CHAPITRE VIII
Conclusion et Résumé de cet ouvrage.
Xi o u s venons de parcourir successivernent toutes les phases delà santé /toutes les périodes des maladies ; nous venons d'étudier la manière d'agir des causes morbifiques et des substances médicamenteuses^ et , de quelque côté que nous ayons porté nos regards , nous avons toujours vu le. même genre d'action présider aux phéna-
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mènes les plus essentiels queprésenterit ces différenies circonstances; présider aux opérations de la vie qui s'exécutent à laide d'une sensibilité spéciale et d'une propriété tout-à-fait exclusive au système absorbant.
Un assemblage de canaux divisés à rinfîni ^ formant la base du corps y et se trouvant y eu dernière analyse , dans le fond des parties les plus dures, comme dans la texture des parties les plus déliées ; ces canaux communiquant tous les uns dans les autres , et n'étant séparés^ durant la vie^que par les frêles barrières placées entre eux par une sensibilité Irès-variable et très-mobile ;, les différences de la structure et des usages faisant reconnaître dans cette suite de cylindrqs continus trois sortes de vaisseaux : i** les artères qui portent le sang du cœur à toutes les parties , et font circuler ce liquide , moins par une force dépendante de leur sensibilité, que par rimpulsion du mobile qui le pousse dans leur intérieur ; 2^ les veines s'anastomosant avec les artères, et reportant le sang des extrémités au cœur, aidées et de l'impulsion continuée de cet organe , et de l'obscure tonicité qui leur est dévolue, et des valvules dont elles sont garnies d'espace en espace (i) ; 5'^ les vaisseaux absor-
(i^ Oubliaat les ex^érieuces positives qui établissent
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bans f doués d'autant de sensibilité et d'irritabilité que les artères en ont peu y se remplissant et se vidant par une force qui leur est propre , et chargés d'élaborer les humeurs hors du cercle circulatoire sanguin; ce système absorbant couvrant toutes les surfaces de bouches inhalantes et exhalantes 9 et formant à lui seul la base active du système capillaire et du parenchyme de
d'une manière irréfragable la continuité î'-e la colonne sanguine dans tout le cercle circulatoire sanguin ^Bichat s'est efforcé de démontrer la séparation du système artériel et du système veineux^ par une série d'argumens qu'il a crus plus forts que l'observation oculaire même.
Voici les principaux points du parallèle qu'il établit dans la vue de fonder son opinion. Il faii d'abord re-: marquer la pulsation générale qu'on voit dans les artères,, et l'absence de cette pulsation dans les veines. Mais le défaut de pouls dans les veines ne tient-il pas à la structure des parois de ces vaisseaux , qui plus souples , moins épaisses, moins dures que celles des artères, n^éprouvent pas à chaque impulsion donnée par le cœur le soulèvement de totalité , le déplacement qui forme le pouls dans les artères? Les artères des grenouilles, souples comme les veines de ces animaux , ne donnent point de battemenS , quoique le cœur pousse évidemment le sang dans leur intérieur. Il parle , en second lieu , de la rapidité du cours du sang dans les artères, et de la lenteur de ce même cours dans les veines. Il met en opposition la nécessité des secours accessoires pour la circulation veineuse ^
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tous les organes ; ce système absorbant agissant le premier dans Tèhibryon , avant que les' artères et les veinessôient formées ^ agissant le dernier au terme de là vie ^ quelque temps encore après que les artères et les veines ont cesse tout mouvement ; ce système absorbant , dépourvu de centre d'impulsion ^ sans liaison dans ses parties , morcelé , pour ainsi dire ^ en autant
et l'inutilité de ces secours pour la circulation artérielle , rinflueuce de la pesanteur sur la première , la nullité de celte influencesurla seconde. Mais le sang dans les artères, plus près du principal mobile , est poussé dans des canauxdécroissans , tandis que dans les veines il coule dans des canaux qui vont toujours en augmentant de diamètre , ce qui justifie, d'un côté , la lenteur avec laquelle il coule vers le cœur, et, de l'autre, suppose jusqu'à un certain point le besoin ' des sècburs accessoires et l'influence de la pesanteur surtout, quand à l'augmentation du nombre et de la capacité des vaisseaux se joint l'éloignement de la force impulsive. Encore cette influence des secours accessoires et de la pesanteur a-t-elle été beaucoup exagérée par ce physiologiste pour donner de l'avantage à son système; car on ne voit pas la circulation veineuse s'arrêter ou s'embarrasser après plusieurs heures d'un repos absohi , ou bien après une station long-temps prolongée. Il passe ensuite à la capacité plus grande et aux parois moins épaisses des veines, qu'il compare à la moindre capacité des artères et à la plus grande épaisr- 6cur des parois de ces vaisseaux. Mais cette différence de
