II. ^ :a
\6 t)tJ SIÈGE Ef DE LA NAtlJRÉ
^euxdu sang, ont sans doute induit en erretik" les médecins : ils ont cru voir dans ces symptômes la preuve d^une affection du système circulatoire sanguin. Mais d'abord nous aurons lieu de nous assurer que celte couenne prouve toute autre chose que ce que Ton s'était imaginé d'abord; et quant aux qualités du pouls ^ ou sait trop combien elles sont variables pour s'y tittacher sérieusement. Toutefois, de nos jours encore ^ on à fait consister l'essence ^ non plus des fièvres en général , mais de kfîèvre inflamxnatoire en particulier , dans l'irritation , dans l'inflammation du tube des vaisseaux sanguins ^ 'quoiqu'on trouve rarement des traces de ces lésions dans les autopsies cadavériques à là suite des fièvres , et que les apparences qui avaient déterminé Franck à soutenir cette opinion aient été regardées par Bichat comme mensongères ^ ^t comme de simples résultats de la macération* Imbus de ces idées , les médecins de nos jours voudront-ils reconnaître le rôle principal que le système des vaisseaux absorbans joue dans ces fièvres comme dans toutes les autres ? S'ils persistent à croire que les artères ont une part active dans les phénomènes fébriles y qu^iis noua donnent la liaison pour Is^quelle , dans des états semblables du pouls , et lorsque le cours du »ang parait conserver la même régularité^ l'on
DES MALADIES. ig
Voïl survenir des lésions fébriles dlfférenles; qu'ils nous disent pourquoi Ton peut rencontrer y sous riufluence du même pouls , tantôt une fièvre inflammatoire simple , tantôt une fièvre muqueuse y quelquefois même une (lèvre ataxique ; qu'ils nous disent enfin pourquoi hd pouls diffère essentiellement dans des affections fébriles d'ailleurs analogues (i).
S'ils persistent à regarder le cœur et les arjLères comme les principaux agens des fièvres , qu'ils nous disent s'ils pensent que la simpleaccélération de la circulation sanguine suffise pour produire cette augmentation générale de sécrétions et d'exhalations qui a lieu dans certaines phases de ces maladies ^ quelle qu'en soit d'ailleurs l'es-r pèce; qu'ils nous disent comment il en peut résulter tantôt une exhalation considérable de sérosités ou de matière purifonne ^ tantôt une sécrétion de bile ou de mucosités \ qu ils expli-^quent comment les artères y au moyen d'un simple mouvement d'accélération imprimé à la colonne sanguine , non-seulement empêchent la. répartition des sucs réparateurs ^ mais en-* core enlèvent au corps ceux qu'il possède par des mouvemens destructeurs de l'existence et contraires aux lois de la circulation sanguine f
(i) Ca£a , Traité des Fièvres essentielles , t. î.
Ko Vu SIEGE t'È DE LA bfÀTURÈ
qu'ils nous rendent enfin raison^ par cette âccé-»» léralion y des crfses y des dépôts y des métastases âont les fièvres nous offrent tous les jours de si frappans exemples.
Toutes ces difficultés sont insurmontables si Fon admet le siège des fièvres ou seulement d'une seule fièvre dans les vaisseaux sanguins ; car ce qui est applicable à Fune l'est aux autres y àous ce rapport : elles s'expliquent au contraire très-facilement si l'on met les vaisseaux absorbans à la place des artères. En effet, n'ést-il pas évident que cet ordre de vaisseaux étant aussi généralement répandu , se trouvant disséminé par-tout ^ soit à l'intérieur , soit à l'extérieur , aucune impression ne peut lui être étrangère > quelque légère qu'elle soit et quelque lieu qu'elle siffecte y comme aussi aucune partie ne peut res-« ter insensible aux irritations qui Tébranlent? Ne connait-on pas les mouvemens variés des huùieurs dans ce système , le séjour que toutes indifféremment peuvent y faire , sans en excepter hiêmele sang artériel et le sang veineux; le mélange continuel qui s'y opère par la moindre cause et confond toutes les humeurs , soit avec des corps plus solides , soit avec le fluide atmo-^ Bphérique lui-même introduit par lesabsorbans pulmonaires et cutanés ? Ne connaît-on pas le wode de sensibilité qui préside à l'action des vais«
DES AfALADIES. ^^
seaux qui le composent y sensibilité au moyeu de laquelle ces vaisseaux attirent ou repoussent selon leurs appétits au leurs répugnances^ s'il est permis de s'exprimer ainsi ? N'a-t-on pas réfléchi sur les phénomènes de la nutrition , celte grande et presque unique fonction de l'économie animale^ qui est^ pour ainsi dire, toute la vie matérielle ^ et dont ce système fait à lui seul tousle^ frais ? N'a-ton pas réfléchi sur ceuiç de la décroissance qye lui seul peut exécuter ? Ne voit-on pas enfin qu'un tel ensemble de pro* priétés et d'attributions s'applique parfaitement aux phénomènes fébriles , et que si le physio-^ logiiste n'hésite pas à charger les vaisseaux de ce système de la plus importante des fonctions ^ le médecin ne peut pas balancer à son tour à le présenter comme le siège de la maladie I9 plus générale , de la maladie qui règne seule sous tant de formes , et qui accompagne presque toujours les autres affections pour peu qu'elles soient intenses (i) ?
Mais , dira-t-on peut-être, si le système des. vaisseaux absorbans est aussi répandu y aussi pra-
(i) p^oj'ez notre mémoire intitulé : Nouvelles obseih valions suv V Éléphantiasis des Arabes, Paris, 1811 ; 9t surtout rinlroduclîon de V Histoire de VEléphan^iasi^, d^s Arabes.
digieusement dissémine dans chacun de nos parties y la nioiodre lésion de l'une d'elles doit offenser les vaisseaux absorbans ; et si les fièvre» ne sont autre chose que l'irritation , que l'exaltation des propriétés vitales de ces vaisseaux ^ toutes ces lésions seront des fièvres, lors même qu'elles ne seront pas assez fortes pour déterminer les phénomènes connus sous le nom de pjrexiques. Nous ne pensons pas que cet argument puisse venir d'un lecteur pénétré de nos développemens antérieurs: toutefois , comme cette difficulté pourrait nous être opposée^ nous allons essayer d y répondre.
