II
ji58 DU SIEGE ET DE LA WATUIlB
Cependant 9 à mesure qu'on avançait on ise dégageait de plus en plus des préjuge's accrédites par les sectes chimique et mécanique y et Fon seniait de plus en plus le vide du système de Boerhaave. On se rappela que Stafal avait voulu mettre , à la place des machines que faisaient jouer dans Téconomie animale les médecins de son temps ^ Tâutocratie de la nature ; et cette idée s'accordant mieux avec tout ce qu'on venait de découvrir sur la sensibilité et l'irritabili té dont se trouvent pourvus les solides vivans, fit tout-à-fait abandonner les anciens systèmes. « Laissons , s'écriait un de ces nouveaux Stah- » liens y laissons aux partisans de Boerhaàve le y) soin de défendre comme ils voudront^ ou » c*omme ils pourront , son système de l'arrêt fi du sang dans les extrémités des vaisseaux ar- » térîels ; permettons à d'autres d'appeler, avec » Vânheltifiiont , l'inflammation une épine pi- 7> quânte, et arrêtons- nous uniquement à con- » èidérer lès phénomènes qui rendent l'inflam- » itratiôn sensible.... Tout cet appareil^ ajou- }) tait-il , disparaît au moment de la tnoti ; il 7) appartenait donc exclusivement au priacfpe » de la vie. En effet , par des incisions, on » produit KCff le cadavre des épanchemens ; par D tles éôftiprc^sioBS niéhvtgéès , on y produit » des engorgemens et des tumeurs ; mais , qui
htS MALADIES. llSg
» jamais y a fait naitre de véritables înflaiinma-» » tioQS?... Dans le siège de l'iaflamaiatiod ^ on » voit un excès manifeste dans tes mouvemens; j» d'un autre çol^^ rirapossibililé où se trouve )^ la partie enflammée de supporter le plus » léger ébranlement sans douleur^ ce q\fi au^ )> nonce que le ton de }a fibre sensible s'y trouve )) porté au-dessus du rapport qu il devrait avoir yà avec les fonctions auxquelles cette fibre est » destinée. Or, puisque l'essence de la vie pby- » sique de chaque partie de l'anîmal > cxmime » de l'ensemble de ces parties , consistée dans la )} mobilité et la sensibilité y n'est«-ii pas évident » que ^ dans les parties attaquées oir même me-* D nacées d'inflammation , la nature est dans » un état d effort pénible et violent ; qu'elle y » soutient l'énergie vitale bien au-delà de ses )) j^stes limites ; qu'elle excède ces limites d'au^- » tant plus que Finflammation est plus vive ; y> et que, si rinflamm^Upo esten^in portée au » d^ré le plus extrême^ le triste fruit de ce )} travail de la nature ne peut être qu^el'épui^ » sèment et la mort , car c'est une véritable » mort que la gangrène? » (i)^
Sans doute ces idées sont pleines de philo' sophio y conformes aux lois gér^éraleS qui régis-<
■ I ■ I I <<ii m I Mi^i^i»».i^— Il I . I ■>■! ■é»— i>^*»«*i*^ t| Il > I ) m-
. {1} 'ViOuUone > Mémoirs sur la Médecine exptoianie.
â€o DU SIEGE ET DE LA NATURE
sent rëconomiè aaimale; mais elles sont trop vagues y trop abstraites pour donner une explication convenable et satisfaisante des phénomènes locaux de l'inflammation • Fabre parait avoir mieux deviné les secrets de la nature , et * il est enfin venu soulever une partie du voile qui les dérobait à tous les regards. Cet ingénieux physiologiste^ voyant que Firritation était la seule cause de l'inflammation , voyant en même temps que toutes les causes irritantes ne déterminent pas nécessairement ce genre de maladie ; que non-seulement il leur fallait un certain degré d'intensité capable d attirer le sang vers le point irrité ^ mais encore qu'il fallait que ces causes fussent d'un genre propre à produire cet effet; car ^ selon la remarque de Ques* nay , si^ parmi les substances nuisibles , ily en a qui produisent l'inflammation , il s'en trouve d'autres qui éteignent l'action des vaisseaux , produisent la gangrène , tantôt accompagnée d'un sentiment d'ardeur brûlante, tantôt d'un sentiment de froid très-supportable ; d'autres qui irritent les nerfs ^ et produisent des convulsions ; d'autres enfin qui , au lieu de la partie rouge du sang ^ n'attirent que des sucs blancs et lymphatiques y et produisent des tumeurs ou des écoulemens qui ont les caractères des humeurs dont ils sont fol'més. Ce physiologiste
voyant^ d'un antre côté^ que la piqûre d'une guêpe ou d^un animal venimeux donnait nais-sance sur-le-champ à une tumeur qui augmentait h vue d'œil ; que lorsqu'un instrument con» V. tondant avait frappé la téte^ il s'élevait, aussi promptement , une bosse sphérique rénilenle y d'un volume proportionné à la violence du coup, conclut de ces observations diverses que la force par laquelle les fluides affluent vers le point irrité pour former Tinflammalion, est indépendante de celle du cœur et des artères , et lui est même bien supérieure , puisqu'elle soulève les lames osseuses dans les esostoses. Cette vérité lui était d ailleurs démontrée par la manière dont cette maladie peut se résoudre; car il suffit que l'irritation qui en est la cause cesse, ou que son effet soit seulement suspendu , pour que les fluides reprennent leur cours , et ne soient plus attirés vers la partie souf« frante (i).
