CHAPITRE VI
APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES ET MÉDICO-LÉGALES. § Ier. De l'hypnotisme au point de vue thérapeutique.
Braid, le premier qui ait fait de l'hypnotisme un procédé scientifique, avait conçu de grandes espérances quant à la valeur thérapeutique de sa méthode. On trouve dans son livre un grand nombre d'observations relatives à des maladies de toute sorte qui auraient été guéries par la pratique de l'hypnotisation. Il cite des cas d'affections douloureuses, d'affaiblissement des sens spéciaux, guéris par le sommeil nerveux.
Inutile de dire que tout ce qu'il y a d'authentique dans ces faits se rapporte à des névroses et la plupart du temps à l'hystérie.
De ces tentatives .il est resté peu de chose.
Mais Braid avait aussi appelé l'attention sur la possibilité de produire l'anesthésie chirurgicale par l'hypnotisme, et c'est à ce point de vue seul que s'est placé Azam lorsqu'il a tenté, en 1859, de faire revivre la méthode du médecin de Manchester.
Nous avons déjà dit comment, après plusieurs cas encourageants publiés par Follin,parBroca, par Guérineau, et surtout par Esdaile, chirurgien de Calcutta, on se vit contraint de renoncer à l'hypnotisme comme méthode d'anesthésie chirurgicale. Les résultats étaient trop lents, trop incomplets et trop infidèles.
Demarquay et Giraud-Teulon, en rendant compte de cet insuccès, n'en revendiquèrent pas moins l'hypnotisme comme une méthode utile de traitement des névralgies et de quelques autres affections douloureuses.
Leurs expériences demeurèrent isolées et les magnéti-
seurs de profession ont été les seuls jusqu'à ces dernières années à prétendre employer l'hypnotisme, on sait comment, aux choses de la médecine.
Sous l'influence des recherches récentes, l'application thérapeutique du sommeil provoqué a été tentée de nouveau, et cela surtout à l'aide de la suggestion, c'est-àdire en ordonnant aux malades hypnotisés de ne plus -souffrir, et en leur affirmant péremptoirement qu'ils sont guéris.
Berger (de Breslau), Bernheim et Beaunis à Nancy, et surtout Auguste Voisin à Paris, ont fait des essais intéressants, et bien que leurs expériences soient encore trop récentes et trop peu nombreuses pour permettre de porter sur la nouvelle méthode un jugement définitif, cependant il est dès aujourd'hui permis d'espérer que la suggestion hypnotique fournira dans le traitement d'un certain nombre de maladies nerveuses une utile res" source aux médecins.
En résumé, les applications thérapeutiques réalisées jusqu'à présent portent sur deux points principaux : dans une première série de cas, on s'est efforcé, en obtenant l'analgésie parhypnolisation,de faire cesser des douleurs plus ou moins vives et de rendre le calme au malade. C'est ainsi que procédaient Demarquay et Giraud-Teulon : dans des cas de névralgies périphériques ou viscérales liées à l'hystérie, ils ont obtenu plusieurs fois par l'hypnotisme, non seulement la sédation immédiate des douleurs, mais un calme absolu se prolongeant pendant plusieurs heures après l'accès. Celles des observations de Braid qui méritent créance sont relatives à des cas de cette nature ; mais les applications de l'hypnotisme employé comme succédané des anesthésiques et des narcotiques sont, comme on l'a vu plus haut, très limitées.
Le côté intéressant et vraiment neuf des recherches
récentes, c'est l'application à la thérapeutique de cette extrême docilité de l'imagination des sujets qui les rend, aptes à adopter sans discussion toutes les idées qu'on leur impose et, d'autre part, de cette influence marquée du moral sur le physique, grâce à laquelle les appareils viscéraux eux-mêmes semblent subir le contre-coup des conceptions imaginatives du sujet.
Comme on le comprend aisément, cette médication suggestive ne peut s'appliquer qu'aux affections d'origine nerveuse et plus spécialement aux névroses, dont un grand nombre sont jusqu'à un certain point des maladies d'imagination.
