‹ Du siége et la nature des maladies; ou, Nouvelles considérations touchant la véritable action du système absorbant dans les phénomènes de l'économie animale (volume 2)Chapitre 8 sur 17 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Influence dès Vaisseaux obsorhans dans la production des phénomènes inflammatoires.

JL eus les médecins y depuis @alien jusqu'à nos jours ^ n'ont cessé de répéter qu'une partie enflammée rougit^ s'échauffe^ se gonfle, et qu'il se développe p dans son intérieur y de la douleur et des pulsations ; tous se sont accordés à dire que le sang y abonde en plus grande quantité et avec plus de véhémence que dans l'état naturel. Mais les premiers successeurs de Galiea croyaient^ avec cet ancien , que l'inflammation dépendait d'un sang plus chaud ^ se portant en

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plus grande abondance sur une partie , et tra«^ versant les pores inorganiques des vaisseaux ^^ pour se répandre dans les parenchymes sous forme de rosée ^ sans qu'ils eussent compris pourquoi le sang affluait ainsi dans la partie affectée. Les médecins qui vinrent ensuite y infatués des théories chimiques y regardèrent tantôt Fefiervescence du sang comme cause de Tépanchement y tantôt Fafflux de ce liquide comme cause de l'effervescence , et firent dériver l'inflammation de ces deux circonstances étrange** res à la vie. Vanhelmont aperçut le premier l'influence des parties vivantes et sensibles sur la production de ces phénomènes ; mais cette première étincelle du génie fut étouffée par cet auteur lui-même y au milieu d'un informe tissu d'absurdes raisonnemens y d'explications chimi-* ques obscures et presque inintelligibles, et d'iur dications ou chimériques et illusoires^ ou fausses et dangereuses.

Enfin y l'anatomie fit d'immenses progrès y et la circulation du sang fut découverte ; mais lés résultats de ce grand événement ne furent pas aussi heureux pour la pathologie qu'on aurait dû s'y attendre : les partisans des systèmes mécaniques et mathématiques, en vigueur à cette époque y s'élayèrent de ces nouvelles connaissances anatomiques pour expliquer , par l'arrèl

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du sang dans les petits vaisseaux , et par Tobsta'» de qu'ils supposaient en résulter pour la circu-** lation , les phénomènes locaux de l'inflamma* tioQ y et la fièvre y ou ce qu'on nommait la réaction du cœur, qui, le plus souvent, accompagne ces phénomènes : erreur manifeste, puisqu'on voit des obstructions considérables exister; même dans les organes les plus essentiels à la vie , sans être suivies des symptômes que ces auteurs donnaient pour le type des inflammations , tandis que la plus petite irritation ^ exercée* Sur une partie très-sensible , eîi excite souvent de très-graves et de très-considérables. Le deul avantage qu'on put tirer alors de la découverte de la circulation relativement à l'ex^^ plication des phébomènes inflammatoires, se borna donc à faire abandonner l'idée que le sang se répandait en rosée dans les parenchymes, à travers les pores inorganiques, et à fixer le siège de ces phénomènes dans le système t^8« culaire.

La science en était à ce point , lorsque Vieussens , ayant démontré , par des in|ections faites avec le mercure , l'existence des vaisseaux lymphatiques qui sortent des parois des artères capillaires , établit le premier , parmi les mo-» dernes, que, dans l'inflammation, le sang passe des vaisseaux sanguins dans ces sortes de vais-»

seaux (i). (ir L'on croit communément^ disait » Helvétius^ Tun des plus zélés partisans de » cette nouvelle théorie , que Finflammation » n est autre chose qu'un embarras et un en-* 39 gorgement du sang dans les vaisseaux san-f » guins ; mais il est impossible d'en rendre rai* p son de cette manière : car ^ comment expli- » quer la rougeur considérable qui arrive à la » partie enflammée y surtout lorsqu'elle est iia* )> turelleraeut blanche ? Il est d'ailleurs très-dif? >» fîcile de concevoir que le sang puisse s'embar* D rasser dans les vaisseaux sanguins^ où il jouit^ » surtout pendant la fièvre^ d'un mouvemenit » très-rapide et très-violent, La rougeur de ïi l'œil ^ par exemple^ vient évidemment de ce » que le sang a passé des vaisseaux sanguins I» dans les vaisseaux lymphatiques de cette par- » tie ; et il en est ainsi des autres. Qu'on fasse » attention^ ajoutait*^l, au nombre infini de » petits vaisseaux que les injections fines met- » tent en évidence ; que l'on considère qu'ils ne » paraissent ni rouges , ni remplis de sang pen- » dant la vie et dans l'état naturel , et l'on sei>- » tira qu'ils ne peuvent être et ne sont en efiet ïi que des vaisseaux lymphatiques y quoique

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A plusieurs anatomisles nous les donnent pour » des vaisseaux sanguins » (i).

