II
rait due qu'à des causes extérieures y et qu'elle ne prend pas sa source daos l'ahératiop des or« gaaes iateraes (i).
On demande encore aujourd'hui si raltëratioa des humeurs qui se fait remarquer dans la fièvre adynamique ou putride est essentielle et primitive , ou seulement subordonne'e à celle des solides. Nous avouons qu'il nous parait difficile;^ ou y pour, mieux dire , impossible de concevoir dans les sucs animaux quelque altération qui ne soit pas subordonnée aux solides. Nos humeurs ont trop de qualités vitales pour obéir pendant la vie à un mouvement spontané de décomposition : aussi les altérations que leur font éprouver les maladies ne ressemblent en rien à la dissolution qui s'en empare après la mort ; mais ce& humeurs n en possèdent pas assez pour devenir le siège de mouvemens organiques capables de produire les changeniens qu'elles nous présentent dans les dérangemens de la santé. Les plus animalisées n'ont de vie que ce qui leur en faut
(i) On cite des •Bservations avec des autopsies très- ^retaillées , dans lesquelles on n'a trouvé aucune trace d'inflamjmatîon ni sur les membranes muqueuses intestinales, ni sur aucun autre organe à la suite de ces fièvres ^ dans les thèmes de MM. Guilard , 1819/ n* 61, Cazenavt ^ n^l^y JallonyU* 99.
poûJT les dispoiier à passer à l'état de solide vivaut aa moyea du travail de nutrilioa et d accroiissemeat ^ et pour offrir aux solides une ex-^ citation conforme aux lois de la vie, et propre à l'entretien des mouyemens* L'altération cju'é^ prouve le sang^ par exemple, dans la fièvre adynamique ^ est légère au début > et devient successivement plus considérable à mesure ^ue le mal acquiert plus d'intensité. U en est de même des autres humeurs. C'est une disgrégation que leur fait subir lé spasme des vaisseaux , comme le jugeait fort bien Prosper Martian. Et s'il arrive souvent que y dans la fièvre putride, les effets de cette disgrégation se montrent presque en même temps que la maladie, ce n'est pas lorsque cette dernière a été produite par des causes extérieures qui frappent des sujets en pleine santé ; mais bien lorsqu'elle est le résultat de mouvemens intestins apalogues à ceux de cette fièvre , lesquels la préparent de longue main, ets'établissent sur des sujets dont la faiblesse est voisine de ce que les anciens médecins désignaient sous le nom de cacochymie. Nous disons seulement voisine, car il paraîtrait, d'après l'observation de Finke, que l'âge trop avancé^ et même une habitude extérieure du corps trop lâche et phleg* matique , dans laquelle le tissu cellulaire serait gorgé de sucs inertes , sont des causes capables
lOO DU SIEGE ET DE LA 'iNTATURE
de s'opposer au développement de la fièvre (i).
On ^ pu voir, parce qui précède, que plus les fièvres simples sont accompagnées de faiblesse et plus elles s'éloignent de ce caractère de simplicité qui circonscrit leur siège dans la peau et le lissu cellulaire. Nous avons déjà con« staté que la fièvre intermittente confondait par sa violence les symptômes primitifs avec les secondaires. La fièvre adynamique , dans laquelle se remarque Fextréme atonie des vaisseaux absorbans artériels, à côté d'une certaine exaltation de la sensibilité des vaisseaux absorbans veineux , produit encore des résultats plus généraux et plus confus. C'est avec la plus grande peine que l'observateur peut y saisir et analyser ce qui tient au caractère de cette fièvre, ce qui n'est que le produit de la sympathie , ou ce qui résulte d'une complication réelle. Aussi nous pensons que cette maladie doit servir de passage entre les fièvres purement cutanées ou cellulaires, c est-à-dire simples , et les fièvres composées, et qu'elle tient un peu des caractères de l'une et l'autre de ces deux espèces.
Mais il importe de faire ici connaître ce que nous entendons par Jièi^res composées ; car s'il faut réserver le titre àejièsn^s simples à celles de
(i) DcMorbisbiU anomaL
DES MALADIES. lOI
ces maladies dont le siège primitif et principal est fixé sur les vaisseaux absorbons arleViels cutanés et cellulaires, on doit convenir qu'entre ces sortes de fièvres et celles qui s'accompagnent de L'afieclion fixe et inflammatoire de l'un ou de Fautre de nos organes , il y a des nuances qu'il ne faut pas laisser échapper. Il arrive , en effet, très-souvent que la fièvre, d'abord primitivement cutanée, imprime dans tel ou tel organe, sans doute déjà prédisposé , une excitation plus vive que dans les autres. Plus souvent encore une sur-exci talion , une lésion d'action de quelqu'organe principal , introduit dans l'économie ani-* maie certains désordres qui finissent par exciter plus ou moins vivement la sympathie de la peau et du tissu cellulaire général , de manière a produire les phénomènes pyrexiques avec des variétés qui ont été notées jusqu'ici par les observateurs sous le nom àe Jièi^re biUeuse ou gas^ trique , de fièvre piiuiteuse ou muqueuse , de fièvre maligne ou aiaxique. Quant aux fièvres inflammatoire et adynamique ou putride, elles sont, on n'en peut douter, aussi fréquemment que les premières suscitées par des causes' internes ; mais il n'en demeure pas moins vrai qu'alors même qu'elles prennent évidemment leur source de Tinlérieur , on les voit naitre tous les jours sans lésion spéciale d'aucun organe in^
Ét^
tOS DU SIEGE ET DE LA NATURE
terne en particulier, tandis qu'il est impossible* de concevoir une fièvre bilieuse sans lésion des organes épigastriques et biliaires y une fièvre muqueuse sans lésion des follicules intestinaux ^ qui portent ce nom y une fièvre ataxique sans lésion des organes cérébraux et nerveux. Prenez garde que nous disons lésion y et non pas in-flammation y parce qu'il n'est question ici que d'un certain degré d'exaltation des propriétés vitales de ces parties, qui va bien jusqu'à trou« liler leurs fonctions ^ accroître leur sensibilité ^ leur faire porter une action plus ou moins vive, de sympathie sur la peau y le tissu cellulaire y le cœur , mais qui ne monte pas encore jusqu'au degré de l'inflammation , sans quoi la maladie prendrait d'autres caractères^ et présenterait des phénomènes , une marche et des résultats diffé* rens ; sans quoi ce serait la fièvre avec une z/s* fi(^mmation y c'est-^à-dire deux maladies qui marcheraient simultanément y et non une seule et même maladie y tantôt ayant son principe à la peau et de là se propageant aux organes in-^ ternes, et tantôt naissant dans les organes i]>> ternes et se propageant ensuite aux tissus ceU lulaire et dermoîide«^
DCS MALADIES. I05
§ II. Analyse des phénomènes fébriles se fifeVeloppant sur les membranes muqueuses et dans le tissu cellulaire souS'-muqueux.
Nous connaissons ce qui peut survenir dans le système des vaisseaux absorbans à la suite d'ua changement brusque de température on d'ua écart dans le régime sur des individus chez les-^ quels toutes les fonctions nécessaires à la vie sont bien disposées; chez lesquels les mouve* mens s'exécutent avec ordre et suivant leur destination naturelle ; chez lesquels enfin les fonc* tic^n's maintiennent entr'elles une sorte d équilibra et d'activité qui constitue la santé. Nous connaissons ce qui peut arriver lorsque le toa et l'excitabilité des solides^ poussés au-delà d'une juste modération^ établissent dans le corps cette disposition connue des praticiens sous le nom de diathèse phlogistique ; nous connaissons encore ce qui survient à la suite à^es mêmes causes déterminantes lorsqu'une disposition toute contraire , une faiblesse profonde y un défaut de ton et d'excitabilité^ se trouve depuis long-temps établie dans l'économie animale^ et Ta conduite à un degré plus ou moins considérable d'énervation ^ sans toutefois qu'il soit extrême , caf l'extrême faiblesse s'oppose aux mouvemens fébriles.
ir. ,
1^. De la Fièvre bilieuse ^ ou delà Fiè^fre produite par T excitation morbifique des vaisseaux absor^ bans du foie et des organes épigastriques.
Mais lorsqu'il existe dans le tempérament une prédominance marquée d'action dans Tofgane hépatique^ on conçoit que l'excitation oc« casionée sur la peau par un changement brusque de température doit produire sur cet organe des effets sympathiques bien plus prononcés que dans le cas d'une santé bien équilibrée ^ et qu'il doit en résulter plus ou moins promptement^ au lieu du simple éréthisme sympathique qui supprime d'abord les sécrétions des organes intérieurs dans la fièvre inflammatoire y un surcroît du travail accoutumé du foie^ la production d'une bile plus ou moins altérée > se répandant dans Festomac et les intestins^ ou se trouvant résorbée par les vaisseaux absorbans ; et^ par une suite naturelle^ tous les signes qui ont coutume de caractériser les fièvres bilieuses. L'observation de cas semblables a fait dire à Grimaud qu'il arrive assez souvent qu'une fièvre inflammatoire dans le principe devient ensuite bilieuse dans son cours.
Il faut convenir pourtant que la plupart du temps ce n'est pas sur la peau que s'applique 1^
cause déterminante de la fièvre bilieuse^ et que cet organe n'est le plus ordinairement afTecté que sympaf hiquement. La cause peut même être assez faible ou Tindividu assez peu facile à émou« voir pour que l'altération qui en résulte se borne aux organes sur lesquels elle s'est appliquée d'abord y sans que le tissu dermoïde y participe en rîen^ et dans ce cas, on observe ce dérangement de la santé connu sous le nom d'embarras gas^ trique ou inlestinah
Au contraire , si un homme fort et d'un tempérament bilieux 9 surtout s'il a long -temps abusé des liqueurs alcooliques ^ ou s'il vit sous l'influence d'une température élevée^ avale un verre d'eau fraîche pendant que le corps est Irès-échaufTé ^ commet un excès de table , ou se livre à la colère y il ne tarde pas à éprouver une douleur dans la région épigastrique^ quelquefois même assez vive. Sa langue est légèrement blanche les matins; une petite soif se fait ressentir^ et une légère augmentation de chaleur^ des sueurs qui ne soulagent point^ indiquent le premier degré d'affection sympathique de la peau~ bientôt suivi y ou plutôt accompagné de celle de la tête et des muscles , qui se manifeste par un sentiment de pesanteur frontale^ des lassitudes^ ,et même des douleurs dans les membres^ bu twt au npioins un seutiment de fourmillement
et de reptation dans les muscles. Après une durée plus ou moins longue de ces pénibles avant-coureurs 9 car si les affections fébriles inflammatoires^ en quelque sorte superficielles^ ont pour caractère d'allaquer tout d'un coup , au milieu de la plus brillante santé y les fièvres composées et plus profondes ont celui d'être précédées de prodromes plus ou moins longs* Lors y donc ^ que ces avant-^coureurs ont dure quelque temps , les symptômes épigastriques s'accroissent , se convertissent en anxiétés ^ en dégoûts f en nausées. La fièvre débute en même temps y c'est-à-dire que l'affection sympathique de la peau se montre plus décidément par un frisson y ou plutôt par un mouvemeat d'horripilation ; car le malade éprouve moins un sentiment de froid décidé qu'une sensation analogue à celle que ferait éprouver un millier de petites pointes dont la peau serait percée. Une chaleur intense , acre et brûlante y suit bientôt ce frisson; la peau se colore comme dans la fièvre inflammatoire; mais dans les places dépourvues de sang , elle présente une nuance de jaune plus marquée autour du nez et de la bou-^ che dans les cas ordinaires , répandue plus généralement y et plus ou moins foncée lorsque les accidens ont une grande intensité ; la transpiration se supprime^ et toute la surface cutanée
est aussi sèche que brûlante ; enfin le cœur ré^ pond à cette vive excitation par des pulsations fortes et fréquentes. Cependant y la douleur de répigastre ^ principal foyer de la maladie y est devenue plus marquée ; Finke dit même qu'il peut arriver que cette douleur sindule assez bien une hépatite (i). Elle s'irrite par le tact^ se fait même parfois ressentir intérieurement jusque vers le dos , et s'accompagne de vomisse^ mens et d'angoisses. La tête participe à ce désor* dre par une céphalalgie frontale déchirante ^ le délire et des insomnies (2). La présence de la bile dans les vaisseaux absorbans des membranes muqueuses^ aussi-bien que dans ceux de la peau^ devient manifeste par le sentiment d'amertume répandu dans la bouche y par la couleur jaune de l'excrétion membraniforme qui recouvre la langue y et par la teinte citrine que prend le blanc de l'œil. L'extrême irritation des vaisseaux absorbans se reconnaît à la sécheresse des membranes muqueuses des narines et de la bouche , à la constipation^ aux diarrhées symptomatiques^ à la rareté^ à la rougeur^ à l'épaisseur des urines, qui ont perdu^ par l'action résorbante de ces vaisseaux, leur partie la plus fluide; enfin, à ce ca-
»— — ■ M^— — I ■■ I I ■ Il III,
(i) Ibid.
{2) Grimaud , Traité des Fikvrçs.
ractère remarquable , surtout dans la fièvre bilieuse , qui consiste en ce que la peau , pénétrée d'une chaleur acre, est cependant sujette à des frissonneraens pour peu qu'une partie soit exposée à Tair; car nous avons pu voir en plus d'un lieu que c'est par ces sortes de frissonnemens que les vaisseaux absorbans , du moins ceux de la peau , manifestent leur irritation.
