PRÉFACE. XXVII
de ce qui fait l'homme : une intelligence qui se gouverne par des principes, et la liberté?
Encore, chez les particuliers, cette conduite a des conséquences restreintes, elle se borne à amoindrir les individus; mais si elle se rencontrait chez des hommes d'État, les suites en seraient déplorables. Comme leur consentement s'obtiendrait au prix du succès, le succès à tout prix deviendrait le but unique de tous les efforts. Que dis-je, le succès? l'apparence momentanée; car il s'agit ici d'en imposer aux yeux, et le fond n'y est pas nécessaire. Or, dès l'instant ^ue nous considérons uniquement l'issue dans les affaires, toute moralité est ruinée : désormais ce n'est plus la raison certaine et immuable qui règle nos actes et nos jugements, mais l'expérience avec ses caprices et ses mensonges. Puis, quand un homme d'État se laisse intimider par le succès, presque toujours c'est devant son œuvre qu'il s'incline. Si, pendant qu'un grave événement se prépare, ceux qui y travaillent étaient sûrs qu'un œil vigilant les observe, qu'une main vigoureuse s'oppose à leurs desseins, et qu'une fois ces desseins réalisés, ils la retrouveront encore étendue et inflexible pour détruire ce qu'ils auront con-