, cette sorte de fièvre survient inopinément au milieu d'une apparente santé. Mais, le plus souvent , elle est annoncée quelques jours à l'avance par une pesanteur et une faiblesse considérable, des douleurs dans les membres, de l'anorexie , de la stu[3eur,et par quelques autres phénomènes de ce genre, indices toujours certains d une lésion plus ou njoins générale. La fièvre débute chez les uns par un frisson qui dure peu ; chez les autre> , par une alterna-
DES MALADIES. 8f,
live de froid et de chaleur. La chaleur est d'abord douce au toucher, puis insensiblement plus vive, mordicanle , et paraissant arriver des re'gions les plus profondes du corps, selon la remarque de Boerhaave. Les pommelles se colorent d'un rouge foncé; le pouls est fre'quent , un peu développe , et peut même aller jusqu'à la dureté. Ces premiers mouvemens , qui sont quelquefois poussés au point de simuler le début d'une fièvre inflammatoire (i) ,soat bientôt suivis de la prostration des forces que l'on voit survenir plutôt chez les vieillards que chez les jeunes-gens. La chaleur et la fréquence du pouls diminuent alors peu h peu ; la peau devient terne et livide ; les malades exhalent très-promptement une odeur cadavéreuse; les sueurs, quand il en existe , sont partielles, visqueuses , d'une odeur désagréable ; mais le plus souvent la surface cutanée est sèche, et se recouvre d'une poussière roussâUe. L'on y aperçoit, dans les cas graves , des pétéchies, des vibices , des ecchymoses d'une couleur noirâtre ; la langue, d'abord blanche ou jaune, se sèche et se recouvre de fuliginosilés brunâtres qu'on détache avec peine, et qui se reproduisent bientôt après. La soif est vive , et même devient inextinguible ; un sang noirâtre s'échappe sou-
(i) lloux, Traité sur la Fie<,>Te adjnamique.
vent des membranes muqueuses; les urines sont bourbeuses et puantes , et les selles , d'abord nulles, deviennent abondantes, liquides, involontaires, noires et fétides. Enfln les affections gangreneuses se produisent avec la plus grande facilité pendant le cours de celte fièvre, soit sur la peau^ soit sur les membranes muqueuses.
Sans doute que la stupeur et l'abattement des traits, que la pâleur du corps qui succède à la rougeur momentanée du début , que la lenteur et la difficulté des mouvemens , que l'engourdissement des sens , que l'excrétion involontaire des urines et des excrémens , que la dépression et la rareté du pouls qui ne tardent pas a se montrer, que la formation d'escharres gangreneuses, que l'apparilion des taches péléchiales, sont autant de phénomènes propres à manifester l'affaissement plus ou moins considérable da solide vivant. Mais, d'un autre côté, la fétidité spéciale des sueurs , du sang , de l'urine , des excrémens ; l'odeur particulière de l'haleine , le changement de couleur de la salive , du mucus buccal , et les altérations visibles du sang , n'indiquent-ils pas un changement de nature dans toutes les humeurs , changement qui ne peut s'être opéré qu'en raison de certaines modifications et d'une excitation spécifique des vaisseaux
charfrés de les élaborer dans l'état naturel ? A"e troave-t-oii pas , d'ailleurs , dans !cs syuiplùmes de la fièvre adynainique ou putride dont i! est ici question, des preuves midlipliéesde l'excitation insoiile et spéciale de ces vaisseaux ? N'est-ce pas à cette cause qu'il faut rapporter les modifications de ia chaleur cutanée, la soif intense, les diarrhées , souvent coliiqualives, les hémorragies funestes et souvent intarissables qu'on y remarque ?