Ces nouvelles vues d'un physiologiste français assez mal apprécié de son vivant , ont fait faire un pas immense à la science , touchant le point qui nous occupe ; elles ont servi de base aux théories par lesquelles on explique , de nos
(i) Fabre, Essais de Phjsiol, , t. i, pag. 97 et suîv» jusqu'à la pag. iq5«
a6a BU SIÉGB ET DE LA NATURE
jourSyles phénomènes de rinflamtnatioa. Bichat^ surtout , les a développées de la manière la plus spécieuse dans ses ouvrages. Malheureusement Fabre , au lieu de porter ses regards en arrière, et de consulter les annales de Tanatomie pour s'assurer quelle était la nature des vaisseaux chargés d'exécuter ces mouvemens vasculaires, indépendans des lois de la circulation sanguine qu'il venait de signaler aux pathologistes ; au lieu de se rappeler les découvertes de Vîeussens concernant des vaisseaux d'un autre genre que les vaisseaux sanguins, au lieu d'appliquer à sa
' théorie* les connaissance^ acquises depuis le commencement du siècle, et surtout à des épo-
, ques récentes, sur les vaiseaux lymphatiques ou absorbans^ tomba dans la faute qu'avait commise Boerhaave. Il substitua aux séries décroissantes de ce dernier un système de vaisseaux interm^iaircs entre les artères et les veines , système imaginaire comme le premier , et qui joint à l'inconvénient de n'être qu'une pure fiction , cfelui de ramener toujours à l'idée que les lartères jotienl un rôle actif dans la production des phénomènes inflammatoires, malgré même l'intentiôti. formelle de son auteur; car, comment séparer les extrémités capillaires des artères de leurs troncs ptincipaux ? Comment supposer aux premières des propriétés vitales
DES MALADIES. sGS
qui nianqueut aux seconds ? Comment croire , avec Fabre et Bicbat y que les troncs arterieiç $ont passifs dans Tacte de la cjrculatioaf et que néanmoins ces vaisseaux^ devenus capillaires^ sont doues d^une sensibilitié^ dupe viulilé qui les rend susceptibles des mouvemens les plus variés , les plus instantanés ^ les plus opposés à la direction naturelle de la colonne sanguine ? Fabre a vu dans Tintlamm^tion , comme dans les phénomènes de la santé , des mpuverpens vasr culaires évidemment indépendans de la force di^ cœur et des artères : voilà son tUre de gloire , voilà ce qu'il faut recevoir de lui avec reconnaissance. Mais y pour expliquer ces mouvemens , il a mprcelé contre toute vraisemblance y contre toute autorité , le cercle circulatoire sanguin : voilà la faute qu'il a commise ^ faute imitée par Bicbat^ et par tous ceux qui suivent aujourd'hui les théories de ces auteurs y faute qu'on doit soigneusement éviter si l'on veut s'entendre.
