A LARD
PRÉFACE
Lorsque, en 1800 , j'entrepris la traduction de l'ouvrage du docteur James Hendy sur la maladie glandulaire des Barbades (1), je ne possédais, sur les affections du système absorbant, d'autres idées cpie celles qui m'avaient été données dana l’Ecole , ou cjuo j’avais puisées dans la lecture des livres élémentaires : les scrophules , le rachitisme , les bydropisies , la syphilis et quelques autres maux du meme genre, composaient tout le catalogue des affections que j’attribuais à ce système.
Quel fut mon étonnement quand je vis, dans l’auteur anglais , l’histoire d'une maladie dont le siège était évidemment dans
de
(1) Cette traduction se trouve dans les Mémoires la Société médicale d' Émulation , t. îv.
viij PRÉFACE.
]es vaisseaux absorbans , et dont la marche et les symptômes rappelaient pourtant ies phénomènes de plusieurs maladies qu'on avait coutume d’attribuer à d’autres organes, à un autre genre de vaisseaux! Sans doute je dus croire , au premier coup-d’œil, avec J. llendy , que les particularités du climat et du sol de i île de Barbade avaient seules pu produire ce bizarre assemblage de phénomènes. Une inflammation érysipélateuse intense ; un violent accès de fièvre intermittente; un engorgement d’abord trèsdouloureux , puis cessant de l’être en prenant des formes monstrueuses , sans gêner les mouvemens des articulations qui s’en trouvaient enveloppées ; ces trois espèces de maladies n’étant, à proprement parler, que les symptômes d’une seule et même maladie : tout cela formait un appareil qui semblait ne devoir appartenir qu’au climat extrême dans lequel pratiquait
James lien cl y } et ma première idée fut de considérer cette maladie comme une exception qui ne pouvait avoir d’analogue dans d’autres contrées.
Toutefois , en y regardant de plus près, je crus apercevoir qu’une affection qui régnait surtout pendant les constitutions inflammatoires, qui était devenue insensiblement endémique aux Barbades , a mesure que cette disposition atmosphérique s'y était établie, s’y montrait plus fréquente et presque stationnaire ; qui pouvait alterner tantôt avec des lièvres , tantôt avec des inflammations viscérales, et souvent se masquer sous ces deux apparences , n’avait besoin pour se produire que d’un concours de circonstances que tous les climats pouvaient présenter.
(^ette idée me fit entreprendre une suite
de recherches dont je publiai le résultat
dans le cours de l’année iSoG. sous le
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titre d 'Histoire d’une maladie particulière au système lymphatique , change , bientôt après , en celui d Histoire de F Èléphantiasis des Ar'abes > par déférence pour l’un de mes illustres maîtres qui l'avait adopté dans sa Nosographie (i). En meme temps que mes recherches me donnèrent lieu de reconnaître Inexistence de cette maladie dans tous les pays , en Asie , en Afrique , en Amérique,, et même en Europe, je fus encore frappé du grand nombre de rapprochemens et de points d’analogie qu’elle présentait avec plusieurs affections différentes -, et ces rapprochemens et ces analogies me donnèrent à penser que le système absorbant était d’une bien autre importance dans l’économie animale
(i) L’édition de cet ouvrage se trouvant épuisée, je me propose d’en faire paraître incessamment un<# nouvelle et plus étendue que la première.
PREFACE
XJ
qu’on ne se l’était imaginé jusqu’alors. Dès ce moment l’horizon s’agrandit à mes yeux, et je compris que nous ne possédions pas encore de connaissances bien précises sur l’étendue que peut avoir la classe des maladies dépendantes de ce système. Je crus voir que cette classe ne pouvait pas rester circonscrite dans les bornes où l’ont resserrée les nosologistes, et j’osai même prédire que nous étions près de voir un nouveau jour se répandre sur les causes prochaines des maladies.
Frappé de la vive rougeur qui recouvrait la partie malade dans une affection dont le siège était évidemment dans les vaisseaux absorbans qui vont aboutir aux glandes ; frappé de voir cette maladie régner de préférence durant les constitutions inflammatoires, coïncider avec des péripneumonies , des pleurésies , des entérites , des néphrites, etc. ; alterner avec ces affections , ou se changer facilement
PRÉFACE.'
en lune ou en lautre , je ne pus me défendre de Fidëe que le système absorbant devait avoir une influence plus ou moins grande sur les phénomènes des maladies inflammatoires que les variations de la température, ou certaines autres causes produisent dans les circonstances ordinaires.
Egalement frappé de voir l’irritation locale d’un ou de plusieurs vaisseaux absorbans , év ideimnent produite , du moins dans un grand nombre de cas, par une cause externe, comme la morsure d’un insecte , déterminer un violent accès de fièvre ,, marqué par un frisson intense et prolongé, accompagné de vomissemens réitérés , d une chaleur et d une rougeur générales, suivies elles - memes d’une abondante sueur frappé de voir ce frisson se renouveler à chaque mouvement capable de tirailler les vaisseaux absorbans enflammés , je ne pus me défendre
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de regarder ce frisson comme la manifestation du mode de sensibilité morbifique de ces 'vaisseaux . Dès-lors je dus croire que toutes les maladies dans lesquelles se manifestait ce frisson devaient avoir leur siège dans le système absorbant \ je dus croire que les lièvres surtout venaient se ranger comme d ellesmêmes sous ies lois de cette analogie , d’autant plus que , surtout dans celles de ces maladies qui présentent le type intermittent , le frisson prédomine d’une manière remarquable , et coïncide avec la propriété qu’elles ont de pouvoir être transmises au moyen de l’absorption d’un air humide chargé de particules délétères.
D’un autre coté , fétude approfondie de la maladie que j’avais prise pour sujet de mes recherches ? me donna lieu d’établir certains parallèles qui m’acquirent la conviction que l’engorgement des ex-
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trémités inférieures des femmes en couche, attribué par les uns à la déviation de l’humeur laiteuse , attribué par les autres à la simple accumulation de la lymphe , dont le retour est empêché par l’obturation accidentelle des vaisseaux absorbans du bassin, était réellement une inflammation de cet ordre de vaisseaux , comme la maladie des Barbades. Mais ne trouvant plus dans cette nouvelle espèce d’inflammation , ni Ja rougeur de la partie malade , ni les frissons , ni les vomissemens ; voyant, au contraire , la partie souffrante devenir blanchâtre, la fièvre symptomatique n’être qu’une fébricule , à la manière des fièvres hectiques, quoique d’ailleurs il y eût sur le trajet des vaisseaux absorbans et dans les glandes les mêmes signes d’irritation, je fus induit a penser qu’il existait deux couches différentes de vaisseaux absorbans , l’une super licielle et l’autre pro-
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fonde ; l’une ayant des rapports directs avec le sang , l’autre n’en ayant qu’avec les sucs lymphatiques } l’une déterminant la rougeur dont se recouvrent les membres dans les accès de la maladie glandulaire des Barbades *, l’autre produisant la blancheur des extrémités inférieures des femmes en couche , ainsi que les affections rhumatismales , goutteuses et les tumeurs
blanches des articulations.
On voit combien la comparaison et le rapprochement des faits nouveaux ou méconnus que je venais de rassembler m’avaient éloigné déjà de la route commune. Mais quoique ces lueurs répandissent dans mon esprit un plus grand jour , les préjugés que j’avais reçus et que je retrouvais dans les livres le plus en vogue, me replongeaient incessamment dans le doute et l’incertitude. Je voyais ce qui me paraissait être la vérité , et je ne pouvais trouver cette vérité conforme aux