Certes , tous ces phénomènes, et tant d'autres que nous passons sous silence, ne sauraient être les produits de la faiblesse seule; Hiîdenbrandt observe même avec raison qu'ils ne s'y rapportent presque en aucune façon (^i). L'homme, en eiTet, peut parcourir tous les degrés de faiblesse, jusqu'à périr d'inanition, sans être atteint de la fièvre adynamique. D'ailleurs, la diminution de l'excitation et de l'activité vitales n'est jamais la cause immédiate de la fièvre ; car on ne peut produire artificiellement aucune espèce de fièvre au moyen de la faiblesse, tandis qu'on peut au contraire en produire par les stiraulans, appliqués, soit sur un individu fort, soit sur un individu faible ; et dans ce dernier cas ^ à quelque degré de faiblesse que tombent les
(i) Traité du Tj-phus.
84 DU SitGE ET DE LA NATURE
mouvemens vitaux , oa peut toujours remarquer que la fièvre a débuté par une excitation plus ou moins vive , plus ou moins prolongée, plus ou moins long-temps soutenue (i).
Bien plus encore ; quoiqu'il soit vrai de dire que les individus faiblement constitués, ou bien affaiblis par des causes accidentelles, soient plus particulièrement saisis de la fièvre qui nous occupe, on doit convenir que ceux qui sont doués d'une bonne constitution peuvent eu être atteints^ comme on le voit arriver, par exemple , durant le cours d'une épidémie. Dans cette circonstance, du moins, faudrait-il croire à l'action d'une cause inappréciable et spécifique répandue dans l'atmosphère, laquelle imprime tout-à-coup à l'économie animale la modification particulière d'où dérivent la prostration des forces et l'altération profonde des humeurs qui caractérisent la fièvre adynamique ou putride. Tel est , au reste, l'efl'et de certains poisons , lesquels abattent les forces , et jettent le corps dans une langueur mortelle. Ces délétères portent le trouble et le désordre dans toute l'économie animale, non-seulement en éteignant la chaleur du corps par l'arrêt de l'action des vaisseaux qui la produisent , mais encore en
(i) Hildenbrant; ihid»
snscilanl de certains moiivemens parliculiers dont quelques-uns ont des effets analogues aux principaux phénomènes des fièvres adynamiques ou putrides. Le poison de la vipère , pa? exemple , agit sur le solide animal, source de tous les mouvemens vitaux , de telle sorte qu'il produit la fièvre et la prostration des forces , que des points gangreneux se forment autour des plaies, que le corps des animaux infectes devient noir, et présente tous les signes d'une mortification prochaine ; qu'après la mort , on trouve dans le tissu cellulaire et les viscères des engorgemens, des èpanchemens de sang noir, des gangrènes , en un mot , des altérations analogues à celles qu'on remarque à la suite des fièvres adynamiques les plus intenses et les plus funestes (i). Celte analogie du poison de la vipère et des causes de la fièvre putride, n'avait point e'chappé à Huxam , à Milman , et
(i) Fontana, Traité sur le venin de la 7n'père , t. i , pag. i5i et i52. Les effets de ce poison sont les mêmes sur l'homme que sur les animaux. Quesnay rapporte , d'après Saviard, l'histoire d'un apothicaire qui fut mordu au doigt par uneléte de vipère détachée du corps, et chez lequel, après un frisson prolongé et quelques autres symptômes très-violens, le bras et tout le côté s'enflèrent et se recouvrirent d'une ecchymose de couleur noire. ( Traité d"s Fièvres j t. u.)
S6 DU SlÉGE ET DE LA NATURE
à plusieurs autres praticiens, et nous pensons qu'elle peut jeter im grand jour sur la nature des mouveniens qui constituent celte sorte de iîèvre.
