LINE» ‘OS
Autopsie. — L'’œsophage a son aspect normal ; aucune dilatatation sur aucun point ; la muqueuse est normale ; les parois ne sont ni amincies ni épaissies ; pas de varices œsophagiennes.
Cardia absolument sain ; pas même de fissure,
Tumeur cancéreuse très nettement colloïde, ulcérée sur plusieurs points, très étendue, siégeant sur la grande courbure et à la face postérieure de l'estomac. La tumeur n’a pas envahi le fundus et s'arrête au moins à 5 centimètres du cardia, Le pylore est envahi mais non sténosé ; on peut facilement introduire le doigt par l'orifice.
Péritonite cancéreuse, sans ascite marquée.
Gros ganglions dégénérés de la petite courbure et du hile du foie, — Noyaux dans le foie.
Pas d’autres noyaux de généralisation,
Hypostase des deux poumons, à la base.
Cœur petit.
Des coupes histologiques pratiquées au niveau de la tumeur ont permis d’en reconnaître la nature colloïde. Plusieurs points de l’æsophage ont été examinés, notamment au cardia et aux endroits où, pendant la vie, siégeaient les rétrécissements : on n’y a trouvé aucune anomalie, -
OBSERVATION V (personnelle).
Ch... Marie-Pierrette, soixante-huit ans, domestique, entrée à l'hôpital de la Croix-Rousse, salle Sainte-Clotilde, le 7 décembre, 1893, morte le 6 juillet 1894.
Antécédents héréditaires. — Père mort d’affection hépatique indéterminée ; mère morte très âgée.
Antécédents personnels. — Depuis trois ans, la malade se plaint de troubles gastriques ; quelques douleurs après le repas et des vomissements. Ces troubles ont été intermittents au dire de la malade ; quelques-unes des périodes de rémission ont été assez
longues et si marquées, qu’elles faisaient croire à une guérison absolue ; néanmoins, l’amaigrissement a été progressif depuis trois
00 ae
ans, et l’état général n’est jamais revenu à ce qu’il était auparavant.
Cette année, au printemps, les troubles ont été plus prononcés,
les douleurs plus vives, les vomissements alimentaires et glaireux plus fréquents; jamais d'hématémèse, ni de mœléna. Au bout de quelques mois, son état se serait sensiblement amendé au point de
permettre à la malade de reprendre son travail qu’elle avait dû
cesser à plusieurs reprises, mais avec beaucoup de peine,
Depuis un mois, la malade a recommencé à vomir et à souffrir dans la région épigastrique ; l’appétit qui n'avait fait qu'un peu diminuer jusque-là, a disparu; le teint est devenu jaunâtre ; pas d’œdème ; toujours point d’hématémèse, ni de mœléna.
La eur au creux épigastrique est vive le matin à jeun & on
a des vomissements glaireux, aigres.
L’ingestion des aliments calme souvent la douleur, mais au bout d’une heure ou deux, elle réapparaît comme une sensation de poids épigastrique et surviennent alors des vomissements alimentaires qui la soulagent. Le lait seul n’est pas vomi.
La malade se plaint de dysphagie et prétend avoir de grandes difficultés pour avaler les solides surtout. Cette dysphagie existe depuis au moins un an ; comme les autres troubles digestifs, elle a été intermittente et a suivi une marche parallèle à ceux-ci,
La palpation est douloureuse à la région épigastrique. Abdomen souple, non ballonné. Pas d’ascite. Pas de ganglions sus-ou sous- claviculaires.
Les poumons sont emphysémateux.
Le cœur bat régulièrement ; le premier bruit est un peu traîné, hésitant à la pointe.
Le foie est petit et n’atteint pas le rebord costal.
La température est normale.
Les urines ne contiennent ni albumine, ni sucre.
8 décembre. — On sent à gauche de l’ombilie, à droite et un peu plus bas, une masse dure ayant la forme de la grande courbure de l'estomac abaissée et épaissie.
10 avril 1894, — La dyspepsie s’est un peu améliorée, mais la malade se plaint toujours de ne pouvoir avaler; elle sent les ali-
age
ments s'arrêter à un point qu’elle montre au doigt et qui paraît correspondre au cardia.
