LVI PRÉFACE
et raisonne hardiment. La philosophie écossaise reconnaît comme juge de ses doctrines le sens commun, et, dès qu'elle le dépasse, craint de s'égarer; la philosophie allemande le récuse, et donne tout au sens privé; la philosophie française s'incline devant les décisions du bon sens, mais elle reconnaît qu'il ne rend qu'un petit nombre de décisions, qu'il fournit seulement quelques axiomes , et elle se livre à son génie pour faire la science ; elle ne nie jamais les vérités universelles, aussi loin que la réflexion la porte, mais elle ne s'en contente point. Bien des philosophes, et des plus grands, dédaignent le passé, regardant toutes les doctrines antérieures comme de pures rêveries ; la philosophie française n'est pas si superbe, elle pense que tant d'excellents esprits qui, dans tous les siècles , se sont appliqués à la philosophie, ont dû rencontrer quelques vérités solides, et songe à en profiter; selon elle, toute doctrine qui a vécu contenait un germe de vie, un éclat de la vérité éternelle qui seule force la soumission des esprits, et elle le recueille avec respect, ajoutant ainsi à ses richesses propres les richesses des siècles écoulés. Mais en même temps qu'elle voit les doctrines vivre, elle les