Si Ton veut bien analyser ce qui se présente durant le cours de ce^te fièvre , on sera forcé de convenir qu'elle se compose évidemment de deux ordres de phénomènes : les uns locaux et fixés dans la région de l'estomac et du foie y et les autres symptomatiques , et se n^pntrant sur la peau y sur les organes muqueux et sur les sécré-* leurs ; ou plutôt on verra que l'irritation direct^ qui a exalté la sensibilité des vaisseaux absorbans, dont la partie active du foie et de Testo^ mac se composera été vivement ressentie dans tous les points de ce système , et y a produit des modifications diverses de sensibilité, et des phénomènes diflférens, suivant les nuances de vitalité et d'organisation primitivement établies dans chacune de nos parties ; de telle sorte qu il en résulte sur la peau le frissonnement , la chaleur acre , la coloration en rouge ou en jaune ; sur les membranes muqueuses, la soif, la sécheresse, les sécrétions amères et viciées ou trop aboù-
danles; sur les muscles , des lassitudes^ des doubleurs contuses y de la dispositioa aux convulsions ; sur le cœur ^ des baltemens plus frëquens et plus forts. Ou s aperçoit enfin que Ton retrouve dans ce cas la plupart des accidens que nous avons vu caractériser l'affection primitive des vaisseaux absorbans artériels de la peau et du tissu cellulaire , si ce n'est qu'on y remarque une plus grande intensité^ et qu'ils s'accompagnent d'une exaltation particulière des propriétés vitales du foie^ d'une sécrétion plus abondante de bile^ et d^une bile plus ou moins altérée ^ d'un état plus douloureux de l'estomac et des premières voies ^ et de la résorption de la bife par les vaisseaux absorbans de la plupart de nos parties.
C'est la présence de cette humeur qui imprime aux symptômes de cette fièvre quelque chose de plus violent et de plus aigu que ce qui a lieu dans la fièvre purenient cellulaire et cutanée^ lors même qu^une sur-excitation considérable du système vasculaire donne à cette dernière des caractères éminemment inflammatoires. Car nous avons vu que l'excitation produite par le sang est douce et balsamique y tandis que celle de la bile a quelque chose d'acre et de stimulant. Aussi la nature de la chaleur qui se développe sur la peau est -elle brûlante et acri-
tlO BU SIEGE ET DE LA ICATUM!
xnoaieuse ; aussi cet organe , au lieu d'être côn^ vert d'une douce transpiration ^ est-il d'une sécheresse remarquable ; aussi le spasme qui précède^ au lieu d'être un simple frisson ^ est-ii plutôt un sentiment de picotement; aussi les douleurs frontales prennent-elles un caractère déchirant. Au reste^ mille observations répandues dans les livres des praticiens prouvent qu'on a fréquemment observé cet alliage de l'affection inflammatoire ou cutanée avec les symptômes bilieux. Ces deux états se mêlent, se combinent^ présentent des nuances variées à l'infini ^ depuis le degré connu sous le nom de fièvre ardente^ jusqu'à la fièvre bilieuse la plus bénigne. Tantôt les symptômes épigastriques l'emportent sur les symptômes cutanés ; tantôt ce sont ces derniers qui prennent de la prépondérance sur les autres , surtout lorsque quelque circonstance de température agit directement sur le derme : aussi remarque-t-on que c'est vers la fin du printemps et le commencement de l'été, ou bien vers la fia deTautomne et le commencement de l'hiverj^ que les phénomènes inflammatoires deviennent traii« chans dans les fièvres bilieuses , pour peu que les malades se trouvent déjà prédisposés par l'âge y le tempérament , le sexe , le genre de vie. Cette marche simultanée des phénomènes cutanés et cellulaires et des phénomènes tenant à
BES maladies; III
Torgane biliaire se dévoile en produisant, au moment de la crise ^ les effets qui doivent ea résulter. Si la fièvre se termine au premier septé* naire, les sueurs y une hémorrhagie du nez et le suspensuniy sont les seuls produits apparens de l'affection superficielle qui se joignent aux déjections biljeuses. Mais il n^en est pas de même de celle qui s'étend jusqu'au quatorzième jour : celle-ci se termine par une coction parfaite ; c est-à-dire que le pus formé dans le tissu cellulaire sous-cutané est évacué par les couloirs naturels de l'urine, ainsi que par les voies iotestinales , en même temps que la' bile. C'est ctttta' matière purulente qui. donne, dans ce cas, auit déjections alvines la consistance de purée ^ si*gnalée par les praticiens comme le gage d une heureuse terminaison.
La fièvre bilieuse légitime se compose donc d'une affection des organes biliaires et épigSiStriques, presque toujours primitive, mais pourtant quelquefois secondaire, en même temps que d'une affection des. tissus dermoïde et celJulaire presque toujours secondaire, quoique pouvant être primitive. Les auteurs ont beaucoup parlé de cet état particulier de combinaison , sous le titre de complication de la diathèse phlch gistique a^ec l'affection des premières voies. Grimaud dit qu'elle peut se présenter sous trois
îll DU SIEGE ET DE LA ÏCATURE '
formes différentes : sous la forme de dominance du génie phlogîstique , sous la forme de dominance de Faffection des premières voies ^ et sons une forme mixfte qui parait présenter y dans un rapport à-peu-près égal ^ Tune ou l'autre de ces deux affections. Or^ nous le demandons : peut-oa se faire Fidée d'une fièvre bilieuse légitime sans la faire rentrer dans l'un de ces trois cadres ? Et ce que Grimaud regarde conime une complication n'est -il pas Tétat de la plus grande simplicité possible de la maladie connue des médecins sous le nom Ae fièvre bilieuse ? Les degrés du ton et de l'excitabilité des solides des individus qui en sont atteints^ les différences de Tâge^ du sexe^ des saisons et de la température peuvent bien en varier l'intensité ^ mais n'en changent point la nature intime.
Que si , au lieu d'attaquer un sujet fort et robuste 9 les causes qui produisent la fièvre bilieuse agissent sur un homme d'un âge avancé ^ eu que toute autre circonstance a profondément aûaibli, l'on voit naître d'autres phénomènes^ et l'affection bilieuse s'accompagne d'une toute autre modification de l'économie animale. Medicus disait que les congestions de bile dans Festomac pouvaient développer une ^Itération phlogistique ou une altération putride selon les circonstances ; ce qui prouve que les causes des
. . D£S MALADIES. IlS
maladies circonscrites dans les premières voies peuveut^ à beaucoup d'égards , être assimilées aux causes extérieures , parla faculté qu'elles onl de produire des efiels tout differens, suivant que le corps est différemment disposé.
Quoi qu il en soit , on éprouve dans ce dernier cas à-peu-près les mêmes symptômes que nous venons de décrire ; mais Tamertume de la bouche est accompagnée d'une puanteur de l'haleine qui peut aller jusqu'à paraître cadavéreuse ; mais les matières bilieuses rejetées par le vomissen^ent ont déjà quelque analogie avecles liqueurs putré-* fiées ; mais les douleurs des membres sont accompagnées d'un sentiment profond de faiblessemusculaire^ La langue est encore jaunâtre; les pommettes sont colorées; mais la prostration prenant de rapides accroissemens^ les traits du visage s'allèrent, la langue devieijit brune; et successir vement on voit les symptômes adynamiques étouffer entièrement les symptômes bilieux ^ les plaies des vésicatoires devenir noires et sans suppuration j la peau se couvrir de pétéchies^ la face prendre une teinte violette^ l'irritation pripcipalement fixée sur les vaisseaijix absorbans. avec lesquels la bile et le sang npir sont le plus particulièrement en rapport , produire dan/^Je $ysr tème abdominal des inflammations et des-ilases dont la présence du sang v£tineu^ iodiqji^ ^V^** II. 8
Il6 DU SIEGE ET DE LA NATURE
rompre Theureux équilibre qui préserve ce» maladies de Fadynamie. Hippocrate avait déjà dit dans ses ouvrages que les pertes de sang déve" loppent la bile. Avicenne ei^primait cet axiome de pratique en disant que le sang est lejrein de la bile , cl Piquer ^ de son côté , confirmait la même vérité en avançant queies saignées irritent cette humeur (i); il est, en effet, d'observation que plus la turgescence saburraleesl considérable, moins la fièvre se rapproche du type inflammatoire ; et l'on sait également que la bile prédomine dans presque toutes les fièvres putrides. Aussi les fièvres biliôso-adynaniiques et les fièvres adynamiques simples se confondent dans presque tous leurs phénomènes , et se confondent ^avantage à mesure qu'elles approchent de leur terme ; car leur seule difTérence consiste dans les symptômes épigastriques et bilieux , plus ou moins intenses ^ comme la fièvre bilieuse légitime présente des analogies avec la fièvre inflammatoire , sauf Télat des organes épigastriques et la surabondance de la bile. Dans le premier cas , la cause de la maladie trouvant déjà le corps dans une sorte d'exténuation et dans la modification particulière ^de éensibililé qui prépare et constitue l'adynamie ,
(i) Piquer , Traité des f'ihvrcs^
DES MALADIES. Iiy
1« présence d'une bile profondément altérée met le comble au désordre , el produit des accidens de décomposition dans les humeurs y de spasme et de prostration dans les solides , plus rapides , plus étendus y plus irrémédiables que dans la fièvre adynamique simple. Tandis que , dans 1& fièvre bilieuse légitime et bénigne , la maladie s'emparant d'une nature forte et vigoureuse , les mouvemens qui en résultent s'écartent le moins possible de leur rhylhme naturel^ la sécrétion de Torgane biliaire est plutôt augmentée que pervertie y la quantité de la bile est accrue ; mais cette bile elle-même ne subit point d'altération , ou n'en subit que de très-légères : d'où il résulte que les qualités naturellement stimulantes de cette humeur qui n'a point encore perdu ses caractères physiologiques , n'ont d'autre effet que d'exaspérer les accidens y et que de produire une sur^excitation , une sorte d'acuité qu'on ne remarque pas dans la fièvre inflamma* loire.
Il s'agit maintenant de savoir si les fièvres bilioso-adynamiques ne peuvent pas être le produit de fermens putrides renfermés dans nos humeurs y comme l'ont pensé long-temps les médecins, et comme un grand nombre d'entre eux le croit encore. On ne peut douter , par exemple ^ que dans la éaison de l'été ^ surtout
irS DU SISGE ET DE LA NATURE
dans les climats ckauds^ la bile devenae épaisse et visqueuse par ^excessive augmentation da jeu des vaisseaux absorbans hépatiques , sympatbiquement ranimée par l'action presque continuelle d'un soleil brûlant sur la peau , ne s'accumule facilement dans la vésicule ^ ou elle contracte par la stagnation ou par certaines^ lésions des propriétés vitales du foie , une altération quelquefois très-intense. Si l'on niet de côté Faction primitive du soleil et de la chaleur sur la peau , et l'exaltation de sensibilité qui en ^ résulte dans l'organe hépatique y on pourra dir0 que c'est le foyer bilieux et putride renferdié^ dans la vésicule qui est la cause de ces maladies constitutionnelles. Long-temps avant leur invasion y toute l'économie animale prend en quelque sorte un caractère bilieux, ce que démontre la couleur des urines y des selles et surtout de la peau y laquelle ^ chez quelques sujets y approche de celle des ictériques. Pendant leur cours, la nature des accidens ne laisse aucun doute sur l'exubérance de cette humeur dégénérée , et l'ouverture des cadavres à la suite de ces fièvres montre constamment la vésicule distendue et même qudquefois très-volumineuse , remplie par une bile gluante et déjà plus ou moins alcaline. Mais on trouve en même temps les vais* seaux absorbans des environs teints au loin par
DES MALADIES. I ig
des SUCS jaunàlres et bilieux qu'ils ne peuvent avoir ppn^pés que ds^nç la vésicule malade (i)v Uest doue évi^ept que c est par le moyeA des vaisseaux de ce sjrstème que la bile aUeint et pénètre^ réc9noiiiie arûip^le , et que ^qrs xpênse qu on supposerait U d^éqérçsc^nce spont^u^^e 4ç c.eUe l^^uiii^ur dans la vésicule y indç'pendamr .ip[ïf^nl' àç^ çmk^^ prfsp^îères que npus avoja$ assî-
gaéq^ d^tP? l'ftçïw^ 4^ sftl^il wr no^ $oUde8 ot
^péçkiçpiÇïJt^qr rçrgSPfl çst^aé , la funeste aclivîtj^ i^.6#tç JiV^RîWr d^éqérée s'éteindrait d^ns qçi).ft)yfir f^n« 1§ J€^u d?s vaisseaux absor*' jbana qpji 1^ djlgçéiiwiw d^ftS toutes Içs parties, e|t lesîdi^pftPP^Wfiî k h vhQÙQn spécifique qui est \e rjB^îiUafe ofi^mk^ de 3ft pfésence , et dont ii dérive ^ant^t 4e3 fîé>vi*Q3 bilieuses intenses et 4e \q\\g^:^'^Y4^ , presque toujours terminées par Tsidjria^^uH^i^ j ^4ii\Qt d/ets fièvres biliosa.-purtridçs lî^p J/ç§qviefes l'ôdynaniie se ciontre, PQif r ^ii^f i 4iVe 9 de prtme-rabord.