En effet , l'action spe'cifiqne imprimée dans ce cas à toute réconomie auloiale , et les altërations remarquai les qui en résultent dans les fluides, laissent peu de doute sur le système de vaisseaux qui se trouve encore ici mis eu jeu. Les vaisseaux absorbans sont les seuls capables de produire de tels mouvemens et une telle disgrégalion d'humeurs. Mais pour î)ien comprendre ce qui se passe dans ce cas , il faut se rappeler que le système absorbant se divise en plusieurs portions distinctes , dans le nombre desquelles nous avons reconnu les absorbans de nulrilion ou d'exhalation , et les absorbans de décomposition ou de résorption. Les premiers s implantent aux parois des artères capillaires par d'innombrables radicules , exhalent les différens sucs nutritifs dans les réseaux et les aréoles parenchyraaleux ; siège d'un travail continuel, ils reçoivent et pompent souvent dans leur intérieur le sang aricriel qu'ils soumettent à une élaboration dont les lois nous sont inconnues , quoique la nature la mette chaque jov«r sous nos yeux dans ia formation des cicatrices et ducal des os. Les seconds prea-
nenl leur source dans les aréoles du tissu cellulaire , et partent de la profondeur des parenchymes, où ils puisent tous les re'sidus désormais inutiles à la nutrition, tous les fluidesépanchés çà et là , pour les verser dans les capillaires veineux , les intestins ou la vessie. Ces deux portions du système absorbant, confondues par la faculté d'absorber qui leur est commune , se distinguent par certaines modifications de sensibilité qui les met plus particulièrement en rapport, l'une avec le sang rouge, l'autre avec le sang noir , et paraissent avoir pour centres principaux , la première , les poumons et la peau ; la seconde , le foie et les organes abdominaux , où le sang noir s'élabore et se convertit en bile et en sucs digestifs et excrémenlitiels de plusieurs natures.
Ajoutez à cela que , par une disposition particulière de l'économie animale , les vaisseaux absorbans de nutrition étant , en quelque sorte j les premiers vivans , les premiers dans une activité qui ne se ralentit qu'au terme de l'accroissement, ils sont les premiers épuisés , et que leur action fait place à celle des vaisseaux absorbans ou de décomposition; ajoutez encore qu'un tel antagonisme est non-seulement le résultat secondaire des opéralions qu'amènent les deux âges extrêmes de la
■vie , mais la suite nécessaire de l'organisation qui fait que lorsque l'épuisement, au lieu d'être le produit del'âi^e, n'est que l'effet de quelques circonstances accidentelles , la première de ces portions du système absorbant est dans une iuerlie plus ou moins graude , tandis que la seseconde conserve des restes plus ou moins considérables d'excitabilité. L'on conçoit que, dans dételles dispositions, les causes de maladie , ou ne déterminent sur les vaisseaux absorbans artériels qu'une faible excitation aussitôt effacée qu'établie , ou même ne parviennent pas à les faire sortir de leur inertie; tandis que , trouvant les vaisseaux absorbans veineux dans un moindre degré d'atonie, ces causes produisent sur ces derniers des effets qu'il est impossible de méconnaître , et qui se présentent avec des caractères tont-à-fait opposés à ceux qui distinguent la lésion des absorbans artériels dans les fièvres éphémères et inflammatoires»
EOéctivenient , si, dans la fièvre inflammatoire, le sang rouge paraît en mouvement de toutes parts, dans la fièvre adynamique , le sang noir est le seul qui se montre quand la maladie est bien établie ; si , dans la fièvre inflammatoire, les propriétés du sang rouge répandu de tous côtés hors des voies de la circulation sanguine se manifestent par une excitatioa
b E s M A L A D I E s. Sq
toujours croissanle , dans la fièvre adynamique, les propriétés sédatives du sang noir se font reconnaître en ajoutant à la stupeur, à la lenteur des perceptions , à la prostration des forces (i). Si , dans la fièvre inflammatoire , le sang artériel imprime à la peau une teinte rouge plus ou moins vive , dans la fièvre adynamique, le sang noir donne à la surface extérieure du corps une couleur terne ou plombée , produit des taches livides et pourprées, colore en brun les mucosités de la langue et des gencives , les déjections alvines , les urines et les sueurs mêmes. Enfin, si, dans les fièvres inflammatoires, le sang
(i) On connaît le défaut de force et de chaleur vitale qui resuite de la maladie bleue , ainsi que les effets de la présence du sang noir sur nos parties dans l'asphyxie.