Les vaisseaux absorbans , lors même qu ils ne forment que les premiers Hnéamens de l'embryon, sont éminemment doués de la faculté de sentir et de se contracter, de pomper les liquides et de les expulser de leur intérieur. De quelque tissu , de quelque parenchyme qu ils forment la "base par la suite , ils conservent toujours les propriétés qui les distinguent. En vertu de ces propriétés, ils entretiennent par-tout la nourriture et la vie , remplacent les anciennes humeurs par de nouvelles, et les choisissent analogues aux fonctions que doivent remplir les organes dont ils font partie. Mais si cette vivifiante activité fait de ces vaisseaux le principal mobile de l'économie animale y elle est aussi la source de toutes^
les maladies. Et quoique, dans ce cas y ce soient toujours les mêmes propriétés qui soient mises, en jeu, il y ^ nëanmoios autant de phénomènes distincts , autant de sensations nouvelles, qu^ily a d'organes différemment composés^
Cela tient à l'arrangement infiniment varie de cette multitude de petits vaisseaux primitifs; s'ils soutentre-croisés et serrés les uns coalre les autres: comme dans les nerfs ; s'ilssont encore plus étroitement unis, comme dans les tendons, les membranes fibreuses et les os; s'ils sont parallèles et ea quelque sorte simplement juxtaposés, comme dans les muscles ; d'un autre coté ^ s'ils sont péné« très de pulpe cérébrale , de lymphe , de gélatine^ de phosphate calcaire ou de la fibrine du sang ar-. tériel , toutes ces nuances établissent autant de variétés dans les sensations qui résultent de la même irritation portée sur chacune de ces par-* ties et dans les phénomènes que cette irritatioa peut développer, quoiqu'ea dernière analyse ces phénomènes partent toujours de la mêmesource, l'exallation des propriétés vitales des. vaisseaux absorbans, et produisent toujours le même effet principal , Tafilux ouïe déplacement d'une humeur quelconque*
Dans la peau , le tissu cellulaire et les mem branes muqueuses, l'entre-croisement de ces vais** seaux étant plus làchç que par-tout ailleurs, le|^u.
a4 Ï>U SIEGE ET DE LA NATURE
doit en être plus libre. Un grand nombre de ces «vaisseaux se trouvant vides la plupart dutemps^ ils doivent y jouir d'une existence plus indépendante, d'une action plus vive et plus naturelle ; ce qui , joint à la vaste étendue de ces organes , à leur intime liaison entr'eux et avec les autres parties, au genre et à l'activité de leurs fonctions, à leur position extérieure , qui met l'un en rapport avec l'élément ambiant et l'autre avec une foule de substances étrangères, destinées à^l'entretien de la vie ^ concourt a rendre ces organes le siège de la maladie la plus fréquente , la plus générale , et dont les phénomènes se rattachent toujours par quelques côtés aux phénomènes des autres maladies, concourt à les rendre le théâtre, . le point de départ , ou le terme de ces vastes déplacemens d'humeurs que doit nécessairement produire TirrUation d'une grande masse d'absorbans à-peu-près libres ; concourt en un mot à les rendre le siège de la fièvre et de tous les phénomènes qui la caractérisent ou qu'elle entraine à sa suite.
La fièvre s'élablissant ainsi sur des appareils oii les systèmes absorbans et nerveux confondus, comme ils le sont toujours dans leurs dernières divisions, sont chargés des fonctions les plus actives; se fixant sur des appareils liés entr'eux par d'innombrables points de contact , liés encore
DSS MALADIE SV 2^5
et ponr ainsi dire confondus avec tous les organes^ tantôt par celle multitude de canaux filamenteux qui y partant du tissu cellulaire , pénètrent tous les autres tissus , se perdent dans tous les parenchymes; tantôt par ces toiles diaphanes qui servent de gaine et d'enveloppe aux plus petites parties , recouvrent tous les viscères et circonscfivent toutes les cavités ^ on ne sera plus étonné qu'il en résulte une si grande variété de symptômes ; que chaque organe semble participer au trouble général ; que toute la machine se trouve agitée jusque dans ses fondemens ; que les mouvemens du cœur et des vaisseaux sanguins soient précipités; que la respiration soit courte et pénible ; que les excréteurs ne fournissent plus que des humeurs viciées ; que les . muscles soient frappés de lassitudes spontanées et de faiblesse ; que les sensations soient plus ou moinis dépravées; que les diflërens appétits se taisent ; enfin , que les organes qui devraient fournir au corps des sucs réparateurs, par des mouvemens opposés à leur destination , lui enlèvent le plus souvent ceux qu'il possède. Tout ce que l'anatomie et la physiologie nous ont déjà fait connaître de l'organisation , des fonctions, des nombreuses sympathies de ces trois organes , et de l'immense proportion des vaisseaux absorbans qui entrent dans leur texture
intime ^ s'accorde parfailement avec les phéao--^ mènes que développent les diverses irritations qui s'y appliquent accidentellement et nous donnent la clef de ces désordres généraux qu'on s'imaginait être indépendans de toule affection locale^ parce qu'on avait négligé de tenir compte des altérations qui se manifestent dans les tissus^ dermoïde^ cellulaire et muqueux durant le cours des effervescences fébriles , et qu'on était loin de se faire une juste idée de l'importance de l'action des vaisseaux absorbans^ soit dans Tétat de santé, soit dans l'état de maladie.