Jusqu'ici les résultats thérapeutiques obtenus se rapportent principalement à l'hystérie et à ses manifestations si variées (1). A la Salpêtrière, on emploie volontiers la suggestion hypnotique pour calmer les malades et diminuer le nombre des attaques. Debove a réussi par la même méthode à faire cesser chez ses malades divers troubles tels que l'anorexie, les vomissements, la constipation opiniâtre. Berger, de Breslau, aurait guéri de cette manière des contractures et d'autres accidents; enfin Bernheim a fait connaître au congrès de Blois, en 1884, trois cas de troubles choréiques de l'écriture, guéris par la suggestion dans l'état hypnotique ; dans
(1) Nous ne pouvons prendre au sérieux les résultats annoncés par le Dr Liebeault, de Nancy, dans un récent opuscule (Du zoomagnétisme, Nancy, 1884). Il s'agit d'enfants atteints de coqueluche, de diarrhée infantile, de scrofule et même de carie de la colonne vertébrale (!) améliorés etmêma gnéris en une, deux ou au plus trois séances de touche magnétique. Parmi les 45 observations citées il n'en est pas une qui supporte l'examen. L'auteur explique, du reste, ses prétendus succès par l'action d'un fluide nerveux transmis par l'opérateur à l'opéré : théorie qui nous ramène tout droit à Mesmer.
deux de ces cas au moins, l'influence névropathique était manifeste.
Mais nous devons donner une mention spéciale aux expériences tentées par Auguste Voisin chez les aliénés.
Les résultats en sont d'autant plus remarquables que jusqu'à ces derniers temps les aliénés passaient pour réfractaires à Thypnotisation. Berger, notamment, a déclaré avoir tenté inutilement de provoquer le sommeil nerveux chez plus de cinquante aliénés calmes. Voisin a été plus heureux: au dernier congrès (1) de l'Association française pour l'avancement des sciences, il a annoncé avoir obtenu par la suggestion hypnotique des effets très satisfaisants chez des aliénés atteints de délire partiel ou d'excitation maniaque; une observation, précédemment communiquée à la Société médico-psychologique de Paris (2), est particulièrement frappante.
Depuis cette époque, l'auteur a continué ses tentatives avec un succès de plus en plus marqué; grâce à une communication bienveillante, nous pouvons donner ici le résumé de ses dernières observations. « Il a réussi à provoquer l'hypnotisme chez des hallucinés, des maniaques , des lypémaniaques , des dipsomanes, ainsi que chez des hystériques et des épileptiques frappés d'aliénation. Le sommeil hypnotique ne peut être obtenu chez un aliéné que si la faculté d'attention est conservée. Les aliénées hystériques sont les malades les plus aptes à être traitées par l'hypnotisme. — Quand on a réussi à provoquer le sommeil chez un aliéné, il est utile de le laisser durer les premières fois pendant 12 ou 15 heures et de ne commencer la suggestion que plus tard. Après deux ou trois séances d'hypnotisme, on commence à user de la suggestion ; il faut procéder lente-
(1) A. Voisin. De l'hypnotisme employé comme traitement de l'aliénation mentale. Congrès de Grenoble, 1885.
(2) A. Voisin. Ann. médico-psychologiques, t. II, 1884.
ment, agir d'abord sur une conception délirante, sur une hallucination, puis sur d'autres. Il ne faut pas faire trop de suggestions pendant une même séance, sans quoi l'on détermine un malaise évident qui se traduit par des crispations de la face et on n'obtient pas au réveil l'exécution précise des injonctions. Les suggestions doivent être faites à haute voix, formulées d'une façon précise et articulées avec autorité. Il faut signifier aux malades de ne plus entendre tel bruit, telle voix, de ne plus sentir telle odeur, de ne plus avoir telle idée délirante. On leur affirme que toutes ces idées sont fausses et résultent de leur maladie, qu'ils ne doivent pas y croire, qu'ils guériront, et enfin qu'ils sont guéris. Dans divers cas, deux ou trois séances ont suffi pour amener une guérison qui ne s'est pas démentie depuis plusieurs mois. »
Ces résultats sont encourageants, et les expériences méritent d'être poursuivies. S'il est une maladie dans laquelle un traitement moral semble rationnellement indiqué, c'est à coup sûr l'aliénation mentale.
Lorsqu'on envisage l'hypnotisme au point de vue thérapeutique, il est une question qui se pose tout naturellement.
Les manœuvres par lesquelles on provoque le sommeil nerveux sont-elles toujours inoffensives et n'ont-elles aucune influence fâcheuse pour les sujets qui s'y soumettent?
Il y a là, comme dans l'emploi de tous les moyens thérapeutiques, une question d'usage et d'abus ; ce qui dans certains cas est utile ou tout au moins inoffensif peutêtre nuisible dans d'autres.