J^oyez le Traité des maladies du cœur, par M. Corvisart ; et celui de la Vie et la mort, par Bichat.
7^0 jez aussi l'histoire d'une fille qui devint bleue, et chez laquelle les forces se prosirèrent, à la suite d'une affection paralytique sur les vaisseaux absorbans pulmonaires charge's de l'hématose, sans maladie du cœur , sans même aucun autre dérangement organique apparent : la seule présence du sang noir et le défaut de la transformation de ce sang en sang artériel , causèi ent seuls tous les accidensde faiblesse et de prostration, et entraînèrent la mort après quelques mois de langueur. ( Bibliothèque médicale étrangère , janvier i8oS ; Bibliothèque médic, t. xx,pag. 375.)
rouge s'exbple des membranes muqueuses, le sang noir s'échappe également de ces membranes dans les lièvres adynaniiques , non par suite de l'heureuse terminaison des mouveraens fébriles , mais , au contraire , par le funeste effet de ces mouvemeus désordonnés.
D'un autre côté , l'on n'ignore pas que déjà Ludwiget Sarcone avaient observé que, dans les ilèvres putrides , les stases se font dans les peiites veines f qu'ils supposent dans un état de faiblesse relative ; on sait que Lancisi rapporte avoir trouvé dans les mêmes circonstances des congestions de sang noirâtre dans les vaisseaux du cerveau (i) ; on sait enfln que Selle et quelques autres médecins distinguent les inflammations putrides de celles qui sont le produit d'un •véritable étatintlammatoire , en ce que les premières sont formées par le sang veineux , et que les secondes le sont par le sang artériel (2); et , ce qui est digne de remarque et prouve dans quel système de vaisseaux se passent tous ces mouvemens désordonnés , c'est que , tandis que le sang noir est répandu çà et là dans le tissu cellulaire, dans le tissu cutané, dans le
(i) Lib. II, Epid. i, cap. vi , n" 5. (a) LuJwig, Inslil. nied. ; Sarcone, Maladies dp X^aples; cités par Selle , Pjrelol.
lissu muqueux , et paraît leiudre Ja plupart des excrétions , celui qu'on tire des veines est souvent d'un rouge c'alr , et ne présente plus aucun des caractères du sang veineux. Cependant les batlemensdu cœur et des artères n'ont cessé d'être réguliers pendant le cours de la maladie , et de donner la preuve de l'intégrité des mouvemens dans le cercle circulatoire sanguin : tant il est vrai que tout le désordre se passe hors de ce cercle circulatoire, et dans un système de vaisseaux qui s'en trouve tout-à-fait indépendant.
Plus nous avancerons dans l'analyse des phénomènes de cette fièvre , et plus nous nous convaincrons que les vaisseaux absorbans veineux s'y trouvent principalement affectés , soit que le corps , déjà considérablement affaibli et exténué, les causes physiques extérieures ne trouvent plus que ces vaisseaux capables de réagir contre leur impression , soit qu'un délétère spécifique répandu dans 1 atmosphère et introduit par les pores cutanés ou muqueux porte son action sur ces vaisseaux par une sorte de prédilection , comme semble l'indiquer l'effet du venin de la vipère; soit enfin, comme nous le verrons plus tard , que les organes abdominaux se trouvent le foyer d'où le mal se propage par ces sortes de vaisseaux à tout le reste du corps. Dans tous les cas , on pourra se convaincre que lé-
nervation du solide vivant n'est pas absolue et î^énérale dans celle maladie , puisqu'elle s'accompagne d'une chaleur profonde plus ou moins intense et durable , de sécrétions viciées, à la vérité , mais abondantes , et le résultai évident d'une action quelconque des vaisseaux, d'une disgrégatiou des humeurs telle qu'elle suppose l'activité en même temps que îa perversion des fonctions de certaines parties du système absorbant , et démontre l'existence d'une action spécifique, laquelle dure jusqu'à la terminaison de la maladie, produit et la prostration des forces musculaires et l'altération profonde des humeurs , et ne cesse qu'au moment de la crise ^ et lorsque les solides reprennent leur ton naturel et rentrent dans leur état de tranquillité habituelle.