Ma)^ fp^'e;^ij5tje-l^il pas une autre sôHAvee humo^ ri^ipd'p^Ji'pa pourrait, avec plus de vérité, voir dépoml^r U plupart dp cesâèvres? Ne doit^ 00 tenir $ihcui) compte de ces vastes foyers de putridilé que renfermant Içs premières voies? Dansce c^s, du moins, tout porte ^ croire qu'une
(i) Pujol j OEuvfss cUstets^à^ Médeaine , 1. 1,
dégeuérescence plus ou moins spontanée des matières contenues est la première cause du désordre. En effet y si l'habitude prolongée de l'intempérance , en même temps qu'elle provoqué '^e la part du foie une sécrétion immodérée de bile , affaiblit le ressort des intestins^ de manière qu'ils ne chassent pas promptement et en des temps réglés le résidu des digestions, tout le canal alimentaire se convertit en un vaste cloaque ou séjournent pêle-mêle une bile excédente et .bientôt altérée^ et des matières à xtioitié digérées •dont le mélange informe subit , au moins ^ un premier degré de décomposition putride , et dont la présence^ irritant la membrane muqueuse sur laquelle il séjourne y ne tarde pas à faire pleuvoir de toute la surface intestinale des sucs diversement altérés par l'action pervertie des vaisseaux de cette surface membraneuse. Le niélange qui résulte de toutes ces causes peut acquérir une teUe âcretë , que Morgagni a rencontré •des sujets chez lesquels le vomissement de semblables matières avait occasioné l'érosion de l'œsophage. Sans doute ^ les mouvemens' généraux qui résultent de la présence de ces fermens putrides doivent être , eu grande partie y attribués à l'irritation qui y du catial alimentaire^ se propage par voie de sympathie à toute l'étendue de réconomie animale; mais n'y a-t-il là qu'un
DES M ALAD lES* 1:21
effet purement sympathique ? Il sera très-diffi« cile qu'un praticien à portée d'apprécier tous les jours les désordres qui ont lieu dans ces maladies , et le bouleversement qu'elles produisent dans la crase des humeurs ^ ne pense pas qu^il existe qne autre cause de tous ces 'désordres- Non, encore ici, les levains délétères se répandent, par le moyen des vaisseaux absorbans, du foyer putride dans le reste des humeurs (i). C'est dans ce cas surtout qu on pourrait dire avec Huxam que cette humeur moitié bilieuse , moitié stercorale et corrompue venant à passer dans l'économie animale^ détruit la composition des fluides , irrite le genre nerveux, et convertit les sucs lymphatiques en une sanie corrosive , du moins dans les cas les plus funestes. Voilà donc une cause humorale dont Taction évidemment primitive, paraissant naître de l'intérieur, vient répondre à la superficie, et toucher en quelque sorte tous les points de l'économie animale. Mais qu'on veuille bien se rappeler l'analogie de structure de l'organe muqueux et de Torgane dermoïde ; qu'on se rappelle que l'un et l'autre sont chargés de recevoir le contact des corps étrangers , et d'être les sentinelles vigilantes de l'économie animale ; enfin qu'on
(i) Pujol , ibîd.
plus nous avancerons , et plus nous nous con<^ vaincrons que le système absorbant est le principal acteur des scènes de la maladie, comme il est Tartisan par excellence des phénomènes de la santé.
On en trouverait peut-être une preuve nouvelle 9 si Ton fixait son attention sur l'un des phénomènes les plus bizarres que produise l'irritation des intestins suscitée par la présence des matières saburrales ^ ou par les mouvemens spéciaux de ces sortes de fièvres : nous voulons parler des météorismes. Wepfer a démontré par de nombreuses expériences que jamais une matièreT acre ne s'applique sur les intestins sans qu#ussitôt on ne les voie se contracter violemment y non-seulement dans le point irrité^ mais encore dans les parties voisines , de manière qu'ils se ferment rapidement comme s'ils étaient serrés avec un lien y et s'élèvent en vessies au moyen de l'air qui se dégage dans leur intérieur (i). Or, nous avons vu, dans là première partie, qu'il faut attribuer à l'action des vaisseaux absorbans la production des fluides gazeux , tout aussi-bien que celle des liquides diflerens qu'ils ont la propriété de pouvoir extraire du sang. Nous avons vu que c'est à l'action spéciale de ces
(i) De Cicut. Aquat,j-pag,Sg.
DKS MALADIES. 125
vaisseaux qu'on doit rapporter le dégagement du calorique ^ et même des différens airs qui se produisent à Foccasion de quelques irritations dans le tissu cellulaire , ou dans l'estomac chez certains vaporeux* Nous avons même puisé des exemples dans les classes inférieures d'animaux, cil nous n'avons plus retrouvé , pour ainsi dire , que le système absorbant y et chez lesquelles nous avons admiré la faculté de produire à l'aide d'organes particuliers, véritablement sécréteurs» tantôt l'électricité , tantôt le phosphore , tantôt le gaz hydrogène , ou tout autre principe aussi subtil. Pourquoi , d'après ces curieux phénomènes ,n'attribuerions<-nous p^s à une irritation spéciale des intestins , plutôt qu'aux produits d'une fermentation toujours équivoque , ce dégagement subit des fluides aériformes d'où résultent les météorismes ? Si cet air n'était pas un produit de la vie , s'il était la suite d'une simple opération chimique^ le météorisme n'arriverait-^ il pas toutes les fois que des matières corrompues stagnent dans les premières voies ? Attendrait-il pour se produire l'exaspération des sym* ptômes et une exaltation plus grande de la sensibilité des intestins ? Serait-il si souvent la suite de Tabus des purgatifs , qui devraient avoir entièrement balayé ces humeurs en putréfaction ? Ces considérations n avaient point échappé à
126 * DU SlioE ÏT BB LA NATtJKE
Sarcooe y tyni a fort hiem vu que 'le métëorisme a de Dombneux râ^^ports^Tecl'bydropisie sèchie^ la colique venriecise^ h tytn|>afiite e% Fempyèfmel Mopgagm remarque egalemetit que 4es anctetfs placèrent , avec raîsou , le météorisme au rang de ces sortes d'bydropisîes : ioate la différence se réduit au temps on naît ce symptôme , à la violence des douleurs qui l*accompagnent et à sa durée. Les anciens ont poussé si loin Tobser** vation sur ce genre d'affection , que l'on trouve dans Hippocrale la description de l'hydropisie sèche y dont Baglivî parlt^ aussi comme d'^ne maladie très-aiguë et d'un danger imminent'; et que Galien traite d'un choiera Jlaiulent (i). 11 parait donc difficile de se reftiser àcraîre^jne le dégagement de l'air dans les intestins, d'oii dérive le méléorisme, trop souvent observé dans les fièvres bilioso-putrides et adynamîques, we soit y aussi'bien que le dégagement du calorique qu'on y remarque ^ aussi-bien que Taugraenlation des sécrétions , aussi-bien que le mélange des humeurs et leurs mouvemens désordonnés, l'effet de l'exaltation , de Farkération , de la perversion plus ou moins grande de l'action des vaisseaux absorb'ans , laquelle produit des effets
(f) Cité parSarconC; Maladie deNaples^ t. ii, nàt. 3oi. i
différens suivant des nuances ou des degrés qui varient en raisoa du genre ou de rintensilé de$ maladies .> des organes qui se trouvent plus par^ ticulièrèmeiit affectés, de la na tu re des ca uses irritantes et de ta structure des parties sur kisquelles ces causes se sont appliquées de préférence.
a°. De la Fièvre muqueuse , ou de la Fièure causée par ïexcilation morbifique des vaisseaux absorbans , lactés et lymphatiques.
Mais toutes les causes affaiblissantes ne pro« duisent pas les mêmes effets , soit qu'elles aient une nature différente , soit qu'elles agissent sur des individus différemment disposés. Si , par exemple , l'humidité de l'air ^ au lieu de s ac« compagner de chaleur, est constamment fi oide^ comme il arrive en hiver et dans les pays du Nord bas et marécageux , celte modification de l'atmosphère , loin d'agir directement ou indirectement sur le foie , parait influer de prc^ férencé sur les intestins , sans doute en affec* tant d'abord l'organe cutané ^ dont J'énervation se communique si promptement aux organes digestifs; si^ d'un autre côté , ces causes rencontrent des individus précédemment dis^ posés par Tin tempérament lymphatique ou pi^luiteux f sans énergie , sans activité , soit à cause de l'âge 9 soit à cause du sexe;i si surtout .ces
128 I>tX SliOE ET DE LA rrATVRE
individus n'oal coulume de faive usage que d'alimeas végétaux y farineux et acescens , les causes déterhiinantes connues des maladies fébriles ne donnent plus lieu celte fois à des phénomènes bilioso-putrides ou primitivement adynamiques; mais à une série de phénomènes très- remarquables y dont les caractères tranchés indiquent encore une nouvelle lésion spécifique de l'économie animale*
Premièrement, à Tinappétence viennent se joindre des rapports nidoreux fatigans; on éprouve un sentiment de pesanteur à l'épigastre ; la bouche devient fade et pâteuse y se remplissant y la plupart du temps y d'une salive visqueuse ; la langue se recouvre d'un eH^ duit blanchâtre et humide ; toutes les parties extérieures sont d'une couleur pâle, d'un blanc laiteux et légèrement livides; la peau est comme empâtée de sucs muqueux ou pituîteux , empâ^ tement surtout remarquable vers la région épîgastrique* Bientôt surviennent les nausées^ les vomissemens, non plus de bile, mais d'une matière visqueuse, fade, quelquefois acide, quelquefois sucrée , blanche ou colorée en jaune. La sympathie de la peau parait répondre au désordre intérieur d'une manière incertaine , fu« gilive et peu assurée ; le frisson, précurseur, ne frappe que les plans superdciels , et c'est moins
t>£S MALADIES. J29
un frisson décidé qu'un sentiment de froid qui glisse entre cuir et chair ^ selon Texpression vulgaire. La chaleur qui succède ne se montre elle*^ même qu^après une pression prolongée. Le cœur participe à peine à ces mouvemens , ou s'il en reçoit quelqu impression^ les battemens s'en trouvent plutôt ralentis qu'accélérés. La tète est très-ordinairement affectée, mais plu* tôt d'un engourdissement ^ d'une pesanteur que d'une douleur réelle , et l'on éprouve des tournoiemens et des vertiges.
A mesure que la maladie avance dans son cours ou prend de l'intensité , Tabdomen devient sensible à la pression , et laisse entendre des borborygmes et de flatuosilés ; quelquefois on ressent des coliques ; il y a constipation ou diarrhée muqueuse ;» ou bien éjection de quel« ques vêts ; la bouche , la langue se tuméfient , deviennent douloureuses, se recouvrent d'aphtes^ de légères ulcérations, et des pustules miliaires se montrent en mêmie temps sur la peau^ circonstance qui doit nous rappeler que Van- Swielen regardait les aphtes comme un accident corrélatif à cette sorte d*éruption cptanée , et que Stoll trouvait cette analogie d'autant mieux fondée qu'il avait vu quç , dans le principe , les aphtes ont une forme absolument semblable aux taches miliaires^ lesquelles paraissent appar*
l5o DU 5IÉGE ET DE LA NATURE
tenir aux maladies muqueuses y comme les pëtéchies sont, d'après cet auteur, le propre des maladies bilieuses (i).
L'urine est à-peu-jJrès la même que dans l'état naturel, et pour la consistance et pour la couleur : seulement elle est plus abondante et plus pâle ; quelquefois même on la voit devenir aqueuse , caractère également propre aux maladies pituiteuses et aux affections du système nerveux. Enfin, celte fièvre s'accompagne de douleurs profondes , et pour ainsi dire osiéocopes, de douleurs articulaires et rhumatismales membraneuses ; car le système musculaire proprement dit parait moins affecté que dans les autres fièvres. Les malades se meuvent facilement , et se lèveraient même tous les jours isans les vertiges qu'ils éprouvent , du moins quand la fièvre n'est pas très-intense et reste sans complication (2).
On observe dans cette maladie une sécrétion plus abondante des follicules muqueux du canal alimentaire. La surface interne du ventri*cule et des intestins est surchargée d'une mucosité fort épaisse et gluante , et au-dessous de celte croule pâteuse on trouve une très-grande
(i) Médecine-pratique.
(2) Grimaud, Traité des Fièvres.
DES MALADIES* iSt
t}uBQtité de follicules développés ^ séléwmt en autant de pelîtes têtes^ Ces globules se ren*icontrent également en nombre considérable dans la substance du foie y ce qui donne à ce vis«cère une apparence granulée , dans les cadavre des personnes qui ont été les victimes de cett^ fièvre : phénomène^ au reste , qbi n'est pas par^* ticulier à celte seule circonstance ^ mais se retrouve dans les hydropisies et dans quelques autres maladies du système absorbant (i).
Eu général , cette fièvre laisse rarement les glandes lymphatiques intactes y pour peu qu'elle acquière d'intensité : presque toujours alors ces organes sont diversement affectés. Cotugno a vu les glandes mésaraïques , les plus voisines des intestins, augmentées ^ et comme dans un étajt de nutrition vicieuse (a). Si la maladie se porte sur les poumons , disent Rœderer et Wagler , tout le système des glandes conglobées s'enflamme , et les glandes bronchiales et thoraciques principalement engorgées se trouvent farcies d'une matière crue f etc. Les mêmes ob^ servateurs ont encore remarqxié, dans l'épidémie qu'ils décrivent 9 que h chaleur de Tété agissant plus énergiquement sur les glandes super^
(i) Rœclerer cl Wagler, de Morbo mucoso* (2) Ciié par Sarcone ^ Maladie d& Naples^
l3a DU SlécE ET DE LA NATURE
ficielles p le caractère muqueux s'évanouissait graduellement^ et répidémie devenait presque entièrepient ce qu'ils nommeni lymphatique , c'est-à-dire y que les glandes du cou y des atnes ^ des bronches s'affectaient en même temps que celles du mésentère. D'un autre côté y quand la fièvre muqueuse était de longue durée , ces praticiens ont vu les malades périr quelquefois ^ans un état de marasme ; et d'autres fois , ils ont vu résulter de cette fièvre tantôt des squirrhes internes , tantôt l'obstruction des glandes lymphatiques y tantôt l'œdème des pieds y et tantôt même Fhydropisie.