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de fractions qu'il y a d'organes ^ quoique toutes ces fractions puissent se rapporter à trois espèces principales y l'une se chargeant de puiser dans le sang artériel les matériaux de l'accroissement et de la nutrition ; l'autre se chargeant de recueillir Fexcédant de ces matériaux analogue aux principes du solide vivant y et de le verser pêle-mêle avec les produits de la diges-
slructure suffit-elle pour démontrer qu'il ne peut y avoir de continuité entre ces deux ordres de vaisseaux? Les membranes muqueuses ne sont-elies pas continues avec la peau , quoiqu'il n'y ait pas une ealiere analogie de structure et d'épaisseur entjfe ces deux organes ? C'est surtout du jet en saccades que forme le sang artériel en sortant des vaisseaux qui le font circuler, et du jet uniforme qu'offre lesang veineux dans la même circonstance, que Bichat tire l'argument qui lai parait le plus victorieux ; mais ce jet en saccades du sang artériel ne s'explique-(-il pas d'une manière aussi simple que naturelle par le mouvement de locomotion qu'éprouvent les arlères à chaque pulsation du cœur ? N'est-ce pas cette sorte de locomotion qui imprime au sang artériel les secousses que présente le jet qu'il forme en sortant des arlères ? Voyez une pompe bien servie et en temps égaux : quoique les mouvemens du piston soient alternatifs , le jet du liquide est continu, si le tuyau qui lui donne issue est immobile^ qu'on imprime à ce dernier des mouvemeus ahernatifs de soulèvement , et le jet perdra de son unifoniiilé p»:)ur présenter des saccades pli*^
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tiôn dans le sang prêt à subir Félaborallon pulmonaire ; la troisième se chargeant de résorber et de conduire versi les extrémités veineuses et les émoncloires tout ce qui ne doit plus servir à réparer le sang artériel; ce système absorbant formant enfin , à Taide des vastes réseaux qui constituent en grande partie les organes der-*
ou moins régulières. Enfin , la variété des mouvemens dans toutes les parties du système veineux mise en oppo-« sition avec la régularité constante des mouvcroens du Jiquide artériel , n'est pas un argument plus solide en faveur de la séparation de ces deux ordres de vaisseaux ^ puisqu'il est vrai que cette variété se borne à plus ou moins de lenteur , plus ou moins de plénitude dans les veines , et tout au plus au mouvement rétrograde du sang entre deux anastomoses pour rétablir l'équilibre , lorsqu'un obstacle quelconque s'oppose à la circulation dans ces vaisseaux. Or, nous le demandons , tout cela prouve-t-il que l'agent d'impulsion qui est à l'origine des artères n'a plus aucune influence sur la circulation vei-^ neuse? En peut-on déduire l'existence d'un système de vaisseaux intermédiaire entre les artères et les veines ? Et les différentes assertions que nous venons de mettre sous les yeux du lecteur balanceront-elles , dans son esprit , los expériences exactes et irrécusables de Malpighi^ de Leuvenfioeck , de W. Cooper, de Vieussens, de Mascagni , de Spallanzani et de plusieurs autres célèbres anatomistes, qui tous ont vu , sur les animaux vivans , les artères $e continuer d'un canal continue avec les vdxies ?
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moide y cellulaire et muqueux , une sorte de système capillaire général , doat la sensibilité répond à tontes les parties intérieures , dont les mouvemens irréguiier9 transportent tantôt sur un point y tantôt sur l'autre y toutes les humeurs indifféremment y et qui y par la propriété que possèdent ces vaisseaux de sécréter le calorique comme les autres fluides gazeux y comme les liquides ^ enveloppe et pénètre les corps animaux d'une température capable de se maintenir à-peu-près toujours la même , malgré Textréme inégalité des milieux qu'ils parcourent : telle est l'économie animale que nous représentent les faits rassemblés dans cet ouvrage; tel est Timposant ensemble qu'elle nous offre , envisagée sous le nouveau point de vue qui vient de fixer notre attention.