En effet , s'il est permis de penser , d'après certaines apparences inflammatoires, sans doute bien fugitives, que présente le début de cette maladie dans certains sujets , qu'il s'établisse d'abord dans le tissu cellulaire sous-cutané un travail suppuratoire analogue à celui de la fièvre iiiflamraatoire, on ne peut douter que bientôt, au lieu d'un pus blanc et louable , produit constant d'une vie active, cet organe ne laisse suinter de ses porosités, frappées d'atonie et d'une modification particulière de sensibililé , qu'une
sorte de mélange incohérent de sang et de sérosité' vicieusement élabores; et que cette sérosité sanguinolente et ichoreuse (i) se mêlant au sang dans les capillaires veineux n'en détruise la couleur et la consistance ; car le sang qu'on lire du bras dans ces sortes de fièvres, au lieu d'èlre coagulable et de se recouvrir de la couenne purulente, est d'un rouge pâle, se coagule difficilement, ou même pas du tout , et abonde en sérosité rougeâtre (2) , du moins quand les accidens sont d'une grande intensité, et que l'excitation des vaisseaux absorbans artériels est tout-à-fait tombée (5).
(i) Griniaud regardait les observations de Deliaën sur la formation de la matière purulente dans les fièvres comme incomplètes , parce que cet observateur n'avait reconnu qu'une espèce de dialhèse purulente j savoir celle qui dépend des maladies inilammatoires , tandis qu'il doit y avoir autant d'espèces de pus qu'il y a de maladies différentes. ( T. I , pag. 299, note.)
(2) Le sang tiré de la veine dans la fièvre putride est d'un rougevermeil, d'une consistance tendre, et donnant une grande quantité de sérosité d'un rouge très-clair, comme du vin de Bourgogne, suivant l'expression de Huxam. (Grimaud , t. m , pag. 3o. )
(3) Chez les sujets oii la fièvre adynamique se complique avec une sur-excitation du système vasculaire , le sang diffère peu, du moins en apparence , de celui des personnes en santé. (Roux, Traité sur la fièvre adjnam)
g4 DU SIEGE ET DE LA NATURE
On ne peut également douter que l'organe Liliaire, et en général tous les organes sécréteurs , d'abord sympalhiquement crispés , comme dans le cours de la fièvre inflammatoire, ne produisent bientôt une très-grande quantité d'humeurs qu'un travail imparfaita dépravées, et que la présence de ces matières , irritant les voies digestives , n'augmente le désordre par une funeste réciprocité de sympathies , de même qu'en redoublant l'excitation dans le foyer principal des vaisseaux absorbans veineux ; on ne peut douter enfin que les humeurs tout-à-fait confondues par l'irrégularité ou l'incertitude du jeu des vaisseaux absorbans , ne trouvant plus dans l'action d'une partie de ces vaisseaux le pouvoir vivifiant qui les constituent humeurs animales , ne tendent vers une sorte de décomposition spontanée, et que leur cn'culation ne devienne une nouvelle source de désordres et de faiblesse.
Cependant si, à l'aide d une médication tonique et sagement administrée, on soutient, on relève les forces du solide vivant , on peut voir insensiblement l'ordre se rétablir, les symptômes adynamiques disparaître , et les sécréteurs reprendre leur ton naturel et l'intégrité de leurs fonctions. Le tissu cellulaire , au lieu de sérosité sanguinolente, se remet insensiblement alors à ne plus produire que du pus; et lorsque la maladie
DES MALADIES.' f)5
se termine heureusement, c'est encore par la présence de celle malicre dans les urines et dans les selles, ou sous formelle dépôt dans le tissu cellulaire, qu'il est facile de juger que la lièvre a complètement parcouru toutes ses périodes.