Il convient donc, pour arriver à la solution du grand problème qui depuis si long-temps occupe les médecins , de faire une exacte analyse de cette multitude d^altérations dont la vue de l'observateur est offusquée , et , pour ainsi dire, obscurcie. L'examen des symptômes et de Tordre dans lequel ils se succèdent après l'application d'une cause extérieure évidente; l'appréciation de la nature des mouvemens qui les constituent et des effets qui en résultent; la rechercbe du peu de traces que ces sortes de maladies peuvent laisser après la mort; voilà les moyens que nous devons employer pour arriver à la détermination précise du siège des fièvres , et confirmer ou rectifier les idées que nous venons d'émettre sur cet important sujet.
Dans la nouvelle et pénible carrière que nous allons parcourir, nous devons nous tenir en garde contre un écueil qui a déjà causé plus d'un naufrage. Sans doute , il n est pas de connaissances pluspositives que celles que donne l'anatomie pathologique ; mais les inductions qu'on en tire souvent ne sont pas , à beaucoup près , aussi certaines. Nous ne devons pas perdre de vue que la fièvre a été regardée par les meilleurs praticiens comme une maladie susceptible de se guérir par les seules forces de la nature y et qu'on a généralement reconnu qu'elle laissait rarement des lésions qu'on put retrouver après la mort ; ce qui suppose que les altérations vitales qu elle produit sont plus fugitives et moins profondes que celles qui résultent des inflammations. Nous devons encore ne pas oublier qu il n'y a pas de maladie plus sujette aux complications que la fièvre , et que l'on regarde souvent comme en étant des symptômes diverses affections morbifiques qui se rencontrent avec elle et n'en sont pas même des dépendances ; enfin 9 nous devons savoir que^ par l'effet de certaines dispositions individuelles ou acquises , il arrive qu'après qu'une cause extérieurç a produit son effet accoutumé sur la peau ^ l'abdomen devient quelquefois le centre vers lequel convergent les excitations éloignées , et oii les résultats
28 DU SIEGE ET DE LA NATimiC
de la lésion cutanée tendent à porter le trouBIe ;nous devons savoir que les désordres grossissent dans celte région,qu'iIs y changent de caractère, et peuvent même y établir un foyer incendiaire d'où parlent de nouvelles irradiations qui vont ensuite troubler tout le reste de l'économie animale (i). De telles considérations, toujours présentes à nos yeux , nous engageront à n*user qu'avec réserve des données que pourra nous fournir Tanatomie pathologique , afin de ne pas confondre les désordres qui sont la suite de Tinflammation avec ceux qui ne dépendent que de la fièvre, et de nous préserver par là de ne voir que des fièvres dans les inflammations , ou que des inflammations dans les fièvres.
§ P^. jinalyse des phénomènes fébriles se rfeplojant sur t organe cutané et dans le sjstème cellulaire.
1^, De la Fiès^re éphémère , ou de la Fièi^re produite par r excitation morhijique des vaisseaux absor-^ bans artériels du tissu réticulaire.
Commençons donc par examiner ce qui arrive lorsqu'un homme bien portant s'expose à une insolation prolongée, ou que, le corps
( i) Essai sur la sensibilité ; par M. Prosl. Paris , iSoS^u.
ysdiSLuffép il reçoit l'impression subile d'un froid vif y l'action continue d'un vent de nord ^ ou biea encore lorsqu'il s^est plongé dans un bain trèschaud. Lorsqu'un homme s'est exposé à l'une ou l'autre des causes précédentes ^ ou à toute autre de même nature^ il éprouve peu de lemps après^ sans autre symptôme précurseur qu'un sentiment de malaise général y un resserrement spasmodique de l'habilude du corps , des horripilations superficielles qui le plus souvent ne vont pas jusqu'au frisson^ La chaleur sç développe ensuite. librement par un mouvement uniforme sur toute la périphérie, et quoiqu'elle puisse acquérir beaucoup d'intensité, elle est cependant doue comme dans l'état de santé , et elle ne porte sur le tact aucune impression d'âcrelé. Les vaisseaux blancs du^issu réliculaire se pénètrent d'une quantité plus ou moins grande de sang qui colore la peau : le pouls devient grand , fort, vite, fréquent , mais il reste parfaitement égal, et immédiatement après la terminaison de l'accès, il rentre tout d'un coup dans Tordre de ses niouvemens accoutumés. La langue est légèrement blanchâtre; Tappétit , tantôt existe, tantôt se trouve diminué ou détruit jusqu'à la fin de l'accès. Au bout de vingt-quatre heures, si rien, dans le tempérament ou les prédispositions du sujet, ne tend à prolonger la maladie, elle se
5o DtJ SIÉCE ET DE LA NATURE
termine 9 soit par des sueurs , soit par un écotl'» lement aboodaut d'urines naturelles.
Tels sont les phénomènes qu'enlraine une irritation médiocrement énergique directement appliquée sur l'organe cutané qui n'a subi aucun affaiblissement préliminaire. Quels sont ici les vaisseaux dont les propriétés vitales sont exaltées ? Quels sont les vaisseaux qui donnent la sensation du frissonnement et des horripilations? Quels sont les vaisseaux qui y d'abord blancs , deviennent plus ou moins colorés par le sang ? Quels sont les vaisseaux qui procurent le dégagement de la chaleur ? Quels sont enfin les vaisseaux capables d'exhaler la sueur y et de trans* porter sur la vessie les urines qui terminent l'accès ? Sont-ce les artères , les veines ou les vaisseaux absorbans? N'est-il pas évident que les plus superficiels ont été les premiers frappés ? Or^ nous savons que la partie la plus superficielle de la peau est, après Tépiderme y le tissu réticulaire de Malpîghi , et que ce tissu est presque entièrement composé de vaisseaux absorbans. N'est-il pas évident que les plus sensibles et les plus irritables ont été les premiers à répondre à rirritation par un mode de sensation qui leur est propre ? Or , nous savons que les vaisseaux absorbans le sont beaucoup plus que les artères et les veines , et que c'est par le
t)Es maladies; 5t
trisisoQ qu'ils manifestent certaines de leurs lé« sîons , comme Hunter et Kruiksbank l'ont annoncé, et comme Hoffmann le pressentait lorsqu'il disait que les excrétoires de la peau élaient sujets à des spasmes qui se reconnaissaient par une manière de frissonnement (i). N'est^il pas évident que les vaisseaux les plus indépendans de l'impulsion du cœur et des lois de la circulation sanguine, ont pu seuls se montrer tantôt vides , tantôt pleins et gorgés , tantôt de fluides blancs, tantôt de fluides rouges ou plus au moins mélangés? Or, nous savons que les vaisseaux âbsorbans sont placés hors du cercle circulatoire sanguin , qu^ils se vident ou se remplissent, choi* sissent ou repoussent les humeurs par des mou« vemens qu'ils tiennent d'une sensibilité qui leur est spécialement dévolue. N'est-il pas évident, enfin , que le dégagement du calorique , que {'exhalation de la sueur , que le transport des sérosités de la peau sur la vessie sont autant de phénomènes qui dépendent des mêmes propriétés , et que les uns et les autres ne peuvent être uniquement attribués qu'aux vaisseaux absorbans, seuls capables de les produire? On ne peut donc se refuser à voir , dans la supposition présente , une lésion essentielle et primitive éta-
(i) Open, t. i> pag. i64, §xix.