Si la matière purulente est généralement disséminée dans l'économie animale durant le cours des fièvres inflammatoires y si la bile résorbée imprègne nos parties dans la fièvre bilieuse y si la fièvre adynamique les infecte d'une sérosité ichoreuse et délétère qui ne tarde pas à porter sa funeste impression sur toutes nos fonctions , on ne peut douter, d'après diverses observations rapportées par des praticiens recommandables y que les matières muqueuses et lymphatiques ne soient aussi généralement répandues dans la fièvre qui nous occupe. La couleur pâle et laiteuse et l'empâtement du derme et du tissu cellulaire en sont les premiers indices pour un œil attentif. L'état du sang tiré
DES MALADIES. iSS
par les saignées en est un plus positif encore. Sarcoie a singulièrement multiplié les obser^ vations sur ce point intéressant pendant l'épi-* demie de Naplcs. Il voyait toujours ou presque toujours le sang, rarement de la première saignée y quelquefois de la seconde , le plus souvent de la troisième y se couvrir d'une croûte glutineuse et grisâtre , quil a eu soin de distinguer^ par plusieurs expériences, de la couenne inflammatoire. Il voyait celte croûte visqueuse , d'ailleurs infiniment variée suivant les sujets et le degré de simplicité ou d'intensité de la maladie , augmenter de plus en plus jusqu'à la fin du second septénaire , devenir alors d'une consistance plus molle , et finir par se perdre , en quelque sorte , dans une sérosité blanchâtre ou cendrée y à mesure , saris doute , que les mouvemens critiques s'établissant , débarrassaient l'économie animale de ces mucosités superflues et errantes , et que la sensibilité des vaisseaux absorbans lymphatiques reprenant le ton naturel, ces vaisseaux cessaient d'en produire ou d'en dévier en aussi grande abon* dance; et lorsque, dans la première semaine ^ au lieu d'apercevoir à la surface du sang la croûte glutineuse , on ne tirait de la veine qu'un sang noirâtre, bientôt divisé en une masse ianguine tendre , et facile à dissoudre , et en
l54 I^U SIEGE ET DE LA NATURE
une sérosité laiteuse que la chaleur coagulait comme du blanc d'oeuf , cette disposition insolite lui paraissait le signe d'une colliquation imminente et rapide.
Après avoir scrupuleusement examiné cette matière lymphatique dans le sang^ le même au-» teur la suit, au moyen des autopsies cadavériques^ datis presque toutes les parties : il la montre ^ tantôt reconvratit la plupart de nos viscères comme dune efflorescencé muqueuse; tantôt encombrant d'une grande quantité deconcrétions polypeuses la tête, la poitrine , le cœur , les gros^ vaisseaux; tantôt entourant les poumons d'une substance gélatineuse,, de manière que ce viscère en paraissait inondé; tantôt produisant dans la tête une effusion mortelle de sérosités; tantôt abreuvant la dure-mère d'une lymphe visqueuse ettenace; tantôt remplissant d'humeursde même nature les ventricules et même le canal vertébral ou le tube de la moelle épinière; tantôt enfin transsudant sur les cadavres a travers tous les pores de la peau , sous forme d'une sueur vis-queuse , ou plutôt d'une eau glutineuse (i).
Si , dans nos climats tempérés , la maladie est rarement poussée au degré d^intensité décrit par Sarcone^ si les complications qu'il a rencon-
(i) Sarcome ) Maladie de NaplesyU a.
DES. MALADISS* l5S
trées ne sont parmi nous ni aussi fréquentes ^ ni aussi fortement proqoocées ^ I4 . considéra* tion des phénomènes critiques i^.dans les cas or* diuaires y nous fournira des dpnnées suffisantes qui viendront à l'appui ^^ f^i(s que nous venons d e^içtraire des q^yrages njie q^ praticien. Dabp;*d| qvipîque ce^te£èvr^.n^ produise p£|S de crise à )a çt^uièr^ des^gY^es i^flamn^atpii^es ^ (^p§ndan(<Qa voit paraître- dan^ son cours qiji^l^ qijUQS excrp^jons qu* on doit ponsidérer comma Ifis prodi^i^ d'autaujt dç <cirisps partielles y qqx toutes.qnt ppm* pfinqipfU ç^r^ctère de cqu^epir, 4'eKp^lsef de$ mucosités ^jt 4^ sucs lympba^ tiques nça ptaruden^* L^ vomissemens et les ^^Sy q«|afl4 il Sf?R pré^eijts , sont en grande partie GoqppP^ (d^ QV^tières muqueuses | \^ i^rinç;^^ Ipr^squon y peut apercevoir un sédiifteol fcjie in,onlfeQl bUnp:, m9i[|mBux: , çohé- XGfiX; q\JL floconneux y quelquefois i7Juâf»6 gr«M$n s^uat j waif rarement pnrukat ; ^fî^ l'e^pt^Ç'^ loratiofi fouf ujit .aMS|^î des çrâ^hiits wuqpeux i cujts et dépourvus de io^l ^i^yu* e ç^^^tctère*
Dun autre côté^ les ^nde^ servent souveqt de décharge it la nature d^^s c^tteijièvre^' Qt trèssouvent les produits de la>cpeiion s'<év<acu^Qt par lessalivaire^ ei /coulentpaa:')a bouche pendant plusieurs jours sous (oriuje d'u^e s^rojsité plus ou moins épais^. Daos de^ ç»^ imîvxs favorable ^ U
l56 DU SIEGE ET DE LA NATURE
arrive que cette matière séreusese porte surd^autres glandes et produit des dépôts aqueux trèsopiniâtres. Oes'dëpôts sur les glandes et les me* tastases qui s'y pbrl^tfréquerament dans ces maladies sont unef preuve bien sensible que c est vraiment dans le sysïème de ces glandes que s'exerce d'une* manière spéciale la cause matérielle de ces fièvres y <$omme le pensait Grîmaud. Nous n'avons noUs-mémes besoin que de nous rappeler quelle est la portion du système absorbant à laquelle se rattachent les glandes ou ganglions lymphatiques, pour comprendre que c'est cette portion (Jui est le plus particulièrement mise en jeu dans ces sortes d'affections.
Il est un phénomène remarquable qui pourrait peut-être servir encore a manifester la nature de Thumeur mise en mouvement y et là portion du système absorbant affectée dans la fièvre muqueuse. Nous voulons parler de la production des vers dans les intestins pendant le cours de cette fièvre. N'est-il pas probable que ces animaux pullulent facilement dans ce cas et dans cette seule fièvre , parce que l'humeur vitale la plus éminemment disposée à s'organiser , la lymphe , est épanchée hors de ses vaisseaux et stagne dans les voies digestives ? On sait du moins que les hydatides semblent n'avoir besoin pour naître que de la stagnation
DES MALADIES. l^J
de celle humeur dans un renllement des vaisseaux qui la fonl circuler (i).
Huxam avait bien pénélré la nalure de celle fièvre, puisqu'il disail , dans ce langage vague et quelquefois profond employé par les anciens observateurs privés des connaissances positives que donne aujourd'hui Tanatomie : « les fièvres putrides , malignes et péléchiales affectent particulièrement le sang, au lieu que les fièvres lentes nerveuses ( on sait qu'il avait décrit sous ce nom la fièvre muqueuse compliquée d'ataxie), n'affectent que les sucs nerveux et lymphatique. Les premières- entraînent la corruption des humeurs et la dissolution du s;ing ; et les secondes durent quelquefois un temps considérable sans causer la moindre putréfaction. En supposantqueles unes et les aplres naquissent de contagion , ajoutait-il^ je comparerais volontiers l'action des effluves morbifiques,dansle premier cas, au venin de la vipère , qui affecte , détruit la contexture des globules sanguins ^ et les corrompt en peu de temps ; et dans le second cas, au venin du chien enragé , lequcjl agit très-lentie-» * ment, parait affecter lalympheet le suc nerveux, , et ne donne aucun signe de corruption (a). » ,
(i) GrimaucI, Traité des Fihvres^ t. m. i
(2) TraUê dç^ Fièvres , cité par Grimaud, l. m, p. 1 08.
l58 DU SIEGE ET DE LA NATURE
Cette comparaison , si juste dans la première partie , parait évidemment exagérée dans la seconde^ lors même qu'on se souvient que l'observateur anglais a décrit sous le même titre la complication des deux affections muqueuse et ataxique. Mais il serait facile de trouver dans les contagions animales des analogies plus rapprochées avec la fièvre muqueuse.
En effet 9 les maladies vénériennes ^ de même que les maladies muqueuses, montrent des maux de gorge, des espèces d'aphtes, des engorgemens glanduleux , des déplacemens où des stases de sucs visqueux, des douleurs profondes et ostéocopes, avec le singulier caractère, dans l'un et l'autre affection, d'augmenter constamment vers le soir, de durer toute la nuit, et de ne diminuer que vers le matin. Les maladies vénériennes^ comme les muqueuses , ont une marche lente « influent peu sur les mouvemens du cœur et des vaisseaux sanguins, et se rapprochent encore, s'il en faut croire l'observation de Grimaud, par l'action avantageuse du mercure dans les unes comme dans les autres. Mais nous reviendrons sur ce parallèle, qui pourrait ici nous entraîner dans une trop longue digression»
Quoique la fièvre muqueuse attaque plus particulièrement les sujets qui s'y trouvent dispo« ses par un tempérament lymphatique et par un
DES MALADIES. iSg
régime al (énuant long-temps prolongé ^ il arrive aussi quelquefois que des sujets sanguins ou bilieux se trouvent placés dans des circonstances propres à développer cette^fièvre. Aussi Rœderer et Wagler disent avoir vu quelques complications des phénomènes inflammatoires avec la fièvre muqueuse. A la vérité ^ la seule histoire qu'ils en rapportent ( Hist. xii ) n'est pas trèsconcluante. Sarcône^ qui exerçait dans un climat chaud j a été plus à portée de les reucontrer^ et l'on en voit de nombreuses traces dans les descriptions générales qu'il nous a données. INous observons noué - mêmes presque tous les ans cette coEâplication dans la Maison royale de Saint'Denis, sur dé jeuui^s personnes arrivées à l'époque de la puberté. Les joues sont vivement colorées^ 9 au lieii dettY> pâles; le pouls est accéléré 9 plein'^ quelquefois :diii*;-au lieu, d'être leni j petit et faièiflé; la tête n'est pas seu-: lement pesante^ fnais douloureuse, i du reste , k langue est enduite d'une ^Ipdisse muco&itê blanchâtre / la bouché est fade et .'pâteuse; le^ vdmissemens font rendre des. sucs muqueux, et quelquefois desi vers ; les tueurs 'sont acides^ les redoublemens 8Qni très-sèqsibles vers le soir et dans la nuit; tantôt il y a ; constipation , tantôt diarrhée muqueuse y J'une et l'autre accompagnées d'un sentiment de douleur dans le bas«
l40 ^^ SIEGE ET DE LA NATURE
ventre ; les urines , rendues avec douleur , sont rares , épaisses et colorées , au lieu d'être claires; enfin , les crises successives de la fièvre muqueuse y les aphtes , les sueurs nocturnes abon« dantes et acides y les diarrhées muqueuses coïa-^ cident avec une hémorrhagie nasale ou Téruption des règles , et les urines déposent une humeur mucoso-purulente.
Il est facile de comprendre y d'après cet exemple y que dans les sujets pléthoriques d'un autre âge et d'un autre sexe y les vaisseaux aln sorbans exhalans du tissu dermoïde et cellulaire peuvent conserver assez de vie et de sensibilité pour répondre avec vivacité aux irritations spécifiques qui produisent les fièvres muqueuses ; et c'est sans doute ce qui donne si souvent aux symptômes de cette maladie cette acuité marquée par la précipitation des mouvemens du cœur relatée dans les tableaux des épidémies que nous ont transmis certains auteurs. Rœdérer et Wagler avaient fort bien observé que les pléthoriques ont le visage fleuri et quelquefois les extrémités rouges pendant toute la durée de la maladie, et Sloll (i) et Grhnaud avancent également que la fièvre pituiteuse peut se compli-f 4]uer avec l'affection phlogistique. La pratique
(i) MédecinC'pratique j t. ii , pag. ^7.
DES MALADIES. l4l
nous offre jouraellemeat ces sortes de combinaisons multipliées à Tiofiai ^ et nous montre , au contraire ^ très-rarement , les maladies dans leur état de parfaite simplicité. Si ^ par exemple ^ l'irritation spéciale des follicules muqueux et des vaisseaux absorbans lymphatiques ^ d'où dérivent la fièvre muqueuse y survient ^ par des causes accidentelles , sur un homme d'une constitution sanguine^ et communique un ébranlement sympathique aux vaisseaux absorbans artériels cellulaires et cutanés y déjà dans un état de sur-excitation habituelle ^ il y aura nécessairement une rougeur plus ou moins considérable de la peau, une réaction plus vive du cœur; et si l'on n'aperçoit pas le reste des phénomènes qui sont la suite ordinaire de ces deux premiers, c'est qu^ils sont masqués , étouffés par les accidens de la maladie principale. Mais lors même qu'ils ne sont pas sensibles par les apparences qu^ils ont coutume de produire quand ils investissent seuls l'économie animale^ un œil exercé les reconnaît encore aux changemens qu'ils introduisent dans l'ensemble des symptômes; c'est un composé binaire, si Ton peut s'exprimer ainsi , dans lequel se fondent , pour ainsi dire^ les caractères des deux composés , de manière toutefois que ceux de la base principale restent les plus saillans.
