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théories reçues , aux connaissances anatomiques généralement admises. Entraîné par ma conviction , j’allai jusqu’à mettre en question des points de physiologie devenus comme fondamentaux dans l’école moderne mais je n’osai le faire que d’une manière faible et timide, à cause du peu de fixité que je sentais à mes propres idées. Je compris , enfin , qu’il fallait recourir aux sources , puiser dans les annales de l’anatomie 7 de la physiologie et de la médecine pratique , refaire , en un mot, mon éducation médicale pour connaître d’une manière sûre jusqu’à quel point je devais avoir confiance dans les nouvelles vues que m’avait suggérées l’étude attentive de la singulière maladie dont je venais de donner l’histoire.
Tel a été l’enchaînement d’idées, telles ont été les raisons qui m’ont fait entreprendre le travail que j’offre à la méditation des médecins : ce travail n’a pas
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die l’affaire d’un jour ; je l’avais ébauché dès l’année 1806; je l’annonçais déjà comme prêl à paraître dans mon ouvrage sur l’ Eléphantiasis des Arabes, n’en prévoyant pas alors toutes les difficultés et toutes les longueurs. Depuis , je n’ai cessai d’en occuper mon esprit ? d’en faire le sujet de mes pensées, lors meme que } étais forcé de l’interrompre par les devoirs qu’impose L’exercice de la médecine. Ces trop fréquentes interruptions me l’auraient même lait entièrement abandonner sans les encouragemens de i amitié. Je dois à ces encouragemens , nonseulement la force d’avoir repris ce pénible travail, mais encore la confiance d’oser le livrer à l’impression , tout imparfait qu’il doit être. Nul ouvrage n’aurait cependant besoin d’être mieux écrit et mieux exposé •, car je ne me dissimule pas qu’il peut être enveloppé dès sa naissance d’un grand nombre de pré-
vendons défavorables. Un livre de théorie, un livre sur les causes prochaines des maladies vient bien mal à propos dans un temps où l'impulsion donnée aux esprits les porte uniquement vers l’empirisme.
J osé croire, toutefois, qu'un peu de réflexion ramènera facilement à des idées plus conformes aux véritables intérêts de la science. L’illustre professeur de l’École de Paris qui a, 1 un des premiers, détourné des spéculations théoriques , ne réprouve que les théories vaines et futiles , presque uniquement composées de mots vagues et insignifians , dont on se payait trop aisément dans les anciennes écoles. 11 me semble que ce serait l’avoir mal compris que de vouloir sans cesse observer les maladies, sans jamais s’occuper de leur essence. Il veut qu’on se prépare à leur étude par une connaissance approfondie de l’économie animale , et qu’on en
fonde la distribution sur les rapports de structure ou sur les fonctions organiques des parties. Lui-même a donné l’exemple de cette méthode , lorsque , rapprochant les données puisées dans l’anatomie et dans la physiologie de celles que lui fournissait la médecine pratique, il s’est élevé, par des inductions qui lui ont paru devoir être la conséquence nécessaire de ces rapprocliemens, à la classification méthodique des lièvres. La théorie des anciens plaçait la cause prochaine de la lièvre inflammatoire dans l’effervescence du sang ; la théorie de ce professeur place cette cause prochaine dans l’irritation des vaisseaux sanguins. La théorie des anciens plaçait la cause prochaine des lièvres bilieuses dans la turgescence et les désordres de la
bile *, la théorie de ce professeur la place dans l’irritation des organes épigastriques et biliaires. La théorie des anciens plaçait la cause prochaine des lièvres dites pu -
trides dans la corruption des humeurs ; la théorie de ce professeur la place dans l’affaiblissement de la fibre motrice et musculaire. On pourrait pousser plus loin ce parallèle , et l’on verrait constamment Fauteur de la Nosographie opposer aux anciennes théories sur les causes prochaines des maladies une nouvelle théorie dont il fait la base de ses classifications. À vrai dire , il ri est pas de science sans théorie , et Fou ne peut s'élever à des idées générales sans s'aider des inductions et du raisonnement, quelque désir qu’on puisse avoir de s’en tenir à la simple observation. Sans doute il est de toute nécessité d’observer et de bien observer les faits ; mais ces faits resteraient presque entièrement stériles si, à l’aide d’une méthode sage et circonspecte , on ne les rapprochait , on ne les comparait , on ne les combinait pour les coordonner et les diviser dans des cadres systématiques
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el réguliers , comme a tenté de le faire Fauteur de la Nosographie.
Je puis donc croire ne m'être pas écarté de ses traces lorsque, par une recherche pénible et curieuse des ressorts cachés qui exécutent les fonctions les plus importantes de l’économie animale; lorsque, par une analyse approfondie des principaux phénomènes des maladies , j’ai essayé de mettre en évidence les rapports qui existent entre les mouvemens morbifiques et les mouvemens physiologiques ; lorsqu’enfin j’ai fortifié mes inductions des témoignages que fournissent les autopsies cadavériques. Si , tout eu parcourant la même carrière , j’ai été entraîné au-delà des limites dans lesquelles mes maîtres m’avaient circonscrit , cela tient moins au désir d’innover qu’à la nature des sciences qui ont pour hase l’observation , sciences dont le propre est de continuellement avancer, sciences pour lesquelles.
ne pas faire chaque jour un progrès , c’est tomber dans la décadence. Combien l’auteur de la Nosographie 11’a-t-il pas luimême modifié ses idées dans les éditions successives de son ouvrage! C’est que, dégagé des petitesses de l’amour propre, il a sans cesse voulu suivre la marche rapide de la science. Ce qu’il a fait là pour la classification des maladies, j’essaye de le fqire aujourd’hui pour une autre partie de la médecine plus importante encore , puisqu’elle doit désormais servir de base aux classifications les plus méthodiques et les plus exactes, pour la cause prochaine des maladies , c’est-àdire , la détermination de leur siège et de leur nature.