C'est ici, comme dans la fièvre inflammatoire, le système absorbant qui a été primitivement frappé par la cause de la it aladie ; ce sont les mêmes mouvemens qui ont été excités. La différence consiste seulenijcnt en ce que, dans l'une,la cause a porté son action sur un corps vigoureux et capable d'une réaction soutenue, qu'il a fallu plutôt modérer qu'exciter; el que, dans l'autre, elle a Irouvéune nature faible et débile qui s'est laissé déconcerter au premier effort , et qu'il a constamment fallu soutenir. La ditïérence consiste encore en ce que, dans l'une, la sensibilité des vaisseaux absorbans artériels a été principalement exaltée , et que ces vaisseaux ont , en quclcpie sorte , arrêté les effets nuisibles de l'irritation dans le tissu cellulaire sous-cutané; tandis que, dans l'autre, les vaisseaux absorbans veineux, spécialement irrités , tendent à aggraver les accidens produits par les causes énervantes de la maladie, en disséminant le sang veineux dans toutes nos parties , ce qui met la vie en danger jusqu'à ce que , par une médication excitante et tonique , on soit parvetm à produire artiû-
g6 DU SIEGE ET DE LA NATURE
ciellement des mouvemens indammatoires qui ramènent le tissu cellulaire à la sécrétion purulente.
Mais, s'il est facile de trouver des exemples de fièvres adjnamiques présentant dans leur début et dans leur terminaison les mêmes phénomènes que la fièvre inflammatoire, il ne l'est pas, à beaucoup près autant, de les montrer dénuées de toute complication intérieure , et ne prenant leur source que de l'extérieur. M. Pinel dit que la fièvre adynamique, dans la forme la plus simple , est presque toujours compliquée avec une surcharge des premières voies; et l'on en trouve la raison dans l'excitation maladive que celte fièvre imprime aux vaisseaux absorbans veineux'. En effet , nous avons vu , dans la manière dont se forme le tempérament bilieux , quelle étroite correspondance de sensibilité et d'action il existe entre l'organe biliaire et cette partie du système absorbant. Nous n'avons pas oublié que l'accroissement d'action du foie , que la concentration des forces de la vie sur cet orgatie, sont le signal et le principe du grand travail de résorption qui amène les phénomènes de la vieillesse et de la décrépitude ; et Tanatomie nous apprend que l'imporlan le sécrétion qui s'y opère s'applique en grande partie sur îe sang veineux. Or, les vaisseaux absorbaus de cet organe étant
DES M AL A DI ES. g7
presque tous conligus à des veines , et le fluide qu'ils sécrètent provenant du sang veineux, il résulte , entre ces vaisseaux et les vaisseaux al)sorbans de résorption , une même modificaliou de sensibilité qui les rend susceptibles des mêmes impressions. Les choses étant ainsi, l'on peut aisément concevoir que l'afTection plus ou moins générale des vaisseaux absorbaus de résorption ne peut manquer d'amener une affection consécutive des vaisseaux absorbans veineux du foie, d'où résulte la dépravation des sucs biliaires , leur sécrétion plus abondante,, leur résorption dans cet état vicié , et leur mélange avec le reste des humeurs^ auxquelles ils communiquent bientôt les caractères particuliers que la maladie vient de leur imprimer; d'où résulte encore leur séjour dans l'estomac et les premières voies , qui donnent la puanteur de l'haleine , des vomissemens porracés, des déjections d'autant plus fétides , que les sucs ont trouvé dans les intestins plus de matières stercoraîes dont ils ont hâté la corruption. C'est, la plupart du temps, à la présence de ces sucs bilieux ainsi dégénérés qu'où doit l'irritation générale ou partielle qui produit tantôt les diarrhées , tantôt le gonflement et la sensibilité des hypochondres, tantôt le mctéorlsme, trop souvent le triste cortège de la fièvre adynamique , lors même que cette (îèvre ne pa- II. 7
gS DU SIEGE ET DE LA NATURE
raît due qu'à des causes extérieures , et qu'elle ne prend pas sa source dans l'altération des organes internes (i).