Ces dernières paroles d'Helvédus font allu* sion au système dont Boerhaave était Finventeur (2), système créé vers la même époque où Vieussens démontrait^ par ses injections, ' l'existence des vaisseaux lymphatiques s'im« plantant aux parois des artères; système formé des débris des théories chimiques et des princi-» pales idées de Bellini , appuyées sur de certaines connaissances nouvellement acquises par Leuvenhœck , à l'aide de son microscope y et par Ruysch au moyen des injections que cet anatomiste avait poussées au dernier degré de perfection, quoique la matière colorante rouge qu il employait Fait fait tomber dans de graves erreurs. Boerhaave supposait^ dans le corps humain, plusieurs séries d'artères décroissantes, et d'un diamètre proportionné au volume des globules destinés à les parcourir : il supposait ces ramifications artérielles divisées presque à l'infini^ et chaque branche^ chaque rameau, chaque ramuscule^ de forme conique, se continuant avec une veine correspondante , et allant former enfin les organes sécréteurs. Dans cette

(i) Idée de V Économie animale , pag. 4^. (2) Ce système parut , pour la première fois , vers Tannée 170g , dans les ouvrages de Boerhaave.

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des rêveries chimiques et mécaniques de leui* siècle , c'est que le sang y au lieu de se répandre en rosée dlans le^ parenchymes ^ comme le croyaient les anciens , au lieu de s'arrêter dans les vaisseaux naturellement rouges pendant rinflammation y passe dans les vaisseaux habituellement blancs y et ne contenant y pendant IsL santé y que des fluides séreux et lymphatiques ; et la première idée et les preuves matérielles de cette vérité doivent être uniquement attribuées à Vieussens parmi les modernes. On peut même dire que Boerhaave , en faisant de ses vaisseaux séreux une dépendance du système artériet, et en imaginant cette série de canaux décroissans qu'on a été forcé d'abandonner parla suite ^ a fait perdre la trace de cette précieuse découverte de Vieussens, a rejeté pour longtemps les pathologistes dans la fausse route des méca-» niciens hydrauliques , a même été cause que les médecins qui ont mieux senti l'influence de la vitalité sur la production des phénomènes inflammatoires 9 ont été portés à donner aux vaisseaux artériels des propriétés qui ne leur sont pas dévolues par la nature; erreur qui s est propagée jusqu'à nos jours, et qui règne encore presque généralement.

En effet, on ne tarda pas à voir que l'obstruction d'un ou plusieurs rameaux artériels ne pou-^

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vaitpas accroître la force de l'impulsion du cœur et le mouvement du sang vers le point obstrué , comme le prétendait Boerhaave , et J.de Gorter , son élève , se refusa le premier à croire que de Tobstruction dérivât Tinflammation ; mais il lui parut évident que le mouvement vital augmenté de quelque branche artérielle en était la véritable cause ^ ainsi que de tous les symptômes qui l'accompagnent. Depuis cet auteur 9 les médecins^ d'une voix presque unanime^ attribuèrent un rôle actif aux artères dans la production des phénomènes inflammatoires ; et mêlant toujours les idées d obstruction à celle d'inflammation^ les uns prétendaient que l'irritation déterminait ces vais* seaux à pousser le sang avec plus ou moins de violence dans les vaisseaux décroissans ou latéraux ; les autres ^ que cette même irritation les crispait^ les resserrait^ et produisait ainsi l'arrêt du sang : ce qui n'empêchait pas qu'aucun de ces auteurs ne pensait à exclure du nombre des causes éloignées de cette maladie les diverses altérations chimiques et les autres vices des hu« meurs , qu'ils faisaient toujours entrer en ligne de compte (i).

(t) Scaviai , Histoire de l' Inflammation ) et Burser.> Znstit. , t. I.

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