‹ Du sommeil non naturelChapitre 18 sur 20 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Arrivé au terme de cette longue étude nous voudrions résumer en quelques mots les enseignements qui en découlent, et insister une fois de plus sur l'idée fondamentale qui nous a guidé d'un bout à l'autre de ce travail.

Cette idée, c'est que les diverses formes du sommeil non naturel, spontané ou provoqué, ne sont en dépit de leurs contrastes que les manifestations d'un seul et même état morbide ; c'est que leur étude représente un simple chapitre, et un chapitre remarquablement homogène, dans l'histoire de cette maladie protéiforme que certains, pour en exprimer le caractère constitutionnel, ont appelée la diathèse nerveuse.

Quelle est la nature de cette tare particulière, de cette débilité fonctionnelle des éléments nerveux, qui constitue l'état névropathique? Nous l'ignorons, mais c'est elle que nous voyons, transmise par hérédité ou développée par accident, engendrer toutes les névroses; c'est elle qui, si par un concours de circonstances elle s'est implantée dans une famille, produira chez l'enfant les convulsions, chez la jeune fille l'hystérie, chez la femme faite le goitre exophthalmique; c'est elle qui, lorsqu'on remonte dans l'histoire de plusieurs générations, se trahit chez l'une par la neurasthénie et l'hypocondrie, chez une autre par l'épilepsie, chez la dernière par la paralysie générale.

Or cette même prédisposition, commune à la plupart des maladies nerveuses, elle se retrouve, plus ou moins nettement dessinée, dans l'étiologie de toutes les formes du sommeil pathologique: qu'il s'agisse d'un simple accès de noctambulisme consécutif à une violente préoccupation morale, d'une crise cataleptiforme chez un enfant

affecté de vers intestinaux, ou qu'on ait affaire à une de ces formes compliquées de grand somnambulisme, d'extase ou de sommeil léthargique telles qu'on les observe dans l'hystérie grave, toujours est-il que la base pathogénique est constamment la même, et que, soit dans les antécédents personnels du sujet, soit dans ceux de sa famille, on découvre toujours la même tache originelle, Fétat névropalhique.

C'est ce même état, il faut bien le dire, qui existe plus ou moins latent chez les sujets impressionnables aux manœuvres de l'hypnotisme; c'est à lui que Mesmer et Puységur s'adressaient sans le savoir, et à lui qu'ils devaient leurs prétendus miracles; c'est lui encore que Braid et ses successeurs savent mettre en relief par des procédés plus scientifiques, à l'aide desquels ils développent chez des sujets sains en apparence tous les symptômes des névroses les plus extraordinaires.

Qu'il s'agisse de sommeil morbide spontané ou d'hypnotisme, les symptômes diffèrent aussi peu que les causes et nous avons retrouvé dans l'hypnose expérimentale tous les phénomènes des maladies du sommeil; c'est que, dans un cas comme dans l'autre, le processus est toujours le même: à la faveur d'une débilité fonctionnelle particulière, l'harmonie des facultés nerveuses se laisse troubler, certains centres anormalement excités réagissent sur les autres par inhibition ou par dynamogénie, et il en résulte une dissociation des fonctions cérébrales, exagération de celle qui existe normalement dans le sommeil avec rêve, dissociation dont le résultat est de paralyser certaines facultés, d'en exalter quelques autres, et de réaliser ainsi des états paradoxaux qui au premier abord confondent la raison et font crier au miracle ou à la supercherie.

Pourtant, ne nous lassons pas de le répéter, dans l'hypnotisme tel qu'il est aujourd'hui scientifiquement connu,

il n'y a ni L'un ni l'autre; tous ses phénomènes, ceux du moins qui sont avérés (et nous n'avons parlé que de ceuxlà), ont leurs analogues, ou pour mieux dire leurs semblables dans la pathologie; ils ne présentent rien d'extraordinaire, rien qui ne soit d'accord avec les lois connues de la science moderne. On ne saurait trop insister là-dessus, car si l'hypnotisme est encore tenu en défiance par les médecins, si les comédies des magnétiseurs et des charlatans trouvent encore du crédit dans le public, c'est à cause de l'atmosphère mystérieuse et presque surnaturelle dont toute cette question était jusqu'à ces derniers temps enveloppée.

« Il faudrait, nous disait le professeur Gharcot en parlant de l'hypnotisme, que tous ces faits fussent assez connus, leur explication physiologique assez répandue dans le public, pour bien convaincre tout le monde qu'il n'y a rien là de surnaturel, mais seulement une série de phénomènes nerveux dont l'étude incombe aux médecins et n'appartient qu'à eux seuls; alors les magnétiseurs cesseraient de faire recette. » On n'a jamais dit parole plus sage, et c'est par là que nous terminerons.

Barth.

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