On demande encore aujourd'hui si l'altération des humeurs qui se fait remarquer dans la fièvre adynamique ou putride est essentielle et primitive , ou seulement subordonnée a celle dés solides. Nous avouons qu'il nous paraît difficile, ou, pour mieux dire,, impossible de concevoir dans les sucs animaux quelque altération qui ne soit pas subordonnée aux solides. Nos humeurs ont trop de qualités vitales pour obéir pendant la vie à un mouvement spontané de décomposition : aussi les altérations que leur font éprouver les maladies ne ressemblent en rien à la dissolution qui s'en empare après la mort ; mais ces humeurs n'en possèdent pas assez pour devenir le siège de mouvemens organiques capables de produire les changemens qu'elles nous présentent dans les dérangemens de la santé- Les plus animalisées n'ont de vie que ce qui leur en faut
(i) On cite des observations avec des autopsies trèsdétaillées , dans lesquelles on n'a trouvé aucune trace d'inflammation ni sur les membranes muqueuses intestinales, ni sur aucun autre organe à la suite de ces fièvres , dans les thèses de MM. Guilard , 1819 ;, n" Gi , Cazenave , n" i5o, Jallon , n° 99.
I) E s M A L A D I E s. gg
pour les disposer à passer à l'état de solide vivant au moyeu du travail de nutrition el d'accroissement , et pour offrir aux solides une excitation conforme aux lois de la vie, et propre à l'entretien des mouvemens. L'altération qu'éprouve le sang, par exemple, dans la fièvre adynamique, est légère au début, et devient successivement plus considérable à mesure que le mal acquiert plus d'intensité. Il en est de même des autres humeurs. C'est une disgrégation que leur fait subir le spasme des vaisseaux, comme le jugeait fort bien Prosper Martian. Et s'il arrive souvent que , dans la fièvre putride, les effets de cette disgrégation se montrent presque en même temps que la maladie , ce n'est pas lorsque cette dernière a été produite par des causes extérieures qui frappent des sujets en pleine santé ; mais bien lorsqu'elle est le résultat de mouvemens intestins analogues a ceux de cette fièvre , lesquels la préparent de longue main, ets'étabiissent sur des sujets dont la faiblesse est voisine de ce que les anciens médecins désignaient sous le nom de cacochymie. Nous disons seulement voisine , car il paraîtrait , d'après l'observation de Finke , que l'âge trop avancé , et même une habitude extérieure du corps trop lâche et phlegmalique , dans laquelle le tissu cellulaire serait gorgé de sucs inertes , sont des causes capables
de s'opposer au développement de la fièvre (i). Ou a pu voir, parce qui précède, que plus les fièvres simples sont accompagnées de faiblesse et plus elles s'éloignent de ce caractère de simplicité qui circonscrit leur siège daus la peau et le lissu cellulaire. Nous avons déjà constaté que la fièvre intermittente confondait par sa violence les symptômes primitifs avec les secondaires. La fièvre adynamique , dans laquelle se remarque rexlrême atonie des vaisseaux obsorbans artériels, à coté d'une certaine exaltation de la sensibilité des vaisseaux absorbans veineux , produit encore des résultats plus généraux et plus confus. C'est avec la plus grande peine que l'observateur peut y saisir et analyser ce qui tient au caractère de celte fièvre, ce qui n'est que le produit de la sympathie , ou ce qui résulte d'une complication réelle. Aussi nous pensons que cette maladie doit servir de passage entre les fièvres purement culanéesou cellulaires, c'est-à-dire simples , et les fièvres composées, et qu'elle lient un peu des caractères de l'une et l'autre de ces deux espèces.
Mais il importe de faire ici connaître ce que nous entendons par yzèiTe5 composées ; car s'il faut réserver le titre Ae fièvres simples à celles de
(i) De Morbis biL anomal.