L'alimentation est toujours exclusivement liquide ou semiliquide. Pas de régurgitations.
L’auscultation pendant la dégluti tion ne donne pas de renseignements précis.
La malade est habituellement constipée et n’a jamais eu de diarrhée.
L’ombilic est très nettement rétracté. On sent dans la fosse iliaque droite des masses dures probablement ganglionnaires,
Pas d’ascite; le foie et la rate n’ont pas augmenté de volume. La masse dure signalée au mois de décembre a augmenté de consistance et s’est nettement localisée ; il s’agit bien d’un néoplasme qui s'étend transversalement de cinq travers de doigt à gauche de
l’ombilic à un travers de doigt à droite, et verticalement, de trois travers de doigt au-dessous à un point qu’on ne peut déterminer en haut à cause de la résistance de la paroi.
On fait le cathétérisme de l’œsophage, la sonde molle ne peut passer ; on le peut seulement avec l’olive de moyen calibre, et on sent l'obstacle à 42 centimètres environ de l’arcade dentaire. On ne ramène ni sang, ni particules néoplasiques.
L’amaigrissement est toujours progressif.
On note une salivation marquée ; les vomissements ont actuellement disparu.
80 mai.— Les vomissements quiavaient disparu quelque temps ont reparu à plusieurs reprises ; les liquides vomis ont été examinés plusieurs fois le vert brillant et le Gunsbürg ; ne dénotent pas d’acide chlorhydrique. Le réactif d'Uffelmann est décoloré par le suc gastrique, mais il ne vire pas nettement au jaune. Peu d'acide lactique, mais beaucoup d’autres acides organiques. Acidité faible, pas de peptones. Albuminurie légère. Pas d’adénopathie, pas d'œdème, pas d’ictère.
10 juin. — L'état général va baissant ; la malade prend chaque jour un demi-litre de lait environ et un ou deux potages. Les douleurs spontanées et provoquées au. niveau de l’épigastre sont moins vives. Elle se plaint beaucoup plus de dysphagie que d’ano-
FRoREE rexie, et déclare toujours qu’il existe un obstacle à l'introduction des aliments dans l’estomac, au même point.
Vomissements alimentaires de temps en temps; pas de régurgitations véritables ; aucun signe de poche œsophagienne ; avec la sonde molle qui ne peut, du reste, toujours pas pénétrer dans l’estomac, on ne retire aucun liquide.
La tumeur épigastrique n’a pas sensiblement changé de volume.
Depuis le début du séjour à l'hôpital, la constipation a été la règle, cédant assez facilement du reste à des lavements simples.
Pas de diarrhée.
Pas de clapotage stomacal ; pas de péristaltisme stomacal spontané ou provoqué. Rien n’indique une grande dilatation de l’estomac.
Le cathétérisme avec la sonde molle n’est toujours pas possible ; avec le cathéter à boule, il est toujours difficile, mais pas plus qu’au début ; il est bien évident que, certains jours, on passe bien mieux que d’autres, Le point rétréci a toujours le même siège, et le spasme œsophagien n’est pas plus prononcé qu’il y a trois mois.
5 juillet. — La malade dépérit progressivement ; elle ne mange plus rien et son amaigrissement est énorme. Elle se plaint de douleurs intenses dans la région épigastrique, a de la rétention d’urine, une légère escarre fessière, et meurt enfin dans la cachexie la plus avancée,
Autopsie. — 6 juillet. — Pas de liquide dans le péritoine, les plèvres et le péricarde.
Adhérences aux deux sommets, surtout à gauche.
Poumons. — À la partie supérieure et postérieure du lobe inférieur droit, on trouve quelques petits nodules isolés au milieu d'un tissu hépatisé dur, ne crépitant pas.
Emphysème très prononcé surtout à droite,
Cicatrice étoilée de pleurésie ancienne à la face postérieure du poumon gauche. Nodules crétacés nombreux au sommet gauche avec granulations récentes.
Cœur. — Petit, 150 grammes tout dépouillé. Myocarde sain. Athérome marqué sur la coronaire antérieure.