Qu'on nous permette une comparaison. Les injections sous-cutanées de morphine, employées pour calmer la douleur et procurer le sommeil aux malades, sont assurément l'une des conquêtes les plus précieuses de la thé-
ra politique moderne ; cependant on sait quels inconvénients, quels dangers entraîne l'abus de ce remède si utile et que la morphinomanie est devenue l'une des plaies de la société contemporaine.
Il en serait de même de l'hypnotisme si son emploi venait à se généraliser, et surtout s'il passait des mains du médecin dans celles du public ignorant.
Très utile dans certaines formes de maladies nerveuses où l'on peut, grâce à ce puissant moyen, soulager des maux rebelles à toute médication, inoffensiflorsqu'il est pratiqué avec mesure dans un but scientifique, l'hypnotisme offrirait les plus sérieux dangers s'il devenait soit un passe temps à l'usage des oisifs, soit un moyen pour les gens nerveux de satisfaire leur besoin d'émotions ou leur recherche inquiète de sensations inconnues. Il suffit, en effet, d'avoir expérimenté un petit nombre de fois pour reconnaître avec quelle facilité les phénomènes de l'hypnose se développent et se compliquent lorsqu'on les provoque à plusieurs reprises chez le même sujet; il se produit évidemment une sorte d'éducation du système nerveux qui le rend de plus en plus apte à présenter ces modifications bizarres dont nous avons tracé le tableau.
Tel individu, dit Hack-Tuke (1), dont la susceptibilité aux manœuvres hypnotiques semblait médiocrement développée lors d'une première expérience, arrive après un certain nombre de séances à s'hypnotiser presque sans le savoir dès qu'il fixe un objet lumineux ou qu'il se livre à une lecture attentive. La polarisation des éléments nerveux qui s'accomplissait difficilement au début devient peu à peu presque spontanée.
Un jeune homme, qui avait été soumis par Brémaud à des séances répétées d'hypnotisation, se trouvait, à la suite de ces manœuvres réitérées, dans un état nerveux
(l) Hack-Tuke. Slcep-walking and hypnotism. London,
manifestement pathologique ; il présentait en particulier, même à l'état de veille, une excitabilité musculaire telle qu'une friction un peu forte des muscles suffisait à en déterminer la contracture, véritable diathèse de contracture comme on ne l'observe guère que dans la grande hystérie (Charles Richet).
C'est donc aux médecins à juger dans quelle mesure ils peuvent employer l'hypnotisme sans inconvénient pour leurs malades.
§ II. — De l'hypnotisme au point de vue médico-légal.
Voici une question qui existait à peine il y a peu d'années encore, mais qui mérite assurément toute l'attention des médecins aussi bien que des criminalistes. Il faut donc savoir gré à Liégeois et aux autres expérimentateurs de Nancy de l'avoir soulevée.
Il paraît démontré en effet que tout individu un peu familiarisé avec les pratiques du magnétisme, comme on dit encore dans le public, peut faire exécuter au sujet mis dans l'état de somnambulisme tous les actes qu'il lui plaît. Faut-il répéter ces exemples maintes fois cités d'actes de violence accomplis sur de malheureuses victimes qui, sans perdre entièrement conscience de l'injure subie, avaient perdu tout pouvoir de s'y soustraire ? L'histoire du mendiant Castellan, condamné, en 1865, par la Cour d'assises de Draguignan, à douze ans de travaux forcés pour un crime de cette nature, est citée partout et nous n'avons pas besoin de la reproduire. On en pourrait rapprocher le fait de ce dentiste de Rouen qui avait abusé de l'état de sommeil nerveux dont sa malade était saisie dès qu'elle s'asseyait sur le fauteuil opératoire.
Des cas d'un autre genre pourraient se présenter. Vibert parle d'un expérimentateur américain qui, dans une séance d'hypnotisme, fit remplir et signer un chèque au sujet endormi. Le chèque se trouva parfaitement en
règle et, après le réveil, son auteur n'avait aucun souvenir de l'avoir écrit. Il est inutile d'insister sur les conséquences graves et compliquées d'un fait semblable s'il avait été commis réellement et s'il en fallait poursuivre juridiquement l'annulation.