5ll DU SIEGE ET DE LA NATURE
blie sur le tissu réliculaîre de Malpighi , c està-dire y sur les vaisseaux absorbans qui eu for-* ment ia base.
D'un autre côté , comme toute espèce d'affection un peu forte née dans l'économie animale attire de suite les mouvemens du cœur ^ comme la douleur la plus légère suffit souvent pour y produire des dérangeniens, et comme surtout la peau se trouve liée avec cet organe par des rapports de sensibilité si intime y qu'un simple chatouillement y pour peu qu'il soit prolongé, peut produire la syncope, il est naturel de voir paraître ici ce mouvement accéléré qui se communique aux artères , et que les médecins connaissent sous le nom de pouls Jébrile ; comme aussi tout ce qu'on vient de dire pour le cœur peut , et à plus forte raison , s'appliquer à l'estomac, il est aisé de voir pourquoi , par l'efifet de la même sympathie , les foncliouii de cet organe ont éprouvé quelque altération pendant le cours de ce léger excitement cutané»
Cette affection simple du réseau réticulaire est entièrement dépouillée de toute altération, sbit dans les humeurs, soit dans la substance des autres organes , et pourtant , il faut le dire , c'est une fièvre. C'est ce que M. Els« ner regarde comme la fièvre exemplaire , dont les autres fièvres ne présentent que des modi-
ficalions variées (i). C'est le plus léger degré de ce que M. Fizeau nomme jfZèt^re simple; du moins ïes caractères qu'il indique pour faire connaître cet état pyrexique se rapportent parfaitement .au tableau que nous venons de tracer (3). Oest , en un mot, la fièvre éphémère de la plupart des auteurs dans le degré le plus modéré y et tout-à-fait exempte de complications. Mais "si les causes extérieures que nous avons désignées précédemiïient'ônt été d'une intensité capable d'imprimer à la peau des spasmes violens ; si l'exposition à Fardeur du soleil a été prolongée outre mesure ; si l'on a été pénétré d'un froid rigoureux et soutenu ; si l'on a chargé le bain chaud de substances acres et astringentes, la fièvre qui succède à des causes de cette force débute par un frisson très-marqué, qui subsiste même assez long-temps , et la vivacité de ce début n'en change ni la simplicité ni le caractère. Que si , au contraire , les mouvemens fébriles sont amenés par des causes qui ne frappent pas directement la peau, telles que des
(j) Voyez sa dissertation intitulée 2 Varius Febrii status ^ Regiom, 1389; et Grimaud , Traité des Fièvres , t. I, pag. 211,
(2) Bulletin de la Société de la Faculté de Médecine ,
34 I5U SlÉCfi ET DE LA NATURE
travaux forcés^ des excès dans le boire et le manger, des veîlles prolongées , de vives émotions de l'àme , on aperçoit à peine de faibles horripilalions superficielles^ el les douleurs contuses des membres , Tanorexie , la céphalalgie y précédant les phénomènes cutanés ^ indiquent par cette précoce apparition que ces derniers ne sont alors que sympathiques. Ces mouvemens. fébriles , quoiqu'en apparence plus modérés que les précédens y ne présentent plus néanmoins la même simplicité : lafifection primitive s*y trouve fixée sur les parties intérieures/C'est ainsi que, par une réciprocité continuelle d'action et de réaction entre la peau et tous les or* ganes , on voit les symptômes py rexiques tantôt primitifs , tantôt secondaires , ébranler toute la machine et naître également de causes extérieures et directes , et de causes intérieures qui ne touchent la peau qu'indirectement, et seulement en vertu de la sympathie qui la lie au reste de Féconomie animale : disposition essentielle à bien connaître , digne des plus profondes méditations, sur laquelle nous reviendrons plus d'une fois dans le cours de cet ouvrage , et que nous nous contentons d'indiquer ici pour ne pas interrompre la suite de nos suppositions^ et de& dé v eloppemens analy tiques don t ces supposi tions doivent nous fournir le prétexte et la matière.
nP. De la Fièvre intermittente ^ ou de la Fièvre pro^ JUiite par le spasme violent et moràentané des vaisseaux absorbons cutanés et cellulaires souS" cutanés.
Attachons-nous maintenant à considérer les phénomènes qui se produisent lorsque certaines causes prédisposantes ont agi ^ur Forgaoe cutané, ont a6*aibli le^ ressort des vaisseaux absor*' bans du tissu réticulaire , relâché les pores derépiderme ; en un mot , détruit la barrière que ces parties, opposent, dans Tétat de saLtjti^^kïÀc*** tio^. nuisible «des corps ambians ; lorsque la ^Json^ le climat , la température, l'humidité de ralp[|ospfaère , ont porté 1 atonie sur un organe . exposé seul à toutes les* vicissitudes atmosphériques et qui doit eu suivre toutes les variations. Si, dans dételles circonstances, quelque miascae . délétère sature Fair^ s'introduit dans les yaîs*'
seaux absorbapscutaqés, et frappe la peau d'une ^ impression spécifique et profonde ; ou bien , s'il arrive qu'indépendamment des dispositions . précédentes une pluie ^boodànte., une imm^rtfi l sion froide fassent subir à Fhabitude extérieur, du corps une réfrigération Siubite^pénétraQte.eCr plus ou ifnoins prolongée^ on^voit survenir',' au i lieu de ces légères horripilations^ ou de ces fris-^-^ sons^ifs et passagers qui .marquent 1& début !
le tissu cellulaire , la peau et le parenchyme des autres organes sont réellement susceptibles des mêmes mouveroens spasmodiques.