Que si nous avons plus particulièrement examiné les périodes des âges , il nous a été facile de reconnaître que la sensibilité inégalement répartie dans le système absorbant, suivant les vues de la nature , détermine les forces vitales à se porter, vers le premier âge, sur les vaisseaux absorbans lymphatiques chargés de Fassimilation., de l'accroissement , de la réparation du fluide sanguin ; à se porter , vers l'adolescence , sur les vaisseaux absorbans artériels chargés d'exécuter l'hématose et d'extraire du
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sang rouge les humeurs prolifiques et les malé-riaux qui doivent remplir les cylindres du solide vivant; à se porter, vers l'âge mûr, sur h s vaisseaux absorbans veineux chai'gés des résorptions qui effectuent le dëcroissement et préparent la dernière scène de la vie.
Que si> de la considération des constitutions naturelles à chaque âge , nous sommes passé à celles des maladies, nous avoas^ constamment retrouvé les mêmes fractions du systènae absorbant , divisant ces maladies comme elles divisent les tempéramens , et comme elles le sont elles-mêmes : nous avons constamment r^marque des phénomènes semblables pour chacune de ces fractions, quelles que soient les parties .devenues le siège des affections morbides, et quelles que soient les formes que revêtent ces affections. C^est ainsi que l'irritation fixée sur les vaisseaux absorbans artériels, qu'il en résulte ou des fièvres, ou des inflammations ,^ ou des exhalations ; que ces inflammations pu ces exhalations se montrent sur la peau, sur les mem^ branes séreuses, ou sur les 'viscères. Içs plus ioiportans y n'en; produit pas mqins , par-tout pu elle s'établit , l'afflux du sapg .^t^riel. dw$ Içs réseaux irritée; et, quel que i^it le, lieuqiiç cette irritation puisse occuper , .quelles' que jsoieat les nuances ^lu'ellj^pr^at^ , quel que
soit le nom qu'on lui impose : qu'on la nomme fiè^nre inflammatoire , phlegmon , péripneumo^ nie y hépatite , phrénésie , apoplexie , hémoptj^ sie y etc. , les praticiens ne peuvent la combattre et ne la combattent , en effet , que par un seul genre de traitement : les délayans ^ les mucilagtneux , les saignées , en un mot ^ les médications atoniques. Cest ainsi que l'irritation' fixée sur les vaisseaux absorbans veineux, qu'elle produise ou des fièvres , ou des inflammations , ou des exhalations , et , que ces inflammations ou ces exhalations se fixent ou sur la pean ^ ou sur les organes intérieurs les p^lus importans', n'en produit pas moins, en quelque lieu qu^ette s'établisse , l'afflux du eang veineux dans les réseaux irrités ; et quoique les praticiens se servent pour là désijgher des noms différens de [fièvre adynamiqùe , de scorbut , de charbon , de mœlêna, de gangrène y èic,^ ils ne peuvent , tou*tefois', la 'CoinbaCtre et né la combattent, en effet y que par une seule méthode dé traitement: les toniques et les èxcitâns , qui réveillent l'âc^ tioh endormie des vaisseaux ^absorbans artériels, laquelle contrebalance et détruitlés mauvais effets dé h" présence dvt sang veineux et du travail morbifique résultant de cette lésion *^ ou du moins enveloppe et sépare du corps ^ dans les inflammations gangréneilses ^ le poiM
déjà frappé de mort, au moyen d'on appareil salutaire înslantanément formé, et dans lequel le sang artériel afflue et s'élabore. G'eist encore ainsi que Firi^itation fîxée.sur les vaisseaux absorbans lymphatiques, qu'elle produise ou des fièvres , ou des iàflaraimations j ou des exhala* lions, n'en détermine paâ moins, pkr4ont où elle s'établit, l'afflux des sucs lyài'phàti^uésdan^ lesréseauicirrités; e(^ qu'il en résulté ôulà ûè^rt muqueuse , ou des engorgemens glandulaire^ ^ ou des indurations blanches des viscères ^ de là peau , des articulations , ou desscrophiiles, étC*^^, c'est toujours ' par le même genre demédièa^ fions qu'on cherche à combattre ces diverëitë .nuances de. la> même irritation y irritation fjxA se distingue, au reste ^ des précédentes yparîè peu d'acuitë-et p^rJa lenteiar de la marche qôiî présentent les- phénomènes qu'elle 'pi^odùit ; de ielle sorte que ces phénoiiièàés 'persistent èttii-* vent avec obstinàtioti et devienùeâb mèrâéih.^ curables. Plus onr y réfléchit, et moins ilésl; possible de concevoir une maladie qui ne puisse rentrer dans rùtie dès trois clauses précédentes , OU qui ne présente la complication des. t^js^it^ qui app?irlieançnt à l'une ou^à, rafltyei.cjç -çi?^ divisipj)^. Le$ l^eçspr^s eUeSrOiéme^ ne sont que des causes. détermiaantè&àï ^occasion des- ^ucillés il sVtalilit' constamment xin travail' iti^
flamniatoire , ou dans les vaisseaux absorbant artériels , ou dans les vaisseaux absorbaus veineux y ou dans les vaisseaux absorbans lymphatiques , suivant les âges ^ les dispqsitions iudir viduelles , et les circonstaoces particulières qui ont accompagné ces blessures.