Cest ce qu'on pe«t voir plus manifestement encore lorsque la fièvre muqueuse reçoit la complication de l'élément failieux. Il n'est pas difficile de concevoir que ce mélange est encore plus fréquent que le premier^ soit à cause du voisinage du foie , soit à cause des connexions qui doivent résulter entre cet organe et le prin*^ cipal foyer de la maladie , de leur concours si* mullané pour l'accomplissement de la même fonction. Dans ce cas , les vaisseaux absorbaos hépatiques chargés de sécréter la bile acquérant un surcroît d'action , cette humeur coule en plus grande abondance. On la voit se mêler aux vomissemens ^ aux déjections , a la mucosité qui recouvre la langue , aux humeurs qui se répandent durant les mouvemens fébriles dans le tissu cellulaire. La réaction plus vive qui résulte de la présence dç cette humeur se marque, dès le début , par un frisson très-vif, quelquefois accompagné de tremblemens et suivi d'une forte chaleur ; par la fréquence et la dureté du pouls ; en un mot, par la recrudescence de tous les symptômes. Mais à quelque degré que soit poussée d'abord la réaction sympathique , cette réaction est toujours suivie d'effets plus fugitifs et plus faibles que ceux qui résultent de l'irritation spédale , première source de la maladie, et bientôt ils se trouvent en quelque sorte
DES MALADIES.' l4S
enveloppés par ces derniers ^ sans pourtant cesser d'imprimer à l'ensemble des phénomènes le cachet propre de l'élément dont ils dérivent. Les observateurs rapportent une foule d^exemples de âèvres muqueuses où la ^complication bilieuse est manifeste , non-seulement par la présence de cette humeur y mais aussi par une sorte d'acuité dans les phénomènes^ qui les éloigne plus ou moins du type essentiel de cette fièvre. Ils en rapportent d'autres où l'élément inflammatoire se joint à l'élément bilieux pour compliquer l'affection muqueuse , du moins dans les premiers jours y ce que l'on reconnaît au mélange des effets que chacun de ces élémens a coutume de produire ; mais le plus souvent y dans ce cas, après quelques jours de durée ^ on les voit insensiblement disparaître, surtout l'élément inflammatoire, pour faire place à l'adynamie^ funeste complication qui n'est que trop ordinaire dans les maladies muqueuses.
Comment, en effet, cette complication ne fierait-elle pas très-fréquéhte dans une affection qui imprime de si violens mouvemens aux vais-^ €eaux absorbans veineux du bas-ventre , pour peu qu'elle acquière un haut degré d'intensité ? Comment ne le serait-elle pas quand on voit la fièvre muqueuse s'attacher de préférence aux individus faibles et délicats ? Aussi Rœderer et
l44 ^^ SIEGE ET DE LA NATURE
Wagler trouvaient une grande analogie entre lu maladie muqueuse et le scorbut , qui en a luimême une si frappante avec la fièvre adynamique. Cette dernière espèce de complication est presqu' mévi table ^ s'il s'est montré dès le principe une complication bilieuse ; car alors le centre même des vaisseaux absorbans veineux profondément ému , l'ébranlement se communique aux parties les plus éloignées de ce système y soit à Taide des rapides communications de sensibilité qui lient tout l'ensemble des vaisseaux absorbans , soit à Taide de la grande aflluence d'une bile altérée dont l'action spécifique sur la portion de ce système qui s'applique aux veines est très- remarquable. De là vient que toutes les inflammations qu'on trouve après la mort sur les intestins ont une couleur bleuâtre qui est même quelquefois poussée jusqu'à la noirceur du sphacèle : de là viennent ces énormes déplacemens du sang veineux qui engouent des vaisseaux auparavant blancs et imperceptibles , tandis que les branches veineuses mésaraïqties restent à sec , comme l'ont noté les observateurs de Goettingue (i)« Or ^ un tel déplacement ne peut s'opérer , un tel désordre dans les mouvemens des vaisseaux absorbans contigiils .
■ ■ Il II» Il I ■ .» ^M«.«M— MiMai^^ •
(i) Rœderer et Wagler , de Morb, mucos.
ï>ËS maladies; * 143
«luxvèîaes^ne pçut avoir lieu d'une manière générale sansentralner les phénomènes de la fièvre adyniamique; et les tristes effets qui en résultent se confondant avec ceux qu'a déjà produits la fièvre muqueuse , portent le dernier coup aux forces vitales. Ce serait de toutes les combinaisons la plus terrible qui pût survenir dans la fièvre muqueuse^ si l'état nerveux n'en produisait pas une encore plus funeste»
§ IIL jinalyse des phénomènes de lafihre se ^ déi^eloppant dans le système nerveux.
C'est surtout dans les affections nerveuses que les efforts de la nature paraissent disproportionnés au principe qui les occasione : il n'est point de maladies qui reconnaissent aussi facilement une cause morale ; il n'y en a point qui se transportent d'une partie sur une autre aussi fvé* quemment^ aussi brusquement ^ aussi complètement ; il n'y en a point qui, lorsqu'elles se terminent , tranchent aussi nettement avec le rétablissement parfait de toutes les fonctions ; il n'y en a pas surtout qui laissent après elles moins de traces de leur passage , ce qui avait déterminé les anciens à les ranger parmi les maladies qui n'ont pas de principe matériel ^ morbi sine materiâ.
Pour rendre raison de ces phénomènes, si II* 10
t4Ô DtJ SlioZ ET DE LA VAtVML
éloignes de ce qu'on voit dans les autres mala^ dies^ il est besoin de ne pas perdre jde vue la structure particulière du système nerveux ; il test besoin de se rappeler ces milliers de fais* céaux cylindriques et creux ^ colles , croises entre eux y juxta-pose's de la manière la plus intime ^ recouverts d'une première membrane chargée de la nutrition qui leur est propre y et d'une dernière enveloppe de nature fibreuse ; il est besoin de se rappeler enfin les centres principaux auxquels ces nerfs aboutissent oa desquels ils partent , centres doués eux-mêmes de rintime organisation que nous venons de remarquer , montrant les mêmes petits cylindres remplis de la même humeur onctueuse et diaphane y enveloppés des mêmes membranes y et recevant une protection encore plus efficace de deux boites osseuses qui les renferment. Com« XYïent y avec de telles dispositions y ce système pourrait-il être y dans les maladies, le théâtre de grands déplacemens d'humeurs ^ comme le syS' tème cellulaire et le système absorbant muqueux et cutané , dont les vaisseaux, mobiles , entrecroisés avec une laxité plus ou moins grande , forment de vastes réseaux par-tout étendus , admirable résultat d'anastomoses divisées à l'infini. Quoique ces réseaux soient formés ea dernière analyse par les cylindres prnnitifs qui
DES MAL AD ÎË S. t^J
tve sont ^ comme on a pu le voir y que Tépanouîssement des faisceaux nerveux ; quoiqu il y ait^ par conséquent ^ une continuité réelle entre les nerfs et les vaisseaux absorbans ^ la différence de structure établissant une différente manière de sentir, nous voyons Tirrilation produire sur les nerfs des phénomènes tous différens de ceux qui en dérivent sur les autres parties.
Tant que la santé n'est pas dérangée , il parait exister entre les nerfs et les vaisseaux absorbans un égal degré de vigueur et d'activité. L'on peut croire alors que le système nerveux et le système absorbant reçoivent chacun la même portion de l'influence vitale, et qu'ils ont tous deux la même mesure de mobilité. Dans les maladies nerveuses, ainsi que dans les fièvres, cet heureux équilibre se trouve rompu , mais dans un sens contraire : durant le cours des effervescences fébriles , ce sont les vaisseaux absorbans qui paraissent recevoir un excès de cette puissance vivifiante , tandis que les nerfs semblent réduits au-dessous de leur portion moyenne : aussi voit-on, pendant toute la durée de la fièvre, que les malades ont coutume d'éprouver uu aff^is* sèment insolite , et que tous leurs sens restent émou^sés. Il arrive toute autre chose d^ns les maladies nerveuses : le système vasculaire sem* ble alors languir et perdre de sa vigueur , taniJA
l48 Dtr SÏÉGÉ ET DE LA '«TATUR^
que le syslème nerveux est surchargé de vie et de mobilité. Si Tirritation concentre cette mo* bilité sur quelque portion particulière du système nerveux , elle donne lieu à des affections qui ont reçu des noms variés y suivant le siège qu'elles occupent : telles sont Tépilepsie , ïhys^ térîe , rhypochondrie , etc.
Mais si des causes plus générales ont porté une atteinte profonde au système nerveux dans son ensemble^ on voit naître^ à la moindre cause occasîonelle , une série de phénomènes que les médecins connaissent sous le nom de JièiTe ataxiqucy lesquels tout en conservant éminemment les caractères des maladies nerveuses ^ montrent le plus souvent que les systèmes absor-> bant et vasculaire en général sont mis en jeu de la manière la plus irrégulière. La peau est alternativement et par places glacée ou brû-* lante y pâle ou rouge , sèche ou couverte d'une sueur tantôt chaude y tantôt froide , tantôt visqueuse. Cet organe est le siège de frissons fugaces y alternant avec des bouffées de chaleur. Le pouls est variable dans chaque région et sou* vent même, dans la même artère, grand et petit^ fort et faible , fréquent ou lent , régulier ou intermittent. D'autre part , les sécrétions et les exhalations éprouvent des chaugemensprompts^ opposés et alternatifs ; on voit un surcroit dé«
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sordonaé de bile à cote d'une secrélion biea ordonnée des urines ; il se forme des congestions instantanées et fugaces de sang rouge; il s'en forme d'autres de sang noir. Certaines parties sont même frappées de gangrène comme par une sorte de sidération. Souvent, à côté du calme apparent et insidieux du système vasculaire ^ on voit une sorte de précipitation des mouvemens musculaires qui se manifeste par des convulsions fortes y fréquentes et soutenues ; plus souvent encore la même précipitation des mouvemens fixés sur les vaisseaux absorbans y entraîne les fluides vers les intestins ou la peau y et le corps se résout , pour ainsi dire y par des colliquations exhorbitantes. Pendant que ces désordres se manifestent sur les organes dont les fonctions s^exercent au moyen du système vasculaire y le système nerveux , principal foyer du mal , est loin d'être dans un état plus tranquille; la sensibilité des organes des sens est obtuse ou dans une exaltation excessive. Le malade éprouve des insomnies y de la somnolence, des vertiges , du coma ou le délire ; et s'il arrive qu'il con-^ serve l'intégrité du jugement y son esprit est troublé de tristesse y de terreurs , de désespoir ; ses larmes coulent involontairement et sont brusquement remplacées par un rire immodéré qui n'a pas de causes plus naturelles ; enfin ^
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rinsensibilité de la peau y la perte de la voix ^ de l'ouïe , de la vue ^ des paralysies partielles , sont les préludes ou sont les témoignages de Fanéan-» tissement total des forces nerveuses.
Il n'est pas rare devoircettefièvredébuter d'une manière insidieuse sous le voile d'une apparente bénignité. Mais bientôt quelque signe funeste^ quelqu'aberration extraordinaire de Tune ou de l'autre des fonctions essentielles ou desphénonnènes delà sensibilité, vient donner le tristepressentiment que les sources mêmes de la viesontpro^ fondement attaquées, et la subite prostration des forces y qui survient plus tôt ou plus tard , tourne ce pressentiment en cerlitude* Nous avons déjà vu la faiblesse dominer d'une manière remarquable dans les fièvres qui ont pris de ce symptôme le nom àadfnamique. Toutefois il y a cette différence que, dans ces dernières, la résolu^ tibn des forces n'est ni aussi prompte, ni aussi subite, ni aussi instantanée, du moins lorsqu^il ne se présente aucune complication ataxique. Quoique l'action musculaire et même cérébrale soit plus éteinte dans le début des fièvres ady namiqtiea que dans celui des fièvres inflammatoires, bi« lieuses ou muqueuses , il est facile cependant de s'apercevoir que, dans ces fièvres, les forces âu« bissent de jour en jour une diminution progressive, et que les organes ne sont ramenés à leur
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ëtat naturel que par les effets réguliers et successifs du travail critique. Dans la fièvre ataxique^ au contraire^ on ne retrouve {Jus aucune de ces nuances ; la stupeur des forces est tout*à«*coup entière , profonde ^ radicale ^ et cette stupeur disparait aussi brusquement qu'elle s'était pré* sentée ^ sans que cet heureux changement soit annoncé par aucune gradation qui paraisse y préparer» CTest évidemment le système nerveux qui est essentiellement alKeclé dans ce dernier cas , au lieu que , dans la fièvre adynamique , ce système ne l'est que secondaii^ment y et en conséquence de l'affection du système absorbant abdominal.