D'un autre côté y la sympathie de Testomac s'annonce par des angoisses , des anxiétés qui se font évidemment ressentir dans la région épigastrique; par des nausées^ le vomissement ^le dégoût des alimens; et Tirritation des vaisseaux absorbans des membranes de ce viscère se propageant dans toute la longueur de l'œsophage et dans l'intérieur du gosier et de la bouche y décide la sensation de la soif. L'oppression y la gêne de la respiration y la toux fréquente annoncent également la part que les poumons y de leur côté, prennent à l'état violent de la peau. Dans cette contraction générale de toutes les parties, le cœur ne reçoit qu'une petite quantité* du sang qui lui arrive parla veine pulmonaire; et le resserrement spasmodique des vaisseaux absorbans chargés de Thémalose gênant ou suspendant l'action naturelle de ces vaisseaux y ce sang n'arrive plusàcetorganechargé des mêmes principes vivifians, d'où résultent les phénomènes précurseurs d'un état d'asphyxie , la dispersion d'un sang veineux dans les divers tissus , et l'engouement^ l'accumulation du fluide sanguin dans les veines ; d'où résulte la couleur plombée et un peu violette des malades par
DES MALADIES. Sq
suite de rinjeclion du sang veineux dans un certain nombre de vaisseaux blancs..
Le système circulatoire sanguin est loin de rester étrangerà ce profondébranlement, comme le prouvent les modifications survenues aux battemens du cœur et des artères ; mais le resser* rement du tube artériel, biepi que très-sensible, n'est pas le phénomène primitif et essentiel de ce premier stade. La contraction spasmodîque a commencé dans les vaisseaux absorbans , dont le vaste réseau forme en grande partie la contexture de la peau et du tissu cellulaire ; de là , gagnant de proche en proche , ce resserrement a saisi toute l'économie animale. Mais il s'en faut qu'il produise sur les artères les mêmes effets que sur les vaisseaux absorbans : il gène les mouvemens du cœur, resserre lé tube artériel, ralentit la circulation du sang ; mais il ne lui ferme pas le passage , sans quoi la mort s'ensuivrait tout aussitôt; mais il n'imprime pas à ce fluide des mouvemens déréglés ou rétrogrades , comme on peut s'en convaincre par la régularité plus ou moins grande du pouls , qui ne laisse apercevoir que de la contrainte dans ses mouvemens.
Quoiqu'on rejette aujourd'hui presque généralement l'idée des anciens et de Frédéric Hoffmann , qui voulaient que , dans la période de
4o DU SIÉCE ET DE LA NATURE
froid, le sang se retirât des capillaires extërietir^ et fût refoulé dans les viscères , il n'en est pas moins vrai que ce phénomène a constamment lieu j comme il est impossible d'en douter quand on voit les parties externes rétrécies et décolorées, un sentiment de constriction , de plénitude et d'anxiété s'emparer de la poitrine ^ de l'épîgastre , et même de tout l'abdomeq , et que d'ailleurs on trouve sur les cadavres les vaisseaux des viscères dilatés , leurs capillaires rompus , leur tissu capillaire inter-parenchymateux rempli de fluides extra vases , et certains d'en Ir eux prodigieusement saignans et phlogosés même , lorsque la fièvre a été de longue durée, ou sujette à des retours fréquens (i). Or, ce mouvement de balancement de la circonférence au centre, observé parles plus grands praticiens, n'^a été révoqué en doute que parce qu'il ne peut être conçu dans le système capillaire , tel que le représentait Bichat, interposé entre les artères et les veines , et qu'il ne peut cadrer avec la régularité constante de la circulation sanguine que Ton voit se continuer au milieu de cette irrégulière distribution du fluide sanguin. Car^
(i) Senac, de Recondilâ Febr, intermit. tum remît, naturd; et M. Broussais^ Histoire des Phlegmasies chroniques , t.u.
dans l'hypothèse de ce physiologiste , on suppose que cette inégale et tumultueuse distribution de fluides a lieu dans les mêmes vaisseaux où se passe la principale circulation régulière et indispensable ; ce qui est en effet totalement inadmissible. Mais on ne sera plus force de nier des effets organiques aussi bien démontres et reconnus par les meilleurs observateurs, quand on les placera hors du cercle circulatoire sanguin^ et dans cette grande portion du sysième vasculaire , également susceptible de contenir toute espèce de fluides , et de leur imprimer toutes les sortes de directions et do mouvemens, selon les états divers de la sensibilité qui Tanime.
Nous avons vu que le spasme fébrile est trèsgénéralement accompagné d'une sensation de fà'oid. Cette sensation de froid se modifie dans les différentes espèces de fièvres. Dans les fièvres simples, les éphémères, les continues , c'est un frissonnement qui revient à la moindre occasion , mais qui se dissipe facilement. L'application d'une chaleur externe réussit à soulager le malade ^ qui peut en quelque sorte prolonger à son gré le soulagement en ne changeant pas de position ; de sorte que c'est plutôt une disposition continuelle à la sensation du froid que l'état actuel de cette sensation. Il n'en est pas ainsi du froid de l'accès de la fièvre qui nous
42 DU SIEGE ET DE LA iNTATURE
occope : c'est le pJus souvent un froid si grand, que , du côlé du malade , il va jusqu'au frémissement universel de la peau , jusqu'au tremble-* nient des membres, jusqu'au claquement des dents; et que^ du côté des assistans, il se laisse* apercevoir par le refroidissement des extrémités, du nez, des oreilles , et surtout de la plante des pieds. Toutefois, cette sensation de froid ne dépend pas toujours et nécessairement d'une diminution réelle de chaleur. Les expériences de Dehaen et de JHaller ont prouvé que souvent , dans cette période de la fièvre, la chaleur observée au thermomètre est non-seulement au même degré que dans l'état ordinaire , mais qu'elle passe encore ce degré.