Les disciples de M. le professeur Halle se souviennent de lui avoir entendu former le vœu qu’on possédât un jour la physiologie de l’iionnne malade comme on possède celle de l’homme en santé.
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Mon travail est une faible ébauche de ce que ce ‘savant professeur désirait. C’est par une sorte de physiologie des maladies que j’ai voulu parvenir à connaître leur siège , à découvrir leurs véritables causes prochaines } mais cette physiologie n’a cessé de s'appuyer et sur l’anatomie, et sur l’histoire des maladies, et sur l'anatomie pathologique ; car on ne peut désormais espérer aucun avantage solide et durable si l’on ne fait marcher de front ces trois branches de la même science. Heureux si celui de mes illustres maîtres dont le suffrage est pour moi d’un si grand poids , trouvai t que j’ai bien saisi , que j’ai bien développé sa pensée !
Au reste , quelque jugement qu’on veuille porter sur cette physiologie pathologique, on conviendra , du moins, qu elle s’accorde parfaitement avec les observations recueillies par les bons médecins
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de tous les siècles sur les phénomènes les plus remarquables des maladies , et qu elle est plutôt faite pour justifier que pour renverser les lionnes méthodes curatives que ces médecins ont unanime¬
ment adoptées , guidés par leur génie et par celui d'Hippocrate, qui en avait posé les premières et les principales bases ; avantage étranger , j’ose le dire , aux théories qui ont tour-à-tour préoccupé les médecins , théories qui ont toutes présenté , plus ou moins , un caractère perturbateur, sont venues jeter le trouble et la confusion , quelquefois meme opérer une brusque révolution dans la pratique , au gi and détriment de l’art et surtout des malades.
Malgré le soin que j’ai pu prendre de puiser aux sources les plus pures , ou ne
manquera pas de trouver que certaines injections, que certaines expériences dont je me suis étayé quelquefois, auraient
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besoin, pour mériter toute croyance, d'être répétées de nos jours par d habiles artistes: j eu conviens sans peine. Mais, tout en désirant que Ton néglige moins de nos jours cette anatomie line qui a fait la principale occupation des liuysch , des Mascagni et de plusieurs autres anatomistes distingués j tout en exhortant nos contemporains à se livrer à ces sortes de travaux qui leur promettent une belle moisson de gloire, nous pensons que les faits que nous avons cités doivent suffire pour notre objet , parce qu’il n en est pas un qui n'ait trouvé sa confirmation dans les actions naturelles de l'économie animale, et ses analogues dans les phénomènes des maladies. Toutefois, il est à désirer , je le répète , que des mains exercées se livrent à ce genre de travaux et que les connaissances qui peuvent eu résulter deviennent plus familières et soient plus souvent mises sous les yeux des élèves. Tous les
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phénomènes importans Je la vie se passent dans les extrémités vasculaires que nous connaissons si peu , et que nous cherchons si rarement à connaître. On ne peut se défendre d’y chercher encore le siège des mouvemens morbifiques , et l’on en parle à peine dans les leçons d’analo- t mie , et l’on se contente presque toujours , dans nos amphithéâtres, de ces grossières injections uniquement destinées à montrer le trajet des branches artérielles et veineuses les plus apparentes : cet oubli n’indique- t-il pas une véritable lacune dans l’enseignement ? L’assemblage de vaisseaux que 11e pénètrent pas les injections ordinaires, et dans lequel pourtant se passent les plus intéressantes opérations de la vie, est une sorte d’être imaginaire pour la plupart des élèves et des médecins même , être dont ils parlent comme ou parlait naguères vlu fluide nerveux , être dont on raisonne sans l’avoir jamais vu *.
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le moyen quon ne se livre pas à des aberrations quand on connaît si peu le principal théâtre des mouvemens vitaux ?
Je me sens pressé de déclarer, avant de terminer cette préface, que si , pour combattre l’absorption veineuse , que je crois une erreur , j’ai choisi pour objet de mes réfutations le mémoire de mon estimable confrère M. liibes , ce n’est par aucun sentiment de malveillance à son égard ; il sait combien je fais cas de ses talens et de son savoir, combien j honore son caractère et j’affectionne sa personne. C’est uniquement parce que, à l’époque où je rédigeai la partie de mon ouvrage qui traite de cet objet, son mémoire était ce qu’il y avait de plus récent et de plus complet sur l’absorption veilleuse , ce qui m’imposa l’obligation de discuter les preuves que cet anatomiste alléguait, preuves auxquelles l’autorité
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de son nom ajoutait trop pour qu'il me fût possible de les passer sous silence. Je me plais à croire quon s’apercevra facilement, à îa lecture démon ouvrage, que nul sentiment de haine ou d'aigreur , que nulle instigation de secte ou de coterie n’a eu d'influence sur mes critiques non plus que sur mes éloges.