Les auteurs admettent une autre particu<^ larité propre à distinguer la fièvre ataxique des autres maladies fébriles : c'est qu'ils suppo^ sent que cette fièvre se termine presque toujours sans crise. Mais comment admettre que des spasmes vasculaires aussi intenses , aussi multipliés. que ceux qu'on lui voit produire^ n'enlrainent pas le déplacement y le mélange ^ la sécrétion y l'exhalation de beaucoup d'hu<« meurs que leur confusion seule rendrait hété« rogènes k l'économie animale y et que les mou«> vemens naturels rétablis doivent Déporter vers les différens émonctoires ? Pourquoi le jeu de» vaisseaux absorbans^ moins violoot et moins àé»
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•ordoQDé daDS les autres fièvres ^ seraiuil suivi de résultats qui manqueraient dans celle-ci? On avouera sans doute qu'il est plus probable que les fièvres ataxiques se termineraient toujours , comme les autres ^ par des évacuations ou des dépôts critiques y si ces fièvres n'étaient pas trop souvent au-dessus des ressources de l'art y et si un événement funeste ne tranchait les jours du malade avant l'époque où Ton pourrait voir finir le cours naturel de ces maladies*
D'un autre côlé^ dans le petit nombre d'exemples de guérison recueillis par les praticiens^ on voit presque toujours que les accidens ont eu peu d'intensité; quelquefois même le dé« sordre a de très-peu dépassé les limites du système nerveux proprement dit, du moins, dans ce cas y n'a-t-on remarqué que des mouvemens très-légers dans le système absorbant. Aussi le surcroit d'action n'ayant eu lieu que dans ce tissu serré qui compose les nerfs , n'a pu produire de grands déplacemens de fluides : il s'en est opéré toutefois ; car ce n'est guère qu'à l'épanchement et à la stagnation de ces humeurs errantes dans, l'intime organisation des nerfs et le cerveau qu'on peut attribuer les convulsions j les paralysies ^ la perte de mémoire que ces fièvres laissent assez souvent après elles y et qui restent incurables j ou si quelquefois la guérison survient
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, sans aucun de ces accidens et sans crise apparente , les mouvemens fébriles et la chaleur cutanée qui se maintiennent pendant une longue convalescence ne sont-ils pas des indices suffisans qu'il s'établit une solution insensible de la nialadie à la manière de celle qui termine les fièvres muqueuses? Les praticiens ont d'ailleurs remarqué dans d'autres cas que des métastases sur les glandes y des sueurs générales^ des urines sédimenteuses y des diarrhées y des éruptions miliaires y signalaient aussi dans ces fîè^ vres la cessation des spasmes et le retour à la santé; d'où l'on peut conclure^ ce semble, avec raison 9 i^ que les crises terminent les fièvres ataxiques comme les autres fièvres ; 29 que lors^ que les crises sont moins apparentes y la maladie s'est bornée au système nerveux proprement dit^ ou s'est propagée peu au-delà ; 5° que, dans les cas où l'irritation se continue jusqu'au système absorbant y les crises sont bien apparentes , et variées suivant les points de ce système où le désordre s'est plus particulièrement porté y de sorte qu'on a pu voir paraître ensemble ou séparément les crises appropriées à chacune des fièvres précédentes ; 4^ enfin que la mort, qui survient dans le plus grand nombre des cas y borne l'observation des médecins aux circonstances les plus graves y et qui prêtent
l54 BU SIEGE ET DE LA NÀTUllE
le ^molns au travail critique ou sécrëtoire^ parce qu% rirritation est restée concentrée sur le système des nerfs.
Les mouvemens ataxiques ont pour caractère de se compliquer facilement avec tous les autres mouvemens fébriles. Prosper Alpin remarque qu'il n'y a aucune espèce de fièvre qui, par accident ^ ne puisse prendre cette nuance y observation répétée par beaucoup d'autres praticiens de différens siècles (i). Piquer a même constaté qu'il suffisait d'une altération notable dans la constitution de l'atmosphère pour opérer ce changement dans une fièvre d abord régulière et d'une bonne nature. Cette facilité de combinai-» 8on^ recû*inue dans les mouvemens ataxiques^ a déterminé quelques médecins à penser qu'il n'y avait pas de fièvre essentielle portant uniquement le type de ce mode particulier d'altération. CeUe opinion se trouvait fortifiée par le langage vague presque toujours employé par les auteurs qui ont écrit sur ce sujet. Toutefois il en existe de cette nature y comme le démontrent les observations des médecins modernes. A la vérité 9 ces maladies y ainsi que les autres, se présentent rarement simples, et tout en conservant jusqu'à la fin leur principal caractère ^
(0 Glé par Piquer , Tmilé des Fih^ns^
DES BrALADIES. l55
elles reçoivent fréquemment des modifications de l'un ou l'autre élément fébrile y et souvent de plusieurs a la fois. On conçoit, en effet , ^^^% selon les prédispositions des malades et les influences qui ont pu modifier leur tempérament^ des phénomènes d'abord presqu'entièrement nerveux , et partant exclusivement de ce système y doivent propager l'irritation y tantôt sur les vaisseaux absorbans artériels ou d'exhalation , tantôt sur les vaisseaux absorbans veineux ou de résorption y tantôt sur les^ vaisseaux absorbans lymphatiques , et de là s'ensuivre des complications inflammatoirfîs adynamiques muqueuses y selon que ces diverses fractions du système absorbant sont dUies-mêmes dans un état relatif de prédisposition plus ou moins considérable (i)«
Nous n'ignorons pas que , de nos jours , des auteurs très-recommandables font difficulté d'admettre la complication de Fétat inflammatoire avec Tétat nerveux. Cependant, qui n'a pas été le témoin de des sortes de fièvres attaquant y dans
(t) Roderic à Castro , dans son opuscnle intitulé : Quod ex quibus y lib. i , cap. vi , avait déjà remarqué qu'il se. fait de fréquentes translations des maladies des nerfs aui^ vaisseaux , et des vaisseaux aux nerfs» Voyez aussi Pujol^. Mémoires sur les Maladies chroniques ; et Tîssol . Aftlladics des nerfs , t. u , part. n.
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rage de la puberté , des jeunes personnes d'ail-* leurs fortes et vigoureuses ? Qui n'a pas remar-* que la vive coloration de la peau y la force et la fréquence mêlées à l'irrégularité du pouls ; les diverses congestions de sang rouge dont ces maf ladies s'accompagnent dans cette circonstance , tantôt à leur début , tantôt même pendant une grande partie de leur durée? Qui n'a pas été tenté de saigner y qui n'a pas même tiré du sang , au moins par les sangsues^ quoique les symptômes ataxiques ne laissassent d'ailleurs aucune équivoque sur la véritable nature de la maladie ? Enfin y quel médecin n'a pas rencontré, chez des jeunes-gens d'un tempérament sanguin, des fièvres conservant jusqu'au septième, au neuvième^ au dixième jour , les caractères inflammatoires les plus marqués ^ quoique d'ailleurs quelque ataxie plus ou moins obscure tint le jugement en suspens sur le véritable caractère de la maladie , bientôt après manifesté par les signes nerveux les moins équivoques? Comment^ d'après de pareils faits journellement observés , ne pas admettre la complication inflammatoire dans les fièvres ataxiques ? Ce sont , sans doute ^ des exemples de ce genre qui avaient engagé Sylva et quelques autres médecins à conseiller la saignée du pied comme le principal remède de l'inflammation du cerveau^ à laquelle ils attribuaient
DES MALADIES.'' tSj
cette maladie. On ne peut se dissimuler qu^il est facile de confondre les phénomènes de Finflammation de quelques points de la masse cérébrale avec ceux qui dépendent de cette sorte de fièvre ; et ce ne peut être que dans des cas analogues que Home et Willîs ont trouvé des engorgement sanguins ou purulens dans la masse cérébrale. Mais il est également incontestable^ qu'après avoir été le témoin d'apparences qui faisaient pancfaer vers l'opinion de Sylva y l'on ne retrouve plus y la plupart du temps y à l'ouverture des cadavres^ d'autres traces que Tépanchement de quelques sérosités dans les ventricules (i).
Quoi qu'il en soit^ à des époques plus éloi-* gnées de la puberté , et à mesure que les vais*» seaux absorbans d'exhalation approchent du terme de leur repos , les fièvres ataxiques ne se
(i) Quelques auteurs modernes ont pensé que lorsqu'on ne rencontrait pas de traces d'inflammation dans le cerveau et ses membranes , la maladie ëtaît le produit d*une phlegmasie des membranes muqueuses digestiyes ; mais depuis qu'ils ont émis cette opinion , plusieurs praticiens ont recueilli des observations bien constatées , dans lesquelles on n'a trouvé aucune espèce de lésion apparente , ni dans la tête, ni dans le bas-ventre, à la suite de ces fièvres. ( Voyez la thèse de M. Jacquet. Paris , juin 1817 ^ et celle dcM. Jallon^ mai 1819. )
ï6o DU SliCE ET DE LA TtATVKl,
trouvera-t-on que l'état adynaniique s'associtf tout aussi fréquemment à l'ataxie que I état luuqueux : il est du moins très-difGcile d établir rien de positif à ce sujet. Ces diverses combinaisons dépendent d'une foule de circonstances relatives au tempérament , à l'âge , au genre de vie des malades , à l'état particulier de Tatmospbère ; et l'on sait, combien il importe d'éviter l'absolU dans les théories médicales.
§ IV. Résumé de ce chapitre , et considération sur la différence des fièvres et des inflam" mations.
Nous nous sommes efforcés de donner tine idée claire et succincte des principaux élémens fébriles. Le premier, l'inflammatoire, attaquant toujours une nature vigoureuse et sensible, a son siège spécial sur les vaisseaux absorbans ar-» tériels ou d'exhalation, et parait aflécler d'une manière particulière la peau et le tissu cellulaire sous-culané en général. Lorsque la fièvre a une marche régulière et bénigne, il n'en ré-' suite, sur les membranes muqueuses et les divers organes sécréteurs, que de légères irradiations sympathiques. Les viscères pectoraux sont ceux qui répondent le plus vivement à Tirritation de. cette portion du système absorbant. Les mou-
BES MALÀDtESi . l6t
Vemens de celte fièvre produisent, la dissémina^ tioQ d'une plus grande quantité de sang rougel dans les parties blanches^ la coloration et rex->^ citation qui s'ensuivent , l'exbalalion du pus dans, le tissu cellulaire et le passage de celte hu-^ meur dans le sang > rendu manifeste par la couenne inflammatoire et par son expulsion ^ mêlée aux urines y aux selles^ aux crachats y lors-» que la nature rentre dans Tordre accoutumé.
Le second y Tadynamique ^ frappant de préfé-' rence des individus affaiblis y usés par lés excès ^ la misère ou les progrès, de lage, siège spécial lement sur celte partie du système absorbant qui est chargée d'élaborer le sang veineux dgns certaines parties principales y ou qui y partant des réseaux parenchymateux et cellulaires, abou** lit aux veines capillaires et aux différens émoncr toires ^ sur les vaisseaux absorbans veiaeux oa de résorption. Les membranes muqueuses dU gestives y surtout celles des intestins grêles ^ paraissent plus particulièrement affectées^ ainsi que le système cellulaire abdonriinal. La peau ne ressent ici que de faibles sympathies. Le foi^ est celui des organes principaux qui estj^e plw^ facilen»ent ému par lés désordres adyaamiques^ Les mouvemens de cette fièvre font passer une .plus grande quantité dç saag veineux dans leâ parties blanches^d^où la couleur leruj^etplpmbée
l62 DU SIEGE ET DE LA NATURK
de la peau , les ecchymoses, les ëpanchemens et les stases d'un sang noirâtre dans les réseaux cu-« tanés muqueux ou cellulaires ; d'où la noirceur des excrétions ^la production d^une sorte de sanie roussâtre et ichoreu^ç qu'on retrouve encore après la mort dans les aréoles cellulaires (i) ; d'où la faiblesse progressive du solide vivant et la profonde altération des humeurs. animales; désordres qui ne cessent que lorsque les forces étant relevées et mieux dirigées par le traitement^ la sensibilité des vaisseaux absorbans d'exhalation, d'abord ranimée , puis montée , pour ainsi dire , jusqu'au ton nécessaire à la production de la matière purulente, ramène ensuite l'équilibre convenable à la santé; ce qu'annonce la présence de cette matière dans les excrétions au moment de la cessation de la fièvre*
Le troisième élément fébrile , le bilieux, est si étroitement lié avec le premier par une partie de ses phénomènes ^ et avec le second , par le siège qu'il occupe y que l'oa peut assurer qu'il participe des deux natures , comme l'âge dan» lequel il sévit de préférence tient le milieu entre l'époque de nutritic^ et celle de décomposition. Les vaisseaux absorbans du foie et de»
■»■■ irf I
(î) î>issenatiôn sur la Fihvre adynamique , par M.Cakenàve. Paris, 1819, pag.. 26.