Mais l'hypnotisme réserve aux jurisconsultes de l'avenir des difficultés bien autrement grandes encore ; nous avons parlé longuement, dans un chapitre précédent, de la persistance des impressions suggestives après le réveil. Des expériences mille fois répétées le prouvent : dans le cerveau docile de ce patient sans volonté, on peut déposer des idées, des instincts coupables qui, l'hypnose une fois dissipée, sommeilleront plus ou moins longtemps pour se réveiller à l'heure prescrite, sous forme d'impulsions irrésistibles ; et le sujet, poussé par des lubies soudaines qu'il ne pourra ni prévoir, ni réprimer, se portera à des actes coupables dont il se croira de bonne foi l'auteur, alors qu'il n'en aura été que l'instrument inconscient.
Comment reconnaître la vérité quand un de ces tristes êtres, qui vivent du crime ou de la débauche d'autrui, aura par des pratiques, hélas, trop faciles subjugué la volonté d'une malheureuse créature et lui aura dicté un vol ou un assassinat qu'elle commettra ponctuellement et qu'elle expliquera même par quelques motifs spécieux sans pouvoir révéler une influence dont sa faible mémoire n'a gardé aucune trace et dont la connaissance déplacerait pourtant aux yeux des juges les responsabilités réelles?
Comment démasquer la fraude, quand un mécréant sans scrupule, abusant du pouvoir presque sans bornes que l'hypnotiseurexercesursonsujet,luisuggéreraunfaux témoignage qui, rendu avec l'accent de la conviction et sous la foi du serment, compromettra la réputation et peut-être la vie d'une personne innocente?
Quelques auteurs, et Vibert est du nombre, pensent que, clans un cas semblable, le médecin légiste serait en droit de recourir à l'hypnotisation pour raviver les souvenirs et faire renaître dans l'esprit du sujet les impressions effacées. Nous ne sommes pas de cet avis. Une méthode d'investigation par laquelle un accusé ou un témoin serait privé, même passagèrement, de son libre arbitre, ne saurait être employée dans un but juridique, et surtout un témoignage recueilli dans ces conditions ne peut être invoqué contre une tierce personne. Tout au plus le médecin expert aura-t-il le droit, en essayant les manœuvres d'hypnotisation sur l'inculpé, d'éprouver son plus ou moins d'impressionnabilité à ces manœuvres. C'est ce que fit Motet (1) dans le cas d'un somnambule accusé d'outrage public à la pudeur : il endormit l'accusé devant le tribunal par la simple fixation du regard et le montra privé de volonté, répétant comme un automate sur l'injonction du médecin toute la scène qui avait motivé son arrestation. L'inculpé fut acquitté comme irresponsable. Mais il faut ajouter qu'il s'agissait d'un individu que Motet connaissait et qui avait été longtemps tenu en observation à l'hôpital Saint-Antoine avant le fait pour lequel il comparaissait devant la justice.
En sera-t-il toujours de même? Non, sans doute, et des cas se présenteront cértainement où un prévenu, ne pouvant nier son crime, invoquera l'hypnotisme pour excuse comme on invoque aujourd'hui l'ivresse. Accueillir un pareil moyen de défense, permettre surtout à l'accusé d'en fournir la preuve expérimentale, c'est ouvrir à l'imposture une bien belle carrière, et d'un autre côté, comment ne pas tenir compte de la possibilité d'une suggestion hypnotique en présence des faits quenous avons cités, et
(1) Motet. Somnambulisme naturel et provoqué. Prévention d'outrage public., etc. Ann. d'hygiène publique, p. 214.
de ceux bien plus nombreux et plus frappants, réunis par Liégeois (1) dans son travail.
Il faut donc bien reconnaître que des cas peuvent se présenter où la notion du sommeil nerveux hypnotique embarrassera singulièrement les magistrats et rendra leur verdict particulièrement difficile. Comment, sur quelles bases fonder une décision dans des faits de ce genre? Ici, on est fatalement ramené à cette question tant de fois discutée et jamais résolue de la responsabilité chez les épileptiques, les alcooliques et en général chez tous ceux qui n'ont pas la parfaite intégrité de leurs facultés cérébrales.
On ne saurait poser de règles absolues et chaque cas particulier doit avoir sa jurisprudence spéciale. C'est affaire aux médecins légistes d'apprécier les faits et de peser les conséquences.
Mais une leçon se dégage de l'étude impartiale du somnambulisme provoqué : c'est que, si les individus qui useraient de ce moyen trop commode pour provoquer au crime méritent toute la sévérité de la loi, si même il serait utile d'édicter des peines spéciales contre tous ceux qui emploieraient l'hypnotisme dans un but non scientifique, en revanche, la société doit se montrer très indulgente pour les crimes, pour les délits commis dans l'état hypnotique, dans cet état qui a pour premier effet de supprimer la volonté et le libre arbitre.