Le froid fébrile dépendant , tantôt d'une sensation trompeuse, tanlôld'une véritable privation du calorique , est une nouvelle preuve de l'affection du système absorbant^ puisqu'une cause d'irritation quelconque, portée sur un vaisseau de ce système , ou bien introduite dans son intérieur, suffit pour produire les frissons , qui s'identifient toujours avec la sensation du froid , parce qu^ils un sont les résultatsles plusordinaires quand celte sensation esc poussée jusqu'au point d'être irritante; et puisque nous avons vu dans la première partie ce système chargé seul de maintenir l'équilibre de la température du corps humain par
la j^ropriété qu'il possède de produire ou de soustraire le calorique , Suivant les nombreuses variations de la vitalité qui lui est propre. Il est du moins certain que cette fonction et les phénomènes qui en dérivent dans Fétat de maladie sont absolument indépeiidans du système San-* guin^à qui Ton a voulu long- temps les attribuer. Dehaen a constaté la permanence de la chaleur naturelle chez un homme qui y pendant tout ce temps, était complètement asphyxié , c'està-dire, dans lequel le mouvement des artères avait absolument cessé; tandis que, d autre part^ il a vu la chaleur complètement éteinte dans un bras paralytique j quoique le pouls s'y soutint dans toute sa force. On rencontre d ailleurs de certaines fièvres dans lesquelles le malade , brûlé d'une ardente chaleur dans ses viscères intérieurs , éprouve un froid insupportable à l'habitude extérieure du corps. Senac en cite d'autres où la chaleur et le froid se trouvaient inégalement répartis, de telle sorte que les malades éprouvaient un degré considéraible de chaleur dans les parties supérieures , et un froid extrêmement vif dans les parties inférieures. Cœ diflférens accidens de la température , indé- {>endan8 du pouls, sont surtout très-remarquables et très-familiers dans les constitutions ner- V^ses à l'excès ; ce qui avait fait penser à quel-
ques auteurs modernes que les nerfs étaient les seuls instrumens de la chaleur; mais Fînlime connexion et l'espèce de fusion que nous avons fait remarquer entre les nerfs et les vaisseaux absorbans, nous permettent de regarder Fopinion de ces auteurs comme favorable au sentiment qui nous fait attribuer ce phénomène aux prapriétés vitales des vaisseaux absorbans.
Il est bon de rappeler ici que Senac avait déjà noté que le frisson attaque principalement les parties externes, et qu'il atteint rarement les parties intérieures, ou que, du moins, aucune sensation n y manifeste sa présence ; que , quoique ce frisson produise différentes douleurs sym^ pathiques, soit dans les articulations, soit dans les lombes, soit dans les parties internes, et notamment dans le bas-ventre , l'estomac , la poitrine et la tète , il agit néanmoins spécialement sur Forga.ne dermoïde , qu'il peut , s'il acquiert une grande intensité, frapper de stupeur^ au point qu'on a vu des malades se brûler sans s'en apercevoir.
Pendant que le resserrement convulsif , et, en quelque sorte , spécifique des vaisseaux absorbans de la peau donne à cet organe une froide însensibib'té et y suspend presque entièrement les fonctions vitales, l'éréthisme sympathique qui va saisir les organes intérieurs j loin d avoir de*»
dBfiets analogues y doDoe lieu à un surcroît de sensibilité qui se reconnaît à divers symptômes , tels que la toux produite par Tair extérieur, devenu tro]p irritant pour la membrane pulmo^» naire^ le vomissement des liquides que Testomac ne peut plus supporter^ etc. 11 est d observation que des parties internes s'élève^ pendant le fris« son, une grande chaleur dont les malades se plaignent souvent y tandis que la superficie de leur corps est refroidie et comme glacée ; et il est notoire qu'il s'établit alors dans les parties centrales un mouvement plus intense d'où dérive cette chaleur intérieure qui devient si incom-* mode (i).
Ne reconnait-on pas dons ces phénomènes le balancement continuel d'^action qui lie Tor^ gane dermoïde et l'organe muqueux (2^ ? Ne
(i) Senac, de Reconditd Febr. ; et Darwin, Zoo* nomie^ t. i , pa^. 252.
(2) Le docteur Symson en rfipporte un exemple d'un autre genre « et qui prouve en même temps raccroissement d^action qui a lieu dans les vaisseaux absorbans pendant lesmouvemens fébriles, et la réalite de ces courans qui ' s'établissent de la peau vers les membranes muqueuses. Un malade qui avait la fièvre avec diarrhée refusant de boire * «fQoiqu'il eût une excessive chaleur , on lui mit les pied$ dans Teau froide. Aussitôt on observa un décroissement .. noIaUe de Peau du bain , et de suite après y le malade jr^adit une leHc aqueuse très-abondante.