Orgaiie^ épigastriqiiies ea soot le siège primitif et spécial; de là réiément bilieux s'étend d'une manière inégale > suivant; les individus qu'il attaque. S!il trouve un aiijet vigoureux , dont les vaisseaux absorbans artériels soient doués dû (orce et d'énergie y toute cette poirtion du système absorbant reçoit un ébranlement plus vio-^ lent, mçme> que dans les fièvres inflammatoires;' Sil rencontre un sujet affaibR par l'âge ou par toute autre cause, l'action sjmpathiq.ue.se porte de préférence sur Lea-vaiss^uix absodbans vei*-* neux déjà vLvemeat émua par rirritaiion fixéd sur l'un de leurs principaux centres , ebl^s phénomènes bilieux s'accompagneut du triste cor-^ tége dt Fadynamie. Lés mouvemens propres à cet état fébrile produiseut un surcroît plus ou moins considérable de bile, comme le prouyq la grande quantité que les malades en rçjçtter^t, par haut ou p^ bas , la résorption de ceUâ humeur dans tojgleflk les parties , sjiiffisammeub indiquée par la couleur de la peau et du blanc de l'œil (i);
(i) 11 n'est pas rare que ia fièvre bilieuse laisse aprè& elle des jaunisses générales ou partielles qui se forment tout d'un coup ou graduellement. Malgré cet accident y la maladie , parvenue à son état critique , se termine heureusement, et l'expulsion de l'humeur bilieuse s'bpèré avec facilité^ parce que tous les solides sont dans le relâ-^ «hement, et que les mouvemens iluxionnaires sontdiri*
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et , d'ailleurs, des phénomènes à-peu-près semblables à ceux de Fun ou de l'autre des élémens fébriles précédens , phénomènes distingués seulement par une intensité beaucoup plus grande.
Le quatrième élément fébrile y le muqueux ^ ayant son siège de prédilection dans les vais*seaux absorbans lactés et lymphatiques ^ et soa foyer principal dans les follicules qui servent d'origine aux vaisseaux lactés. Le système glandulaîre en reçoit un profond ébranlement ; les
gës, à cette époque , vers les organes excrétoires. Si les jaunisses se montrent des le commencement de la maladie ^ leur présence est alors doublement fâcheuse ; d'abord, parce qu'elles indiquent qu'un état violent de spasme des vaisseaux ^absorbans du foie complique la maladie j ensuite , parce que la présence de l'humeur bilieuse dans les premiers mouvemens de l'effervescence fébrile aggrave beaucoup les accidens On voit y par ce qui précède , quel rôle important l'organe hépatique joue dans cette 6ëvre, et d'autant plus que ces jaunisses ne sont jamais l'effet de calculs dans la vésicule^ où de quelqu'autre cause d'obstruction du canal cholédoque , ainsi que s'en sont assurés^ par des autopsies caddvé<*> riques. Home, Pringle etMonro, mais qu'il faut toujours les rapporter à des mouvemens nés dans la fièvre ^ et s' éteignant avec elle dans les cas favorables. ( Selle ^ PjrrétoL; Grimaud^tu, pag. 2!25; Qae5nay> Traité desFihk^rei^ t. ii. )
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vaisseaux absorbans artériels répondent faiblehient à rirritalion , concentrée cette fois sur le système lymphatique proprement dit. Selon l'observation de Grimaud^ le cerveau parsdt être lie seul des centres principaux qui reçoive une impression spéciale des mouvemens qui s'éta-» blissent dans cette circonstance. Ces mouvemens^ répandent dans toute l'économie animale une grande quantité de sucs muqueux ou lymphatiques ^ lesquels donnent à la surface extérieure une couleur d'un blanc laiteux, empâtent le tissu cellulaire , encombrent les premières voies , y favorisent la production des vers , se retrouvent dans le sang tiré /du bras des malades , et font^ par leurs qualités douces et peu irritantes, que , malgré la grande sensibilité des vaisseaux mis en jeu dans cet état particulier de maladie , les accidens conservent toujours un certain de-* gré de modération ; d'où il résulte même assez souvent des crises incomplètes et obscures , mais toujours plus ou moins marquées par la sortie de ces humeurs mucoso-lymphatiques , soit parles urines ou les selles , soit par les or* ganes glandulaires.
Le cinquième élément fébrile y l'ataxique ou le nerveux , saisit tous ceux que des chagrins prolongés , des travaux de l'esprit , des excès véaérieus ou toute autre cause semblable ont
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plonges dans Tënervation accompagnée d'anç trop grande Susceptibilité nerveuse. Cet élément fébrile siège dans l'organe cérébral et les nerfs ^ c'est-ii-dire , dans ces faisceaux cylindriques resserrés dans un étui fibreux jusqu'au moment de leur épanouissement, La sensibilité attaquée ici dans son centre et dans ses organe^ spéciaux est profondément lésée ^ souvent totalement anéantie , et la vie éteinte en peu de jours*^ sans que le désordre paraisse outre*passer les limites du syslènae nerveux (si se continuer jusqu'au système vàsculaîre : telle est cette fièvre dans son effrayante simplicité. Mais le plus souvent les sources du sentiment , moins subitement paries 9 propagent les effets de leur irritation sur tous les systèmes d'organes simples ou com-^ posés , d'où résulte une foule de phénomènes disparates et confus. ^ et une scène dé désordre dont la mort n'^st que trop souvent le terme.
Tous les élértitlns fébriles peuvent se rencontrer edserhble ou séparément avec la fièvre :;ita-s.iqùe; et Félément ataxique étant susceptible lùi-méme de venir aggraver toutes les autres fièvres , tantôt les crises ne sont pas ap-^ parentes , tantôt on lès trouve très-incertaines ou confuses : toutefois* cette fièvre en a selon sa onature; mais les résultats en restent cachés^ la plupart du tempS;^ dans l'intime organisation d^
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système nerveux ^ et les détails qae Fanatomie pathologiijae a déjà recueillis suffiraient pour faire voir que tes crises sont produites par des mouven^ébs de même nature que celles qui sont la suite dés autres fièvres : la difiérence n'existe que dans les parties où s'en est établi le siège dans ces différentes circonstances.
Tels sont les élémens fébriles réellement essentiels ^ puisqu'ils ont un siège distinct y et peu*vent existei* indépendamment les uns des autres ^t de toute autre maladie.^ Telles sont les fièvres qui se montrent tour-à-tour dans la succession deis âges ; telles so^t les fièvres que les révolu-^ tions des saisotns ramènent annuellement^ quel-quefois isolées^mais bien plussouven t combinées deux à deux , trois à trois y ou compliquées avec d'autres affections ; telles sont les fièvres dont les principaux phénomènes se retrouvent dans toutes les contagions qui s'accompagnent de. tnouvémens pyrexiques ; telles sont même les fièvres symptomatiqucs y c'est-à-dire y causées par quelque affection locale. ; «car quelle que soit la cause qui allume une effervescence fébrile , le praticien retrouvera toujours l'un des cinq élé* mens que nous venons d'analyser et de faire connaître y mais plus souvent encore une combinaison plus ou moins compliquée de plusieurs dé ces élémens. C'est ainsi que nous avons vu la forma-
tioa des tempéramens s^appnyer sur l'action ao crue ou ralentie des mêmes portions du système absorbant^ qui sont la source des phénomènes fébriles ; de telle sorte qu'on pourrait assurer que les tempéramens sont comme lé premier degré ou le prélude des mouvemens d'où- dérivent les fièvres.
Au reste , il est impossible de se dissimtder que ces divers états de maladie diffèrent si peu les uns des autres dans la forme et dans Yesr 6ence 9 qu'il est difficile de les observer entière* Ynent dégagés les uns des autres. Ici y coniime par-tout ailleurs , la nature refuse de s'assujettir ^ nos classifications arbitraires. Toutefois y nos grands maîtres ^ ceux qui l'ont le mieux étudiée^ le mieux connue, nous ont transmis des tableaux si vrais y si précis de la marche de ces fièvres dans leur état de plus grande simplicité posr cible , que les faits dont nous leur sommes redevables y éclairés des. lumières que peut four^ nir l'an^tomie pathologique , doivent nous ai^ der à poser des liqiites d^une certaine précision ^utre toutes ces nuances d'affections aiguës. Sans doute , quand on porte un coup-d'œil général £ur Tensemble des phénomènes fébriles y on est étonné de la multitude comme de la variété des symptômes ; mais à travers la confusion qui ^çRibJç W r^ulter p pu voit toujours (]^uelcjue%%
DES MALADIES* l6g
unes de nos humeurs principales devenir exubérante ; on voit toujours quelque actioa organique prédominer et persister avec plus de constance durant le cours de la npaladie , et la nature de ces humeurs et de ces symptômes indique d'une majnière assez positive le siège de la maladie principale^ et qu<el3 sont les dér sordres qu on ne doit attribuer qu à la correspondance sympathique établie entre toutes nos parties ; car nous n'avons pas besoin de répéter !(j[ue les humeurs, n'éprouvent de dérangemens ou de notables altérations qu'il ne se ^oit établi, d'une manière quelconque^ un point d'irritation sur les vaisseaux chargés de les élaborer ou de leur imprimer des direclions favorables au ^maintien de la vie. Si le sang rouge colorq •une multitude de parties auparavant blatiches , on doit en conclure que les vaisseaux; le plus particulièrement en rapport avec ce liquide ^ que les vaisseaux qui^ dans l'état de panté , le puirsetit dans les artères^ et lui font éprouver upe élaboration spéciale , d'où résulte la nutrition ^, ^ont le siège de l'irrilalion principale^ et que les autres mouvèmeus qui surviennent, à cette occasion y d'ailleurs plus faibles , moins prp^ nonces^ moins durables , ne sont que des mouvemens accessoi]:fes. On en peut dire autant lors* f]^e le sang noir teroit et plombe les surfaces. ;i
lorsque la bile les jaunit ^ et que la lymphe leur impritHeim^coniileiir blanche. D'un autre côté, si Tèxcicatioa spéciale qui est le résultat du passage dû sang rouge dans des vaisseaux plus ifritableis qu'e icfs artères se montre, et se mamti^M fteûdailt toute la darée de la fièvre ; s'il s'opère pendatlt ce temps le même travail dont nous sotomeâ tëMoins lorsqu'une plaie a mis le tissû cellulaire à découvert ; en un mot , s'il se forrûe uhe grande quantité de matières puriformes y tout cela u'indique-t-il pas encore le * •siégé 'essetitiel du mari , quelqu ébranlement qui en résu^ke dtfns le reste de l'éc^onomie animale? Gùtùhieti il serait fsrcrle d'étendre cesconsrdéi^tiôi^y et de les appliquer aux ditférens phélidmèn^s qu^ Yious venons de passer en revue! lïais ici se présente une difficohé qu'il faut es- •say'er <lè stitiMônter avant 'd'aller plus loin. S'il ést vrai q^'on- ptiisse réduifre les fièvres à n'être iftfè le produit pur et «impie de l'irritation de ùer* tâitiéd priions dû «^jTStème abs(>rbàBt^ irritation K^ dènnlî ^â^il^nce à des phénomènes diversifia^ ^ôivtanltla Mture deis parties affectées y et des 1^tit]hedr^-q^<e^bes ^parties coûtîerment , produîjféiit dû f6ttt t^ècfvéir^ il «era lisknle d'en dire aMa^t ^^ ^phle^asies y et avec une bien plus grtmdèQppâVënc^s dé raison , puisque lespreuves de rirritation- y sont encore plus manifestes*
N*en pourrait*oa pas conclure que les fièvres ne sont en réalité que des phlegmasies; que la fièvre bilieuse n'est qu'une gasttite ou tine hépa-* tite; que les fièvres adjaaùiiques et muqueuses ne sont que des efttérîtes y et qu il serait désormais superflu d'étudier cette classe nombreuse de maladies imptoprement qualifiées dé fièsn^es essentielles ? Prenons garde d'abord qu'en raisonnant de la torte on embarrasse la médecine dans un dédale inextricable. La plupart des maladies pouvant^ en dernière analyse ^ se réduire à line irritation , tel auteur d'un traité sur les fièvres ramènera tout à des fièvres ; tel autre ne verra que des inflammations^ et , disputant sans trop s'entendre , chacun d'eux pourra former une secte dont les arguties tie laisseront pas que de mettreen peine le praticien qui ne se sera pas fait des principes certains. Mais une irritation peut varier ^ soit par la nature de la cause qui l'a produite j soit par les divers degrés d'intensité , soit par l'étendue plus ou moins grande du point qu'elle occupe , soit par la vitalité primitivement dévolue à la partie qu'elle affecte y sait enfin par le mode particulier d'action qui a Jieu sôusson influence; et, quoique^ dans lefond^^ <out cela se réduise à des nuances d*irritation , nous devons en conclure que la diversité des tna- X^dii^ se forme de ces nuances ^ sans, que ^ pour
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cela^ nous soyons autorisés à les réduire toutes à n'être que des fièvres , ou que des inflammations y OU que tout autre genre d'affections qu'il nous plairait d'adopter de préférence.
Sans perdre de vue que nos classifications ne sont que des méthodes artificielles dont nous ai« dons la faiblesse de notre esprit dans l'étude des lois de la nature , voyons si ces nuances ne sont pas assez tranchées, ne s'observent pas assez sou<« vent indépendantes lesunçs des autres, pour qu'il nous soit permis de les considérer d'une manière isolée; voyons surtout s'il est possible d'é« tabiir en quoi ces nuances consistent positivement. Reprenons, à ce dessein^ la supposition déjà plusieurs fois établie dans le cours de ce chapitre. Suivons les effets d'une insolation prolongée sur un homme , d'ailleurs bien portant; J'examen attentif des divers phénomènes que peut présenter la peau dans cette circonstance répandra plus de clarté sur nos raisonnemens ^ et nous amènera peut-être insensiblement à la vérité que nous cherchons.