De ce qui précède , on peut donc conclure , que y sous quelque face que nous considérions l'économie animale ^ nous avons toujours de nouvelles raisons de nous convaincre qu'un seul mode d'action produit les mouvemens morbi- ,fiques^ et quQ de la différence du siège de l'irritation dépend uniquement la différence des maladies ; c'est ce que chaque page dé ce livre démontre évidemment ; c'est ce qu'avait dît , avec autant de justesse que de pénétration y cet ancien dont nous avons ^mpruntéies parol^ qui nous servent d'épigraphe : Morborum omr nium unus et idem modus est : locus verb ipse eoruni differ'entiamfofiit (i). \
(i) 'EXfifoçtaie.i de Platibus,
Sans vouloir discuter • ici rauthenticitç ^a livre doat bous tiroo^ ces paroles, et saos vouloir garantir qu'il soit vMtablèiiient dû përê de la médecine , dâits les ôuvr^^ duquel il se trottveéômpris dis nos' jours , nous pouvoiis assurer qu'on renéontre dans tes écrits d*fi(ippbtrràte suf la vérité desquels it existe le înoins de doutes^ des passage aussi surprenansj des b'uts de lumii^ré ^de8:^<|aiiPf. qu'où
tmmt^t»
voit briller de temps à autre au luilieu de i'obscaritë des raisonnemens de l'ancîeniie philosophie. La force du génie de ce grand médecin , la sagacité et Texactitude avec laquelle il observait , lui tinrent, en quelque sorte , lieu de connaissances plus positives. Pour ne pas sortir du sujet qui nous concerne , on voit avec étonnement qu'il avait, pour ainsi dire, deviné le système absorbant, malgré le peu de connaissances anatomiques qu'il possédait j tantôt , en effet , il assure que les chairs attirent et par le ventre et par les parties extérieures (i) ; tantôt il définit l'inflammation , l'aflux du sang dans des parties qui n'en contenaient pas auparavant (2) 5 tantôt il pro-» nonce que la matière des abcès peut être détournée , attirée par une douleur éloignée (3) ^ tantôt il avance que ceux qui sont menacés d'un abcès danè quelque partie en sont délivrés par l'évacuation d'une grande quantité d'urines à sédiment blanc, telles que celles qu'on rend dans la crise des fièvres (4) ; tantôt il annonce que les fluxions qui parcourent le corps engendrent les maladies (5). En un mot, il n'est peut-être pas un seul livre d'Hippocrate qui ne contienne la preuve que ce médecin concevait les mouvemens vitaux tels , à-peu-près, que la connaissance approfondie du système absorbant nous apprend qu'ils existent réellement.
(1) Popular,f sect, vi , in P^ander-Linden, 1. 1 , pag. 811.
(2) De Capit. fouiner. , pag. 663 ; cité dans THistoire de ii| Médecine de M. Sprengel , t. i, pag. 3ii.
(3) Hipp., Vander-Lind., t. i , pag. i65.
(4) Ibid. , pag. 667 ; 11 1 , 290.
(5) Ibid, ^ de Glandul,, 418.