46 DU SIÉCE ET DE Là NATURE
voit-on pas que le froid fébrile produit le même effet que celui de Talmosphère ? Ne voit - on pas que , dans les deux cas , la cause qui agit sur la peau d'une manière spéciale agit ensuite secondairement sur le système aiuqueux , soit par le refoulement du sang que. le frisson accumule sur les membranes de ce système y soit par rirritation sympathique qu'il y produit? Ne voit-on pas que, pendant le frisson fébrile , comme pendant l'action d'un froid extérieur intense, non-seulement le sang et les liqueurs, mais encore la chaleur et la sensibilité sont chassés de la peau et violemoxent portés sur les membranes muqueuses, ce qui établit dans ces: dernières un étal .de pléthore, de sur-excitation^ dephlogose merpe, qu'on reconnaît à plusieurs signes non équivoques , ainçi qu'à des altérations organiques encore plus certaines? Et n'estil pas évident que ce déplacement de liquides , de fluides gazeux , de principes vitaux quels quMls soient ^ se fart d'une manière aussi rapide qu'instantanée ? N'estril pas évident qu'il s'opère sur une très-vaste étendue? Or, comment concevoir que Ides mouvemens si rapides^ si marqués^ si généraux, se passent entre les extrémités artérielles et veineuses , comme il lé faudrait si Ton admettait le système capillaire de Bicfaat, et cela sans interrompre le €Our^
DES MALi.DI£S. 47
de la circulation sanguine y sans éteindre subitement la vie? Où trouver des agens capables de lès produire y si ce u est dans le système des vaisseaux absorbans ^ qui contient les vaisseaux les plus irritables*^, les plus mobiles, les plus iqdépendans de la circulation sanguine ? Dans quel lieu rencontrer y enfin y ces sortes de vais« seaux plus favorablement disposés pour opérer ces grands courans que dans les tissus d^rmoîde y cellulaire et muqueux y liés pa^:^ t^nt de points de contact y par tant d'aoalogie^. de structure y par tant de propriétés vitalef,, et ne for-» mant ^ en quelque sorte , qu dit seul et même réseau, lequel embrasse et pénètre toute Téco-^ nomie animak?
Mais bientôt un auJLre état succède, à celui que nous venons de décrire et d'ai;ii^2^p^r*:Daj!is le preinier , la peau était fortemejat cOniractM , et ce resserrement lui imprimait tu^e couleur' pale , parce que |e sang ne cir^riil^iL fdcis dans ïe tissu réticulaire y ni dans les vaissei^ux^ niialti-' plies qui s'y répondent. Dans le:. Second*.^ ad contraire, le sang^et les hufueurs, qui o(2éisserit à une nouvelle tendance, à upC; nouycUe direction de mouvemeps, seipçjctfan^aiiiiQC force vers^ la peau , qui se trouve ;alof%^))jMrgéQ\â' une quantité de sang surabpndaivtcj.'.Ajï^WiïéJ^uekîtôU'* sibilité, concentrée d'abord Sjwr^lie^ oi*ganes iiv^
48 DU StÉGfe ET bE LA NATURE
térieurs , se fait jour à travers les obstacles que lui oppose le spasme fébrile^ elle gagne de proche eu proche. Les vaisseaux absorbans ^ reprenant peu à peu leur ton naturel, dégagent du calorique , sucent avec avidité le sang et les humeurs qu'ils repoussaient auparavant ; d'où résulte une excitation nouvelle , une réaction d'autant plus vive que la concentration de la sensibilité al été plus grande. Dès-lors les parties qui soûl le siège de cette réaction, loin de garder les proportions naturelles , passent à un excès contraire : la peau , qui s'était progressivement réchauffée , devient brûlante^ rouge et comme enflammée ; elle se raréfie ^ se dilate , se distend et souffre une tuméfaction manifeste. A mesure que ces changemens s'opèrent , le cœur, le pOumbn, l'estomac , la tête reçoivent de nouvelles impressions sympathiques; les artères commencent à battre avec plus de force et de développement ; la respiration devient plus grande et plus libre ; les anxiétés précordiales diminuent dans la même proportion ; mais la soif s'exaspère, et la stupeur enfin se trouve remplacée par une violente céphalalgie. La pleine vigueur de ce second stade s'accompagne d'un sentiment do' tension et de surcharge dans tout l'organe extérieur et d'une chaleur extrêmement ijacommode I ^nsatioQ qui ne répond point à
DESMALADIES. 49
raugmentation réelle de la chaleur , laquelle no peut augmenter chez rhomme que de douze à treize degrés , quelque brûlante qu'elle soit ea apparence. Cet état de vigueur se soutient àpeu-près huit Ou dix heures dans une fièvre complètement simple, c'esl-à-dîre , qui n'affecte primitivement que l'organe extérieur. Vers la fin , rérétisme des vaisseaux cutanés n'existe plus que dans les plans superficiels , et n'a plus d'autres signes que Tétat de sécheresse de la peaii ; mais insensiblement cet érétisme se dissipe tout-à-fait y et la sueur qui coule en abondance et d'une manière uniforme de tous les points de la surface cutanée y annonce la solu*< tioQ parfaite de 1 accès.
Une remarque essentielle a notre sujet , c'est que dans 1 accès d'une fièvre de la nature de celle qui nous occupe , l'évacuation critique se fait y ainsi que dans la fièvre éphémère y par les sueurs.. Il est aussi très-remarquable que pendant la convalescence de ces sortes de fièvres , les urines sont très-abondantes, selon l'observation de Torti, Werlhoff , Strack et de plusieurs autres praticiens, ce qui peut servir de rapprochement entre cette fièvre et l'éphémère, la plus simple , la plus superficielle , la plus légère des fièvres. Comme l'éphémère , elle parcourrait aussi sçs périodes en un temps trèsn; 4.
5o DU SIÈGE ET DE LA NATURE
court, si SOU intensité beaucoup plus grande, si Fëbranlement profond qu'elle produit dans toute l'économie animale , et sur le système absorbant et nerveux en particulier , n'établissait une tendance prononcée à des retours réguliers après un repos de plus ou moins de durée ; ce qui donne lieu , pour ainsi parler , a une succession de fièvres éphémères qui prennent dans ce cas le nom d'accès y et dont l'ensemble a reçu le nom dejièvre intermittente.