Si l'on reste long-temps exposé au soleil peo^ dant l'été, surtout lorsqu'on a l'habitude de se tenir à l'abri de ses rayons , la peau rougit , s'é^ chauffe, se gonfle, et devient le centre d'un travail d exhalation dont les produits s'échappent cous forme d'abondantes sueurs. Jusqu'ici U
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cause , trop peu prolongée , n'a produit (p'une augmentation considérable des fonctions de For-* gane cutané^ quele repos dans un lieu frais pourra facilement faire cesser. Mais si l'action solaire a été plus prolongée ou plus forte ^ quoiqu'elle ait agi à travers des vélemens plus an moins épais , il en sera résulté une excitation si vive sur les vaisseaux absorbans superficiels ^ la susceptibi^ lité de ses vaisseaux se sera tellement accrue ^ que les moindres impressions suffiront pour les irriter ; de telle sorte que y bientôt après cette insolation prolongée y on verra naître un fris^ son plus ou moins vif , à la suite duquel se représenteront tous les phénomènes locaux qua« vait produits la chaleur du soleil , accompagnés d'autres phénomènes sympathiques sur la plupart des organes : c'est ce qu'on a coutume de nommer jfîii^re éphémère. Que si les rayons solaires ont trouvé la totalité du corps assez protégée par les vêtemens^ tandis que le visage ou le cou se présentaient à découvert y leur action plus directe sur ces parties nues y après avoir donné lieu à l'augmentation des phénomènes naturels , a l'afflux du sang y au dégagement du calorique y à l'exhalation de la sueur y finit par porter l'excitation y la susceptibilité des vaisseaux absorbans au-delà du ton physiologique et rnérae fébrile. Ces vaisseaux , au lieu de con-
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tissu cellulaire d'une grande quantité de sang rouge bien élaboré. Ce ne sont plus ici les af-' fections superficielles connues sous le nom de Jihvre éphémère et àiérjrsipèle , mais bien des maladies qui pénètrent le derme dans toute sa profondeur^ et qui vont même intéresser le tissu cellulaire : c'est , eu un mot ^ la fièvre inflamma-* toire et le phlegmon^ car le phlegmon est à la fièvre inflammatoire ce que Térysipète esta la fièvre éphémère. Entre ces quatre maladies , siège et causes^ tout est commun^ tôut^ excepté quel-* ques nuances d'intensité y d'étendue et de pro-' fondeur. Faudra- t-il donc encordes confondre? En suivant ainsi Teffet immédiat des causés qui s'appliquent sur l'organe cutané , l'on voît'^ avec la dernière évidence 9 qu'il suffit de queit ques nuances d'intensité ou d'étendue dans ces causes pour déterminer des nuances correspon-^ dantes dans l'économie animale. Ainsi l'on voit qu'une irritation modérée ^ mais générale et prolongée , sur l'organe dermoïde , réveillera dans cet organe tous les mouvemens qu'il a coutume de présenter dans cet état qu'on Domme jiesn^e éphémère , fiès^re inflammatoire^ mouvemens constamment et nécessairement suivis de dérangemens sympathiques spéciaux dans les principaux centres de la vie. Ainsi l'^Ni voit qu'une irritation bornée sur un seul poiot^
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ttiais plus vive I concentrera Faction vitale sur ce point > y exaltera la sensibilité jusqu'à le rendre douloureux, et jusqu à lui faire très-^pénibiement ressentir , non-^seulement l'impression des corps étrangers, mais encore celle dés humeurs qui lui apportent ordinairement la vîe et la nourri-» ture. Ces deux états, quoique partant de là même source, quoiqu'occupant le mémé'siége, quoique pouvant se mêler et se compliquer , ne peuvent jamais se confondre et devenir une seulô et même chose. La différence en est aussi tranchée qu elle peut Têtre ; et nous devons nous trouver suffisamment autorisés à les classer se-^ parement dans une méthode artificielle. Disons plus y nous devons le faire si nous voulons évi-^ ter la confusion dans 1 étude des dérangemens de l'économie animale.
Mais si nous avons trouvé quelque facilité à suivre les effets des causes irritantes sur la surface dermoïde , où tout est > pour ainsi dire ^ sous les yeux de l'observateur , il ne sera peut-& être pas aussi facile de les saisir sut* les membranes muqueuses qui revêtent les oil'ganes in-* térieurs, et peut-être pourràH-on croire qu'il est impossible d'y bien distinguer les accidens fébriles des accidens inflammatoires. Toutefois, en nous laissant guider par l'analogie , nou^ pouvons espérer de retrouver sur cesi mem-«
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branes les mêmes distinctions à faire que sur le système dcrmoïde. En effet , si une irritalion modérée , mais plus ou moins étendue ^ plus ou moins permanente ou répétée , vient agir sur la membrane alimentaire et les organes de la digestion ^ cette irritation produit ^ sui* vaut les différentes dispositions des sujets ^ tan-« tôt une sur-*excitation dans le système biliaire y tantôt un surcroît d'action dans le système foU liculaire ^ lacté ou chylifère ^ etc. ; et ces mou^^ vemens^loin de se concentrer comme ceux d'une inflammation , gagnent de proche en proche ^ ébranlent tout le système absorbant et cellulaire abdominal , et finissent par envahir toute Fé^ conomie animale; d'où il résulte^ tantôt des fièvres bilieuses ^ tantôt des fièvres muqueuses , tantôt le mélange des mouvemens propres à chacune de ces fièvres* Que si ^ aa contraire y l'irritation a été plus vive et s'est bornée à certains points particuliers des organes digestifs^ vous. voyez survenir tantôt une douleur vive de l'estomac et le vomissement des boissons , si la cause agit de préférence sur cette partie; tantôt une douleur aiguë dans le côté droit ^ et tous les signes de Fhépatite; tantôt de violentes tran-* cfaées et une diarrhée ; taritôt des épreintes y le ténesme^ des déjections mucoso-sanguines, selon Torgane ou la portion du tube intestinal qui re«
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çoit rimpression de fa cause irritante y ou qui ^ se trouTdot déjà daas on état quelconque de snr-excilation , en éprouve les atteintes les plus vives; Mais rieû ici ne ressemble à ees mouve-* mens pl«is on moins modéré» ^ mais expansifs et tendant à âewenit généraux , pifesc(ne louijours exempts de doubifrs^ locales ^ n^en présentant du moins jamais djnirenses , que le» médecins désignent sous le nom dejlSàt^n^. Voudrait-on inférer de ce qui précède que tesfièvrea ne sont que le commencement y fe premier degré de$ pfategmasies; que la fièvre bilieuse^ ptfrexemfde^ est un commencement de gastrite? MatsP pour* quoi , dttns ces cas ,. ce grand développement depbénofnènesgéiiéraux^ laudirqite^ lors même que la gastrite est ioteose et doit être mortelle ^ on la vo^nsarcber quelque temps sains phéno^ mènes fâ>ril)es bien apparens? Pounqpuoîy dans le premier cas , voitron ua potsAs fort et plein ^ tandis que le serorkl présente hei^ pouls petit , serré ^ eoneentré? Pourquoi^ dMs la fièvre bilieuse y les malades: peuyenthils écacreher leur soif par des boismnscopieiisésiqueFestoâiQicre^ çort sans en^ être €j^e^$é^ tandis qoe^ ^os ht gasr trite^ la momdve (piantâéde liquide pèse et se trotn^ bientôt ri^elée païf te vooiiâsement ? Pourquor 5 dan» la première' de cei^ s^fTeetions , voit - on l'abondante sécrétion de bîle qu'on
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ne remarque pas dans la seconde? Enfin , pour-* Cfuoi^ dans l'une, les médecins de tous les siècles se sont^ils bien trouvés de Fadministration des vomitifs y tandis que ce remède , comme tout autre moyen irritant, serait suivi, dans Fautre, des résultats les plus funestes? Voudrait-on dire, au contraire , que les fièvres sont le plus haut degré d'intensité des pblegmasies muqueuses? Mais cette opinion n'est pas soutenable quand on voit ces fièvres s'emparer presque .toujours brusquement d'un individu et le faire passer en vingt-qualre ou quarante-huit heures de la santé à la maladie. Et lors-même que certains prodromes annoncent de certaines fièvres à l'avance , peut-on reconnaître dans ces signes avant-coureurs les véritables caractères et la marche d'une phlegmasie qui va bientôt se trouver au plus haut degré d'intensité ? Non , certes ; car , non-seulement les signes de l'un et l'autre état diffèrent par la violence, mais encore le plus souvent ils ne se ressemblent en aucune façon. Enfin, lors même qu'on y remarquerait quelques apparences semblables, on n'en pourrait rien conclure , puisque ce que nous venons de dire pour combattre la première supposition s'applique à plus forte raison à la seconde. Dans toute fièvre, il existe donc une affection spécifique des réseaux absorbans cutanés cellu-*
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laires et muqueux^ qui constitue par elle-même tout le caractère de la maladie, renferme la rai* son de tous les phénomènes locaux et généraux, et peut s'établir indépendamment de toute phlegmasie de ces organes ou de tout autre. Dans ce nouvel état d'excitation , ces trois importantes parties de l'économie animale sont , comme dans l'état physiologique , dans un balancement continuel d'action et de réaction réciproque , et conservent leurs rapports sympathiques avec les différens foyers de la vie. On peut dire que l'efFervescence fébrile est une sorte d'orgasme général des vaisseaux absorbans ou de quelques divisions de ce système vasculaire , pendant lequel on voit ces vaisseaux pomper avidement les liquides sur certaines parties , et les sécréter ou les exhaler précipitamment sur d'autres. Aussi l'on a toujours observé , dans les fièvres, des humeurs exubérantes dont l'existence ou la formation trop abondante appartient aux mouvemens fébriles : telle est l'humeur purulente, telles sont les humeurs bilieuses et raueoso-lymphatiques, et telles sont encore ces humeurs si étrangement dépravées qui se produisent pendant le cours des fièvres àdynamiques et bilioscK adynamiques. L'étai particulier d'excitalioû dans iequel se trouvent les organes pendant la durée ée la fièvre a cela de remai:!quable que ; poussé
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au poiat de délermiDer une augmentatiop et ube lûodification dans les humeurs , il n'est pas assez intense y dans Les cas les plus ordinaires , pour concentrer Id >sensibiiiLë sur qa seul point ^ en quelque sorte , auK dépens de tous le» autres , et qu'il monti^ , au contraire ^ un <)egré 4e modération qui favorise les iQ0«ivemeni5 pr éi>ipités des solides , «t la r%çide «circtjJaiion des qou-« velles huQieur» qai s'eogendmnt y lom de les accumuler opninie les îofkniœations^ et de les forcer à d^^^çr $w pI^u^Q y en 4étrui<aat les rapports de /^hësion de^ parties solides qui s'en trouvent gorgées acddenteliemçnt. Aussi les (lèvres simples laissent rar^m^t des lésions qupn pnisse i^percevpir après la mort ; parce que y nous f^ saurions trop le redire y les alté^ rations vitale^ qu'elles produisent soo^ moiqs intenses ^ qsoias profondes y moips Gkçs que celles qui résilient des inftaipms^tions, tandis qu'elles saut pj^s ef^p^asibles ^t ^aucoup plus étendueis*
An reste > quelqu'effî^rtque nous£as3ion3 dank la vt^ede poser des limites entre les Qèvres et les iqfUmmjiiLtiions y npus spmme^. loin d'oiil^lier ou de vi9,u|oir méconnaître par cpmbien dç pointa ces affeçtiops ^^ towcheflt et spuveqt se çon-* fondent. Nou$ savops qu'il n'y a rieq d'a^spla dans le$ lois de l'organisation y et ce qui est vrai
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pour les fièvres et les phlegmasies Test ëgale-ment paur les autres désordres- de réconomie animale. Il ei>t facile de s'ea convaincre par la facilité avec laquelle on voit toutes les maladies se changer de Tqne en Tautre , ou s!amalgamer^ en quelque sorte y par d'innombrables complications. Faudra«t-il en conclure qu'il est inutile de les distinguer et de les classer ? Ne voit-on pas qq il suffit au médecin que y dans une circonstance donnée y tel groupe de phénomènes soit produit avec une $ucceasion y une marche y une durée, une terminaison qui se représentent toujours daqs les mêçues circonstances pour Tautoriser ? former de cet ensemble une sorte d'individu qu il pkce dans ses cadres nosolo-giques (i)? Que peut^il Êiire de mieux quand des obseryatioa$ multipliées depuis des siècles lui font voir cette, collection de phénomènes y XorS" qu'on les abgndoacie aux seules lois de la nature^ parcourir des périodes toujours uniformes, tandis que d'autres phénomènes forment à leur tour des groupes d'une autre espèce y jouissant
(i) Il faut supposer, dit Piquer 9 que chaque maladie est un être naturel qui a une existence propre et des caractères particuliers : cela pose, si l'on s'applique à les connaître par robservation , il ne sera pas facile de les confondre. ( Fièvres, pag. 372.)
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de semblables prérogatives ^ et pouvant en quel-* que sorte se montrer d^une manière isolée et in*» dépendante ? S'il doit y gagner du soulagement pour son esprit dans l'étude des maladies^ il doit y trouver aussi des ressources pour la pra-» tique; car chaque altération de la santé nécessite une variété nouvelle dans les moyens qu'on doit mettre en usage pour rétablir l'intégrité des fonctions. Il importe donc , sous plusieurs rap-» ports 9 de chercher à bien distinguer ces altérations dans leur état de plus grande simplicité possible ; il importe de les saisir et de les étudier dans cet état, quelque rarement quMl se présente; il importe de les ranger ainsi dans un ordre mé* thodique 9 malgré les complications qui trop souvent détruisent cette simplicité, oja biea plutôt à cause de ces. complicfitions elles-mêmes, et pour être plus en état de se retrouver dans le dédale où ces complications embarrassent parfois le médecin le plus expérimenté ^ le pra-« f iciea le plus sage.
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