‹ Du spiritualisme et de la natureChapitre 52 sur 91 · PRÉFACE. LVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. LVII

voit mourir, et recherche la cause de leur mort. Or, pourquoi l'esprit humain en est-il sorti , sinon parce quelles étaient trop étroites, parce qu'elles ont exclu de leur sein de précieuses vérités, parce que, dans leur excès, elles ont négligé des éléments essentiels de la complète réalité? Leur chute est donc instructive pour qui veut se laisser instruire, instructive comme leur durée même ; et une sage philosophie apprend à ce double spectacle , attentive au bien qu'elle adopte , et au mal dont elle se défend : aussi la philosophie française ne se livre ni au matérialisme grossier qui ne croit que ce qu'il touche de ses mains , ni au spiritualisme raffiné qui nie l'évident témoignage des sens ; elle ne consent ni à isoler Dieu et le monde, ni à les absorber l'un dans l'autre ; elle ne se livre ni à 1 epicuréisme qui sanctifie les passions, ni au stoïcisme qui les anéantit.

Telle est la philosophie française, celle qu'une école bien connue enseigne et pratique ; qu'on lui donne le nom qu'on voudra , mais il est sûr que nous ne la reconnaissons qu'à ces seuls caractères. Quant à cet éclectisme prétendu , sous les traits duquel on la représente, il faut le dire

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nettement, c'est une conception chimérique, un être de raison qui n'a jamais existé que dans l'esprit de ceux qui le combattent; et l'on s'évertue à transpercer un fantôme.

On doit faire , sans doute , entre ses ennemis une grande différence ; les uns attaquent à travers ce personnage fantastique la philosophie même, la raison qu'on n'ose guère attaquer en face; comme autrefois, du temps de la magie, ils prennent un buste de cire inanimée , pétri à la ressemblance d'un ennemi, et piquent le cœur. Us ne compromettent qu'eux-mêmes : la philosophie est immortelle comme la réflexion, comme la liberté.

D'autres, au lieu de reprocher à la philosophie actuelle qu'elle est la philosophie, lui reprochent de n'en être que le mensonge ; elle ne leur paraît pas indépendante, parce qu elle n'est pas aggressive, ni créatrice, parce qu'elle étudie le passé. Us ont une profonde estime pour la philosophie, et par cela même ils condamnent durement ceux qu'ils considèrent comme ses représentants infidèles. Je regrette vivement, je l'avoue , que nous rencontrions des adversaires de ce côté. Il est vrai que la prudence est voisine

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des concessions imprudentes , et que l'érudition risque d'étouffer l'invention ; on a raison de nous avertir, et nous en sommes reconnaissants; mais quelle injustice de ne voir les choses que dans leurs extrémités, et de ne pas tenir compte de la sagesse qui se retient sur les pentes périlleuses! Pour nous , nous ne revendiquons plus lindé- ^ pendance delà philosophie, nous philosophons; nous ne réclamons plus le droit démarcher, nous marchons. Pour venir à l'érudition dont on nous blâme, quand elle est recherchée discrètement, quand on la considère comme auxiliaire et non comme terme de l'activité intellectuelle, loin de l'éteindre, elle ne manque pas de la féconder. L'équité veut donc que l'on constate dans quelle mesure nous usons de cette érudition, avant de prononcer, si elle est utile ou fâcheuse entre ndsv mains. Si nous avons étudié Platon, Aristote et Leibnitz, uniquement pour connaître ce qu'ils ont pensé; si, après cette étude, nous avons juré sur la parole de ces maîtres, nous sommes condamnés ; mais si nous avons cherché dans leurs écrits les germes des doctrines que nous possé-; dons , si nous avons recueilli à travers les âges la tradition constante de cette grande philosq^

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