Au reste, ces points d'analogie que nous faisons remarquer entre la fièvre éphémère et l'accès d'une fièvre intermittente , sous le rapport de leur siège et de plusieurs de leurs phénomènes, ne supposent pas une parfaite identité de nature* L'une est lé partage le plus ordinaire des jeunesgens forts et vigoureux , ou tout au moins ne suppose aucune débilité antérieure; Fautre , au contraire, s'attache de préférence aux personnes ajSaiblics par l'âge , le tempérament, le cliamat , la température. Dans l'une , le resserrement spasmodique à peine fixé sur une fibre forte et énergique devient le signal d'une prompte réaction qui le dissipe facilement ; dans l'autre , au contraire , la constriclion des vaisseaux cutanés, plus profondément établie sur desorganes précédemment affaiblis, a le temps de s'étfendre et de s'accroître avant d'être arrêtée par les et
DES MALADIES* St
forts d^une vitalité presque toute concentrée dans les organes internes. D'un autre côté, comme dans la première, les spasmes concen-* triques sont légers et superficiels , la réaction qui en est la suite est douce et modérée ; tan^ dis que leur intensité, dans la seconde , produit des mouvemens excentriques plus violenset plus rapides. Mais dans Tune comme dans Fautre ^ ce sont les vaisseaux absorbans superficiels de la peau qui sont primitivement affectés, et d'où le mal se propage de proche en proche. Dans Tun et dans Fautre , il faut distinguer Faffection primitive et essentielle de Forgane extérieur , de Faffection secondaire et sympathique des organes internes : dans Fune et dans Fautre , il faut reconnaître pour effet critique Fexhalation augmentée de la sueur et de la sérosilécellulaire, sérosité qui produit, à la fin de la maladie^ des urines aqueuses plus ou moins abondantes. '
La présence de cette sérosité dans le tissu cellulaire n'avait pas échappé aux anciens, puisquMls étaient dans Fusage de terminer la cure des fièvres intermittentes par des diurétiques suivis pendant un certain temps. Grimaud la reconnaissait également , et il en concluait que le flux abondant d*urines propre à ces sortes de convalescences tien^t à la même cause que celle qui produit les affections hydropiques» Ce»
5à DU SIEGE ET DE LA NATtJRÈ
sortes d'affections peu redoutables à la suite âà la fièvre éphémère , quoique cette fièvre pro* duise les mêmes résultats critiques que les accès de la fièvre intermittente , le sont beaucoup dans cette dernière , et la raison en est facile à saisir. Dans Tune , les accidens sont faibles et passagers ; dans l'autre , les mouvemens vio*lens , et pour ainsi dire excessifs , que produit chaque accès ^ se renouvelant pendant un espace de temps assez considérable, il en résulte toujours un abattement extrême des forces et un état de langueur et d'inertie des vaisseaux ûbsorbans , lequel dispose à la génération des maladies qui dépendent de Tatonie de ce système. Hoffmann a dit avec beaucoup de vérité qu^il y avait peu de ces fièvres qui ne décidassent , à la longue , un état cachectique au** quel rhydropisie ne tardait pas à succéder.
Toutefois, il est incontestable que la faiblesse du système absorbant entraînée par la répétition fréquente des accès de la fièvre intermittente, rend plutôt raison de la stagnation des sérosités dans les interstices cellulaires , de l'état cachectique où tombent les malades après une longue durée de cette fièvre, que de la présence et de l'abondante production de celte sérosité. Dans la fièvre éphémère, comme dans les premiers accès de 1^ fièvre intermittente, les urines et les sueurs
DES HTALADrE^. 53L
entraînent la plus grande partie de cette sérosité surabondante produite par le travail spécifique de l'accès ; mais à mesure que la fîèvi^ se renouvelle y et bien avant que les solides vivans soient tombés dans la faiblesse et le relâchement cachectique^ cette sérositëdevenant de plusen plus abondante ^ se loge et s'insinue dans les réseaux réticulaires^ dans les aréoles cellulaires et cutanées à la place du fluide sanguin , qui parait se trans^ former tout en eau sous l'influence de la nouvelle action spécifique imprimée aux vaisseaujt absorbans par Tirritation fébrile : aussi voit-on^ après le quatrième ou le cinquième accès^ la peau des malades perdre l'incarnat naturel et devenir d'un blanc jaunâtre , signe assuré de ce travail accidentel. Quelle que soit la force antérieure des sujets 9 quelle que soit l'intégrité des digestions, quelque bonne que soit l'alimentation y à mesure qu'une fièvre intermittente se prolonge, on voit) le sang s'atténuer de plus en plus , les sérosités devenir toujours plus abondantes et s'accroître au point de pénétrer tous les tissus y d*accabler et de surcharger surtout l'organe dermoïde et l'organe cellulaire. La faiblesse des solides n'est^ donc pas la cause première de la cachexie séreusequi est la suite inévitable des fièvres inlermit^ tentes de longue durée, mais bien le mode particulier d'action imprimé dans ces fièvres aux.
vaisseaux absorbans cutanés el cellulaires , mode d'action en vertu duquel ces vaisseaux produisent des quantités sans cesse renouvelées d'humeurs séreuses qui vont abreuver toute l'économie et porter par-*tout le relâchement. Ce vicieux accroissement d'action\du système ab$orbant est, au reste , non-seulement prouvé par les phénomènes que nous venons d'exposer , mais encore par le témoignage des auteurs qui rapportent de nombreux exemples d'où il résulte que Tatrophie , la consomption , le scorbut et les engorgemens glandulaires sont trop souvent les suites funestes de fièvres intermittentes^ V Ce sont des observations analogues qui ont déterminé Th. Evans et Basilewitzcb à placer )e siège des fièvres intermittentes dansles glandes absorbantes,etKortumetSœmmerin.gàpartager leur opinion (i), Cesjieraiers la poussek>t même plus loin , comme nous le verrons par J^ suite ^ puisqu'ils l'étendent à plusieurs autres espèces de fièvres. Mais ici se présente une grande divergence d'opinions entrt? les médecins. Si queU qpes-uns, en petit nombre, ont pensé au rôle que ' les vaisseaux absorbans pouvaient jouer dans la productiondes fièvres intermittentes, ud nombre bien plus considérable en a placé le siège dans
(i) Sœmmering, de Morb. vas. obs,j 1795, p9g. iS«