‹ Du sommeil non naturelChapitre 3 sur 20 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

On nous demande une thèse sur les diverses formes du sommeil non naturel. Que faut-il entendre par cette expression: sommeil non naturel? Telle est la question que nous avons dû nous poser dès le début de ce travail, et qui n'a pas laissé de nous causer un certain embarras.

On peut comprendre sous le nom de sommeil non naturel tous les sommeils artificiels, médicamenteux et toxiques; il faudrait donc étudier les moyens de faire dormir, les effets physiologiques des substances narcotiques et anesthésiqucs et leur emploi en médecine; faire en un mot une thèse de thérapeutique expérimentale.

On pourrait encore qualifier de sommeil non naturel toutes les modifications du sommeil dans les maladies:

Barth. 1

l'insomnie des fébricitanfcs, le cauchemar des états cérébraux, le coma des toxémies; c'est là un vaste sujet, où la pathologie générale occupe une place prépondérante.

Enfin, lorsqu'on parle de sommeil non naturel, il est impossible de ne pas songer tout de suite au sommeil nerveux, aux phénomènes de l'hypnose et du somnambulisme, dont l'étude a fait de si grands progrès dans ces derniers temps, et dont les manifestations variées sont aussi intéressantes pour le médecin que pour le philosophe.

Voilà donc trois sujets, aussi vastes que différents, qui peuvent être rangés sous la formule que le sort nous impose. Fallait-il entreprendre de les traiter tous les trois? Nous ne l'avons pas pensé. Sans parler de l'impossibilité matérielle de remplir un pareil cadre dans le temps Lrès court dont nous disposions, il nous a semblé qu'en interprétant de la sorte la question posée nous méconnaîtrions l'intention de nos juges, qui attendent de nous autre chose qu'une compilation de faits disparates.

Comment est conçu le titre de notre thèse ? Des diverses formes du sommeil non naturel. Or, que peut-on entendre par les formes, si on n'envisage pas le sommeil non naturel comme une entité pathologique, capable de présenter des modalités diverses, mais conservant néanmoins dans ses manifestations une certaine unité, un certain ensemble? Or, précisément les formes pathologiques du sommeil nerveux, et ses formes expérimentales, constituent un groupe de faits cliniques dont le rapprochement s'impose et dont l'étude jusqu'alors très peu avancée a pris depuis quelques années un développement considérable.

N'est-ce pas là le sujet véritable qu'on nous demande de traiter? Cette interprétation d'un programme un peu vague nous paraît légitime, et nous l'adoptons avec d'autant plus d'empressement qu'elle va nous permettre de

conserver une certaine unité à notre travail, de lui laisser le caractère qu'il doit avoir: celui d'une thèse, c'està-dire, selon le sens du mot grec, d'une proposition pouvant être soutenue.

Nous userons donc de la liberté qui nous est laissée, et nous prendrons comme sujet capital de cette étude le sommeil pathologique envisagé successivement dans ses formes spontanées et dans ses formes expérimentales ; nous tâcherons de coordonner les notions qui existent dans la science sur cette matière neuve et intéressante s'il en fut, et de mettre en pleine lumière les résultats considérables acquis depuis quelques années, principalement grâce aux travaux de l'Ecole de la Salpètrière.

En abordant la question par ce côté, nous ne nous dissimulons pas les difficultés qui nous attendent; nous allons (dans la première partie surtout) rencontrer à chaque pas des faits obscurs, mal étudiés et mal compris, des observations défigurées parle charlatanisme ou faussées par le préjugé, des théories psychologiques ou soi-disant telles, que le médecin habitué aux idées concrètes n'aborde jamais sans une méfiance instinctive. Nous comptons sur l'indulgence de nos lecteurs, qui voudront bien se rappeler que le temps nous est mesuré avec parcimonie et qu'une thèse écrite en quelques semaines ne saurait avoir la maturité d'un ouvrage médité à loisir.

Avant d'entrer en matière, nous tenons à exprimer notre respectueuse reconnaissance à M. le professeur Gharcot, dont les conseils et les encouragements nous ont dirigé et soutenu dans notre travail; sans l'appui de ce maître éminent, nous aurions peut-être faibli sous la tâche; c'est son approbation qui nous a donné le courage de l'accomplir jusqu'au bout.

Nous remercierons également MM. les Drs Féré, médecin-adjoint de la Salpètrière et P. Richcr, qui ont mis à

notre disposition leur expérience consommée des pratiques de l'hypnotisme; enfin nous n'avons garde d'oublier les nombreux amis qui ont bien voulu nous seconder dans le fastidieux travail des recherches bibliographiques.

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