Pour donner une explication naturelle et raisonnable des précieuses observations de Fabre sur les mouvemens vasculaires suscités par une irritation , et tout-à.-faît indépendans des.lois de la circulation sanguine , il faut dx)nc se reporter à la découverte anatomique de Vieussens , et reconnaître , comme Helvétius , Hoffmann et
quelques autres pathologistes^ que^ pendant Fm* fiammation , le sang passe des vaisseaux sanguins dans les vaisseaux lymphatiques : ou plutôt , mieux éclairés que ces médecins sur les phénomènes de la sensibilité et sur les propriétés vitales de ces derniers vaisseaux ^ dire qu'à Foceasion d'une irritation quelconque^ ces vaisseaux attirent et pompent le sang ou les autres liquides dans leur intérieur en plus ou moins grande quantité^ d'où résulte l'afflux qui vient toujours gonfler le point irrité. Cette explication est d'ailleurs justifiée par la rapidité du gonflement inflammatoire ^ peu compatible avec les mou-vemens réguliers nécessaires au maintien de la circulation sanguine ^ ainsi que par cette expan^ sibilité active que plusieurs auteurs ont reconnue dans le tissu cellulaire y cet organe émi** Hemment absorbant^ laquelle contribue , en grande partie y à former les tumeurs iuflamma* toîres; elle est justifiée par la fréquence des inflammations dans ce tissu , presque entièrement dépourvu d'artères , et qui est telle que le phlegmon est regardé comme le type par excellence de ces affections ; elle est justifiée par le siège de l'engorgement inflammatoire y toujours placé en dehors du cercle circulatoire sanguin et n'influant presque jamais, comme obsta^ cle mécanique; sur les mouvemens.de cet appa-
reil , mais seulement par continuité d'irritatioa Ou par sympathie; elle est justifiée par Tobservation de Hunter , lequel assure qu'une partie enflammée cesse d'opérer Tabsorption qui lui est naturelle ^ et qu'indépendamment du sang qui s'y rassemble , il s'y porte aussi une grande quantité de sérum et de lymphe coagulante ; que cette extravasation lymphatique^ plus grande au point d'inflammation y devient de plus ea plus faible à mesure qu'on s'en éloigne y et se perd insensiblement dans les parties environnantes (i) , ce qui prouve que les fonctions des vaisseaux absorbans sont lésées ou interverties y et que le sang n'est pas le seul fluide mis en mouvement dans les inflammations; ce qui doit nous donner enfin la conviction queSœmmering a eu raison de dire que dans toute inflammation^ soit de cause interne y soit de cause externe y le système des vaisseaux absorbans parait être plus affecté que celui des vaisseaux sanguins (2).
En effet , s'il est vrai y comme Hunter l'avait déjà démontré dans l'un de ses plus ingénieux ouvrages 9 qu'il y ait une intime liaison entre la fièvre et l'inflammation (S); s'il est vrai^ comme « ' ■ ■ ■ ■ ' ' ■ ■■ ' '■ *
(i ) Traité du Sang et de V Inflammation , t. 11. (a) DeMorh. yas, aisorb, , pag. i. --.
(3) Ibid.^ pag. 180, /
le disait le docteur Selle, que la fièvre et l'inflammation reconnaissent la même cause matérielle ^ et ne diffèrent que par quelques circonstances (i) ; s'il est vrai qu entre ces deux sortes de raaladiess il n'existe que des nuances d'intensité ^ d'étendue , de profondeur^ comme nous avons, cherché à Télabh'r dans les précédens chapitres , on ne doit pas manquer de retrouver dans les inflammations le même genre de mouvemens que dans les fièvres; on doit y retrouver la lésion des mêmes vaisseaux et la production de phénomènes y sinon tout-à-^fait semblables y du moins très-analogues. C'est aussi ce que l'observation de la nature démontre de la manière la plus évidente y et ce qu'il est impossible de méconnaître. L'observation démontre également que, de même que la fièvre inflammaloire ne peut être le type unique de toute €spèce de fièvres , de même le phlegmon qu'on nomme légitime ne doit pas «n servir au reste des inflammations ; elle démontre que si l'irritation plus ou moins étendue^ plus ou moins vive, plus bu moins soutenue des vaisseaux absorbans artériels produit et ce genre de fièvre et ce genre d'inflammation , l'irritation des vaisseaux absorbans veineux produit à son tour
(i) Pjrétolog»
la fièvre adyuamique et les inflammations gan*^ gréneuses; Tirritation des vaisseaux absorbans lymphatiques produit y de son côté y la fièvre pituiteuse et les inflammations blanches y lar-* dacées , gélatineuses , elc. Peut-être pourraiton ajouter même que l'irritation des faisceaux cylindriques nerveux produit également et les fièvres ataxiques , et une espèce particulière d'inflammation dans la substance cérébrale et nerveuse : du moins est-il probable que les névralgies et la plupart des maux de nerfs tiennent à une cause de cette nature y comme le pensent certains médecins , d'après des faits d anatomie pathologique assez concluans.
Or, comme il est impossible de concevoir, •dans le corps humain , une partie organique , une partie qui répare et renouvelle sa substance^ sans la supposer composée de vaisseaux chargés de puiser dans le sang artériel les matériaux de la nutrition ; de vaisseaux chargés de reprendre et de faire refluer , vers le sang veineux ou les émonctoires , les résidus de cette nutrition; de vaisseaux chargés de ramener au centre de )a sapguification l'excédant de ces matériaux , qui n'a pu se trouver mis en œuvre; de vaisseaux chargés de' répandre en tous lieux les élémens de ce solide vivant , qui fait le fond et le canevas de tous les organes y ou doit s'attendre à
d'une cOQsidératioD secondaire dans un ouvrage de la nature de celui que nous ëcri-*