Il faut cependant tout prévoir. L'état hypnotique, l'état somnambuliquepour mieuxdire, peut être invoqué faussement dans le but d'égarer l'esprit des juges et de désarmer leur sévérité. Ceci nous amène à dire quelques mots de l'hypnose simulée et des moyens de la reconnaître.
Il est encore des hommes de bonne foi (et nous en connaissons) aux yeux desquels les phénomènes hypnotiques
(1) Liégeois. De la suggestion hypnotique au point de vue du droit civil ei du droit criminel, Paris, 1884.
n'existent pas et qui ne voient en tout cela que supercherie d'une part, et crédulité de l'autre; tromper ou être dupe, celui qui s'occupe d'hypnotisme n'aurait d'après eux d'autre alternative à choisir.
C'est là un scepticisme injuste qui ne saurait résister à l'étude impartiale des faits. Nous avons raconté plus haut comment Braid, un sceptique lui aussi, fut amené par l'évidence à dépouiller son incrédulité et comment de ses recherches impartiales est sortie la véritable théorie de l'hypnotisme. Les chercheurs animés de la même bonne foi seront tout aussi vite et aussi sûrement convaincus.
Mais si les phénomènes de l'hypnotisme existent réellement, il n'en est pas moins vrai que la plupart d'entre eux peuvent être simulés clans un but coupable. Pour démasquer les fourbes, les moyens ne manquent pas; on peut même dire que le médecin instruit n'aurait que l'embarras du choix. Dans toutes les phases de l'hypnose, il est des phénomènes dont la simulation est ou impossible ou facile à dévoiler.
Ainsi pour la catalepsie, sans doute un imposteur habile et vigoureux pourrait prendre et maintenir des attitudes contre nature presque aussi longtemps que le cataleptique vrai, mais il n'y réussirait pas sans un grand effort musculaire facile à déceler parla méthode de Marey : le tracé myographique présente alors, comme l'a montré Charcot, des oscillations dont le nombre et l'amplitude augmentent avec la fatigue en même temps que le pouls s'accélère et que la respiration devient tumultueuse et inégale.
Dans l'état léthargique, c'est le phénomène de l'hyper excitabilité musculaire qui permet de confondre le simulateur ; si instruit qu'on le suppose de l'anatomic descriptive, si capable qu'il soit(et on n'y arriveque par une longue pratique) de faire contracter isolément chacun de ses muscles, il ne parviendra jamais à réaliser ces plié-
nomènes de contracture systématique si faciles à obtenir par la simple pression d'un tronc nerveux.
Enfin, dans l'état somnambulique, le seul qu'on obtienne chez certains sujets et en même temps celui que les simulateurs imitent le plus volontiers, les phénomènes oculaires fournissent un moyen de diagnostic aussi sûr que facile : l'élargissement ou le rétrécissement de la pupille selon que l'hallucination visuelle s'éloigne ou se rapproche, le dédoublement de l'image suggestive lorsqu'on interpose un prisme, l'illusion successive des couleurs complémentaires sont autant de phénomènes trop scientifiques pour être devinés et trop délicats pour être simulés avec succès, si l'examen du malade est pratiqué avec les précautions convenables.
Il est donc facile d'éviter d'être trompé en matière d'hypnotisme, mais il ne s'ensuit pas qu'on ne doive prendre incessamment toutes ses précautions contre l'erreur.
Dans les recherches hypnotiques, il faut surtout, selon la remarque de Bernheim, se méfier de la suggestion.
N'oublions pas en effet que le malade, si endormi qu'il paraisse être, n'en a pas moins l'oreille éveillée; de même que son esprit accepte pour réelles toutes les illusions qu'on lui inspire, de même, lorsqu'on tente une expérience, il suffit parfois qu'on lui en laisse deviner les effets possibles pour que son imagination les accepte comme probables, puis comme nécessaires et que ses organes aussitôt les réalisent. Ce n'est pas de la simulation inconsciente, comme l'a ditun auteur anglais, c'est de l'obéissance inconsciente à une suggestion involontaire. Ainsi s'expliquentlesphénomènes disparates, extraordinaires, pour ne pas dire plus, obtenus par des expérimentateurs de bonne foi qui causaient trop devant leurs sujets endormis.